
Comment l'Afrique échapperait-elle à l'effet Kosovo, qui polarise l'attention sur les frappes aériennes, sur les déclarations embarrassées des diplomates et des militaires de l'OTAN, qui mobilise les énergies humanitaires sur l'effrayant exode-expulsion de la plus grande partie des habitants musulmans de cette province de la Serbie ?
L'intervention de l'OTAN au Kosovo pose en effet une question importante : est-il possible d'envisager que la France, l'Union Européenne, l'ONU, ou toute autre organisation extra- africaine intervienne à nouveau directement en Afrique pour faire cesser des crimes contre l'humanité, des génocides perpétrés par des gouvernements légaux ou des mouvements de rébellion, pour rétablir la paix ?
La question est dérangeante et pourrait être posée à propos d'autres pays dans le monde. Mais y répondre permet d'approfondir et de clarifier notre relation avec l'Afrique.
On ne peut en effet s'en tenir au seul constat de "deux poids deux mesures" dans l'attention que la France, l'Union européenne et l'Otan portent aux violations des droits de l'Homme, par rapport à celle que ces organisations portent aux mêmes violations en Afrique.
Rappelons d'abord que l'intervention de l'OTAN au Kosovo se veut une réponse politique européenne à un problème européen, même si la mise en oeuvre militaire est largement tributaire des Etats-Unis.
Remarquons ensuite que les frappes aériennes sont en train de révéler le coût humain et politique élevé d'une opération hautement technique, mais sans appui au sol et sans soutien politique sur place.
Ces deux considérations suffisent à écarter l'idée qu'une intervention du type de celle qui est menée au Kosovo puisse être transposée à l'identique en Afrique. Et elles renvoient les pays africains à la responsabilité de l'Afrique dans le règlement de ses propres problèmes. Ne serait-ce que parce que les anciennes puissances coloniales se sentent moins concernées ou ne souhaitent plus se laisser entraîner dans des interventions toujours plus délicates à concevoir, à justifier et à mener à bien, il faudra que les pays africains et leurs organisations régionales et sub-régionales relèvent le défi de construire, eux aussi, une capacité politique et militaire afin de prévenir et de régler les conflits nés sur leur sol.
Autre "effet Kosovo" sur les relations euro-africaines : la crise des Balkans nous rappelle que l'exploitation "ethnique" du nationalisme n'est pas une spécificité africaine mais l'immense défi de la fin de ce siècle, ce défi que certains appellent la globalisation. Il va falloir inventer de nouvelles formules pour concilier le respect des droits de l'Homme et des minorités avec ceux des peuples et des Etats, rendre à l'économie son caractère politique, moraliser l'utilisation des finances publiques, faire vivre la démocratie à partir du bas, à partir de la société civile organisée. À cet égard, l'Afrique, comme l'a écrit Philippe Engelhard dans L'Afrique miroir du monde, a autant d'atouts que d'autres continents pour inventer des solutions dont notre monde en gésine a besoin afin de surmonter ses contradictions et ses conflits.
Michel Levallois
Nous vous avions rendu compte dans la lettre n° 25 des conclusions d'un séminaire tenu fin novembre 1998. Un groupe de travail a préparé dans les mois suivants la mise en oeuvre de ces conclusions, et un nouveau séminaire s'est tenu le 17 avril dernier. Les participants ont décidé de se réunir en Assemblée Générale constitutive et ont désigné les membres du conseil d'administration.
Celui-ci s'est réuni pour la première fois le 11 mai et a désigné à son tour un bureau ainsi constitué :
Michel Levallois, Président
Jean Clauzel, Vice-Président
Xavier De Franssu, Vice-Président
Henri Senghor, Vice-Président
Bernard Monnier, Secrétaire Gén.
Jean Némo, Trésorier
Cette transformation en une association qui reste étroitement liée à Enda Tiers-Monde, ne signifie pas un changement de cap mais elle traduit une volonté de donner plus d'ampleur à nos activités, d'améliorer nos rencontres-débats, et d'accroître notre influence sur les "cibles" que nous visons.
Les lecteurs de la Lettre sont cordialement invités à se joindre à la nouvelle association et recevront les statuts et un bulletin d'adhésion sur simple demande.
(Compte-rendu de la rencontre-débat du 14 avril)
Cette rencontre-débat devait illustrer les relations entre les pays d'Afrique au sud du Sahara et la Banque Mondiale. Celle-ci se positionne en Afrique comme ailleurs en leader des "bailleurs de fonds", en tout cas comme leur maître à penser. Elle ambitionne d'être aussi le maître à penser des dirigeants africains, convaicue que ses stratégies économiques sont les mieux à même de favoriser le développement. Les Africains, qui ont besoin de ses financements, ont beaucoup de mal, d'une part à traduire concrètement ces orientations dans leur réalité économique et sociale, d'autre part à faire valoir des stratégies alternatives.
Jean Némo a présenté le cadre général des rapports entre l'Afrique et la Banque, Tom Amadou Seck a exposé le cas concret des négociations entre le Sénégal et la Banque et Patrice Dufour, en poste à la Banque à Paris, a apporté explications et éclairages utiles pour animer le débat.
La BIRD et le FMI , des institutions d'abord conçues
pour les pays industrialisés
Le premier intervenant a rappelé l'origine des
institutions de Bretton-Woods (Banque Internationale pour la
Reconstruction et le Développement et Fonds Monétaire
International - BIRD et FMI) créées à la fin de
la seconde guerre mondiale, et qui à l'origine avaient pour
vocation d'aider à la reconstruction des pays
industrialisés et de leur fournir les facilités
monétaires indispensables au développement des
échanges. C'est dans le courant des années cinquante et
surtout soixante, avec l'accession à l'indépendance
d'un nombre important d'anciens territoires coloniaux, que ces
institutions ont été amenées à traiter
directement avec ces derniers des problèmes qui les
concernaient (ils devenaient à leur tour "actionnaires" et
"clients"), dans un cadre macro-économique et dans un
environnement social très différents de ceux des pays
industrialisés. Les règles établies au
départ dans les statuts de ces institutions avaient le plus
souvent implicitement pris en compte les seules préoccupations
des pays industrialisés, sensés avoir certains types de
comportements et être a priori de bons "risques", parce qu'ils
étaient à même de respecter une certaine
règle du jeu. L'arrivée de nouveaux venus, d'un niveau
de développement plus faible, à l'économie plus
précaire, souvent moins productive, et dont les politiques
paraissaient moins assurées et moins fiables, a introduit
à la fois un facteur "risque" nouveau (ou
considéré comme tel), et des problématiques de
développement mal connues jusqu'alors.
Des institutions réputées autoritaires parce
qu'elles imposeraient des "conditionnalités".
Elles ont été amenées dans ce contexte
à poser des conditions à l'octroi de leurs prêts
à certains pays en voie de développement, qui
n'étaient pas formellemnt prévues dans leurs statuts,
et qu'elles n'imposaient pas à des pays plus
développés tels que le Royaume-Uni, l'Australie ou
même les Etats-Unis, ce qui a provoqué des
réactions vives de la part des premiers qui ont obtenu une
certaine forme de codification et de généralisation du
système de "conditionnalités" : à l'origine,
donc, celui-ci n'a pas été contesté dans son
principe, on a surtout voulu éviter une application
discriminante...
Ce système est d'abord apparu sous sa forme économique, voire essentiellement technique, que l'on pourrait assimiler, en simplifiant pour l'illustration, aux précautions que prend tout banquier qui prête à un particulier ou à une entreprise (solvabilité actuelle et prévisible du débiteur, bonne utilisation des crédits obtenus etc...). Mais lorsque l'emprunteur est d'abord l'Etat ou l'un de ses démembrements, et que l'objet de l'emprunt est de transformer l'économie, de la rendre plus performante et plus compétitive, on a vite fait de passer de simples considérations de technique financière et économique à des considérations de politique économique. Lorsqu'en outre on constate que les prêts déjà consentis n'ont pas vraiment résolu les problèmes de l'emprunteur, on arrive à la notion d'ajustement structurel, c'est à dire à la prise en considération de la durée nécessaire à la transformation de l'économie : les financements restent nécessaires sur le court terme pour régler des problèmes immédiats de balance des paiements, mais ils doivent être alors complétés par des financements de moyen et long termes. C'est le domaine de la Banque par excellence, qui prend le relais du FMI pour définir à son tour des conditionnalités, en fait suggérer avec insistance les orientations macro-économiques et les politiques économiques qui lui paraissent les mieux à même de produire les meilleurs effets de ses interventions.
Une "machine" à produire des réflexions sur le
développement et à les transformer en recettes
La Banque dispose de ressources humaines considérables et
d'une capacité remarquable à mobiliser les meilleurs
économistes, ce dont ne dispose aucune autre
coopération bilatérale ou multilatérale. Les
débats y sont animés et jamais vraiment finis, mais ils
débouchent forcément sur de véritables doctrines
qui servent de fondement aux actions concrètes, jusqu'à
ce qu'elles soient remises en cause et remplacées, mais force
est de constater qu'elles sont toujours étroitement
d'inspiration libérale classique ou néo-classique. En
soi, ce n'est pas forcément erroné, mais ce n'est pas
non plus forcément adapté aux situations réelles
des emprunteurs. Le hic, c'est qu'il n'existe pas de discours
alternatif, les administrateurs de la Banque, qui sont les Etats
actionnaires, y compris les pays en voie de développement,
remettent rarement en cause les grandes orientations proposées
par la Banque, même s'ils sont souvent très exigeants
sur la justification des projets eux-mêmes. Paradoxalement, les
évaluations faites par la Banque sont le principal moteur
d'évolution des "doctrines" et de l'apparition de nouvelles
idées (la dernière étant la prise en compte de
la pauvreté pour définir les priorités à
assigner aux projets).
Et l'Afrique?
Elle n'échappe pas à la "régle commune",
mais elle a longtemps été considérée
comme le continent des "mauvais élèves", à de
rares exceptions près (Ghana, Ouganda). De fait, il y a eu,
particulièrement depuis la fin des années soixantedix,
une véritable incompréhension entre la plupart des
responsables africains et les états-majors de la Banque. Les
premiers, héritiers de traditions coloniales qui faisaient la
part belle à l'économie administrée (y compris
dans les pays anglophones) ou convertis de fraîche date aux
dogmes marxistes, n'ont jamais été réellement
convaincus des approches proposées par les institutions de
Bretton-Woods, et en tout cas se sont rarement sentis en mesure de
réellement les suivre, compte tenu des obstacles sociaux et
politiques qu'ils avaient à affronter. Les seconds,
pressés par leurs autorités et, au début tout au
moins, insuffisamment présents sur le terrain, ont
considérablement sous-estimé la force des structures
socio-politiques africaines, ils n'ont pas bien compris les logiques
internes d'économies très largement dépendantes
des marchés mondiaux et des aides extérieures, en ce
qui concernait la partie "visible", à peu près saisie
par les statistiques officielles, mais aussi tournée vers
"l'informel" sur le plan interne (c'est à dire
répondant à des logiques et des mécanismes
échappant pour l'essentiel aux règles de comportements
prévisibles au niveau macro-économique).
En simplifiant quelque peu, mais sans vraiment dénaturer la réalité, on peut donc considérer que les partenaires ont souvent mené leurs négociations et conclu des accords sur des bases peu sincères, les dirigeants africains acceptant des conditionnalités et des objectifs que, pressés dans l'immédiat par leurs besoins de financement, ils n'avaient pas vraiment l'intention de respecter, les responsables de la Banque faisant comme s'ils étaient convaincus que leurs solutions mettraient "spontanément" les économies africaines dans la bonne voie.
Ceci dit, la Banque a fait des efforts considérables pour essayer de comprendre les raisons des insuffisances de résultats, et pour y porter remède. C'est ainsi que, souhaitant que les Africains s'approprient ses analyses, elle a mobilisé l'expertise locale et a consenti d'importants programmes de formation, elle a tenté de favoriser le développement d'une réflexion proprement africaine. Elle a également affiné ses analyses, et mieux pris en compte des éléments de compréhension de la réalité africaine et l'existence d'autres acteurs que les Etats (tissu naissant de petites entreprises, groupements locaux de producteurs...).
De leur côté, les dirigeants africains n'ont pu ignorer que les orientations macro-économiques qui leur étaient proposées avec insistance étaient celles suivies par un nombre croissant d'autres pays sur d'autres continents, y compris de pays en voie de développement, et qu'un certain nombre d'entre eux obtenaient de bons résultats.
Mais, dans l'ensemble, on ne peut pas dire que les rapports entre les institutions de Bretton-Woods et la majeure partie des Etats au sud du Sahara aient encore atteint un niveau satisfaisant de confiance mutuelle. Les démonstrations de la Banque, selon lesquelles les "bons élèves" tireraient mieux leur épingle du jeu que les autres ne sont pas réellement convaicantes. De leur côté, les responsables africains n'ont pas su à ce jour élaborer de stratégie alternative de développement. Aucun de leurs "bailleurs de fonds", parfois critiques à l'égard de la Banque, ne leur a du reste suggéré d'hypothèses de travail à ce sujet.
L'intervenant conclue sa présentation en indiquant que la Banque ne peut être accusée sans nuance, et qu'elle a consenti plus d'efforts de compréhension que la plupart des bailleurs de fonds ; que les responsables africains portent leur part de responsabilité dans le succès tout relatif des opérations financées avec l'aide de la Banque et que, sans vouloir esquiver le problème par une pirouette, les uns et les autres n'ont pas réellement saisi que l'Afrique présentait un cas particulier, pour la solution duquel les "recettes successives" (l'économie administrée post-coloniale ou marxisante, le libéralisme classique) n'étaient pas forcément inadaptées, mais demandaient une longue transition sociologique, démographique et politique pour avoir leur plein effet. Celle-ci est certainement à l'oeuvre, mais nul ne sait réellement la maîtriser.
En 1960, le P.I.B. du Sénégal se chiffre à 1 017 dollars/habitant, plus élevé que celui de la Corée du Sud. En 1985, celui de la Corée du Sud est quinze fois supérieur à celui du Sénégal. En 1996, le P.I.B. du Sénégal se situe aux environs de 570 dollars par habitant.
Le Sénégal est le premier pays à mettre en uvre une politique d'ajustement structurel en Afrique subsaharienne, en 19801 avec les institutions de Brettton Woods (Banque Mondiale, FMI). L'intérêt de la Banque Mondiale est d'avoir formulé le diagnostic suivant : comment passer d'une économie de rente, administrée, à une économie de marché, porteuse d'une croissance durable, capable de lutter contre la pauvreté et d'affronter la mondialisation.
L'objectif recherché par l'ajustement structurel (de 1980 à 1994) est la libéralisation de l'économie, le rétablissement des grands équilibres macro-économiques : taux de croissance économique, équilibre budgétaire et commerce extérieur, désinflation.
En raison des résistances de l'appareil d'Etat, de la surévaluation du taux de change (zone franc), l'ajustement interne a été un échec.
En 1994, avec la dévaluation du Franc CFA, l'économie du pays commence à être compétitive. En 1998, tous les grands équilibres macro-économiques sont au vert, en dépit de la croissance de la dette multilatérale et de la faiblesse de l'investissement public et privé. Le Pays vient de signer en avril 1998 un nouveau plan d'ajustement structurel (1998-2000) avec la Banque Mondiale et avec le F.M.I une facilité d'ajustement structurel renforcé (1998-2000).
Outre le satisfecit des bailleurs de fonds multilatéraux et bilatéraux, il a reçu environ deux milliards de dollars pour le financement de son programme économique dont 500 millions de dollars de la Banque Mondiale, premier bailleur de fonds multilatéral en Afrique subsaharienne depuis la dévaluation de 1994. Le portefeuille de l'Institution pour l'exercice 1998 se chiffre à 18 milliards de dollars pour l'ensemble du continent africain.
Performances macro-économiques et relatif succès
des privatisations au Sénégal
Au niveau macro-économique et de la mise en chantier d'un
programme de privatisation très ambitieux, les succès
sont réels. Les premières opérations de
privatisations concernant les secteurs de l'eau, du
téléphone, de l'électricité sont
originales :
Exemple pour l'eau, l'Etat garde la propriété du patrimoine, la distribution et la gestion sont privatisées. Un groupe franco-sénégalais, dont une filiale de Bouygues, est le partenaire stratégique.
Pour le téléphone, la répartition du capital est la suivante :
33 % des parts sont cédées à un groupe étranger (dont France Télécom), 33 % aux pouvoirs publics, 5 % à un opérateur africain et le reste aux salariés et à l'actionnariat local.
Cette dernière opération est la plus réussie. Les actions de la SONATEL sont cotées à la bourse régionale d'Abidjan. L'Etat maintient la minorité de blocage, l'actionnariat local est favorisé, de même l'alliance avec des groupes privés étrangers (transfert de technologie, dont accès à Internet). Ce n'est plus le contribuable qui paie, mais l'usager qui peut exiger un service de qualité.
D'autres secteurs de l'économie sont concernés par les privatisations (Transports, secteurs hôteliers, textiles, industries chimiques, etc.).
Dans le secteur agricole, la libéralisation des filières (riz, coton, arachide) s'accompagne d'une privatisation des entreprises publiques (C.P.S.P., SODEFITEX, SONACOS...).
L'objectif visé est la mise en place d'un environnement juridique, judiciaire, économique et fiscal, mais aussi la dotation d'infrastructures modernes pour attirer l'investissement privé, national et international.
Cependant l'environnement judiciaire et juridique devant accompagner le processus est encore peu propice à remplir sa nouvelle mission, en raison du piétinement de la réforme de la fonction publique et de la permanence d'une muraille réglementaire.
Limites des programmes d'ajustements structurels
La modernisation de la fonction publique (transparence et
renforcement des capacités de gestion, lutte contre la
corruption, décentralisation), autrement dit, une bonne
gouvernance, n'a réalisé que peu de progrès.
L'autre limite concerne le programme d'ajustement du secteur agricole, en particulier la priorité contestable donnée aux investissements agricoles.
La recherche de l'autosuffisance alimentaire (cultures irriguées, grands barrages), en particulier la priorité donnée à la filière rizicole, n'a pas été un succès. Une réorientation vers les cultures pluviales (arachide, coton) plus porteuse de croissance et d'augmentation des revenus, peut contribuer à lutter contre la pauvreté.
Au Sénégal, quatre ménages pauvres sur cinq sont ruraux. Aussi, les dernières orientations visent à l'amélioration des revenus, à la sécurité alimentaire (priorité aux cultures pluviales, à l'élevage et à l'horticulture), à l'augmentation de la production, à la préservation de l'environnement.
La stratégie de la Banque mondiale, comme celle des pouvoirs publics (9ème Plan de développement économique et social) vise à lutter contre la pauvreté, à la recherche d'une croissance durable, pour augmenter les revenus et favoriser les infrastructures primaires de base (eau, électricité, santé, nutrition, éducation).
En définitive, les succès de l'ajustement sont macro-économiques, mais les limites se situent au niveau sectoriel, d'où les deux défis majeurs à relever durant la prochaine décennie : la montée de la pauvreté et la croissance du secteur informel (ou économie populaire).
Deux défis majeurs lancés à la Banque
Mondiale : la montée de la pauvreté...
La lutte contre la pauvreté comporte un partenariat
efficace avec les organisations de producteurs ruraux (conseil
national de concertation des ruraux) dont la F.O.N.G.S. et, au niveau
urbain, avec les O.N.G. locales, comme Enda Tiers-Monde et le
mouvement associatif (Union nationale des petits commerçants,
Association des femmes et des jeunes) en matière
d'évaluation sociale des projets : micro-finance, formation,
généralisation des travaux à haute
intensité de main d'uvre.
Ainsi, pour l'exercice 1998, la Banque Mondiale a financé 14 projets d'une valeur totale de 560 millions de dollars environ.
Elle a innové son approche en termes de développement social dans trois séries de projets.
Le premier en Afrique au sud du Sahara est testé au Sénégal en 1998. Il s'agit du projet de nutrition communautaire, dont les groupes cibles sont les plus vulnérables aux politiques d'ajustement structurel : enfants mal nourris, femmes enceintes et allaitantes, vivant dans des quartiers urbains défavorisés, pour améliorer leur état nutritionnel. 76000 enfants de 0 à 3 ans, 101 000 femmes sont concernés. Le projet est supervisé par des ONG et des GIE. Le projet n'ayant démarré qu'en 1998, il est prématuré de vouloir faire le bilan.
Le deuxième concerne l'alphabétisation des femmes, en priorité pour lutter contre la croissance démographique et instaurer le planning familial.
Le troisième, le plus original, concerne la professionnalisation des organisations de producteurs et de vulgarisation agricole.
Cependant, l'évaluation sociale (expertise) et le suivi (fin du financement) de la majorité des projets sont très limités. La fin du financement entraîne souvent la disparition du projet, faute de fonds autonomes et de formation relais en gestion en comptabilité et en crédit décentralisé.
... et la croissance de l'économie populaire
Celle-ci a crée 66 % d'emplois urbains nouveaux. Un
partenariat renforcé avec les acteurs de ce secteur
paraît important : financement de micro-crédit,
formation et alphabétisation fonctionnelle en gestion, statut
juridique reconnu pour les micro-entreprises... Dans les
années à venir, compte tenu de la croissance urbaine,
ce secteur va être décisif pour la promotion du
développement social, la lutte contre chômage urbain
chez les jeunes.
Partenariat et contractualité
Des efforts non négligeables ont été
accomplis par l'institution de Bretton Woods, surtout depuis
l'arrivée de son nouveau Président, en matière
de développement social et de la prise en compte de
l'importance d'indicateurs sociaux dans le développement
économique, de la recherche d'une croissance durable. Mais
pour accompagner le développement des pays en question, le
partenariat mérite d'être mieux perfectionné avec
les acteurs de la société civile, du secteur
privé, des pouvoirs public et avec les bailleurs de fonds
bilatéraux (coopération décentralisée
avec la France, Agence française de développement,
ONG).
Deux orientations constituent encore des limites à l'ajustement : l'allégement de la Dette multilatérale dans le programme des Pays pauvres très endettés, la simplification des critères d'éligibilité des pays comme le Sénégal et une formulation régionale des programmes d'ajustement structurels, pour mieux affronter la mondialisation, renforcer l'intégration régionale et interrégionale.
Aux premiers programmes imposés par les institutions de Bretton Woods sous forme de conditionnalité, les pays africains commencent à substituer des contractualités proposées par eux-mêmes.
Tom Amadou SECK,
économiste sénégalais
1. Voir Tom Amadou Seck : La Banque Mondiale et l'Afrique de l'Ouest, l'exemple du sénégal Paris, Publisud, 1997
Les questions et interventions des participants à la rencontre-débat portent sur plusieurs thèmes. Que penser des remises en cause et des réorientations du nouveau président de la Banque, M.Wolfensohn ? La Banque ne sait pas tenir compte des problématiques micro-économiques, et cet aspect des choses aurait du être évoqué dans les exposés. La Banque a t-elle pour vocation de se situer au niveau de l'Etat pour traiter de sa réorganisation, et a t-elle la capacité de jouer correctement le rôle de conseil ?
Certains se sont montrés surpris de la coloration "idyllique" donnée à l'exposé sur les relations entre le Sénégal et la Banque. Enfin, la question est posée de savoir si la banque prend suffisamment en compte la diversification des économies et l'industrialisation.
Les initiatives récentes du président de la Banque prouvent que celle-ci n'est pas figée dans des attitudes et des méthodes stéréotypées, et qu'elle pratique l'autocritique et les réorientations. Cela se traduit par de profonds remaniements internes, une rationalisation douloureuse pour les emplois, et finalement assez peu de modifications sur le fond de la doctrine libérale dominante. De ce point de vue, le document présenté en janvier dernier (A proposal for a comprehensive development framework) semble un peu "réinventer" le monde, même s'il représente un effort louable pour proposer des moyens d'analyse plus détaillés et mieux adaptés aux réalités du développement.
La Banque ne saurait pas financer des petits projets et encore
moins des micro-projets.
Ses propres projets appelle en effet plutôt des analyses
macro-économiques et des évaluations classiques
d'entreprises de grande taille. Cependant, son rôle de plus en
plus important de conseiller économique des gouvernements
(voire de décideurs des politiques) l'a amené à
s'intéresser aux micro- et petites entreprises
considérées comme les germes d'entreprises
compétitives de plus grande taille.
Le tableau des relations entre le Sénégal et la
Banque, dressé par M. Seck décrit factuellement les
mécanismes et étapes de ces relations, il n'ignore pas
les tensions entre les partenaires qui traduisent un dialogue
réel, qui souvent aboutissent à des compromis.
Il n'a pu être débattu sérieusement des
questions liées à la diversification des
économies et à l'industrialisation, sauf pour indiquer
que la Banque et l'ensemble des bailleurs de fonds, se trompent dans
leurs analyses et dans leurs remèdes lorsqu'ils
considèrent les économies en question comme
dotées d'un appareil de production susceptible de
réagir positivement à de simples mesures d'ajustement
macro-économiques. On ne connait bien que la partie
extravertie de ces économies, l'exportation de matières
premières et l'importation de biens de consommation, dont la
maîtrise échappe largement aux pays concernés. On
méconnait en revanche tout un pan d'une économie
d'échanges internes et régionaux productrice de
richesses et accumulatrice de capital, mais très
fragilisée par des politiques trop brutalement
libérales, sans parler de l'économie informelle ou
populaire.
Le PNUD et le gouvernement sénégalais ont organisé début mars à Dakar un forum sur la future compétitivité des économies africaines qui a réuni quelque deux cents personnes, des hommes politiques, des fonctionnaires, des universitaires mais quelques (malheureusement) très rares entrepreneurs. Que les Africains initient entre eux une réflexion sur un sujet d'importance majeure pour l'avenir du continent est un signe positif.
Ni la Banque Mondiale, ni le FMI n'étaient présents pour défendre la doctrine orthodoxe, une doctrine dont le Forum a constaté qu'elle n'avait pas fait ses preuves jusqu'à présent au sud du Sahara. Après plusieurs lustres d'ajustements structurels censés créer les conditions de la compétitivité, celle-ci se fait toujours attendre.
Un second point positif était la présence dans ce forum d'un nombre élevé d'anglophones dont les vues sur le sujet ne recoupent pas nécessairement celles de leurs collègues francophones.
Enfin, dernier point, l'idée que, jeter un regard sur les expériences asiatiques, sans chercher pour autant à les imiter servilement, pouvait être utile dans la réflexion sur les futures politiques africaines, a manifestement fait son chemin alors qu'elle ne rencontrait aucun écho il y a quelques années.
Plus que les recommandations elles-mêmes, si pertinentes que soient certaines, on doit souligner, que ce forum était un rassemblement d'Africains soucieux de prendre en main leurs affaires et de réfléchir à leur avenir. Ce qui, à la lumière des expériences des décennies passées, est très encourageant.
Jacques GIRI
"Vous croyez donc à l'Afrique ? "( Question de La Croix-12/03- dans une interview d'H. Védrine)
Les articles dévolus à l'Afrique au Sud du Sahara au cours du mois de mars (du 02/03 au 31/03) dans la presse quotidienne nationale sont au nombre de 110 et comptent tendanciellement une majorité d'articles du Monde (31 sur 110).
"5 années sur la voie de la liberté"
L'Afrique du Sud et le Nigéria ont tenu le haut du
pavé cumulant 12 articles chacun. Tandis que l'un entame son
retour sur la scène internationale, l'autre confirme sa
position dans la presse hexagonale. En effet, le Nigéria,
"à la recherche d'appuis internationaux (
) deviendra
bientôt membre de la ZSP" tandis que "l'Afrique du Sud
étudie [sa] réintégration au
Commonwealth" (Le Monde, 03/03 et 23/03). Même si "la presse
[nigériane est] méfiante" (Le Monde, 06/03) et
qu'il est encore question du "retour du paria de l'Afrique dans la
vie internationale" (Le Figaro, 02/03), la circonspection du mois
dernier cède le pas à plus d'objectivité dans
les colonnes des quotidiens. L'Afrique du Sud quant à elle se
découvre à la lumière de faits de
société longuement développés notamment
dans un article intitulé "Notre Afrique du Sud", avec pour
leitmotiv "cinq années sur la voie de la Liberté" et
signé de Nadine Gordimer, prix Nobel de Littérature
(Libération, 27/03). Notons, sur le terrain de
l'économie, qu'a été rapportée dans la
presse la conclusion d'un accord de libre-échange entre
l'Afrique du Sud et l'Union Européenne (Les Echos, 26/03).
Présenté comme "un cadeau d'adieu" (Le Figaro, 26/03)
à Nelson Mandela, cet accord devrait entrer en vigueur d'ici
à dix ans.
"L'Afrique en guerre que l'Occident oublie"
Cependant, c'est encore par le prisme de la guerre et autres
exactions - qui véhiculent "une image déprimante" (Kofi
Annan) - qu'il est fait état de l'Afrique au quotidien: Ainsi
peut on lire que "l'Europe est lasse de l'Afrique et de ses guerres"
et, en particulier, de celle qui sévit en Angola (11 articles)
ou que la pratique des enlèvements en Ouganda "illustre
dramatiquement la nouvelle mode des mouvements de guérilla
africains" (Le Figaro, 23/03). Plus encore, "la communauté
internationale semble largement oublier la gravité [des
crises]" (Libération, 25/03) au Congo-Brazzaville (3
articles) et en Ethiopie (5 articles) malgré la publication
d'un rapport d'Amnesty International pour "épingler" l'un
(Libération, 25/03) et le plaidoyer de La Croix pour rappeler
la situation de l'autre dans un article qui titrait : "l'Afrique en
guerre que l'Occident oubli" (23/03). Et Le Monde d'ajouter dans son
éditorial (05/03) concernant l'Ethiopie : "Le fait que la
bataille de Badmé ait été remportée par
l'Ethiopie importe peu (
) au regard de l'histoire, ce qui
compte c'est cet effroyable affrontement". "Triste
première"
"Un nouveau plan Marshall contre le Sida"
"Concernant l'Afrique, il y a un phénomène cyclique
en Occident. On passe de l'indifférence absolue à des
périodes de passion" (La Croix, 23/03). Cette réflexion
trouve sa légitimation/parfaite illustration semble-t-il pour
Le Figaro dont le pessimisme de ce mois contraste avec la
neutralité si ce n'est l'optimisme relevé les mois
précédents . Il s'agit en effet du journal qui compte
le plus d'articles à connotation péjorative en valeur
relative (78% pour Le Figaro contre 45% pour Le Monde) comme en
valeur absolue (15 sur 19 pour Le Figaro contre 14 sur 31 pour Le
Monde). Si l'on se livre à une analyse comparative de tous les
quotidiens que balaye le baromètre, il apparaît que la
proportion d'articles dont le titre présente une dimension
négative de l'Afrique n'excède jamais 50% du nombre
total d'articles par quotidien.
C'est au Monde, à La Croix et, de façon plus surprenante, à Libération que l'on doit les quelques articles positifs dénombrés dans l'échantillon (5 sur 110) : la croisade contre l'excision (Libération, 11/03), l'accord entre plusieurs états africains sur la préservation des massifs forestiers (23/03, Le Monde) ou l'action des guérisseurs dans la lutte contre le Sida - Notons les interventions d' Enda-Santé dans ce processus d'une part et de Ron Dellums "ex-député de Californie et figure historique de la communauté noire" d'autre part qui a lancé "un appel à un nouveau plan Marshall contre le Sida en Afrique" (Libération, 30/03).
Françafrique
Quoique la "Françafrique" soit unanimement
dénoncée en tant qu'elle recouvre des pratiques
bilatérales d'un "autre âge" (" L'auteur de
Françafrique poursuivi en diffamation à la demande de
Mr Pasqua", Le Monde, 31/03), c'est encore dans une perspective
très restrictive, franco-africaine dirons-nous, qu'est
considérée la coopération entre l'Afrique et le
reste du monde. Ainsi, l'action politique concertée
décidée communément par la Grande-Bretagne et la
France à l'égard de l'Afrique n'a-t-elle donné
lieu qu'à un nombre très limité d'articles
(Libération 06/12 et 12/06, La Croix, 12/03). Il en est de
même pour le sommet africain de Washington auquel se sont
pourtant rendus nombre d'éminents représentants d'
Etats. "Abolissons la dette des pays pauvres" : tel est pourtant le
titre d'un article de D. Strauss Kahn (Libération, 12/03) dans
lequel il prône, en préparation du prochain sommet du
G7, une plus large concertation par son extension au monde associatif
notamment, des acteurs impliqués dans le processus de
développement. "Le monde associatif et les négociations
financières internationales sont [en effet] rarement
liées". (
) Dans cette perspective, le ministre a
réuni à Bercy les ONG Françaises".
Simili
Enfin, citons plusieurs comparaisons : "un Germinal tropical" (Le
Monde) pour qualifier une exploitation de bois au Cameroun, une
"Brasilia nigériane" pour décrire la ville d'Abuja (La
Tribune), le "Koweit de l'Afrique" - pour caractériser le
Cabinda (Le Figaro). A propos des transitions au Nigéria et en
Indonésie le Washington Post augurait que "si le processus
était mené à son terme avec succès,
l'expérience pourrait être contagieuse, de même
qu'un échec s'avèrerait décourageant pour
d'autres pays"
"Je crois que l'Afrique a toutes ses chances dans le siècle qui s'ouvre." Réponse d'H.Védrine à La Croix (12/03).
Nicolas FONTANG
Des nouvelles du site web de la CADE :
Plus de 500 connexions ont été enregistrées
depuis le début de l'année. Le site est de plus en plus
visité.
Nous sommes déjà chez yahoo dans la rubrique
Exploration Géographique/ Afrique/ Organisme et nous avons
fait des demandes auprès des principaux moteurs de recherche :
Altavista, Hotbot, Nomad
Sites partenaires : Université Senghor d'Alexandrie : http://www.refer.org.eg à partir duquel chacun peut naviguer jusqu'à celui de la Cade.
Chez nos partenaires :
Emile le Bris, président de l'OPCF, a participé
à une conférence-débat à Strasbourg, le
30 mars dernier, à l'invitation de Dominique Dumont sur le
thème "L'Afrique est-elle une frontière de l'Europe
?"
Le périodique L'Autre Afrique dont nous apprécions
et l'esprit et la ligne éditoriale fait appel à ses
lecteurs pour constituer une association des amis de L'Autre Afrique.
C'est bien volontiers que nous relayons son appel.
Contacter M. Miankeba Lubiku, 8 allée de la Bréteche,
Résidence du Mail, 78 340 Les Clayes-sous-Bois ou e-mail :
commercial@autre-afrique.presse.fr
Claude Hélène Perrot nous a signalé et nous avons vu avec intérêt que M6 a diffusé le dimanche 9 mai à 20H50, dans le cadre de l'émission Zone Interdite, un film de 26 minutes sur les funérailles du roi des Ashanti, tourné à Kumasi. Ce film montre un peuple qui relève le défi de la modernité tout en restant lui-même.
L'étude de Jean-Marie Cour et de Serge Snrech pour le Club du Sahel sur les perspectives à long terme de l'Afrique de l'Ouest, dont nous avons souvent parlé à la Cade, est enfin disponible aux éditions de l'OCDE, 2, rue André Pascal, 75 775 Paris Cedex 16.
Un patron africain, le PDG Marcel Zadi Kessy publie son témoignage et ses réflexions sur Culture africaine et gestion de l'entreprise moderne. Editions CEDA, 04 BP 541, Abidjan 04 RCI.
"Une interview de Amadou Toumani Touré" par Francis Kpatindé dans Jeune Afrique n°1996 du 13 au 19 avril 1999 : intéressant témoignage d'un militaire africain à qui la politique n'a pas tourné la tête.
Un nouveau venu dans le paysage de l'audiovisuel africain, Ecrans
Nord-Sud, qui milite pour la diffusion du cinéma africain. Son
premier numéro annonce les films récents ou qui doivent
sortir prochainement, les festivals et diverses manifestations ainsi
que les diffusions TV, vidéo et Internet.
Contact : Valérie Mouroux, 11, place du Général
Leclerc - 92 300 Levallois-Perret.
tel 01 47 57 35 32
Philippe Sébille, consultant à l'international et
nouvel adhérent de la Cade, a réalisé de 1997
à 1998 une étude prospective de 200 pages
intitulée : "Quel(s) avenir(s) pour l'Afrique Subsaharienne ?"
Etat des lieux et perspectives.
Son but : rapprocher les milieux de la recherche et le monde des
entreprises en fournissant à ces dernières, via les
travaux des premiers, des outils pratiques d'aide à la
décision adaptés à leurs
préoccupations.
Le message personnel délivré par l'auteur
reflète sur bien des points les orientations de la Cade.
Renseignements : tél/fax : 01 48 25 66 05 mobile : 06 68 55 66
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"Erratum" : dans la dernière Lettre de la Cade, une erreur s'est glissée dans l'adresse de la JCAD Cameroun. Lire BP 394 au lieu de 934, Dschang Cameroun.