Compte rendu sommaire de la journée
anniversaire du 7 décembre 2005 consacrée à
« Images et trajectoire de l'Afrique »
Introduction
A QUESTIONS
GEANTES... DESTIN
AMBITIEUX !
« Des questions géantes pour un organisation de nains », c'est ainsi qu'Erik Orsenna
a caractérisé l'ambition de la CADE, modeste association
qui depuis dix ans rame à contre-courant des idées reçues et entretenues
sur l'Afrique
continent perdu voué à l'exclusion.
Or la journée du 7 décembre, marquée par l'implication et la qualité des
intervenants ainsi que par
la présence d'un public très nombreux et
passionné, a montré que l'Afrique occupe toujours
une place importante dans les esprits et
les coeurs de nos concitoyens. Elle a également montré l'intérêt et l'utilité de l'espace de dialogue ouvert
et non spécialisé créé par la CADE.
En attendant la publication des actes de la journée du 7 décembre, le résumé que vous trouverez dans cette Lettre vous donnera l'essentiel de ce qui s'est dit lors des quatre
tables -rondes sur la confrontation
de nos représentations de l'Afrique à la dynamique, ce que nous avons appelé « la
trajectoire » de ce continent. Et
s'il fallait résumer encore l'essentiel, je dirais ceci qui nous guidera dans la poursuite de notre travail.
La
déconstruction de l'ethnie a été suffisamment
efficace pour que son emploi paraisse dorénavant impossible. L'histoire de ce
terme qui a remplacé celui de tribu depuis les indépendances ainsi que l'usage qui en est fait aujourd'hui, montrent ses dangers, en particulier une fâcheuse propension à enfermer les identités culturelles et linguistiques sur elles-mêmes, alors qu'elles ont toujours été ouvertes et changeantes. De ce fait, les ethnies deviennent un obstacle à la construction des Etats-Nations au lieu de les enrichir de leur diversité.
Les images
qui montrent une Afrique, tantôt
criminelle, victime, exploitée ou suicidaire
expriment la peur de l'Autre. Elles empêchent de voir et d'apprécier les
mille et une réponses que l'Afrique a
inventées pour résister, s'adapter
aux gigantesques défis auxquels le continent est confronté, à commencer par la croissance démographique, la jeunesse de ses populations et l'explosion urbaine.
Le concept de
développement utilisé depuis des
décennies cache des intérêts très divers et ignore trop souvent, sous couvert de technicité, les aspirations des intéressés à définir eux mêmes leurs priorités. Les apports et les appuis extérieurs ne devraient pas faire obstacle à ce qu'ils suivent leur propre chemin vers le développement.
Michel Rocard est convaincu que les économies africaines ne pourront se développer
sans une certaine
autosuffisance alimentaire et sans un tissu de petites et moyennes entreprises, ce qui condamne le système de libre-échange absolu qui est
devenu la panacée à la mode. Pour ce qui est
de la démocratie, il pense que l'aide
extérieure devrait être mise au service des conditionnalités au lieu de
leur être subordonnées.
« Je tenais
à être présent pour dire à mes amis de la
CADE que je ne suis pas devenu un déserteur de l'Afrique ». Ce furent les
premiers mots du professeur Georges
Balandier qui délivra ce message fort
que les Africains ont une très longue
expérience du politique sous toutes ses
formes et que c'est à partir des richesses de leur culture et de leur histoire qu'ils doivent construire leur démocratie, car celle-ci ne peut pas
être un article d'exportation. Il se dit convaincu que l'acharnement à vivre
des peuples de ce continent les conduira à
trouver les assises d'une vie
politique qui ne leur fera plus dire
« La décolonisation pour qui ? mais la démocratie pour
nous tous. »
Ce fut donc une journée très riche qui a fait chaud au cœur de tous les amis de
l'Afrique.
Au nom de la CADE, je vous présente nos meilleurs vœux et forme le souhait qu'en
2006, vous continuiez à
nous accompagner encore plus
nombreux et plus actifs.
Bonne et heureuse année
Michel
Levallois
Séance d'ouverture
Allocution de bienvenue de Philippe
Bastelica, Directeur des Relations Internationales de l’ENA
Philippe
Bastelica souhaite la bienvenue à l'assemblée au
nom de l'équipe de direction de l'ENA et en
particulier de son Directeur, M. Antoine Durrleman, retenu à Strasbourg. La Cade est bien connue de l'ENA qui apprécie la qualité de ses travaux. La tenue des rencontres débats au 2 avenue de l'Observatoire a permis en effet une proximité qui a favorisé les contacts et les
informations réciproques. Cette adresse
restera, à partir de l'année prochaine, le seul site parisien de l'ENA
qui accueillera sa Direction des Relations
Internationales et une partie des
services de la direction de la
formation permanente et de la recherche. M. Bastelica souligne les relations nouées entre l'ENA et le continent africain en matière de coopération administrative, institutionnelle et de bonne gouvernance. Actuellement, les fonctionnaires africains
représentent 25% des élèves étrangers des
cycles longs et un peu plus de 50%
des auditeurs des cycles internationaux
spécialisés d'administration
publique. Parmi les cinq dernières
promotions sorties de l'ENA, l'une a choisi pour nom de baptême Nelson Mandela, et une autre celui de Léopold Sédar Senghor.
De plus en plus de pays non francophones font appel à l'ENA. L'ENA restera très attentive
aux travaux de la Cade et lui souhaite
un très heureux anniversaire.
Allocution de Michel
Levallois, président de la Cade
II revenait à
Michel Levallois, président de
la CADE, de donner le sens de
cet anniversaire. Il rappela la création de la CADE en 1996, avec l'appui de Jacques Bugnicourt et celui
de l’ONG Enda-tiers
monde, afin de « réagir contre une
certaine façon de voir l'Afrique,
trop systématiquement pessimiste,
souvent malveillante, en tous cas mal ou insuffisamment informée ». Constituée deux ans plus tard en association loi de 1901, elle se donnait
une mission plus positive, plus précise,
plus ambitieuse aussi : regarder ce
qui change en Afrique subsaharienne,
comprendre pourquoi et comment se produisent les changements, discerner les nouvelles formes du développement, qu'il s'agisse d'économie populaire, d'entreprises familiales, de
micro crédit, d'initiatives citoyennes et
associatives en faveur de la paix et de la démocratie, faire connaître les nouvelles formes de solidarité et les nouveaux acteurs du Nord et du Sud qui sont engagés sur ces chantiers. Elle entendait le faire dans le respect
de deux principes : foi en l'Afrique,
indépendance. Dix ans après, éclairée
par 86 rencontres débats, appuyée sur les membres passionnés d'un bureau qui se réunit tous les mardis, sur un réseau de quelques cinq cents abonnés à la Lettre
de la CADE, dont deux cents payants, la CADE pense avoir apporté la preuve qu'il est
possible de porter sur les peuples, les
sociétés, et les États- nations de
l'Afrique un regard sans complaisance,
mais dépouillé de toute nostalgie postcoloniale, de tout a priori
idéologique, de tout pessimisme. Ses membres
qui refusent de s'enfermer dans une
vision passéiste ou pessimiste,
voient l'Afrique au seuil de ce XXIesiècle comme un gigantesque chantier et non comme un champ de ruines.
Chantier économique, mais aussi politique et surtout chantier social, sociétal. Parce que de telles simplifications rendent encore plus problématiques
nos relations avec les Africains, qu'ils soient ici dans nos banlieues, ou chez eux en Afrique, il ne suffit pas de réagir contre l'afropessimisme, cette maladie de la post colonie, il faut un
nouvel « africanisme ». « C'est pour
dire cela haut et fort, dans l'espoir
d'être plus entendus que nous ne l'avons été jusque-là, que nous avons voulu cette journée du Xe
anniversaire de la CADE », a dit
Michel Levallois. Tel est le sens de cette journée organisée avec
Jean-Pierre Chrétien, Georges Courade, Philippe Hugon,
Michel Levante afin de remettre sur le
chantier les représentations les
plus prégnantes et les plus néfastes de l'Afrique qui circulent aujourd'hui : les obsessions et les manipulations de l'ethnisme, la passivité et le désordre des sociétés, l'échec du développement et la marginalisation économique, la chaotique, voire l'impossible démocratisation. Le président remercie le président Abdou Diouf, les Premier Ministre Pierre Messmer et Michel Rocard qui ont accepté de patronner cette journée et d'y participer. Puis il lit le message que
Cheikh Hamidou Kane immobilisé à Dakar par un ennui de santé, lui a adressé, message de regrets et d'hommage à la CADE « pour avoir suscité, animé
et maintenu vivace à Paris un cénacle
assurant une « présence africaine » devenue problématique dans l'esprit
et les pratiques d'un nombre grandissant d'afrosceptiques ». Enfin, il fait part des souhaits
de fructueux anniversaire pour sa dixième année d'activité militante que le
professeur Georges Balandier lui a adressé
pour la CADE.
Il conclut en disant son
espoir que cette journée accroîtra le nombre et l'ardeur, donc l'engagement intellectuel, moral et financier des
membres et des amis de la CADE, et tout
particulièrement celui de ses amis
journalistes et qu'elle confortera le
partenariat avec les étudiants de
Paris I, Paris II et de Sciences Politiques de Paris pour le programme 2006 sur le thème de «
la marche de l'Afrique vers la démocratie ».
Message du Président Abdou
Diouf, Secrétaire Général de l'Organisation Internationale de la
Francophonie, adressé à la Cade
lu par Christian Valantin,
représentant le Président Abdou Diouf
« La
Cade fête son dixième anniversaire en organisant une journée sur le thème « Images et trajectoire de l'Afrique ». J'aurais voulu être parmi vous ; je suis en ce moment à Niamey aux jeux de la Francophonie. Je vous souhaite un heureux anniversaire et vous encourage à poursuivre dans la voie que vous vous êtes
librement choisie : réfléchir sur l'Afrique.
En ces temps de mondialisation, on
aurait tendance à oublier qu'elle
est au sud de la France et de l'Europe et que l'Organisation
Internationale de la Francophonie compte parmi ses membres 29 Etats d'Afrique. Ne sont-ils pas l'avenir de la Francophonie ? Les quatre tables rondes qui vont vous occuper pendant cette journée posent des questions vitales. Elles appellent certainement au renouvellement de la vision traditionnelle qu'on peut encore avoir de l'Afrique. La construction d'espaces économiques, et partant, d'espaces politiques viables, ne peut-elle entraîner un dépassement des ethnies et des Etats nations ? L'Afrique est-elle un continent à la dérive ? Ne recèle-t-elle pas en elle des ressources morales
et matérielles pour en finir avec les
fléaux qui l'accablent ? N'est-elle pas capable de se gérer sur les plans politique, économique, social et culturel ? Comment l'Afrique peut-elle se révéler au monde sous son meilleur jour
? Telles sont les questions que m'inspire le contenu de vos tables rondes. Nul doute que vous y apporterez les
réponses qui conviennent. Votre réflexion
est importante par sa qualité, par son abondance, par sa diversité. Ce
n'est pas étonnant. Ne vient-elle pas de
personnes expertes et désintéressées
habitées par leur attachement à l'Afrique
? Encore tous mes vœux ».
Abdou Diouf
Allocution de Henry de Cazotte (Agence Française de Développement)
L'AFD a apporté un
soutien significatif à l'organisation de cette journée anniversaire
et la Cade tient à l'en remercier. Henry de Cazotte s'est
exprimé au nom du Directeur de l'AFD, Jean Michel Séverine, empêché. Nous proposons un résumé de son intervention.
L'AFD ne peut que se réjouir du travail de visibilité et de promotion de l'Afrique
contemporaine fait par la Cade. L'AFD y contribue à travers la revue « Afrique
contemporaine » et son activité durable et
croissante sur ce continent qui fait partie de son histoire depuis 1942. Aujourd'hui, l'Afrique trouve un nouveau souffle et progresse dans de nombreux domaines. Mais il subsiste des contraintes et des difficultés qu'il faut examiner avec lucidité. De nouveaux défis sont à relever : croissance des moyens pour l'Afrique qui conduit à une
nouvelle organisation et à un approfondissement
du dialogue sur les priorités avec
les partenaires ; renouvellement des
modalités de l'aide ; nouvelles priorités sectorielles. La tâche est grande et ne peut se justifier que si l'opinion publique en comprend les
enjeux. C'est pourquoi l'AFD
ne peut être que sensible au mandat
et aux ambitions de la Cade.
Allocution
de Pierre Messmer
Pour clore la séance d'ouverture et ouvrir cette journée
anniversaire, Pierre Messmer a bien voulu
délivrer un message à la Cade dont
nous extrayons ici la substance.
Les
Français ont une méconnaissance de
l'Afrique subsaharienne ou une connaissance
superficielle. Les événements qui se
déroulent sur ce continent, tels qu'ils sont relatés dans la presse ne les encouragent pas vraiment à approfondir. Or il est nécessaire plus que jamais, de les sensibiliser aux problèmes de
l'Afrique. La Cade, et Pierre Messmer l'en félicite, a permis aux Français qui s'y intéressent de mieux comprendre
l'Afrique d'aujourd'hui pour préparer l'Afrique de demain. C'est une des missions de la Cade. Les récents mouvements dans certaines banlieues
dans lesquels de jeunes Africains noirs ont été mêlés sans doute pour la première fois, ont eu un effet désastreux sur l'opinion publique française. Les élections de 2007 pourraient
donc ne pas répondre à leurs espérances. C'est pourquoi la Cade peut et doit
jouer un rôle important dans l'avenir, pour sensibiliser les Français à l'Afrique des jeunes et aux jeunes venant d'Afrique. Pierre Messmer conclut en disant que c'est un grand travail mais une belle mission que la Cade est capable d'accomplir. «
Bon avenir à la Cade pour l'Afrique et
l'Afrique de la jeunesse ».
COMPTE RENDU DES TABLES RONDES
Première Table ronde : « Ethnies, tensions et réalités »
En présentant cette première
table ronde, Philippe Leymarie, journaliste à RFI, a souligné la difficulté de
traiter de la notion
d'ethnie, facilement rétro et
qui touche à l'Afrique profonde. Le terme peut donner lieu à de multiples interprétations, à des dérapages et entraîner les plus grandes confusions. Il propose donc,
- de « déblayer » la notion
même d'ethnie,
- puis
de voir comment celle-ci a été et demeure
largement instrumentalisée, tout en dialoguant avec la salle entre l'examen
puis à l'issue de ces deux questions.
L'impossible définition de
la notion d'ethnie
Jean-Pierre Chrétien, historien, Directeur de recherche au CNRS, procède à une première analyse de la fausse simplicité de la notion d'ethnie qui
a remplacé aujourd'hui un peu partout en Europe le mot tribu. Le mot ethnie est
désormais utilisé comme une espèce de « fourre-tout », pour
désigner de vastes groupes comme les Peuls
ou de minuscules entités de la forêt
gabonaise ou encore les clans
somaliens. Il est accolé à des activités marchandes ou culturelles et même des experts (!) russes sont venus se
pencher sur le caractère ethnique des violences de nos banlieues. Comment donc concilier l'apparente fixité historique du terme et la réalité de son usage.
Pierre Boiley, également historien et professeur à Paris I, rappelle le caractère dès
l'origine éminemment ambigu et péjoratif du terme
(ethnos, les barbares ou les païens et en 40, dans la sociologie
anglo-américaine, ceux qui n'étaient pas
blancs). En France, le mot ethnie a repris en réalité, notamment au
moment de la décolonisation, celui de tribu
qui était utilisé jusque là.
En définitive, le mot
d'ethnie, un terme polysémique que l'on peut
jeter aux orties comme disait Max
Weber, peut se confondre, selon les
besoins avec la tribu, la race, la
culture etc. Il peut signifier tout
ou n'importe quoi qui ait un sens
péjoratif (n'a-t-on pas entendu
parler d'ethnies arabes ou maghrébines !) et s'il est repris en Europe, c'est pour être associé à une entreprise criminelle comme se fut le cas dans l'ex Yougoslavie.
Pour Abel Kouvouama,
anthropologue et
professeur à l'Université de Pau, le terme, qui se situe dans une perspective évolutionniste renvoie à une perception classifïcatoire
de l'autre, de l'Africain généralement,
derrière laquelle se cache sauvagerie ou
barbarie. Mais, derrière ce terme, se
retrouvent aussi toujours des enjeux politiques, économiques, religieux,
ou autres. Il implique également une conscience
d'appartenance à un groupe.
Comment faire pour
dépasser le mot ethnie, s'interroge Jean-Pierre Chrétien, face à une histoire de
l'Afrique qui offre une si grande diversité
de peuples et de sociétés ?
L'état
colonial avait la volonté au XlXe siècle de classifier et de « biologiser »
ses observations. L'ethnologue
s'est préoccupé lui-même
de délimiter son territoire. Comme le disait Paul Mercier,
le « film s'est transformé en photo
». Mais la réalité est toute autre. Les
identités, se font, se mêlent et se défont
tout au long de l'histoire. Chez les
120 tribus Bagnamuesi de Tanzanie, comme parmi bien des populations
d'Afrique du Sud étudiées par Fauvel, on voit les
sobriquets devenir des ethno signes.
Il est tout aussi intéressant
d'étudier comment les Africains, dont
nous connaissons souvent mal la langue,
se désignent eux-mêmes. Il y a une historicité des
identités.
Abel Kouvouama, rappelle qu'à côté des théories sur l'ethnie d'Amselle,
Copans ou Meillassoux, on
trouve le regard englobant de
l'idéologie marxiste dans sa lutte contre le capitalisme II se demande jusqu'à quel point il n'en reste pas des traces dans les violences récentes des banlieues, dont les
jeunes noirs, qui en étaient souvent les protagonistes, étaient quand même tous Français. Autrement dit, ces jeunes ont bien été classés selon leur apparence identitaire
alors qu'ils étaient Français de souche.
L'ethnie
dans tous ses états
Pierre Boiley souligne que la notion d'ethnie a quand même été surtout le corollaire de l'Etat Nation. Le cas de la Casamance où les Diola se sont transformés en ethnie, illustre bien la propension à la catégorisation de l'Etat colonial. L'identité sert souvent d'alibi à d'autres revendications comme ce fut le cas dans la rébellion des Touaregs. Elle
peut être également un puissant facteur de mobilisation, comme nous le voyons en Côte d'Ivoire.
Jean-Pierre Chrétien estime qu'on peut également aborder la notion d'ethnie à travers une double approche, celle d'un ensemble de solidarités
naturelles face à un pouvoir que l'on
rejette ou accuse et celle d'un «
populisme racial » éventuellement manipulé
par un pouvoir. Le Biafra n'a-t-il pas, en son temps, offert l'exemple
d'un nationalisme racial. La Nation ne serait-elle pas en définitive un ensemble d'ethnies qui ont réussi ?
Abel Kouvouama
montre également, en se référant à son livre écrit avec Elisabeth Dorier-Apprill
sur la guerre civile de Brazzaville
en 1997, combien l'ethnie est une
ressource mobilisable en fonction des
intérêts des politiques (ninjas) économiques
(pétrole) ou pseudo religieux (Ntumi). La France présente l'avantage d'être un pays où une conscience nationale a fait largement disparaître le sentiment d'appartenance à une ethnie.
Arrivé avec retard de Dakar, Rafaël Ndiaye (ENDA) rappelle plaisamment que
l'épouse du Président Wade se définit toujours comme une Sénégalaise d'ethnie « toubab ». Il souligne qu'au Sénégal, qui compte une vingtaine
d'ethnies, quatorze langues nationales viennent d'être reconnues, tandis que 80% de la
population possède aussi le Ouolof comme
langue de communication. Pour lui, l'ethnie est loin d'être une donnée close. Dès qu'on entre dans son histoire, on voit qu'elle est en permanente
recomposition.
De nombreux patronymes correspondant à celui de Ndiaye se retrouvent dans toute l'Afrique de l'Ouest. De même, de grands Empires comme ceux du Mali ou de Soundiata se sont constitués sur une base ethnique. Ils ne sont connus qu'à travers la tradition orale que le Sénégal a reconstituée et fera
revivre à l'occasion du troisième festival
des arts nègres de Dakar de Juin 2007.
Rappelant
les travaux de Frédéric Barth, Pierre Boiley s'interroge sur ce qui différencie l'ethnie de la Nation. Pour Barth, comptaient
avant tout les frontières et la manière de les passer. L'ethnie
serait-elle alors une proto Nation ? Jean-Pierre Chrétien souligne pour sa part qu'il n'y a jamais d'identité
pure. Ce sont les autres
qui baptisent les ethnies
estime Rafaël Ndiaye à qui Pierre Boiley rappelle
toutefois que nous ne sommes plus dans une
situation précoloniale.
Philippe Leymarie
interroge les intervenants sur ce qu'il faut
penser du courant de Thiesse, Moffa
et autres qui reprennent l'idée de la constitution
d'Etats Nations sur une base ethnique. Abel Kouvouama
se montre très réservé sur cette doctrine.
Le problème est davantage de savoir
comment assurer la viabilité d'Etats
Nations dans la diversité des
appartenances.
Si l'on voit bien comment les
influences ethniques et religieuses se mêlent et se recoupent dans un certain nombre de pays comme le Sénégal et si des pratiques comme les parentés sont de
nature à unifier de plus en plus la notion même d'ethnie sur l'ensemble du
continent, il n'en demeure pas moins que la
notion reste d'un maniement confus
et souvent dangereux. Mais, alors,
par quoi la remplacer ?
Le débat
Répondant à une question de
Guy Girod Genet (ARRI), Rafaël
Ndiaye précise
qu'au Sénégal, pour des raisons largement
historiques, les Confréries marchent
en parallèle avec les ethnies ou les recoupent. Abel Kouvouama
répondra dans le même sens à une question
sur les Eglises évangéliques ou messianiques, voire même des sectes qui se sont développées dans quelques pays et notamment le Bénin ou le Congo.
Michel
Malherbe, fondateur de la collection
« Parlons » à l'Harmattan, pose la question de savoir comment, pour répondre aux objectifs de la CADE, il est possible de rendre
ces problèmes compliqués d'ethnies plus accessibles aux «
ethnies françaises ». On a
l'impression d'avoir régressé dans la connaissance de ces problèmes estime une historienne. Pierre Boiley
l'admet et le déplore, comme il
déplore la loi de février 2005, mais il souligne que l'on aurait tort, pour autant, de vouloir simplifier ce qui est compliqué. Abel Kouvouama, qui enseigne à Pau l'anthropologie africaine, indique qu'il se livre sur place à un travail d'ethnologie comparative. Sans doute, faudrait-il, comme le suggère un autre chercheur africain, parvenir à une ethnologie de l'homme
moderne qui vise à une meilleure
connaissance de l'autre. Un ancien
coopérant en Afrique, s'étonne de ne
pas avoir entendu le mot de
communauté alors qu'il est omniprésent en France comme en Afrique où l'on se positionne selon des pratiques différentes.
On emploie le mot ethnie par défaut en en laissant le monopole
aux médias. De même oublie-t-on que des
conditions économiques et sociales
précaires ou mauvaises l'emportent bien souvent sur la notion d'ethnie.
Nul doute
que le mot communauté est lui aussi très connoté estime Pierre Boiley qui préfère ne
pas utiliser certains termes, même
s'il convient avec Jean Pierre
Chrétien, qu'il peut y avoir une richesse dans la diversité. Serge Jacquemond, Président d'AROM, se dit épouvanté par les ravages du mot ethnie
et suggère
d'utiliser le mot de groupe, moins connoté et qui a l'avantage de pouvoir se décliner avec de multiples activités, politiques,
culturelles, sociales ou autres. En s'accordant sur
cette proposition, tout le monde admet
qu'au-delà des mots, c'est l'usage
que l'on en fait qui est important.
Christian
Valantin (OIF) indique que le mot ethnie a toujours été d'un usage courant en Afrique. Rappelant la formule
de Senghor qui disait, « laissons l'usage se faire », il montre comment au Sénégal les ethnies n'ont pas empêché que se crée une conscience nationale enrichie aujourd'hui de l'apport de 14 groupes ethno linguistiques.
Raphaël Ndiaye conclut en soulignant combien il est indispensable d'insister sur la tolérance des multiples connexions inter tribales qui existent en Afrique. Il faut à tout prix « enjamber les ethnies », ne serait-ce que pour donner une réalité et du poids aux Institutions inter africaines dont on parle tant.
Raymond Césaire
Deuxième table ronde : «
Afrique de nos peurs, Afriques de l'inventivité »
Cette deuxième table ronde,
animée par Cheick Yerim Seck, journaliste à Jeune Afrique, l'intelligent, aborde les peurs de
toute nature que suscite l'Afrique
(notamment en Europe) face à ses
capacités de résistance, d'adaptation,
de création. Yerim Seck
lance le débat en posant que la
première explication des peurs est
l'altérité. Mais elle s'est atténuée
par le développement des échanges.
D'autres formes de peurs surgissent
fondées sur l'échec supposé de
l'Afrique indépendante, les conflits, le
sida, l'immigration, les pratiques socioculturelles
régressives. Réduire l'Afrique à
cela serait oublier l'existence d'une
nouvelle génération d'Africains, diplômés, qui s'inscrivent dans un contexte international brutal. Il identifie trois
types de peurs : celles qui sont inspirées
par l'exercice du pouvoir, celles inspirées par la société elle-même, celles inspirées par les facteurs environnementaux et géopolitiques.
Déconstruire
les peurs
Pour Georges Courade, géographe, directeur de recherche à l'IRD, l'enjeu est de déconstruire ces peurs pour voir sur quelle part de
vérité elles reposent. Il
propose une articulation du débat suivant deux axes ou deux questions : pourquoi y a-t-il
échec du développement en Afrique (on devrait
dire plutôt échec de l'ajustement) ? Sur quelles
bases les espoirs sont-ils fondés en
Afrique ? Ces espoirs se trouvent-ils dans
la société elle-même et en particulier chez les femmes africaines? Un autre aspect est de savoir comment valoriser les ressources de l'Afrique pour
que ce continent ne nous désespère pas. Il
faut être lucide, beaucoup de choses
ne vont pas, mais certaines peuvent
être prises en compte par ceux qui
prétendent aider l'Afrique.
Emmanuel Ndione, d'Enda Tiers-Monde,
pense que le défi le plus important est de construire une « scientificité » à partir de spécificités africaines. Mais ces spécificités ont des retombées
sur nos propres repères. Ainsi, la
démocratie qui ne fonctionne pas de
façon acceptable devrait être rénovée
par les Africains eux-mêmes et ce
serait une contribution importante pour le monde. Pour E. Ndione, ne pas changer
c'est être partie prenante de la
domination. Il faut changer en regardant
les réalités avec un regard africain et en recherchant dans le concept de nation un espace de compromis.
Les
peurs sont utilisées pour décrédibiliser et si on est décrédibilisé, on n'est plus entendu. La question est de savoir comment reconstruire à partir de
l'illégalité, terme utilisé par E. Ndione dans le sens où on part de caractéristiques spécifiques qui n'entrent dans aucun modèle ? C'est par la recherche de compromis et d'instruments de régulation entre des diversités en
conflit, entre des espaces et des gens
différents que peuvent se construire
les Etats africains. Même si cette démarche n'est pas confirmée par la
pratique, il est permis d'espérer conclut
E. Ndione.
Mais Cheick
Yerim Seck s'insurge contre l'idée
de spécificité africaine. Le bon
sens est universel et définir une Afrique
qui progresse c'est considérer qu'il
y a des standards universels de civilisation et non des spécificités qui
engendrent des comportements pervers.
Sur ce
dernier point, Boniface Mongo Mboussa, professeur à la Columbia University de Paris, est d'accord. Pour lui la question de la mémoire est
primordiale et la jonction entre l'histoire coloniale
et l'histoire nationale est nécessaire pour
atténuer les peurs. Pour lui, il
faut se reporter à l'histoire, faire des
bilans sans rechercher de coupables.
Relativiser
l'échec du développement
En
écoutant ces échanges, Jean-Pierre Guengant, démographe, directeur de recherche à l'IRD,
se demande si le 21e siècle
n'est pas le siècle des peurs. L'échec du
développement, on le trouve également
au Nord et il relativise l'échec du développement au Sud. Qu'il s'agisse de l'espérance de vie, de la scolarisation dans un contexte de forte pression démographique, des communications,
d'importants défis ont été relevés en Afrique. L'échec du développement
n'est-il pas notre propre image qu'on se renvoie à nous-mêmes ? J. P Guengant réfute
l'expression.
Mais
n'y a-t-il que des peurs irrationnelles ? Et le problème n'est-il pas de se reporter aux faits mal connus ou méconnus ? Du point de vue
de la démographie, l'Afrique est dans une situation sans précédent historique.
Avec une
population multipliée par quatre
entre 1950 et 2000, et un taux de fécondité qui se
maintient à 6 enfants par femme, l'Afrique
fait face à un fardeau très lourd alors que les autres pays du Sud ont majoritairement effectué leur transition démographique. Il en résulte que 10% seulement de la population assure la subsistance de l'ensemble. Ce n'est pas, pour J. P. Guengant, une spécificité africaine,
mais un simple retard sur le reste du monde.
Et les projections des Nations Unies
qui prévoient une multiplication par
trois ou quatre de la population d'ici 2050 ne sont pas propres à atténuer les peurs.
Ni le sida, ni les
migrations internationales
ne sont à même d'atténuer cette tendance. Les images que l'on a ne doivent pas se substituer à la réflexion.
Il y a de vrais problèmes qu'il faut aborder tant par les gouvernants que par
les bailleurs de fonds et par la société
civile avec courage en prenant en
compte les caractères spécifiques temporels
hérités du passé.
Relativisme
culturel ou universalisme des comportements ?
Pour George Courade, deux thèses ont été développées : celle d'un certain relativisme culturel pour regarder l'Afrique ; celle de l'universalisme des comportements. La vérité ne se trouve probablement ni dans l'une
ni dans l'autre de ces thèses. Pour lui, trois visions structurent l'image que l'Afrique donne à l'Occident :
-
L'Afrique est criminelle : c'est un processus de généralisation de faits qui ne concernent que quelques Etats.
-
L'Afrique est victime : il convient de se reporter au devoir de mémoire et au travail des historiens.
- L'Afrique est exploitée :
c'est vrai pour le coton, mais l'Afrique garde une marge de manœuvre, notamment pour ravitailler les grandes villes.
-
L'Afrique est suicidaire : c'est ce que disent les Africains eux-mêmes.
Cheik Yerim Seck réagit
en disant que l'Afrique sera exploitée
aussi longtemps qu'elle est exploitable. Il fait référence aux féodalités au pouvoir qui accaparent la richesse nationale. Il faut que l'Afrique accepte les rapports de force qui régissent les relations internationales
et de se pencher sur ses propres problèmes sans chercher de boucs émissaires. Emmanuel
Ndione rappelle
pour finir, que tout en étant pour l'universalisme, il y a une réalité culturelle qu'il faut prendre en compte si on veut construire une Afrique nouvelle.
Le débat qui a suivi ces interventions fait
d'abord apparaître deux logiques : le jugement
qui aboutit au rejet ; la compréhension qui
prédispose à l'acceptation de l'autre. Un intervenant souhaite entendre davantage l'Afrique de
l'inventivité. Celle-ci est réelle. On la
trouve par exemple dans les transports, dans l'agriculture qui satisfait
80% des besoins des grandes villes. Il faut bâtir des stratégies de développement qui n'ignorent pas les initiatives locales
et admettre la pluralité des normes.
Philippe
Mathieu
Troisième table ronde : «
Développement, mythes et concepts »
La
table ronde est introduite par Jean Baptiste
Placca,
journaliste, ancien directeur de Jeune Afrique Economie. En présentant les séquences prévues (définitions, modèles et modes, enjeux internes
et internationaux), il précise que les définitions sont d'autant plus
indispensables que « n'ayant pas vu encore
le développement, les Africains ne
savent pas forcément ce que c'est ».
Définitions
: d'abord un concept ambigu
Pour Philippe Hugon, professeur émérite d'économie et africaniste reconnu, invité à se risquer en premier, il s'agit
là aussi d'un mot piège. Le développement doit d'abord être défini par ce qu'il n'est pas : la croissance (qui est
commensurable, en valeur ajoutée etc... dont une des plus élevée est représentée par le pétrole, dont on voit bien la déconnexion). Il est un processus qui déroule ce qui est enroulé, qui enchaîne sur un long terme intermédiaire un élargissement de capacités propres, porté
par des forces endogènes dans des contextes
historiques-sociaux précis. Pour un économiste, « il faut
qu'il y ait un accroissement de
productivité globale des facteurs -
une meilleure efficience dans
l'utilisation des ressources naturelles,
du travail et du capital qu'on utilise
». Il faut aussi se référer à une finalité : réduire les inégalités, diminuer la vulnérabilité. Quant à savoir « si le développement a échoué »,
la question se pose peut-être aux
agences spécialisées, mais moins aux
véritables acteurs, à considérer les défis
posés : satisfaction de besoins élémentaires
multipliés, acquisition de capacités de gestion, urbanisation atteinte et relations entretenues ville-campagne.
Quelques
précisions complémentaires
Les éléments
avancés sont largement partagés
par les intervenants qui suivent et qui mettent
l'accent (Jean Bernard Véron, de l’AFD) sur la croissance néanmoins « nécessaire », avant de
voir ce qui en est fait et ce que sont les
transformations induites : une urbanisation très puissante, avec comme exemple Pikine,
satellite informel de Dakar ayant
atteint la même taille, une capacité
réelle de pouvoir nourrir
aujourd'hui une population multipliée
par 4 en 40 ans. Vincent Geronimi (Président du Gemdev, Groupement
d'étude sur la mondialisation et le développement, organisme de recherche, présent souvent sur le terrain) insiste sur les transformations structurelles de long terme qu'implique le concept, à considérer les termes de
« décollage..., big push,...
trappe à pauvreté... » qui s'appliquent au terme de développement. Il souligne aussi les spécificités très fortes qui marquent des situations bien diverses et
leur condition d'insertion dans le contexte
international.
Une
idéologie avant tout ?
Pour Moussa M'Baye, responsable et praticien de terrain à Enda-Tiers Monde, il y a là avant tout l'idéologie d'un modèle et un appareil « d'intervention de
l'un sur l'autre », avec son approche
« normative » mal venue. Un intervenant de la salle demandera d'ailleurs un peu plus tard s'il y a un ou des projets de développement émanant des pays eux-mêmes.
Préalables et partenariats possibles
En
provenance de la salle des interventions soulignent certains aspects touchant à ses conditions mêmes : l'existence d'équipements de base, une formation à la gestion, qui coûtent peu au regard de guerres
comme celle d'Irak (Girod Genet, ARRI) ;
les dangers que présentent les règles
de mondialisation, pas des plus
équitables, ou bien le modèle du « toujours plus » qui nous mènent droit
dans le mur alors que les poches de
sous-développement se trouvent
partout, y compris chez nous (G.
Winter, IRD). L'ancien ministre
(algérien) et responsable à la Commission économique pour l'Afrique (Nations-Unies,
Addis Abbeba), Layashi Yaker, aborde la coopération entre l'Union Européenne et l'Union
Africaine, ainsi que ses difficultés,
voire désenchantements, alors que l'Europe côtoie le « continent le plus riche avec les populations les plus pauvres
». La Cade pourrait-elle d'ailleurs
aider à monter en Afrique même (à Addis Abbeba par exemple) une
réunion comme celle d'aujourd'hui avec essentiellement des Africains ?
Derrière les modes, un, ou
des modèles ?
La deuxième partie de cette
table ronde est ouverte par Vincent Geronimi, en reprenant un problème abordé précédemment : celui du
développement durable. Le développement peut-il
être confondu avec (« être soluble dans ») le développement durable ? Non, car ce dernier est généralement
défini comme un développement « ne
devant pas nuire aux générations futures
», et comme incorporant dans une
perspective à long terme une dimension économique, sociale et environnementale - préoccupation du Nord essentiellement ; de même, le développement ne peut se réduire à la lutte
contre la pauvreté, d'où sont absentes toute
dynamique et logique de mouvement autoentretenu - en témoigne encore la récente initiative des nouveaux instruments financiers, IFF, facilités financières internationales, de Gordon Brown, qui reste muette pour l'après 2015.
Philippe Hugon rappelle qu'au delà des modes successifs de développement prônés par les institutions
(ONU, BIRD, AFD, MAE...), il y a eu
des modèles de développement bien distincts
: à la suite de la crise de 1929, le
concept de mise en valeur ; après
la guerre, le capitalisme d'Etat, investisseur,
du plan Marshall, avec une
coordination des planifications ; à partir
de 1980 le retournement vers le « tout marché », avec les ajustements structurels, les stabilisations préalables au
développement etc... ; et
enfin aujourd'hui la bonne gouvernance, avec
la participation de la société civile ...et des dispositifs précis -
PPTE, DRSP et autres -, pas forcément négatifs
d'ailleurs. Les modèles ne sont ainsi pas
reproductibles ni transposables, les
enjeux du développement (sociaux, économiques...), et donc le développement lui-même, étant au demeurant conflictuels. Il est largement suivi en cela, notamment
par Geronimi (Gemdev) et Moussa M'Baye (Enda), pour lesquels il ne peut y avoir en aucun cas
de « transcription linéaire », ni de propositions multiples - « l'excès de remèdes tue
». Il faut rechercher plutôt des interactions
réelles entre les instances et les
acteurs directs.
Contexte
et conditions
La salle, dans ses
questions ou interventions, insiste plus sur le
cadre même du développement. Pour Abel Kouvouama (Université de Pau), il faut d'abord voir quels sont les acteurs réels du développement et dans
quelle mesure l'Etat, régulateur du
marché, répond au jeu. Pour M. Bouthelier (CIAN, patronat), le développement ne réussit que s'il y a « osmose » entre un Etat fort et un secteur privé dynamique,
à l'exemple de la Chine actuelle. Sinon, on
a, dans le cas d'un Etat fort, seul,
l'exemple de l'URSS, et dans le cas
inverse, la maffia (ndlr : à moins que ce ne soit l'un, puis l'autre). Les Africains présents estiment, eux, que les définitions et les objectifs doivent relever d'abord des peuples eux-mêmes et de
ce que veulent pour eux leurs élites. S'instaure
alors à ce moment un dialogue soutenu entre africains,
qui confère soudain au dôme de la
grande salle de l'ENA la dimension fantasmatique d'un énorme « arbre à palabre
», rejoignant en cela d'une façon
prémonitoire et fugace le vœu de
l'ancien responsable onusien d'AddisAbbeba!.
Défis et enjeux internes/internationaux
Pour
Philippe Hugon, un des premiers enjeux concerne l'articulation entre aide extérieure et mobilisation interne :
l'aide extérieure peut
aider/appuyer le développement,
mais en aucun cas s'y substituer.
L'exemple du plan Marshall est
à cet égard très instructif : pas de conditionnalités de moyens mais une obligation de résultats, laissés au jugement de commissions de « productivité ».
Le défi
est alors évidemment le nécessaire progrès de l'agriculture, généralement obtenu historiquement, sauf dans le cas de pays dominants, avec le soutien de l'Etat ; il est rendu ici plus difficile du fait des conditions écologiques délicates à gérer (désertification etc...)
et du type de partage de la valeur ajoutée
sur les produits exportés : le paysan africain ne reçoit que le 1/20e de la valeur du produit (coton etc...) rendu sur le marché utilisateur ou
consommateur - tout comme d'ailleurs le
fabriquant actuel d'une chaussure Nike ! Il n'y a pas, par ailleurs, opposition, mais complémentarité, entre agriculture d'exportation et
agriculture vivrière. C'est bien d'abord
dans le couplage ville-campagne,
comme le précise un autre intervenant, que
réside le destin de l'agriculture, et
du développement.
Pour M.
Moussa M'Baye, les véritables défis se situent dans l'appropriation par les acteurs réels des principes de
développement, y compris en ce qui concerne le long terme - ce que ne font pas les Gouvernements actuels ; dans l'élimination, aussi, des
incohérences, voire des contradictions, dans le jeu des acteurs extérieurs, au demeurant trop multiples et dispersés ; et enfin dans la consolidation de la société civile et d'un Etat fort et légitime, fort parce que légitime,
capable d'intégrer dans ses
préoccupations tous les constituants
de la communauté nationale.
En
exemple, entre autres, de l'exercice des responsabilités par les Africains eux-mêmes sont cités le Cap Vert et le Bostwana, où existe un consensus social,
contrairement aux Etats au sein desquels
« on ne sait pas comment sont montés
ceux qui sont en haut du cocotier ».
Le rôle important, et la responsabilité
précise de pays extérieurs comme la
France serait à cet égard de faire
preuve vis à vis des gouvernants d'un
certaine exigence ; c'est du moins ce
qu'en attend la jeunesse.
En réponse à une
dernière interpellation,
portant sur les drames permnents
de Ceuta et Mellila, alors que l'Afrique aurait la faculté de nourrir ses habitants, il est précisé qu'on touche là aux problèmes d'exclusion de certains, et donc aux problèmes économiques et sociaux de distribution des revenus, ce qui fait
dire à l'animateur, en conclusion « donc, sans
doute, de développement ! ».
Michel
Levante
Quatrième table ronde : «
L'enjeu des représentations pour le
développement et la démocratie »
Des
questions géantes
Erik Orsenna note la difficulté de traiter un sujet aussi vaste. Aussi propose-t-il que le sujet soit traité par deux tours de table, le premier traitant de l'économie,
le second de politique, chacun suivi de
questions de la salle.
Ne pas être prisonnier du
regard de l'Autre
Raphaël Ndiaye de l'ONG Enda-tiers
monde rappelle que cette ONG du Sud dont le siège est
à Dakar, a pour règle de penser le Sud à
partir du Sud. Cette prise de distance par rapport aux représentations imposées par le Nord l'a
conduit à articuler la recherche à l'action,
à prendre appui sur les associations de quartier dans les villes et sur les groupements de paysans dans les
campagnes, les aidant dans leurs démarches
et leurs combats, dans leur dialogue avec les pouvoirs publics. C'est à partir de ces remontées du terrain
qu'Enda alimente la bataille des idées au niveau international pour l'édification
d'un monde plus juste et solidaire. Enda-Europe et la
CADE participent à Paris à cette bataille
pour une meilleure prise en compte des capacités
et des besoins des Africains. Car la
première condition du développement est de ne pas être prisonnier du regard de l'Autre.
Nation Building
et
Black Empowerment en RSA
Pour Georges Lory, l'Afrique du Sud est exemplaire à plus d'un titre, car dans ce pays qui parait cumuler toutes les malédictions, les Noirs mais aussi les Blancs sont optimistes. Les programmes officiels de « nation-building
» et de « black empowerment
» qui sont les deux piliers de la
reconstruction qui a suivi la fin de
l'apartheid, avancent et marquent des points. Qui va en Afrique du Sud en revient avec une image très positive: le niveau de vie a augmenté,
les grands programmes d'adduction d'eau,
d'électrification et de construction
de logements sociaux dans les
townships se réalisent et ont renforcé
la position de l'ANC.
La
responsabilité de la diaspora africaine
Roland Portella qui parle comme membre de la diaspora africaine, estime que les représentations économiques et politiques sont liées et qu'il revient aux élites africaines de montrer une image positive de l'Afrique. Or il arrive trop souvent qu'ils n'ont pas eux mêmes une bonne image de l'Afrique et s'en remettent aux recettes importées de l'extérieur.
L'afropessimisme contre
le développement
Michel Levallois rappelle qu'il a créé la CADE avec Jacques Bugnicout pour réagir contre l'afropessimisme
du début des années 90. Il est
maintenant convaincu que ce travail
est essentiel car les représentations
dévalorisées de l'Afrique sont encore
très prégnantes. Les discours
récurrents sur l'échec du développement
dont les variantes ont pris valeur
de mythes, planification, industrialisation, ajustement structurel, ont
occulté l'économie populaire, les petites
entreprises, les caisses d'épargne et
d'assurance que sont les tontines, les agriculteurs qui nourrissent les villes.
Les petites entreprises et les femmes sont
l'avenir du développement
Pour Michel
Rocard, l'Afrique fait partie de ce que tous les médias tuent : ils ne font plus de l'information mais du spectacle, ils vendent du drame et du conflit car ils sont piégés par l'audimat. Il faut donc
contourner le système en s'adressant à des
milieux bien identifiés, ONG, chefs d'entreprise, et en utilisant des médias spécifiques tels que la presse
professionnelle. Ce n'est pas en rejetant la responsabilité de sa misère mendiante
que l'Afrique s'en sortira mais en prenant ses responsabilités. Le développement
ne s'importe pas ; il commence avec de petites entreprises qu'il faut protéger
contre la concurrence extérieure. Les femmes
représentent à cet égard une
formidable chance car elles ont le
goût et le talent d'entreprendre. Les
grands investissements des multinationales
dans le pétrole ou les ressources du sous-sol n'ont aucun effet d'entraînement
car elles ne font pas travailler de sous-traitants et elles ne créent pas de valeur
ajoutée locale. Quant à la corruption, elle
est un obstacle que seule la
croissance fera disparaître, beaucoup
plus sûrement que les condamnations
puritaines qui ternissent encore un peu plus l'image de l'Afrique.
Le
libre-échange ne doit pas être un tabou
Michel
Rocard ne mâche pas ses mots : il
estime absurde le dogme du libre-échange qui ne doit pas être un tabou : il faut pouvoir
empêcher que des productions
locales soient massacrées par les importations comme l'a été la production de poulets au Sénégal. Au niveau des symboles, il faut remplacer le libre-échange par l’autosuffisance alimentaire et par le
développement autocentré.
Erik Orsenna donne alors la parole à la salle après avoir rappelé que les ministres de Louis XIV
qui étaient tous corrompus, ne plaçaient pas
leurs gains hors du royaume.
La mondialisation et
le nouveau capitalisme
Layaschi Yaker estime que l'Union européenne n'aide pas suffisamment l'Afrique et il craint que les zones de libre-échange prévues par le traité de Cotonou n'aient des effets destructeurs. Michel Rocard répond qu'il faut dissiper toute illusion sur un engagement plus fort de l'Europe en faveur de l'Afrique, en dépit de l'engagement personnel du commissaire Louis Michel. Tout le monde s'est trompé sur l'Europe, affirme-t-il. Ce qui
est grave ce n'est pas la
mondialisation mais le fait qu'elle
ne soit pas régulée alors que le
capitalisme a profondément changé depuis une vingtaine d'années. L'évolution foudroyante de ces dernières années a remplacé l'actionnaire individuel par les fonds de pension et les compagnies d'assurance qui n'ont plus comme objectif à court terme que la seule rémunération des capitaux, ce qui se traduit par le sacrifice du long terme, de la recherche notamment et par une très forte pression mondiale sur les salaires.
L'impuissance
de l'Europe
Conséquence de cette
révolution qui a provoqué la faiblesse de la croissance, une amputation
gigantesque des recettes fiscales, des États
de l'Union devenus pauvres et qui s'endettent. Il faut donc combattre ce système qui a rendu les
États exsangues et incapables de
prévoir des solutions à long terme et
d'entreprendre des oeuvres de solidarité.
Malheureusement, la victoire du non à la Constitution a cassé ce combat et comme il n'y a rien à espérer de la droite conservatrice qui a la majorité au Parlement européen et qui va s'obstiner dans son refus d'augmenter le budget, on peut prédire l'extinction
d'une contribution européenne puissante à la
restauration du dynamisme économique
de l'Afrique.
Erik Orsenna reprend la parole pour annoncer la deuxième partie de la table ronde consacrée aux représentations en politique. Est-ce que la démocratie est une idée bonne
pour l'Afrique, est-elle acceptée,
nécessaire ?
La Chine
d'où il revient est dirigée par un État très
fort et qui n'a rien de démocratique, avec un secteur privé extrêmement dynamique ; cela donne du développement.
Le
dialogue politique pour reconstruire la démocratie
Michel
Levallois estime que les ONG si
utiles et efficaces qu'elles soient ne peuvent pas remplacer l'État et les services publics essentiels. Le problème est donc celui de l'organisation du champ politique de telle façon qu'il ne soit pas accaparé par
quelques uns mais ouvert à tous. C'est cela
que l'on peut appeler la démocratie. Malheureusement,
les modèles de démocratie importés,
les constitutions et les élections de
type européen n'ont pas répondu au
besoin pourtant très fort qu'avaient
les populations de s'exprimer et de
prendre part à la gestion de leurs
affaires. Il faut donc que les Africains
revoient les images et les modèles
de la démocratie qu'ils ont hérité de
la colonisation pour privilégier une
reconstruction du dialogue politique,
à partir de la base, en passant par
tous les échelons de la décision,
village, commune, préfecture, région,
afin de déboucher sur le plan national voire international. C'est l'expérience d'Enda
tiers monde qui a été mise en œuvre
récemment pour le coton.
La
légitimité de l'État
Roland Portella estime que le discours est trop tendre par rapport aux enjeux car si les indicateurs macroéconomiques s'améliorent quelque peu, cela ne change rien à la situation des gens qui sont en grande
souffrance. Les jeunes en particulier qui
n'ont aucun espoir et qui n'ont pas la parole sont désespérés. Les institutions actuelles qui sont
copiées sur le modèle occidental,
sénat, conseil économique et social,
même les élections ne permettent pas une bonne représentation politique et ne sont pas des contrepouvoirs efficaces. Ce qu'il faut d'abord avant même des institutions démocratiques,
c'est un État légitime. Or en Afrique, les
États sont le plus souvent dépourvus de légitimité populaire, même lorsqu'ils se prétendent forts. C'est
le contraire de la Chine où la force de
l'État repose sur une certaine légitimité
qui repose elle-même sur de bonnes
perspectives économiques.
Démocratie formelle et
transhumance politique
Raphaël Ndiaye revient sur la pratique d'Enda tiers monde qui consiste à accompagner les groupes, à se mettre à leur
écoute afin de comprendre la logique de leurs
préoccupations et de ce qui fait
sens et donne sens à leur vie. On
peut parler d'une démocratie de
consensus à la base. La difficulté est d'avoir
une emprise suffisante sur les décisions
à tous les niveaux et de se déployer
à toutes les échelles pendant suffisamment
de temps. L'analyse de la vie
politique des pays africains montre que ceux qui détiennent le pouvoir s'affranchissent des règles de la démocratie tout en conservant un semblant de
formalisme constitutionnel. De même, ce
qu'on appelle la transhumance
politique - on passe, dit-on, des prairies vertes aux prairies bleues - dès que
le pouvoir change de mains, montre que la
politique et l'appareil politique semblent n'avoir d'autre finalité que d'obtenir des prébendes.
L’exemple
de l'Afrique du Sud
Erik Orsenna
donne la parole à Georges Lory qui estime que la démocratie progresse en Afrique. Il cite les pays dans lesquels les élections libres et reconnues comme telles ont permis soit des changements de régime soit des alternances : l'Afrique du Sud, la Namibie, le Botswana, le Kenya, le Malawi,
la Zambie, le Sénégal. Il estime qu'il est
important de ne pas faire d'afropessimisme dans ce domaine. C'est aussi la leçon qu'il tire de la façon dont l'Afrique du Sud est sortie de la crise majeure
que fut l'apartheid, véritable crime contre l'humanité.
Avec la commission Vérité et
réconciliation, ce pays est allé plus loin que n'importe quel autre pays du monde, qu'il s'agisse du Maroc, du Chili, de la Sierra Leone.
La
longue pratique du politique de l'Afrique
Erik Orsenna demande au professeur Balandier qui avait rejoint le public du colloque de venir témoigner que la
culture n'était pas absente des débats. « Je tenais à être présent pour dire à mes amis de la CADE et à Erik Orsenna que je ne suis pas devenu un déserteur
de l'Afrique ». Le professeur rappelle qu'il n'a cessé depuis 1946 de traverser cet univers d’images, d'expériences, d'échecs, de réussites aussi, d'adhésions et de rejets. Aujourd'hui, alors que le politique est devenu évanescent, sans références claires et sans objectifs précis, l'Afrique a des leçons à donner. Dans sa longue histoire ce continent a acquis une habitude du politique dans toutes ses formes qui a été gelée pendant la parenthèse coloniale.
Il a tout expérimenté, de la bande jusqu'à
l'empire en passant par les
royaumes, les principautés marchandes, les principautés théocratiques. «
Je ne suis pas sûr que l'Europe a une
telle expérience du politique ».
Cette histoire
politique riche, avec des turbulences
et des tragédies est présente dans
les oeuvres, les têtes et les aspirations.
L'Afrique doit construire son indépendance
sur son histoire et sur la réappropriation
de sa culture, ce qui lui assurerait
une assise politique moins vulnérable,
mieux acceptée. La démocratie doit
pousser sur un terrain préparé car elle ne s'exporte pas. Que l'Afrique ait encore la force de demander à ses gouvernants un fonctionnement cela prouve une singulière vitalité.
Capacité des citoyens et
légitimité des pouvoirs
Erik Orsenna donne la parole à la salle pour de très brèves questions. Abel Kouvouama apporte son témoignage de participant à la conférence nationale du Congo. Philippe Mayol du CCFD note que l'on a peu
parlé du citoyen africain et il cite le cas du Tchad qui est en conflit et au bord du chaos, où il existe pourtant une
alternative solide à base populaire
au pouvoir actuel, mais qui est
ignorée par les politiques locaux et
par les coopérations étrangères
parce qu'elle n'émane pas des
politiques. Jean Baptiste Placca explique que la force d'un pouvoir ne peut consister dans les seuls moyens de répression et qu'ils ont besoin de légitimité.
Mais nombre de dirigeants préfèrent rechercher leur légitimité à l'extérieur de leur pays et non auprès de leur peuple. C'est ce qui les distingue des dirigeants chinois.
Aider à la mise en œuvre des
conditionnalités pour une démocratie pluraliste
Erik Orsenna
demande à Michel Rocard de conclure.
L'ancien Premier ministre estime que l'Occident n'a pas présenté en Afrique une
bonne image de la démocratie. Alors
que l'Afrique avait connu des
structures politiques longues,
appuyées sur un large consensus et
sur la transmission orale des règles
et des rites, la colonisation a tout démoli
et reconstruit en introduisant un
système de démocratie conflictuelle, basé
sur des campagnes électorales qui font
monter les conflits et qui débouchent
sur leur cristallisation avec l'attribution
du pouvoir à la majorité. Aussi estime-t-il
que l'Occident n'a pas le droit
d'interférer dans les processus de dévolution du pouvoir. Il doit en revanche exiger le respect de la Charte des droits de l'homme que tous les pays africains ont signée et qui sont autant de garanties pour la démocratie pluraliste: le respect de la vie et l'interdiction de l'arbitraire policier, l'indépendance de la justice, le droit d'expression et la liberté de la presse. En conclusion de ses « réflexions inquiètes et amicales », l'ancien Premier ministre propose que l'Occident aide les Africains à mettre en
oeuvre les conditionnalités politiques au
lieu de subordonner son aide à leur
réalisation.
Un grand merci pour cette reconnaissance de
la CADE
Michel
Levallois remercie la nombreuse assistance qui a donné à la CADE sa légitimité. La CADE est en effet apparue pour ce qu'elle est, un espace de débat et de liberté. Il s'est félicité
que des étudiants aient
pu suivre les débats et il a
remercié les intervenants, tout particulièrement,
Michel Rocard et Erik Orsenna, les scientifiques du comité de pilotage ainsi que le bureau de la Cade et Sara Desessard
qui ont pris en charge avec une remarquable efficacité l'organisation de
cette journée. En conclusion, il reste à
l'équipe de la CADE à tirer le
meilleur parti de cette journée pour
l'Afrique qui fut passionnante et
chaleureuse.
Michel Levallois