
L'onde de choc du drame qui a éclaté dans la
région des Grands Lacs, et qui a balayé l'ex-Zaïre
redevenu Congo, a probablement touché à mort cette
construction économique et financière, mais aussi
politique, humaine et symbolique que l'on appelle la
FrançAfrique. La fin d'un règne qui était devenu
une caricature tragique du néocolonialisme ne garantit
nullement que le nouveau régime répondra aux attentes
du peuple congolais et de l'opinion internationale.
L'écroulement de cet édifice a rappelé à
nos opinions que le Congo-ex-Zaïre est un géant de
l'Afrique et qu'il pourrait redevenir un grand pays si ses richesses
n'étaient pas à nouveau accaparées par ses
nouveaux maîtres et par leurs complices, et si les
capacités de ses hommes et de ses femmes ne sont pas à
nouveau stérilisées.
Je suis revenu sur cet événement parce qu'il confirme
et illustre les bouleversements que connaît l'Afrique et dont
nos opinions ne mesurent pas toujours l'ampleur et la nature.
Mais si les choses ont bougé et continuent à bouger
dans tout le continent africain, elles bougent également de ce
côté-ci de la Méditerranée. La
réflexion sur « l'après-Lomé » fait
apparaître une forte aspiration pour que l'Union
européenne ne laisse pas tomber l'Afrique et reste
fidèle à son engagement initial de construire avec les
cadres, les entreprises, les collectivités locales et les
associations des pays Acp un vrai partenariat.
Cette même orientation pourra guider le renouvellement de la
coopération française si longtemps
différée, si près, aujourd'hui, d'être
souhaitée par toutes les familles politiques, et que le
gouvernement Jospin fera peut-être enfin.
À qui suit, comme nous essayons de le faire à la Cade,
l'évolution des relations entre notre pays, l'Europe et
l'Afrique, il semblerait que nous vivions un de ces moments
exceptionnels où la perception et la compréhension des
événements se trouve au rendez-vous de la
réalité, où la politique peut « se frayer
un chemin entre mythes, héritages, passions et
réalités », pour reprendre la formule d'Hubert
Védrine dans son bel ouvrage sur Les mondes de François
Mitterand.
Michel Levallois
Vous avez dit Nigéria ?
Vu d'Occident, les mêmes instantanés se bousculent :
pays immense, champs pétroliers, fédération
chaotique, conflits ethniques et religieux, coups d'Etat militaires
à répétition.
Mais, au fait, combien sont-ils, les Nigérians ?
La répartition démographique entre les Etats est un
enjeu considérable car il conditionne la répartition
des ressources de la Fédération. Le chiffre est
néanmoins tombé à la mi-mai : 104 millions de
Nigérians, c'est le chiffre rendu public par la Npc (National
Population Commission) obtenu après une extrapolation du
recensement de... 1991.
Fera-t-il l'unanimité ?
Pour mieux comprendre tous ces enjeux, la Cade a convié (le 27
mai à Paris) deux chercheurs et une journaliste à nous
parler du Nigéria : Atouts et faiblesse d'une puissance
régionale africaine.
Daniel Bach, directeur du Centre d'étude d'Afrique noire
(Cean) de Bordeaux, Yann Lebeau du même centre et
Michèle Maringues, ancienne correspondante du quotidien Le
Monde et de Radio France internationale au Nigéria, nous
livrent quelques clés pour nous permettre de ne plus regarder
ce pays de travers.
Gilbert Lam Kaboré
Le Nigéria, dit en substance le directeur du Cean,
est la seule fédération du continent africain qui ait
résisté aux pressions centrifuges responsables de
l'éclatement de la plupart des ensembles fiscalo-douaniers
constitués durant la période coloniale. Pour autant, le
Nigéria n'a pas été épargné par ce
mouvement.
La région orientale s'acheminait vers une tentative de
sécession sous le nom de République du Biafra.
Confronté à une guerre civile qui devait durer de mai
1967 à janvier 1970 et a fait entre un et deux millions de
victimes, le régime militaire du général Gowon
entreprenait une révision du sens et de la portée du
modèle fédéral légué par le
colonisateur britannique. Tandis que le pouvoir fédéral
reprenait à son profit un nombre croissant de
compétences précédemment exercées par les
régions, une refonte de la géopolitique interne du pays
aboutissait à une spectaculaire revalorisation de
l'accès des groupes minoritaires aux ressources de l'Etat
fédéral.
Dans ce contexte, le rétablissement de la paix civile au
Nigéria s'est révélé d'autant plus
spectaculaire qu'il a eu pour effet une consolidation de
l'unité et de l'influence régionale du Nigéria
durant les années soixante-dix. Il n'est dès lors
guère surprenant que la référence à un
modèle nigérian de prévention des conflits
puisse, de nos jours encore, faire l'objet de débats dans des
Etats aussi différents que le Niger, le Cameroun, l'Afrique du
Sud ou encore le Soudan.
Trois grands agrégats ethno-culturels rassemblent près
des deux tiers de la population du Nigéria. Les Haoussas et
les Foulbé, établis principalement au nord du confluent
du Niger et de la Benoué, représentent entre 40 et 45%
de la population totale du pays; principalement établis
à l'est du Niger, les Ibos eux comptent pour 10 à 15%
de la population totale du pays, tandis que, à l'ouest du
Niger, le poids démographique des Yoroubas serait de 20
à 25%.
Le tiers restant comprend les groupes dits minoritaires qui ont
réussi à préserver leur identité face aux
tentatives d'empiétement des groupes dominants. Ces marquages
identitaires sont tantôt minimisés, tantôt
renforcés par les appartenances religieuses.
Avec les coups d'Etat à répétion, les
Nigérians n'ont vécu sous des régimes civils que
pendant neuf des trente-six années écoulées
depuis l'accession du pays à l'indépendance, le 1er
octobre 1960. Cette histoire contrastée n'en a pas moins
été tempérée par une stabilité
systémique liée à une codification de
l'accès aux ressources étatiques fondée sur des
bases communautaires.
Ce processus est la conséquence directe d'un ensemble de
réformes institutionnelles et fiscales qui ont radicalement
transformé le fédéralisme tel qu'il avait
été instauré par la Constitution de 1960. Le
Nigéria compte alors trois grandes régions,
dotées d'une forte autonomie et dominées, pour chacune
d'entre elles, par un groupe ethnique qui contrôle le
gouvernement régional et entend ériger un pouvoir
exclusif sur son territoire. Durant les années qui suivent
l'accession à l'indépendance, la résistance
parfois violente des minorités établies dans les
régions septentrionale et orientale du pays engendre des
explosions sporadiques de violence. Mais celles-ci ne sont toutefois
que peu de choses au regard des tensions de plus en plus ouvertes qui
résultent de la concurrence pour le contrôle du pouvoir
à l'échelon fédéral. La
Fédération avait été, à plusieurs
reprises déjà, au bord de l'éclatement lorsqu'en
mai 1967 le gouverneur militaire de la région orientale
annonce sa sécession sous le nom de Biafra. Au regard de la
concentration des champs pétroliers à l'est du Niger,
c'est la survie du Nigéria qui est directement mis en cause.
Cela va permettre au chef de l'Etat nigérian d'imposer
à la toute puissante région nord une refonte de la
géopolitique interne de la Fédération.
Par le biais de redécoupages territoriaux, les quatre
régions ont d'abord donné naissance à douze
Etats en 1967; ces Etats ont alors été
redécoupés en 19 (1976), puis en 21 (1987), puis en 30
(1991) et finalement en 36 (1996). A l'intérieur de ces Etats,
le nombre des collectivités locales s'est également
accru, passant de 301 en 1976 à 589 vingt ans plus tard,
phénomène impensable sans l'afflux des recettes
pétrolières consécutif à la montée
en puissance de la production nigériane à partir de
1969.
Dès 1970, la clé de répartition des revenus de
la Fédération a privilégié les
critères de la démographie et d'égalité
entre les Etats avec, pour conséquence, une moindre prise en
compte de leurs ressources propres dans le calcul des ressources
transférées. Ce faisant, les disparités de
revenus entre régions côtières et
sahéliennes ou entre Etats urbanisés et ruraux ont
été compensées par des transferts qui ont permis
d'accroître la cohésion territoriale et le maillage du
territoire.
La référence à la doctrine dite du
«caractère fédéral» est devenue
omniprésente dans la vie politique du Nigéria.
Initialement inscrit dans la Constitution de 1979, ce principe
signifie, par exemple, que le cabinet fédéral doit
compter au moins un membre issu de chacun des Etats. De même,
l'élection d'un candidat à la présidence ne peut
être validée que s'il obtient la majorité des
voix dans les deux tiers des Etats ou, lorsqu'il s'agit de
l'élection d'un gouverneur, des collectivités locales
(local governments) de son Etat.
Lors des deux exercices de révision constitutionnelle
enregistrés depuis 1979, les caractéristiques propres
au fédéralisme nigérian ont été
tout à la fois confirmées et ouvertes à de
nouveaux champs d'application. Ainsi en est-il du projet
constitutionnel dont le général Abacha, à la
tête du pays depuis le 17 novembre 1993, a
dévoilé les grandes lignes le 1er octobre 1995. La
Constitution, qui devrait entrer en vigueur lors du transfert du
pouvoir à un régime civil annoncé pour le 1er
octobre 1998, réaffirme la spécificité du
fédéralisme nigérian. La représentation
des groupes continue de reposer sur le redécoupage des Etats
et collectivités locales. La doctrine du
«caractère fédéral» fait l'objet d'un
souci de codification sans précédent,
concrétisé par l'établissement d'une Commission
ad hoc (la Federal Character Commission) chargée de veiller au
respect des principes de représentation proportionnelle dans
les différents secteurs de l'administration. Egalement
prévue : la rotation des fonctions électives les plus
importantes.
Au cours des deux dernières décennies, la
création de nouvelles collectivités locales ou de
nouveaux Etats est devenue le geste le plus populaire que puisse
accomplir un régime en panne de légitimité
démocratique. La création d'un nouvel Etat ou d'une
nouvelle collectivité locale est pour les élites
locales du Nigéria synonyme d'accroissement de leurs
ressources et d'amélioration de leurs positions et garanties
de représentation à l'échelon
fédéral.
Dans le même temps, les régions
pétrolières considèrent l'augmentation de la
part de leurs ressources insuffisante : depuis 1991, ceci s'est
traduit par un net durcissement des revendications, provoquant de
violents affrontements avec les forces fédérales dans
le sud-est (pays Ogoni) et le delta du Niger.
La doctrine du caractère fédéral repose sur la
distinction opérée au sein de chaque Etat entre les
citoyens Nigérians «allogènes» (strangers) et
les «indigènes» (indigenous people). Fondée
sur le seul jus sanguinis, cette catégorisation restreint
d'emblée les possibilités d'intégration d'un
citoyen dans une communauté autre que celle de ses parents,
grands-parents ou, lorsqu'il s'agit d'une femme, de son
époux.
Le distinguo est également source de graves discriminations
pour l'accès à la terre, à l'enseignement et
à la fonction publique des Etats.
Sous la seconde République (1979-1983), le principe du
caractère fédéral n'a cessé de se
diffuser pour imprégner plus ou moins ouvertement toute la vie
politique.
Cela a aboutit à une valorisation des alliances
ethno-régionales à toutes les échelles, ce qui a
fragilisé la Fédération dans un contexte de
déclin de ses capacités distributives. On ne saurait
suffisamment rappeler à quel point la recomposition du
système politique nigérian fut intimement liée
au spectaculaire accroissement des revenus tirés du
pétrole qui, de 250 millions de dollars en 1970 ont
littéralement décuplés pour atteindre,
après une décennie, quelque 25 milliards de
dollars.
Avec le déclin des ressources consacrées à
l'investissement, c'est la politique de «maillage» du
territoire nigérian en vigueur depuis les années 1970
qui se délite.
Le coup d'Etat du général Abacha n'a fait que
consolider la montée de l'autoritarisme dans les rapports
entre l'Etat et la société. Le 27 septembre 1994, la
«militarisation» du régime Abacha était
parachevée avec le remaniement du Provisional Ruling Council
(Prc), désormais exclusivement composé de
militaires.
La transition annoncée par le général Abacha le
1er octobre 1995 devrait s'étaler sur une période de 36
mois. Sa mise en uvre et son bon aboutissement restent toutefois
soumis à l'entière discrétion d'un chef de
l'Etat tout à la fois autoritaire et imprévisible.
Le fédéralisme nigérian est entré dans un
cycle de turbulences dont les enjeux dépassent très
largement la simple question de l'alternance entre civils et
militaires.
Pour l'ancienne correspondante du quotidien Le Monde et de
Radio France internationale au Nigéria, ce pays inspire une
certaine crainte aux pays occidentaux moins en raison de la violence
sporadique qui le secoue que de son aptitude à demeurer hors
tutelle de quelque puissance que ce soit. Synthèse des propos
d'une femme avertie.
Les préjugés sur le Nigéria sont d'autant plus
forts qu'il y a peu de journalistes de la presse française qui
y séjournent et qui ont l'occasion de voir le pays de
l'intérieur. Et, depuis deux ou trois ans, il sont encore
moins nombreux car ce pays se retrouve dans l'état d'un paria
et laisse très peu de gens franchir ses frontières.
Le Nigéria, qui était déjà très
mal connu dans la sphère francophone, devient encore plus
mystérieux, imprévisible.
Pour ma part, j'estime que le Nigéria constitue l'Afrique
superlative. Un pays qui est grand : 104 millions d'habitants selon
le chiffre extrapolé à partir du recensement de 1991 ­p;
qui, je crois, a été mené dans de bonnes
conditions. Un pays très influent par des moyens
institutionnels et par d'autres qui le sont moins. Par exemple, une
bonne partie de l'économie du Niger (l'élevage surtout)
dépend de ses débouchés au Nigéria. Si
les rapports entre ces deux pays voisins se
détérioraient, le Niger ne recevrait plus une bonne
partie de son carburant (obtenu d'ailleurs principalement par le
biais de la contrebande).
En Europe et dans les pays occidentaux en général, le
Nigéria est perçu comme un pays qui fait peur, un pays
chaotique. Daniel Bach insiste sur le fait que c'est un Etat qui a su
instituer un certain ordre et qui ­p; même dans le relatif
désordre actuel ­p; est capable, indépendamment de
tout pouvoir politique, de sécréter son propre ordre,
ses propres mécanismes de régulation sans lesquels le
pays serait en conflit permanent.
Cet aspect revêt une importance particulière tant il est
vrai que le degré de violence potentiel y est
élevé. Néanmoins, jusqu'à présent,
la violence réelle est relativement peu élevée
au vu de la pression exercée sur les gens en raison des
problèmes économiques et de la complexité des
enjeux religieux.
Une autre raison explique la perception qu'on a du Nigéria en
Occident: c'est un pays qui est assez largement hors tutelle. Ce pays
échappe très largement à la tutelle aussi bien
coloniale ­p; même si la puissance britannique y conserve
évidemment une influence compréhensible ­p;
qu'à l'influence américaine. De même ce pays
échappe assez largement à l'influence française,
même si les Français font aujourd'hui de très
gros efforts pour s'inscrire dans le terrain laissé libre par
les Américains ou éventuellement par les
Britanniques.
Un pays donc hors tutelle qui dit facilement au reste du monde :
« Nous faisons ce que nous voulons, quand nous le voulons.
» Un fait illustre parfaitement cette attitude : la crise
actuelle avec la communauté internationale depuis le tragique
épisode de l'exécution en novembre 1995 de militants
Ogonis, parmi lesquels l'écrivain Ken Saro Wiwa (tous membres
du Mouvement pour la Survie du peuple Ogoni, Mosop). Pour l'Etat
nigérian, ces exécutions étaient une
manière de régler, croyait-il radicalement, le
problème de la rébellion des minorités dans les
régions pétrolières.
Le régime a procédé à ces
exécutions dans un contexte diplomatique qui était des
plus défavorables, au moment précis où s'ouvrait
le sommet du Commonwealth (dont le Nigéria est membre)
à Auckland. Or, cela faisait un certain temps que certains
pays voulaient présenter au Nigéria la note de ses
manquements à l'ordre international ­p; et, bien sûr,
ceci depuis l'annulation de l'élection présidentielle
du 12 juin 1993.
Ce 12 juin est une date clé dans l'histoire récente du
Nigéria puisque l'élection présidentielle
était censée être le point d'aboutissement d'un
énième processus de transition démocratique d'un
régime militaire vers un régime civil. Il y avait
plusieurs candidats. Mais, à la surprise
générale, celui qui est sorti du chapeau, Abiola,
n'était pas celui que l'on espérait le plus
manipulable. Et tout l'establishment politique le connaissait et le
croyait relativement incontrôlable. Il y a eu une coalition
d'intérêts nordistes (mais pas seulement) qui a
poussé à l'annulation de ce scrutin. Le pays est
entré à partir de ce moment dans une crise politique
qui n'est pas résolue à ce jour. Certes, il n'y a plus
de formes de protestations violentes comme il y en a eues en
1993.
Certes, il n'y a plus de grandes grèves comme en 1994 ­p;
cette année-là, on a en effet assisté à
la plus grande grève jamais vue au Nigéria dans le
secteur pétrolier et dans le secteur bancaire : un mouvement
lancé par les syndicats pour poser essentiellement le
problème de la transition démocratique.
Reste qu'il subsiste un très profond malaise dans la
population, un climat de méfiance. On voit mal comment le
régime du général Abacha ­p; qui après
un bref intermède civil a pris la succession du
général Babanguida ­p; pourra résoudre la
crise.
Pourtant, par le passé, la société
nigériane avait vu l'émergence de ce que l'on appelle
communément la société civile : des associations
de défense des droits de l'homme, des avocats très
remuants, des intellectuels, des universitaires et aussi un
engagement des courants religieux qui, au Nigéria, comptent
beaucoup plus que les autres forces en présence...
Il y avait aussi une presse très vivante, très remuante
qui, notamment dans les années 80, avait profité de
l'existence de grandes fortunes privées et des ambitions
politiques des uns et des autres pour s'affirmer.
Une autre presse, sous forme de coopérative (avec l'appui de
certains hommes d'affaires), s'était imposée comme une
presse indépendante à l'égard du pouvoir et
avait souvent payé le prix de son courage.
Donc, toute cette société assez vivante et ouverte va
se trouver en butte d'abord avec le régime militaire de
Babanguida puis celui d'Abacha. Et, depuis quatre ans, on a
assisté à une érosion lente mais sûre de
cette société civile qui a maintenant de plus en plus
de mal à s'exprimer. Tempérons néanmoins cette
donne : le coût de cette crise, en terme de nombres de
personnes emprisonnées ou exilées, est faible
comparé aux exactions d'autres dictatures qu'on a pu voir
ailleurs, en Amérique latine notamment.
Cela dit, la situation reste inquiétante. En effet, on ne peut
pas mesurer une telle situation seulement en nombre de prisonniers ou
de gens poussés à l'exil ou assassinés.
Ce qui reste profondément inquiétant, c'est la relative
incapacité du régime militaire à mener le pays
vers une stabilisation : c'est-à-dire à
renégocier un pacte avec la société civile,
à faciliter donc l'émergence d'un nouveau consensus
comparable à celui qui avait pu se consolider après la
guerre civile. Les conditions économiques qui avaient permis
d'asseoir ce pacte dans les années 70, à savoir la
rente pétrolière, ne sont plus les mêmes. Le
régime militaire est entré dans une phase de
réalisme politique.
Les revenus du pays sont bien moindres que ceux qu'ils
étaient avant, même s'ils restent considérables
à l'échelle de certains pays africains : autour de 10
milliards de dollars par an pour ce qui est des hydrocarbures, avec
un potentiel important. Mais, au vu de l'existence de nombreux
dysfonctionnements qu'il a fallu corriger, l'Etat nigérian
essaye d'être moins dépensier en réduisant
relativement les dépenses publiques au détriment, bien
sûr, des secteurs d'infrastructures essentiels. On assiste
depuis dix ans à une dégradation dramatique de
l'institution scolaire, du système de santé et des
infrastructures de base, au point de compromettre durablement le
développement du pays.
L'autre tendance inquiétante à laquelle on assiste
c'est une espèce de fossé qui se creuse entre le
Nigéria utile, le delta pétrolier où les grandes
sociétés pétrolières investissent des
milliards de dollars, et le reste du pays.
Le Nigéria a des réserves importantes de pétrole
et surtout de gaz. Le pétrole surtout destiné aux
Américains (qui achètent en gros la moitié du
pétrole nigérian) et le gaz qui est
réservé au marché européen.
Personne dans le fond ne peut réellement agir sur le
régime nigérian et personne ne veut aller
jusqu'à l'embargo pétrolier contre le régime.
D'ailleurs, pour le faire, il faudrait que certaines conditions
soient réunies : il serait nécessaire, par exemple, de
prouver que la sécurité internationale est
menacée ce qui, à l'évidence, n'est pas le
cas.
C'est pourquoi, en 1995, a-t-on adopté à l'encontre de
ce pays des sanctions relativement limitées, censées
être pénibles pour les militaires : ceux-ci sont
interdits de visas, de même que les membres de leur famille,
donc empêchés de voyager vers l'Europe et les Etats-Unis
(toutefois, il y a des entorses).
Il a également été mis fin aux
coopérations militaires avec le Nigéria. Mais tout cela
est resté sans effet sur le régime nigérian.
Depuis l'adoption de ces sanctions, et la vague d'indignation qui
avait suivi la mort de Ken Saro Wiwa et de ses compagnons, le
Nigéria a su remonter la pente en se jouant des contradictions
qui existent au sein des pays membres des Nations Unies. Ils ont fait
de même pour diviser les pays membres du Commonwealth (qui a
approuvé les sanctions). Ainsi, le régime s'est
appuyé sur des grands pays comme la Chine (qui elle aussi fait
très peu cas des droits de l'homme).
Le Nigéria avait un problème d'image avec l'opinion
publique américaine, notamment au sein des
Africains-Américains influencés par Abiola qui
était l'un des grands financiers du groupe Noir au
Congrès. Le régime d'Abacha a donc payé des
lobbyistes qui font, avec un certain succès, campagne pour
dire grosso modo :
« Ce n'est pas vrai lorsque l'on dit que le régime
nigérian est horrible... et de toute façon, on ne peut
pas se passer du Nigéria.»
En fin de compte, aujourd'hui, on est arrivés à ce
consensus : puisque l'on ne peut pas faire grand-chose contre le
régime, essayons de recommencer à parler aux
Nigérians. Selon l'avis interne de l'Union européenne,
les ambassades devraient s'installer à Abuja (la nouvelle
capitale). Telle est à peu près l'attitude pragmatique
de la communauté internationale.
Est-ce à dire qu'en reprenant langue avec Abacha, on arrivera
à l'influencer, à le convaincre de ne pas s'accrocher
au pouvoir? Rien n'est moins sûr... L'avenir est aussi
lié à ceci : entre la logique clientéliste
exacerbée et celle d'une ouverture au marché mondial,
aux privatisations et à la discussion avec les institutions
internationales, qui l'emportera ?
La victoire de la seconde pourrait être synonyme d'ouverture et
d'apaisement. La victoire de la première pourrait, en
revanche, engendrer à nouveau le désordre.
*Michèle Maringues est l'auteur de Nigéria ­p;
un journalisme de guérilla, publié par Reporters sans
frontières, Paris, 1996 ; diffusé par la librairie
DIF'POP, 21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris.
Toute comparaison entre le Nigéria et ses voisins
débouche sur une disproportion. Au plan démographique
d'abord, qui traduit aussi la taille du marché, la
Fédération est trois fois plus peuplée que
l'ensemble de ses pays frontaliers. La ville de Lagos est à
elle seule plus peuplée que le Bénin. L'urbanisation y
est également la plus forte (...)
(...) Le Nigéria est donc incontestablement un géant
et, même si ses indicateurs économiques par habitant
sont parfois comparables ou inférieurs à ceux d'autres
pays de la région, il bénéficie d'un effet de
masse et de potentialités considérables.
* Extrait d'un excellent dossier réalisé par le Club du
Sahel, le Réseau Stratégies Alimentaires,
l'unité Cinergie Bad/Ocde et le Cilss, à l'issue deux
rencontres tenues en 1993 à Cotonou et à Maradi.
Qu'il s'agisse de son organisation politique, de son
paysage géographique, culturel et religieux, on a coutume de
parler du Nigéria comme d'une mosaïque, explique Yann
Lebeau chercheur au Cean.
Dans un pays qui rassemble plus de 250 communautés
ethnolinguistiques et où la stratification sociale de la
population ne peut être interprétée sur une
grille standardisée du fait du faible taux d'actifs
salariés, il est bien difficile de donner une portée
nationale aux faits sociaux étudiés.
Ce problème est amplifié par l'absence de statistiques
fiables qui rendent fragiles toutes les entreprises de comparaison
à l'échelle nationale. Reste que l'éducation est
sans conteste un de ces enjeux, capable de catalyser les clivages
essentiels qui traversent la société
nigériane.
Enjeux politiques : c'est par exemple bien plus la dynamique
redistributive dont parle Daniel Bach que les besoins d'instruction
ou de main-d'uvre qualifiée qui commande la
prolifération et la distribution géographique des
établissements d'enseignement supérieur dans ce pays
suivant sommairement la fragmentation politique du territoire
national, le Nigéria compte aujourd'hui 38 universités
et, au total, plus d'une centaine d'établissements
secondaires.
Enjeux sociologiques : le système éducatif est
hétérogène, l'harmonisation des cycles ne date
que du milieu des années 80. Jusqu'alors, certains
établissements secondaires huppés et très chers
(le plus souvent privés) dispensaient des cursus
débouchant sur le A level anglais, quand les écoles
publiques proposaient un diplôme national de fin
d'études sans équivalent.
Le système universitaire nigérian a toujours subi la
concurrence des formations à l'étranger. Ce n'est qu'au
milieu des années 70, avec la multiplication des
établissements et l'explosion concomitante de la demande que
le nombre d'étudiants inscrits dans le pays a
dépassé celui des inscrits à
l'étranger.
Enjeux religieux : l'éducation de type occidental s'est
diffusée au rythme de la progression des missionnaires
chrétiens, qui n'ont jamais été autorisés
par la couronne britannique à s'installer dans les
régions musulmanes septentrionales. Le
déséquilibre qui s'en est suivi entre les taux
d'alphabétisation des régions chrétiennes et
musulmanes n'est toujours pas comblé.
Jusque dans les années 70, la plupart des enseignants sont des
produits d'une éducation missionnaire et de ce fait porteurs
de préjugés extrêmement
dépréciateurs sur l'islam qu'ils véhiculent sans
précaution dans les classes et les manuels scolaires.
Pour les mêmes raisons historiques, il se trouve que dans les
grandes universités fédérales du nord musulman,
et malgré les politiques de quotas appliquées au
recrutement des étudiants et des enseignants, une forte
minorité d'entre eux persiste.
Les confrontations interconfessionnelles dans le milieu scolaire
tendent à se multiplier depuis la fin des années 70
chaque fois que se dessinent des périodes de transition
politique. Ainsi, en 1987, dans la région de Kafanchan, au sud
de l'Etat de Kaduna, une querelle de lycéennes du Queen Amina
College de Kaduna autour du type d'uniforme à porter et un
meeting évangélique chrétien dans un institut de
formation des enseignants ont déclenché une des plus
graves émeutes interconfessionnelles.
La crise des années 80 a marqué incontestablement la
fin d'un système éducatif d'inspiration coloniale.
Mais une tendance majeure s'est dessinée au début des
années 90 qui nous oblige à regarder autrement l'avenir
de ce système. Alors que les professeurs les plus
qualifiés ont quitté le navire, qu'aucun campus ne
reste ouvert plus de trois mois d'affilés, qu'aucun programme
de subventionnement des études ne subsiste, la demande
d'éducation au niveau supérieur augmente au point
qu'aujourd'hui moins de dix pour cent des demandes d'inscription sont
satisfaites.
Quelle que soit l'orthodoxie du plan d'ajustement adopté dans
ce pays, les contraintes et les conditionnalités des
programmes ont incontestablement changé le paysage
éducatif : les stratégies des différents groupes
sociaux se font plus claires lorsque disparaissent les soutiens
étatiques. Par ailleurs, la mobilisation des
solidarités religieuses et ethniques extérieures
à l'institution rendent les écoles plus
perméables aux transformations sociales.
Le type d'établissement fréquenté et le sexe des
étudiants interrogés déterminent largement les
domaines du possible que se fixent les uns et les autres. On est loin
de l'expérience homogène des étudiants des
années 70, époque où, tous boursiers, ils
étaient intégralement pris en charge.
Il apparaît aujourd'hui que le stéréotype de
l'étudiant nigérian sans vocation ni soucis pour son
avenir est une figure du passé.
Tenant globalement des propos très durs sur la classe
dirigeante de leur pays et sur les perspectives de la transition en
cours, les étudiants opèrent quand ils le peuvent des
choix d'établissement ou de filière en
référence à ce qu'ils pensent être leurs
possibilités d'intégration sur le marché du
travail.
Pour tous, le diplôme universitaire est vécu comme un
passeport minimum, à obtenir à tout prix, plus que
comme une fin en soi ou une sorte d'accomplissement. En somme,
à travers leurs propos, les étudiants s'avèrent
réalistes sur les possibilités de mobilité
sociale que leur apporteront leur diplôme.
Jamais ils ne perdent de vue l'entretien des réseaux
communautaires (ethniques ou religieux) qui, en dernier ressort,
confèrent à ses détenteurs le capital le plus
valorisé au Nigéria dans l'accès aux positions
de pouvoir.
Y.L.
Le Nigéria est peut-être un pays à
part en raison de son caractère fédéral unique
en Afrique et de sa farouche volonté à demeurer hors
tutelle. Ce qui est sûr, selon les analystes, c'est que la
Fédération est l'une des grandes pièces
maîtresses de l'intégration économique en Afrique
de l'Ouest.
Limité au nord par le Niger et le Tchad, à l'ouest par
le Bénin et à l'est par le Cameroun, le Nigéria
dispose d'une large côte sur l'océan Atlantique.
Avec ses 913 073 km2 et sa centaine de millions d'habitants, il fait
en effet figure de «géant». Pays «largement
hors tutelle», selon Michèle Maringues, ancienne
correspondante du quotidien Le Monde et de Radio France
internationale au Nigéria. Un «caractère
fédéral sans cesse discuté mais toujours
réaffirmé », insiste Daniel Bach, directeur du
Cean. «Une mosaïque, ajoute Yann Lebeau (chercheur au
Cean), au regard de sa diversité géographique,
culturelle et religieuse. »
Au cours de la rencontre de la Cade du 27 mai consacrée au
Nigéria : atouts et faiblesse d'une puissance
régionale, ces trois intervenants se sont attachés
à expliquer ce qui fait la spécificité de ce
pays. Pour Daniel Bach, « il domine la sous-région
», véritable tête de file de la Communauté
économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao,
créée en 1977).
Et l'économie de certains pays, notamment celle des voisins
immédiats, est « fortement imbriquée »
à celle du Nigéria. D'ailleurs, ajoute-t-il avec ses
17,5 milliards de barils de pétrole de réserve et ses
2000 unités industrielles, le Pnb du Nigéria est
supérieur à celui de ses voisins. Un pays influent qui,
par le passé, a présidé la Commission des
Nations Unies sur l'Afrique du Sud, et qui n'a pas
hésité à «nationaliser les avoirs de la
British Petrolium en 1979.
Le Nigéria se caractérise également par son
importante capacité de recherche et de production
scientifique. Alors que d'autres pays africains font appel à
des experts étrangers pour rédiger des constitutions,
dans les années 70, le Nigéria lui s'adresse à
ses propres intellectuels et experts pour travailler à la
refonte de son texte fondamental.
Une « capacité de réflexion interne», qui
fait dire à Daniel Bach et Michèle Maringues que «
le Nigéria a su sécréter ses propres
capacités d'ordre».
Depuis la pendaison de l'écrivain Ken Saro Wiwa et celle de
plusieurs de ses compagnons du Mouvement pour la survie du peuple
Ogoni (Mosop) en novembre 1995 ­p; à l'issue d'un
procès dont la régularité est contestée
par beaucoup ­p;, plusieurs pays (membres du Commonwealth, l'Union
européenne, Etats-Unis, etc.) ont pris des mesures de
rétorsion à l'encontre du Nigéria.
Aujourd'hui, le régime manuvre pour briser ce relatif
isolement. C'est dans le cadre de cette stratégie, explique
Yann Lebeau, que « le Nigéria a accordé à
la Chine un important marché de rénovation d'une partie
de son réseau ferré ». Toujours « pour
enfoncer un coin du bloc » des sanctionneurs, le
général Abacha annonçait en décembre
1996, aux lendemains du sommet France-Afrique qui a eu lieu à
Ouagadougou, que le Nigéria doit se mettre à «
l'étude du français».
Le Nigéria anglophone se mettant à l'étude de la
langue de Molière à une grande échelle, certains
y voient un message d'avertissement adressé au Commonwealth.
Ce 27 mai à l'Iiap, il a été aussi question de
la place du Nigéria dans la gestion des conflits dans la
sous-région.
Premier contributeur en hommes et en armes de l'Ecomog (force
d'interposition au Libéria composée de soldats de
plusieurs pays ouest-africains), le Nigéria a envoyé sa
troupe, courant mai dernier pour s'opposer aux putschistes qui
venaient de chasser le président élu de Sierra Leone.
La rapidité de la réaction n'étonne pas
Michèle Maringues, «les Nigérians ayant
joué, par le passé, les big brothers des régimes
militaires sierra-léonais». Mais encore, analyse-t-elle,
« cette campagne est une manière, pour le régime,
d'éloigner des militaires, l'armée nigériane
étant pléthorique ». Autre conflit, celui qui
oppose Nigérians et Camerounais qui se disputent la
péninsule de Bakassi. Est-ce parce que le port nigérian
de Calabar, proche de Bakassi, avec sa zone franche, est une
région stratégique pour le Nigéria? Sans doute,
estime Michèle Maringues, qui souligne également
l'intérêt pour les Français d'avoir Bakassi comme
point de passage pour l'enlèvement du pétrole
camerounais. Mais Georges Courade, directeur de la revue Politique
Africaine, voit également dans ce conflit les
conséquences de la xénophobie que les Camerounais
manifestent à l'égard des Nigérians qui vivent
à Bakassi et il souligne qu'il y a des dizaines de milliers
d'Ibos nigérians qui vivent au Cameroun.
Pour Daniel Bach, il ne faut pas perdre de vue certaines
échéances. La communauté économique
africaine (Cea, instituée par le sommet des chefs d'Etat
africains réunis à Abuja en 1991), au sein de laquelle
le Nigéria est appelée à jouer un rôle de
premier plan. La dévaluation du franc Cfa a provoqué
une relative stabilisation du naira, la monnaie nigériane. Et
même si la construction de la Cedeao (qui regroupe pays
anglophones et francophones contrairement à la défunte
Ceao qui ne regroupait que les pays francophones) paraît par
moment bloquée, il est difficile, voire impossible,
d'envisager une intégration économique
sous-régionale sans le Nigéria. Daniel Bach a
opportunément conclu en invitant les responsables
français de la coopération à tenir compte de
cette donnée.
Gilbert Lam Kaboré
Dans un entretien accordé au bulletin Le Bull d'Aire
(n°6, juin 97), publié par Aire développement, le
président Alpha Oumar Konaré du Mali qui se
définit comme « un homme de science et de culture »
explique sa conception des conditions d'un partenariat scientifique
positif :
«Partenariat scientifique d'égal à
égal veut dire égalité de regard (...) La
complaisance, la compassion sont ce que l'on peut offrir de pire
à l'Afrique. Le partenariat d'égal à égal
implique le respect mutuel, fondé sur la notion
d'évaluation.
Il suppose la mise en commun des moyens et des objectifs. Il est le
seul que nous puissions concevoir dans une perspective mondiale de
développement. Parce qu'ils partagent les mêmes
problèmes, sont confrontés à des handicaps
voisins, le partenariat entre pays du Sud devrait pouvoir permettre
de mieux asseoir leur collaboration avec les autres pays (...) »
Sous ce titre, Syndicalisme hebdo du 29 mai (Cfdt) revient sur le
récent congrès de l'Oraf (Organisation régionale
africaine de la Cisl), «qui a été l'occasion de
mettre l'accent sur les évolutions en cours en
Afrique».
L'hebdomadaire syndical évoque l'Afrique des drames ­p;
l'implosion au Zaïre qui rappelle des drames tels les conflits
fratricides en Somalie, au Rwanda ­p; non pas pour simplement se
lamenter, mais pour davantage mettre en relief l'autre Afrique qui
avance : « (...) Le fait nouveau est que 40 pays sur 46 au Sud
du Sahara voient leur PIB augmenter (...)
La montée du monde informel qui domine les villes africaines,
au point de bousculer des syndicats de salariés du secteur
moderne (...), ne peut masquer la vigueur de l'économie
populaire. Elle est bien plus qu'une économie de survie (...)
»
«Ni griots serviles ni détracteurs stériles.
» Les lecteurs n'oublieront pas de sitôt, voire jamais,
ces propos de Jean-Baptiste Placca qui vient de lancer un
hebdomadaire panafricain basé à Paris, L'Autre
Afrique*. Pour avoir été successivement
rédacteur en chef et directeur de la rédaction dans
deux autres publications du même type, le journaliste togolais
n'ignore pas que la tâche est rude et que de Ouagadougou
à Kinshasa en passant par Dakar et Lomé, les lecteurs
ont appris à distinguer les journalistes des griots. Dans
l'éditorial du premier numéro paru le 21 mai, il
explique sa démarche : «L'Autre Afrique se veut,
dans son approche de l'information, constructive et positive, avec
des propositions concrètes pour résoudre les
problèmes qui sont ceux de l'Afrique aujourd'hui». Car,
poursuit-il, à côté de l'Afrique des drames que
le journal n'entend pas occulter, il y a une autre Afrique, plus
positive, faite d'hommes et de femmes qui travaillent, dans la
discrétion, à améliorer leurs propres conditions
de vie.
L'Autre Afrique innove dans ses rubriques en accordant une
place aux Ong, à la société civile, aux
débats d'idées...
* 6, rue de Berri, 75008 Paris. Tél. : 01 53 53 54 54; Fax :
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