
La Lettre
de la
CADE
Coordination pour l'Afrique de demain
Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE - avril 1996 - n° l
Lors de la seconde conférence-débat organisée par la Cade, Jean-Marie
Cour, membre du Club du Sahel, ne pouvait pas dans le temps très bref qui lui
était imparti, selon la règle que nous nous sommes imposés, expliquer
pourquoi la poussée démographique et en particulier la poussée urbaine
que l'Afrique a connu ces trente dernières années et qu'elle va encore
connaître au cours des prochaines décennies, est un facteur de progrès
et un préalable au développement. Un événement que je viens de vivre à Dakar
me permet d'apporter ici un élément de réponse .
Le 13 avril dernier a eu lieu l'inauguration de la première Ecopole de l'Afrique de l'Ouest par les présidents Abdou
Diouf du Sénégal et Alpha Omar Konaré du Mali Cette usine désaffectée installée
au cœur d'une banlieue populaire de Dakar est à la fois un centre des
techniques et des inventions populaires, une pépinière d'artisans et
d'entreprises, et un centre de formation. Ces artisans qui recyclent le
plastique, les pneus, les boîtes de conserves, qui fabriquent des vêtements,
des chaussures, des meubles, répondent aux besoins du plus grand nombre. Il leur arrive d'innover, de créer et
d'exporter. Ils créent des emplois et font vivre des milliers de
personnes. Cette activité, que les chercheurs nomment "secteur
informel", constitue l'entrée en économie des plus pauvres des citadins,
de ceux qui ne sont ni fonctionnaires, ni salariés. Elle leur donne l'accès au
marché de la production et de la distribution des biens et des services.
L'Afrique est en train de sortir du modèle économique néo-colonial basé sur les
agriculteurs et les fonctionnaires et administré par l'Etat. Avant de générer
des fabriques, puis des usines modernes, les pays européens ont généré des
entrepreneurs. Ce sont ces entrepreneurs qui sont en train de naître dans les
villes africaines. Cette formidable expression de création populaire n'est-elle
pas l'accession du plus grand nombre et des plus pauvres à l'économie de marché
? N'est-elle pas la seule issue pour que ce continent sorte d'une pauvreté qui
doit plus aux hommes et aux sociétés qu'à la rareté des ressources naturelles et
à l'ingratitude des climats ?
L'inauguration de l'Ecopole de Dakar est
la reconnaissance politique de cette mutation de l'économie africaine. Une
génération d'entrepreneurs populaire relève le défi de la modernité et de la
pauvreté, à sa façon, avec ses moyens matériels et culturels.
Michel Levallois, membre du Comité de pilotage
La Cade est un réseau
d'hommes et de femmes qui veulent porter un autre regard sur l'Afrique.
Comité de pilotage:
Claude BAEHREL, Secrétaire Général du CCFD - Sophie BESSIS, Historienne et journaliste -
Claire BRISSET, Directrice de l'Information du Comité français UNICEF – Sylvie
BRUNEL, Directeur scientifique à l'AICF – Jacques
CHAUMONT, Sénateur de la Sarthe – Jean CLAUZEL, Préfet honoraire – Georges
COURADE, Directeur de recherche à l'ORSTOM – Mamadou
DEMBELE, Associé-Gérant à SODIFEX – Eric DEROO,
Réalisateur de Télévision – Patrice DUFOUR, Responsable des relations
extérieures à la Banque Mondiale – Xavier de FRANSSU, membre de EGE et Eau Vive
– François GAULME, Rédacteur en Chef de Marchés Tropicaux – Gilbert Lam KABORE,
Journaliste à ENDA Tiers Monde – Michel LEVALLOIS, Préfet honoraire , Délégué
d'ENDA Tiers Monde – Madeleine MUKAMABANO,
Journaliste à RFI – Gérard WINTER, Ancien Directeur Général de l'ORSTOM .
L'un des principaux objectifs de la CADE, un réseau ouvert à toute
initiative novatrice, c'est d'alerter les médias, les décideurs et l'opinion
publique sur la diversité de l'Afrique, un continent où l'effervescente
vitalité des populations est souvent masquée par les idées reçues.
Secrétariat: Jacqueline ROUBY, tous les après-midi de 14 h à 18 h - 5, rue des
Immeubles industriels, 75 011 Paris. Tel: 43 72 19 70/43 72 09 09
- Fax: 43 72
1681
R E N C O N T R E
L'Afrique de l'ouest à l'horizon 2020
Une étude de prospective régionale
La seconde rencontre-débat de la Code donnait la parole à Jean-Marie Cour, membre du Club du Sahel et responsable d'une étude prospective sur l'Afrique de l'ouest. Un travail qui rejoint les préoccupations de notre réseau : il se fonde sur le long terme, en dépassant les frontières nationales et les barrières linguistiques, et aboutit à une vision surprenante, parfois décalée et souvent optimiste de l'avenir africain.
L'étude part d'un
constat démographique simple.
L'Afrique est une terre en voie de peuplement.
Sa population a décuplé en un siècle,
et son doublement d'ici trente ans est quasiment
certain. Et cet accroissement de la population
s'accompagne de la rencontre avec le
monde moderne contemporain et de la
connexion aux marchés mondiaux. C'est donc une histoire brutale que
l'Afrique a vécue, et à laquelle elle a du
s'adapter rapidement.
Pour répondre à ces
contraintes, les populations africaines ont fait preuve d'une grande mobilité, provoquant notamment un afflux massif vers les villes. Contrairement aux
idées reçues, l'Afrique n'est déjà plus majoritairement
rurale, et elle continue à être de
plus en plus urbaine. L'exode rural a eu, c'est indéniable, des effets néfastes : les villes n'étaient pas
préparées à un mouvement d'une telle ampleur et d'une telle rapidité. Mais de nouveaux comportements sont nés, créateurs d'emplois pour les migrants, et de débouchés pour les produits locaux.
L'urbanisation
constitue un facteur essentiel
de structuration du peuplement, grâce notamment à son relatif équilibre : les grandes villes côtières atteignent la taille de mégapoles (6 villes millionnaires en 1990, et probablement une trentaine d'ici 2020), mais les
villes petites et moyennes se développent également. Parallèlement, la population rurale continue de croître, et voit sa répartition se
modifier... autour des villes, lieu d'écoulement des productions et de
recherche d'un revenu de contre-saison.
On devine les enjeux
qui se dessinent derrière cette évolution. La ville va continuer à accueillir pendant les trente prochaines
années un flux continu de migrants. La demande
en alimentation, en soins, en logements, en services divers (hygiène,
transport), en travail... va croître en
proportion.
Pour cela, l'Afrique
de l'ouest semble nettement mieux armée qu'au début des années soixante. Elle a
accumulé depuis un immense
capital urbain (maisons, infrastructures publiques,
routes, marchés...), estimé à 300 milliards
de dollars, dont les deux tiers proviendraient de l'investissement
privé. La région a aussi acquis une
expérience concrète de la vie dans ce
milieu. Le secteur informel a créé
de très nombreux emplois. La participation
du milieu urbain à l'activité économique
de la région ne cesse d'augmenter (de 38
% en 1960 à 66 % en 1990).
La ville va-t-elle
être capable de relever le défi
? Le mode de fonctionnement urbain, rentier et inégalitaire, ne risque-t-il pas
de bloquer toute avancée ? Les auteurs de
l'étude sont optimistes : la société
civile s'organise ; l'économie
évolue, s'adapte aux contraintes
internationales ; une classe d'entrepreneurs
commence à émerger... La ville représente
un immense potentiel de croissance,
y compris pour l'agriculture, et pour les échanges inter-régionaux. Elle crée les conditions
de création d'un tissu de marchés. Progressivement,
des zones rurales reculées s'intègrent
à l'économie de leur pays.
Il faut cesser de voir dans l'Afrique de l'ouest une région rurale. La ville est désormais le lieu de concentration de la population et de la richesse.
Les auteurs de l'étude ne sombrent pas pour autant dans un optimisme naïf. Ils sont conscients
des difficultés qui guettent la région, et
des limites de leur étude. Ils cherchent seulement à souligner les points positifs des évolutions actuelles, et à en déduire des pistes d'action tant pour les Africains que pour leurs partenaires.
La salle a réagi,
parfois avec vigueur. De nombreuses interventions ont souligné le manque de
nuances du discours (le Nigeria est-il vraiment un modèle à suivre ? Peut-on rester optimiste en
traversant les villes africaines ? etc...).
Mais il est vrai que l'ampleur de l'étude et la brièveté du temps imparti ont obligé l'orateur à
aller à l'essentiel.
D'autres remarques concernaient les parti-pris
de l'étude. La hausse du peuple ment et la concentration urbaine ne sont pas
nécessairement facteur de développement. L'affirmer serait faire preuve de déterminisme. D'autre part, les
villes ont aussi constitué un pôle
aspirant, et accéléré ainsi l'exode rural alors qu'elles n'étaient pas
prêtes à absorber le flot de migrants. La
population de N'djamena, capitale du
Tchad, a triplé en vingt-cinq ans,
détériorant la situation urbaine.
La majorité des critiques concerne le rôle accordé à la ville. L'étude n'aurait-elle pas totalement
sous-estimé la modernisation de l'agriculture (les rendements ont quintuplé, les systèmes de caisses de crédit se sont diffusés...) ? La confiance dans un processus de modernisation et d'industrialisation lié à la croissance
urbaine n'est-elle pas également trop
simple, niant par exemple les effets
pervers liés à l'ouverture sur les
marchés mondiaux ?
L'enquête présentée
par Jean-Marie Cour appelle des réactions. Elle cherche des raisons d'espérer là où tant de monde voit
justement les preuves de la mauvaise santé africaine.
Elle est critiquable, mais garde la force de
présenter les réalités sous un angle nouveau. Et souligne le défi colossal que l'Afrique de l'ouest a déjà
commencé à relever : celui d'un accroissement démographique rapide, d'une urbanisation accélérée et d'une modernisation brutale, dans un contexte d'ouverture au marché
mondial. Une situation complexe
inédite dans l'histoire.
Etude WALTPS Pour préparer l'avenir de l'Afrique de l'ouest: une vision à l'horizon 2020 - publiée par l'OCDE, la Banque africaine de développement, et le Comité permanent inter-états de lutte contre la sécheresse dans le Sahel -décembre 1994 - 65 pages.
A commander à
CIRAD / CIDARC - Service IST
Avenue du Val de Montferrand
BP 5035 10-5
34032 Montpellier Cedex
Tel: 67 61 58 00
Une étude comparable avait déjà donné lieu à un débat il y a une dizaine d'années. On trouve dans un numéro de 1988 d'Afrique contemporaine la présentation d'une étude prospective sur l'Afrique au sud du Sahara (l'Afrique à l'horizon 2010) dirigée, déjà, par Jean-Marie Cour. Voici le texte de présentation directement extrait de la revue :
«L'étude sur "une image à long terme de l'Afrique au sud du Sahara" (ILTA) a été réalisée en 1983. Elle avait trois grands objectifs : montrer que la perception de la situation et des problèmes de l'ASS et l'évaluation des performances passées (1950-1980) sont singulièrement déformées par des systèmes explicatifs inadaptés aux caractéristiques des pays en voie de développement ; souligner que les prévisions alarmistes généralement formulées sur l'avenir à long terme de la région ne sont pas justifiées et sont de nature à aggraver la crise et à décourager les initiatives; inciter les décideurs, en Afrique et dans le monde, à exprimer leur vision de l'avenir sous la forme d'images à long terme (régionales ou nationales) et montrer comment construire et utiliser de telles images. L'étude a fait et continuera à faire l'objet de nombreux débats et controverses, tant pour des raisons méthodologiques, que par suite de la faible fiabilité des informations fournies. G. Duruflé voit dans ILTA une occasion manquée ; dans sa réponse, Jean-Marie Cour considère que l'éclairage nouveau apporté constitue au contraire un "exercice salutaire" ».
L'étude, critiquée, n'avait connu qu'une diffusion restreinte de la part de la CEE.
L'ensemble de la revue est consacré
à un regard de prospective vers les Afriques
en l'an 2 000.
Afrique contemporaine n°146, 2ème trimestre 1988
Numéro spécial «Les Afriques en l'an 2000, perspectives économiques», sous la direction de Philippe Hugon
Agenda
Les 13 et 14 mai se tiendra à Bordeaux la Convention
Euro-Africaine «Vers une meilleure intégration de
l'Afrique dans l'économie mondiale de marché ?» Elle réunira des chefs d'entreprises des deux
continents, et des chercheurs, politiques,... à La Cité Mondiale.
Contact : Sylvie Tallec Tel 56 79 50 74 - Fax 56 79 52 65
Nathalie Raymond Tel 56 73 50 16 - Fax 56 795001
I N I T I A T I V E S
L'AGENDA DE LA
CADE
Mercredi
24 avril : L'Afrique noire en France -
avec Jacques Barou, chargé de recherche au CNRS et Ruth Padrun directeur de l'IRFED Europe.
Mercredi 29 mai : Du secteur informel
à l'économie populaire urbaine. avec
Jacques Bugnicourt, secrétaire exécutif d"ENDA
Tiers Monde.
Mercredi 26 juin* ; L'Afrique
des innovations sociales
avec Bernard Husson,
rédacteur en chef de Histoire de développement (CIEDEL)
IIAP. 2, av. de l'Observatoire,75006
Paris. (*26 juin : salle à préciser)
Prochaine réunion du
Comité de pilotage mercredi 30 avril
Lectures
L'Afrique qui
réussit, publié par La Fondation pour le Progrès de l'Homme et les éditions Syros, ne trahit pas son titre. II s'agit du récit (par un animateur guinéen et un coopérant) du combat d'un leader paysan guinéen et des actions de développement agricole menées dans un village situé au coeur du Fouta Djalon. On
y trouve l'analyse des
blocages qui entravent les initiatives de production. Mais aussi la preuve que la
détermination, l'honnêteté et le courage de quelques-uns peuvent révolutionner une région. Il reste maintenant aux paysans à s'organiser pour se faire entendre et respecter
- ce que les paysans d'Europe n'ont commencé à faire qu'au siècle dernier.
La
décolonisation de l'Afrique,de Jean Clauzel, dans
la collection
Optique de Hatier) offre une présentation et une explication de ce mouvement
historique qui en moins d'un siècle a vu se créer une Afrique aux couleurs de l'Europe, et
naître quelques 50 états indépendants. Deux conclusions fortes ressortent de ce petit ouvrage :
la décolonisation a été beaucoup plus un changement dans la nature des relations qu'une
rupture définitive entre Européens et Africains. Et il reste à inventer et à construire les
relations qui permettront à ces deux continents si liés et si proches
"d'affronter solidairement les enjeux d'aujourd'hui et de demain.
Vie du Réseau
Le Comité de pilotage de la Cade réuni le 3 avril a pris les décisions suivantes :
- demander aux membres du réseau une
participation financière de 150 francs pour soutenir l'envoi des invitations aux rencontres-débats -300 envois environ- et la
parution de la Lettre.
- Rechercher des partenariats afin de
donner à la Cade la plus
grande efficacité. Outre ENDA, la Cade a d'ores et déjà comme partenaire l'IIAP qui accueille les
rencontres-débats, participe à la confection des dossiers, la
bibliothèque du CHEAM. Des contacts ont été pris avec Marchés
Tropicaux, le CFSI, le CRID, Aminter, Afrique expansion. Un contact sera pris avec Afrique contemporaine de la Documentation
française.
Le but recherché est
d'améliorer la circulation de l'information entre les institutions qui travaillent
sur et avec l'Afrique, et qui partagent la vision de la Cade sur ce continent.
Images et mémoires se
consacre depuis 20 ans à la collecte et à la valorisation de l'iconographie ancienne,
en particulier les cartes postales sur l'Afrique. Depuis 1995, l'association diffuse un bulletin dont le
numéro 2 vient de paraître, qui montre l'importance du travail accompli, en particulier
lors d'expositions à Dakar, Abidjan. Bamako, Saint-Louis, et l'ambition des
projets pour
1995-1996. Il est notamment question de réaliser un CD-ROM sur les cartes postales ouest-africaines avec l'UNESCO.
L'association lance également un appel à
contribution pour retrouver les images du
Palais de la Reine à Tananarive, et celles du marché rose de Bamako, car elles
seront susceptibles d'aider à la
reconstitution de ces bâtiments aujourd'hui disparus.
Pour tout contact : Philippe David. 14 rue des Messageries, 75010 Paris / Tel : 47 70 31 32 - ou : G. Mourillon, tel et fax : 42 63 46 36.
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l'activité du réseau. Chèque de 150
francs à verser à l'ordre d'ENDA Tiers-Monde.
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5, rue des Immeubles industriels, 75 011 Paris, France. Téléphone : 43 72 19
70. Fax : 43 72 16 81.
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