
Il
y a dix ans les Rwandais hutus commençaient
leur « travail » , le massacre de leurs compatriotes tutsi, ceux que
la propagande du régime du président Habyarimana, appelait par la voix de la
radio des Mille collines les « cancrelats ». Entre six cent mille et un million de
morts, tel est le bilan effroyable de
ces trois mois de folie rwandaise. Au
delà de ces chiffres qui à eux seuls justifient l’emploi du mot génocide,
il faut évoquer les causes et le circonstances qui l’ont rendu
possible: la programmation du massacre par le gouvernement du Rwanda, sa mise
en oeuvre par tous les agents de l’État , civils et militaires avec la
complicité et parfois la participation de membres du clergé, la folie homicide qui a saisi les porteurs
de machette contre leurs voisins et parfois contre des membres de leur famille, tout cela donne au
génocide du Rwanda un caractère particulièrement horrible.
Dix
ans après, ce passé remonte et les questions se posent auxquelles il faut apporter des réponses. Le
génocide du Rwanda n’a pas été une guerre ethnique mais l’utilisation à des
fins politiques des différences sociales entre Rwandais, transformées en différences raciales par les
autorités coloniales : les Belges se sont appuyés sur les Tutsis jusqu’à
ce qu’ils décident de s’appuyer sur les
Hutus lorsqu’il leur fallut accepter l’indépendance. Et pour garder le pouvoir et ne pas avoir à le partager, le président
Habyarimana et ses fidèles ont utilisé la même arme : le racisme. Le génocide rwandais n’est pas un produit de
l’ethnisme africain : il le fruit d’une utilisation par des Africains de
techniques de manipulation et de conditionnement des masses par un pouvoir
dévoyé.
Il
s’agit d’autant moins d’un génocide » ethnique », typiquement
africain, que la Belgique et la France y ont eu leur part de
responsabilité. L’opération Turquoise
décidée tardivement pour arrêter le génocide ne peut pas faire oublier
l’assistance apportée au régime dans sa guerre contre le FPR de Kagamé et
l’opération Amaryllis destinée à
exfiltrer les Français et les proches du président Habyarimana.
Le
grand reporter du Figaro de Patrick de
Saint-Exupéry a appelé L’inavouable, ce qu’il porte à
la connaissance des Français dans un ouvrage qui vient de paraître[1]
sous ce titre : la responsabilité
de notre pays dans la préparation et le
déroulement du génocide. Les autorités
de l’époque n’ont pas voulu voir venir ce qui se préparait, en dépit des appels
de journalistes de responsables d’ONG.
Et puis il y a eu les manoeuvres de certains pour relativiser le génocide rwandais en qualifiant de deuxième génocide les massacres
perpétrés dans les camps de réfugiés du Congo.
La France est toujours en froid avec
le Rwanda officiel, mais notre pays
sera quand même représenté aux cérémonies officielles de Kigali par un
secrétaire d’État pour les affaires étrangères. C’est peu et c’est beaucoup.
En l’anniversaire du début de cette horrible
tragédie, faisons notre examen de conscience et disons-nous qu’avril 1994 doit
marquer la fin de notre vision raciale,
sinon raciste, de l’Afrique, la fin de notre indifférence à ce qui se
passe dans cet immense continent où
les hommes ne s’entretuent pas sans raisons,
l’acceptation de notre responsabilité ancienne et encore actuelle dans
les convulsions que vivent les
Africains.
Michel Levallois
La CADE a soumis la
question de la signification, de l’effectivité et de l’avenir du pouvoir des
femmes dans l’Afrique d’aujourd’hui à Etienne LE ROY, Directeur du Centre
d’anthropologie africaine du Centre d’Etudes Africaines. Celui-ci a proposé à
deux doctorantes en études africaines de l’Université de PARIS I de traiter ce
sujet qui permet de montrer un visage méconnu ou inconnu de l’Afrique. Nous
remercions Ladia AMEGADJIE, d’origine togolaise, et Stéphanie DUJARDIN d’avoir
bien voulu accepter de présenter ce dossier complexe en s’appuyant sur les
résultats de leurs recherches.
Pour
Ladia AMEGADJIE, traiter le sujet, encore peu étudié, revient à se demander de
quel pouvoir, de quelle autorité les femmes africaines disposent en matière de
gestion des affaires publiques. Une attention particulière pour les femmes
africaines est justifiée par les particularités culturelles inhérentes aux
sociétés africaines. La pénétration des femmes dans la sphère publique est la
clef de voûte de l’amélioration de la condition féminine en général et
permet de mesurer, selon les instances internationales, le poids réel de leur
émancipation. En dépit des programmes de développement divers, les
améliorations relatives à la condition féminine restent insuffisantes. C’est
pourquoi, depuis peu, l’accent est mis sur les projets permettant d’inclure
plus activement les femmes en les considérant cette fois-ci comme de véritables
actrices du développement.
Comment les
femmes africaines se sont-elles affirmées dans l’espace public ?
De
multiples exemples tirés de la première moitié du vingtième siècle vont à
l’encontre du préjugé selon lequel les femmes africaines sont des femmes
soumises. Leurs réactions massives répétées qui ont pesé sur les politiques
coloniales ont donné naissance à une véritable conscience politique. L.
Amegadjie a étudié le combat des femmes dans plusieurs pays de l’Afrique
subsaharienne.
Au
Nigéria, trois mouvements marquants ont eu lieu :
- La « guerre des femmes » Ibo des campagnes. Ces femmes occupaient
antérieurement au pouvoir colonial une certaine place dans les prises de
décision collectives. L’administration britannique exclut les femmes de ce
processus. Elles se révoltent à partir de 1925, en utilisant les canaux
traditionnels, lorsque le pouvoir colonial veut imposer une patente à des femmes
commerçantes. Le pouvoir est contraint de retirer son projet.
- Le combat des femmes commerçantes de Lagos. Dès 1908, les femmes de
Lagos montrent une capacité d’organisation et de mobilisation très forte dans
le cadre d’associations de femmes de marchés, opposés à l’imposition d’une taxe
sur les marchés. Mme PELEWURA, à la tête de l’association des femmes de marchés
de Lagos, qui compte 8000 adhérentes, voit son audience s’accroître en étant
nommée au comité coutumier de la communauté urbaine Yoruba de Lagos, et en
devenant porte parole de 87 représentantes des marchés des villes. Elle entre
au comité exécutif du parti, le Nigerian Union of Young Democrats qui entend
susciter une branche féminine. Ce mouvement culmine, à la fin de la seconde
guerre mondiale, quand les femmes, avec les hommes, organisent 37 jours de
grève contre la mise en place d’un contrôle des prix, lequel est aboli en 1945.
A
Lagos, il existe une césure très nette entre les femmes commerçantes et celles
de l’élite intellectuelle dont le mouvement, d’une toute autre nature,
revendique des droits dits modernes comme le droit de vote et qui a pour
objectif de faire bénéficier à l’ensemble du peuple les droits des citoyens
britanniques. Son chef de file, Mme ABAYOMI, sera la première femme nommée au
Conseil de la ville.
- Le mouvement des femmes commerçantes de l’ethnie Egba. Le club d’Abeokuta est créé
en 1942 pour résister à des confiscations sans compensation du riz et à la
suppression de certains droits que leur accordait le système coutumier. Ce club
est transformé en 1946 en Abeokuta Women’s Union qui comprend 20 000
membres mais qui peut en mobiliser entre 80 et 100 000 par le biais de
canaux traditionnels. A la fin des années 40, ce parti se transforme en
Nigerian Women’s Union qui entend transcender les différences régionales et
ethniques, en affirmant qu’il n’y aura pas de taxation sans représentation. Sa
responsable, Mme Kuti, préconise une action politique « moderne »
réclamant droit de vote et représentation des femmes dans les instances
locales.
Au
Togo, dès les années 30, des mouvements de femmes se mettent en place de la
même manière. Au Zaïre, il y a une différence fondamentale : les femmes
d’Afrique centrale ne bénéficient pas de la même indépendance économique et
elles ne peuvent pas se fonder sur des droits que la coutume ne leur a pas
conférés dans la sphère publique. L’idéologie traditionnelle bloque toute
possibilité d’intervention dans l’espace public et le catholicisme belge,
fortement teinté de conservatisme en matière d’éducation des filles, conduit
les femmes à une soumission quasi-totale. Il faudra attendre les années 70-80
pour voir naître une réaction minime des femmes à la taxation du manioc.
En
Afrique du Sud, la mobilisation des femmes se concentre sur la lutte pour la
libération nationale. Dans les années vingt, les femmes réagissent à des
décisions du pouvoir colonial et elles obtiennent gain de cause. Très vite,
l’African National Congress (ANC) crée une branche féminine dite Bantu’s
Women’s League, où les femmes sont des auxiliaires sans droit de vote. Après la
seconde guerre mondiale, l’ANC accorde aux femmes d’être membres à part entière
avec droit de vote et participation à toutes les instances dirigeantes. Dans
les années 50 est créée la Fédération of South African Women active dans tous
les domaines. Les manifestations pour la libération nationale mobilisent
50 000 femmes dans 38 manifestations en 30 lieux différents.
Au
Kenya, les femmes qui se voient privées de terres réagissent très vite. Ici, la
particularité est que les femmes mettent davantage en place une résistance
passive. Pour contrer cette résistance, le gouvernement adopte une stratégie de
propagande dont l’instrument est en particulier le Community Development
Department qui deviendra après l’indépendance le Women’s Bureau.
C’est
dans les mouvements nationalistes, les associations syndicales et politiques
que se forment les premières activistes féministes dont les revendications,
dans le contexte de l’époque, ne pouvaient être séparées de la volonté
d’indépendance. Par ailleurs, il est très rare que dans les mouvements de
femmes les origines sociales aient été transcendées. Coexistent donc deux types
de féministes : les intellectuelles ayant pour but de dénoncer la
condition des femmes et celles d’origine populaire, dont la volonté est de
modifier leurs conditions de vie quotidiennes.
La
difficulté, pour les femmes africaines, d’acquérir des droits politiques
effectifs réside dans leur propre discours. Elles ne sont pas à la recherche
d’une égalité « mathématique » mais veulent plutôt rétablir un
équilibre en corrigeant les inégalités de départ. Parallèlement, elles
revendiquent leur statut spécial et leurs domaines réservés. « Nous ne
revendiquons pas l’égalité des droits avec les hommes. Tout ce que nous
voulons, c’est plus de droits et un peu plus de temps libre » dit S. Diop.
La
lutte des femmes débouche sur la reconnaissance de leurs droits politiques, des
principes d’égalité des sexes. Aux indépendances se multiplient les textes
constitutionnels affirmant ces principes. Par ailleurs des textes
internationaux et de multiples conférences internationales aboutissant à une
plate-forme d’action et posent les droits des femmes en général comme un
problème de développement. Tous ces principes renvoient à des textes
législatifs nationaux mais force est de
constater qu’il existe une insuffisante prise en charge, par le législateur,
des droits de la femme.
Une
importante question se pose : comment les africaines pourraient-elles prendre part de manière plus efficace à la
gestion des affaires publiques si leur premier objectif est la survie? Chaque fois que les femmes ont pu se faire
entendre, c’est parce qu’elles étaient
indépendantes économiquement. La question des droits politiques des
africaines ne peut être séparée des autres droits et libertés permettant une
amélioration de leurs conditions de vie en général. Les Etats africains
perçoivent une corrélation possible entre l’échec du développement et
l’exclusion des femmes. Les femmes doivent avoir la possibilité d’être
présentes là où les décisions d’impact général sont prises. C’est ainsi que les
dernières conférences mondiales sur les femmes ont permis l’essor fulgurant des
femmes africaines dans le paysage politique africain.
Stéphanie
DUJARDIN propose de rendre compte de la représentativité des femmes dans les
instances politiques, exécutives et législatives, des Etats à l’aide de l’outil
statistique. Une large place est faite aux parlements nationaux en utilisant
les chiffres des rapports du PNUD sur le développement humain (1995 à 2005) qui
couvrent la période 2000-2001 et de la banque de données de l’Union
interparlementaire qui dispose de chiffres plus récents (2003-2004). Elle
présente d’abord des statistiques globales en confrontant l’Afrique
subsaharienne aux autres régions du monde avant de faire une analyse par
région, pour tenir compte de la pluralité des situations.
Représentation
moyenne des femmes dans les parlements nationaux
De
1997 à 2004, les proportions de femmes africaines dans les parlements nationaux
sont passées de 10,1% (moyenne mondiale: 12%) à 15,1% (moyenne mondiale: 15,3%)
se rapprochant ainsi de l’Europe et dépassant l’Asie et de très loin les Etats
arabes. C’est la plus forte progression (+ 5 points), au cours de cette
période, juste après les Amériques (+ 6,3 points). Ces chiffres surprenants
s’expliquent d’abord par la conférence de Pékin, en 1995, qui a créé une
véritable rupture dans les mouvements mondiaux sur la condition féminine. Le
fait nouveau est que ce sont des délégations conséquentes de femmes,
représentantes politiques et de la société civile, qui ont participé et qui
s’étaient réunies au préalable à Dakar
en 1994 pour aboutir à un véritable consensus sur ce qui allait être présenté à
Pékin. Ce n’est qu’à partir de 1995 que les rapports du PNUD sur le
développement humain présentent des indicateurs de cette participation féminine
au secteur politique formel qui est devenue une nouvelle conditionnalité de
l’aide au développement.
Les
politiques d’ajustement structurel avaient été auparavant défavorables aux
femmes, les crises économiques restreignant leur accession aux postes de la
fonction publique et aux activités formelles. Mais la crise économique a eu un
autre effet, plus positif. Les hommes ayant perdu leur emploi, les femmes se
sont mises à travailler, non dans le secteur formel inaccessible, mais dans le
secteur informel ce qui leur a permis de se regrouper et d’influer sur le
secteur public. Par ce biais, elles peuvent arriver au pouvoir; c’est ce que
Etienne Le Roy appelle « les modes populaires d’action politique ».
La situation
doit être examinée par grandes régions
En
Afrique australe, en 2004, la participation des femmes dans les parlements
nationaux est de 17,4%, donc supérieure à la moyenne mondiale et progresse de
7,7 points depuis 1994. Ces chiffres élevés s’expliquent par la politique de la
Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC) qui a signée une
déclaration relative à l’égalité des sexes par laquelle elle s’engage à confier
30% des postes aux femmes avant l’an 2000. Cet objectif est atteint par le
Mozambique en 2003 et l’Afrique du Sud, les Seychelles et la Namibie s’en
rapprochent, en réalisant des scores supérieurs à celui de la moyenne des
parlements nationaux européens (25,8%). Après la déclaration de la SADC, est
affirmée l’égalité entre l’homme et la femme et la participation effective de
la femme au sein de l’Union Africaine. Le dernier sommet de cette Union, en
2003, a élu 5 femmes sur 9 commissaires.
En
Afrique Centrale, la représentation moyenne des femmes dans les parlements est
de 8,9% sans le Rwanda et de 13,8% si on inclut ce pays. Le Rwanda n’est pas
représentatif de la région puisqu’il compte 48,8% de femmes en 2004, se situant
ainsi en tête du classement mondial. Que s’est-il passé dans ce pays où s’est
produite la plus grande catastrophe humanitaire du 20e siècle? La
constitution de juin 2003 est très favorable aux femmes. Une autre explication
est qu’après le génocide, de nombreuses femmes se sont retrouvées veuves,
infectées par le virus du sida. Elles se sont rassemblées, obtenant des
résultats remarquables avec l’appui de financements internationaux, et fait évoluer
les lois à leur avantage. A côté d’une volonté populaire, il y a ici une
véritable volonté politique.
Au
Tchad, au contraire, la représentation des femmes a fortement régressé,
enregistrant un taux très bas (5,8%), en régression de 11 points depuis 1994.
La raison peut en être trouvée dans la nature du mouvement féministe. C’est
un féminisme intellectuel qui se sert
de la promotion de la femme comme tremplin pour accéder à des postes de
responsabilité internationaux. Les femmes rurales se plaignent du manque de
retombées bénéfiques des activités de ce mouvement.
En
Afrique occidentale, on enregistre un faible taux (10%) alors que les réseaux
féminins sont très denses et que l’accès des femmes aux ressources économiques,
par le biais du secteur informel, est intense. Une explication peut être tirée
des conflits qui se sont multipliés dans cette région, la CDEAO se préoccupant
davantage de leur résolution que de l’accès des femmes aux postes de décision.
Par contre, la présence des femmes dans les gouvernements est relativement
importante, le Cap Vert et le Mali étant en très bonne place dans la liste des
pays qui ont le plus de femmes dans leur gouvernement (respectivement 3e
place avec 35% et 4e place
avec 33,3%). Dans ces pays, il semble qu’une véritable volonté politique prenne
le pas sur la volonté populaire.
Un
premier bilan tiré de l’évaluation des progrès faits depuis la conférence de
Pékin par les Nations Unies en 2000, montre que les femmes continuent d’être
sous représentées dans les parlements et les ministères. La cause principale en
serait la division sexuelle des rôles hérités du passé qui empêche les femmes
d’accéder à l’éducation et à la maîtrise de leur avenir. Malgré cela, les
femmes africaines s’organisent et se font assister par des associations de
femmes juristes. Lorsqu’elles ont des difficultés économiques, elles peuvent
faire appel à d’autres formes de solidarité féminine comme les tontines.
Lorsque, victimes de guerres, elles n’accèdent pas aux tables de négociation,
elles font pression et arrivent parfois à se faire entendre. Si des progrès
sont enregistrés à certains endroits, dans d’autres, les mouvements féminins
sont trop divisés, sans idéologie commune, et visent souvent à servir des
intérêts particuliers, ce qui peut constituer un frein à leur accès aux postes
de prise de décision.
En
conclusion, les taux de participation des femmes dans les parlements et les
gouvernements ne sont pas des indicateurs de leur participation politique.
Exclues des voies traditionnelles qui conduisent au pouvoir, elles y accèdent
par le biais d’autres structures (ONG, secteur informel). L’existence de quotas
constitutionnels est cependant un bon moyen, au moins à court terme, pour faire
progresser la représentation féminine. Les hommes au pouvoir et les partis
politiques commencent à s’intéresser à ces femmes qui sont souvent bien
intégrées localement, populaires, et qui ont une grande influence dans leurs
villages, les marchés et les communautés religieuses.
L’histoire
des combats féminins en Afrique subsaharienne et leurs conséquences montre que
ce sont les femmes elles-mêmes qui sont maîtresses de leur avenir politique. En
témoigne leur dernière victoire au sommet de l’Union Africaine de 2003 à Maputo
où les chefs d’Etat ont adopté un protocole sur les droits de la femme dans le
cadre de la charte africaine des droits de l’homme et des peuples qui résulte
d’un travail de préparation de cinq années par les organisations de femmes
africaines.
Dominique
Gentil émet un doute sur la signification de la présence de femmes dans des
parlements qui n’ont aucun pouvoir, en particulier sous des régimes à parti
unique. Il faudrait, pour lui, trouver d’autres indicateurs, comme l’importance
des femmes dans le processus de décentralisation. Il est répondu que sous les
régimes de dictature les hommes n’avaient pas davantage la parole. Dans le
bilan qui a été présenté, tout n’est pas positif, même si on note des
améliorations notables. Les femmes sont de plus en plus nombreuses dans les
réseaux locaux. Christian Valantin donne l’exemple du Sénégal où les femmes
sont en train de prendre le pouvoir local en milieu rural grâce à leur action
menée à la base.
Stephane
Hessel rappelle que les anthropologues récents parlent de l’émancipation de la
femme comme l’élément le plus important susceptible de transformer la société
mondiale au 21e siècle. Il souhaite donc savoir si là où les femmes
sont plus nombreuses et plus puissantes, on constate une évolution vers une
société plus harmonieuse. Il est répondu qu’il faut du temps pour juger des
résultats. Même si les parlements ont peu de pouvoir, la présence de femmes est
susceptible d’améliorer la situation et permet d’être résolument optimiste.
Récemment, une ministre des finances du Congo a pu faire venir aux tables de
négociation des représentants du gouvernement et des rebelles qui ont signé un
protocole de paix. C’est une femme qui a fait de brillantes études mais qui est
avant tout une femme de terroir très écoutée.
En
ce qui concerne les femmes ministres, un intervenant souligne que leur
nomination dépend du chef d’Etat. Il est plus difficile pour les femmes d’être
élues car elles manquent de moyens pour financer leurs campagnes électorales et
ce sont les hommes qui votent. Au Niger, il y a cinq femmes au gouvernement
mais il n’y a pas de code de la famille. L’exemple du Bénin est cité pour
expliquer la moindre présence de femmes dans les instances de décision en
Afrique occidentale bien que le commerce informel y soit très développé. La
raison en serait que ces femmes ont moins besoin de l’Etat et qu’elles n’ont
pas intérêt à développer l’influence étatique.
Bernard
Dumont, citant le dernier rapport de l’UNESCO sur l’éducation pour tous, met le
doigt sur les dérives que peuvent entraîner l’apparition de femmes instruites,
donc des villes, au pouvoir: y a deux ans, un Président élu démocratiquement a
pris comme première mesure de baisser autoritairement le prix de l’électricité,
du téléphone, de l’eau. Il en résulte une grande satisfaction des utilisateurs,
donc des femmes des villes, mais aucun bénéfice pour les femmes rurales.
Une question porte sur le matriarcat dont les exposés n’ont pas fait état. Pour Etienne Le Roy, le matriarcat n’a jamais existé car il faudrait que l’intégralité du pouvoir soit exercé par les femmes ce qui n’est jamais le cas. La matrilinéarité, par contre, existe. Ce n’est pas seulement un problème de terminologie. C’est une tentative pour comprendre comment les fonctions politiques sont identifiées, comment elles sont transmises, quelle est la signification de l’orientation et de la concrétisation des choix, ce qu’on appelle la politique.
Si
on a beaucoup parlé du secteur informel, poursuit E. Le Roy, c’est bien parce
que l’essentiel des problèmes de sociétés se détermine à ce niveau là, dans ce
contexte là. Les femmes sont plus que des chefs d’entreprises, ce sont des
leaders de réseaux. Elles organisent la gestion de conflits et interviennent
dans l’émergence de la nouvelle modernité africaine dont elles sont les
inventeurs. Les rapports des femmes aux grandes structures politico-étatiques
sont relativement secondaires par rapport à ce qui se fait à la base au niveau
des collectivités locales.
Philippe
Mathieu
Après
l’échec de la cinquième conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du
commerce (OMC) à Cancun en septembre dernier, l’institution et les pays membres
ont travaillé à la poursuite des activités de cet indispensable régulateur des
relations commerciales internationales.
La 6ème conférence devrait se tenir à Hong Kong en 2004 ou 2005. Ils
ont abordé le dossier le plus chaud, celui des subventions agricoles.
Dès
octobre les contacts avaient repris
avec les divers groupes nés à Cancun, chacun sur un objectif commun, mais dont
les membres avaient des motivations et des intérêts divergents: G 2 (Etats Unis
et Union européenne) adversaire de tous les autres – G 10 les «amis de la
flexibilité» (cinq pays européens, quatre asiatiques, Maurice) – G 20 le plus accrocheur
au Mexique (tous du Sud et en tête: Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud) – G 33
«amis des produits
spéciaux » (Indonésie, Corée, Philippines, Maurice,
certains pays africains et du G 20) – G
90 dont l’opiniâtreté a provoqué la rupture à Cancun « Alliance
tripartite » qui traite l’ensemble du programme de Doha sur le
développement (Union Africaine, ACP, PMA).
En
février 2004 les responsables des huit
groupes thématiques de l’OMC ont été
désignés et du 22 au 26 mars les 146 pays membres se sont retrouvés en Comité
de l’agriculture à Genève.
D’emblée
le G 20 a exigé la fixation d’une date
limite pour la suppression des subventions agricoles. Le G 2 a refusé, mais a
mis de côté les quatre thèmes qui intéressent le commerce du Nord: investissements, concurrence,
facilitation des échanges, transparence des marchés publics. L’Union européenne
a en outre accepté d’aller au delà des 55 % de réduction des subventions
proposés à Cancun. Quant aux Etats Unis, ils reviendraient au multilatéral,
ayant constaté la limite des accords
bilatéraux. Ils ne seraient en effet profitables qu’en outrepassant les règles
de l’OMC… qui font toujours autorité.
BEAUCOUP
DE SUBVENTIONS
L’ « initiative coton » concerne
surtout quatre pays africains : Burkina, Mali, Tchad, Togo. Comment
apprécier le préjudice en disposant d’informations non concordantes? 1 % du PIB et 12 % des
recettes d’exportations selon le ministre des affaires étrangères du Burkina.
Au Forum altermondialiste sur la fibre africaine tenu du 28 février au 4 mars à
Bamako, on a avancé des pourcentages
plus forts et on a chiffré les subventions américaines à 4 milliards de
dollars, alors que les professionnels du coton les évaluent à 3 milliards. Pour
l’Association Cotonnière africaine, ces subventions ont entraîné, en 2001/2002,
un manque à gagner de 250 millions de dollars. La CNUCED, de son côté, estime
cette perte à 300 millions (tous pays occidentaux confondus). Elle suggère une
compensation équivalente au bénéfice des pays victimes. Suggestion hasardeuse.
Au
Séminaire OMC tenu à Cotonou du 23 au
25 mars, la combativité des Africains a
semblé fléchir. D’une part ils espèrent
se défendre en portant la transformation sur place à 25 % d’ici 2010, d’autre
part les cours du coton ont monté et dépassent ceux de 1998 par suite d’une
demande non satisfaite. Les prix de revient
africains pénalisés par la baisse du dollar restent toutefois supérieurs.
La sous production actuelle est conjoncturelle: moins 15 % aux Etats Unis et
moins 8 % en Chine à cause d’intempéries. La hausse ne durera peut-être pas.
L’Union Européenne a fait des propositions de conciliation : elle aiderait à la
promotion de la production par une assistance technique et financière mais n’interviendrait pas sur les
prix de vente. Avec des hauts et des bas, les discussions se poursuivent donc.
Pour
le sucre, la situation est plus contraignante, car l’Europe est
déjà attaquée devant l’OMC, notamment par le Brésil. Les prix garantis aux
betteraviers européens, dont les superficies augmenteront de 30 % avec
l’élargissement de l’Union, vont diminuer. Or ces prix profitent aux PMA dont
les quotas d’importations vont
croissants.
Le
riz aussi, est subventionné
pour protéger la production et la transformation locales. Situation assez bien
supportée, car similaire dans presque
tous les pays asiatiques, à la fois producteurs et consommateurs. La
libéralisation totale du marché
entraînerait une hausse des prix préjudiciable aux Africains, qui sont ,
eux, plus consommateurs que producteurs.
L’imbroglio des subventions, présenté comme technique, est en fait profondément humain. Elles jouent sur la vie de millions de paysans au Sud comme au Nord. C’est pourquoi la question est complexe et passionnée. Pour compliquer encore, il faut tenir compte de deux éléments: la présence croissante des fonds de pension américains qui cherchent des profits sur le marché très spéculatif des matières premières et l’engagement de capitaux du Nord dans les grandes exploitations du Sud, notamment au Brésil.
Robert GINESY
NDLR
L’essentiel des informations utilisées dans cette page provient de
l’hebdomadaire « Marchés Tropicaux ».
Tel est le thème qui a fait
l’objet de la deuxième rencontre-débat de la CADE : lettre N°2 de mai
1996. Il semble que ce sujet revient à l’ordre jour, car plusieurs articles de
la presse parisienne et des magazines consacrés à l’Afrique et aux Africains
ont évoqué la « discrimination positive » (Préfet Aïssa Dermouche) en
constatant que les Noirs étaient « oubliés » dans les promotions de
l’Etat comme dans l’accès aux positions éligibles dans les élections.
Un essai, en passe d’être
un best-seller, « Je suis noir et je n’aime pas le manioc » de Gaston
Kelman, cadre français d’origine camerounaise, bourguignon d’adoption, résume
assez bien ces questions avec « une joviale colère et un rire
érudit » (Nouvel Observateur du 25/03/04).
(Jeune Afrique/l’Intelligent du 21/03/04 – Bios
Diallo)
« Gaston
Kelman, 50 ans, originaire du Cameroun, vit en France depuis 1983. Après être
passé par l’Institut d’urbanisme de Paris, il a été directeur de l’Observatoire
urbain d’Evry. En homme de terrain, Gaston Kelman analyse les méandres de la
France sociale. Dans ce « pays des lumières », les chances sont loin
d’être égales, selon que l’on est noir ou blanc. Gaston Kelman, Noir
bourguignon, comme il se définit, n’est pas tendre non plus avec son continent
d’origine, « l’Afrique laxiste »… Ce pamphlet, qui égratigne tout le
monde, ne laisse personne indifférent».
« Interview : J.A : Gaston Kelman,
êtes-vous français ou franco-camerounais ? G.K : les deux, mais
d’abord français. Si je suis né camerounais, je suis devenu français. Et c’est
cette identité qui m’engage aujourd’hui. La France est mon espace de vie, et
celui de mes enfants… Les noirs français restent des subalternes aux yeux des
autochtones. Certains se demandent comment on peut être noir et français, cadre
et non éboueur. Moi je suis noir, bourguignon et cadre. Comme beaucoup
d’autres. Je veux dire à la France qu’elle n’est pas seulement composée
d’Auvergnats, de Normands, de Corses ou de Vendéens, mais aussi de Noirs, de
Polonais, de Portugais, de Tamouls ou d’Arabes… Je voudrais être un Français et
non un faciès. Je refuse que ma fille et mon fils, nés en France, soient
enfermés dans les schémas qui les associeraient viscéralement au Zambèze et non
à la Corrèze » (Bios Diallo).
(Ouvrage de Gaston Kelman, édité chez Max Milo)
Extrait : « Aujourd’hui, la société
française n’arrive pas à assumer sa multiracialité. De nombreuses personnes ont
toutes les peines à comprendre que l’on puisse être noir et français. Les
originaires des Caraïbes françaises ne sont-ils pas antillais quand ils sont
noirs et européens quand ils sont blancs ? Le Noir lui-même se conçoit-il
comme français ou Européen ? Dans un autre contexte historique, ne
trouve-t-on pas des réactions similaires ? L’Américain de lointaine
origine africaine n’est-il pas le seul, dans le pays du melting-pot, dont
l’identité et la personnalité jugées inférieures sont systématiquement liées à
sa couleur ?
La question que l’on est en droit de se poser est la suivante : Comment peut-on vivre en France quand on est Noir, mais Français et non Africain, cadre et non éboueur ? Il se trouve que de plus en plus de personnes refusent de laisser la couleur de la peau déterminer leur passé et leur futur » (pages 12 et 13).
LES NOIRS,
OUBLIES DES ELECTIONS
« Les
Noirs sont les oubliés de ces élections, constate Paul Tedga, éditorialiste à Afrique Education. A droite comme à gauche : il y avait, au
premier tour, 30 candidats issus de l’immigration en position éligible sur la
liste P.S, selon François Hollande ; mais, à Paris, le premier Africain était
en… 32ème position. Beaucoup de cadres africains et antillais
expliquent cette discrétion « involontaire » par la persistance des
clichés négatifs hérités de la colonisation. Et par le racisme…
Le mouvement des sans-papiers, principale action
médiatique menée par les Africains dans l’Hexagone, a entretenu l’image du
« balayeur malien » et occulté la tradition d’une immigration
d’intellectuels africains : 8% de ces immigrés sont pourtant des cadres….
La parité peut cependant être une occasion de « colorer » les listes : sur les 9 candidats originaires d’outre-mer présentés par les partis de la majorité en Ile de France, 8 sont des candidates, dont la seconde sur la liste de droite dans le Val d’Oise… L’Association Africagora, qui regroupe cadres et entrepreneurs d’Afrique et des DOM, envisage même de monter une liste spécifique « minorités » pour les élections européennes… « Le pouvoir ne se donne pas, il s’arrache, car si tu attends qu’on te serve, on te l’enlèvera trop facilement » conclut Gaspard-Hubert Lonsi Koko, candidat, en position inéligible, sur la liste Huchon. Mais sur quelles bases ? » « C’est bien tout le problème, conclut Nadia Amiri (chercheuse doctorante, qui a achevé sa thèse), une communauté de destin basée sur la colonisation ne fait pas forcément une communauté de projet ».
(Journal du Dimanche. Paris Ile de France - 28 mars
2004 – Solenn Honorine)
DES NOIRS REAGISSENT A LA
NOMINATION DU PREFET AISSA DERMOUCHE
(Libération du 20 janvier 2004)
« Ils
ont peur d’être les oubliés de la discrimination positive. Après la nomination
en Conseil des Ministres d’Aïssa Dermouche au poste de Préfet du Jura, certains
citoyens (français- NDLR) originaires d’Afrique noire ou des DOM-TOM
s’inquiètent d’être laissés pour compte. Et s’en émeuvent publiquement » à
travers diverses associations (Africagora – Amicale des Français d’origine
africaine - Radio Mangembo etc…) » (Charlotte Rotman).
LES NOIRS VICTIMES DE LA « DISCRIMINATION NEGATIVE » DU GOUVERNEMENT
(Afrique Education du 1er mars 2004)
« Il
y a un gros problème d’absence de représentativité des Noirs en France, à une
échelle insoupçonnée… J’attire à nouveau l’attention du Président de la
République, une deuxième fois en l’espace de quinze jours, sur cette question…
Rien n’est fait pour les Noirs. Le mot Noir n’est même pas répertorié sur les 4
pages du dossier Internet de l’Elysée sur la lutte contre l’antisémitisme, le
racisme, la xénophobie…
Faut-il dès lors qu’on se constitue en puissant
lobby pour intéresser les hautes autorités de la République ? Si telle
était la condition, autant changer la devise de la République Française
« Liberté, Egalité, Fraternité », parce qu’il n’y a plus d’égalité.
Les Noirs ne sont constitués ni en lobbys, ni structurés comme les communautés
juives et arabes. Mais leur inorganisation actuelle ne doit pas être le
prétexte pour les ignorer. Le Président Chirac qui est ami des chefs d’Etat
arabes, des responsables politiques juifs, semble oublier les (anciens)
ressortissants de ses frères chefs d’Etat africains, comme il aime le dire
lui-même. » (Paul Tedga)
Bernard
Monnier
Il est mort au Nord du Niger entre Tahoua et Agades
dans un accident de voiture. C’est au Niger qu’il a été enterré. On peut dire que c’est probablement ainsi qu’il
aurait voulu finir, dans cette Afrique qu’il aimait tant et particulièrement le
Niger où il avait commencé à faire du
cinéma, à forger son style et à former de jeunes cinéastes. En France, il
fréquenta très tôt le Cercle du Cinéma, créé par Henri Langlois, fondateur de
la Cinémathèque mais devint aussi ingénieur à l’Ecole des Ponts et Chaussées.
Il rencontra au Musée de l’Homme, Paris étant encore occupé, Marcel Griaule, le
grand connaisseur des Dogons du Mali qui lui transmettra sa passion pour
l’Afrique. Dans sa prochaine mission au
Niger, il s’attache aux liens qui unissent ethnologie et cinéma, décidant que
ce qui s’écrit se comprend mieux en le filmant, faisant naître ainsi le cinéma
ethnologique. lI s’arme d’une petite camera 16mm qu’il porte à l’épaule ou
tient à bout de bras, travaillant avec légèreté, vitesse, authenticité. On peut
dire qu’il fait naître la Nouvelle Vague avant que celle-ci n’apparaisse dix
ans après. Il fonde en 1953 avec Leroi-Gourhan, au sein du Musée de l’Homme, le
Comité du film ethnographique et revendique une place en Afrique car il tient à
présenter ses films à ceux qu’il y fait
figurer. Souvent très critiqué pour sa manière de tourner, il est toujours
entre deux continents, il reste directeur de recherches au CNRS et patron de
l’Institut Français d’Afrique Noire à Niamey. Il forme de jeunes cinéastes
nigériens toujours connus : Moustapha
Alassane, Oumarou Ganda, Inoussa
Ousseyni et d’autres . Il aura réalisé environ 120 films au total.
Il ne faut pas oublier qu’il jouit d’une gigantesque réputation. Donnons
quelques uns de ses titres les plus
connu: Moi, un noir, la Pyramide humaine, Chronique d’un été, la Chasse au lion à l’arc , Jaguar, Petit à petit, Cocorico monsieur poulet. Il prend part à des
séminaire en France, aux Etats-Unis, en
Afrique. Il a dirigé la Cinémathèque française de 1987 à 1993. Dernièrement, sa
grande action a été de militer contre la dispersion des collections du Musée de
l’Homme. Citons-le pour terminer : « Je pense que …si l’anthropologie
est la fille aînée du colonialisme, elle est aussi, sans doute l’une des rares
disciplines des sciences humaines de l’avenir, qui permette à des gens de
comprendre leurs différences. Si les problèmes économiques sont extrêmement
importants, les problèmes culturels le sont encore plus ».
Denyse de Saivre
« Etonnants Voyageurs » s’est imposé depuis 2001 comme le premier festival africain, rendez-vous déjà incontournable des écrivains de l’Afrique francophone. Le Mali devient pendant une semaine le lieu privilégié de rencontres pluridisciplinaires en hommage à la littérature. Un catalogue attrayant comporte des éditoriaux de Moussa Konate et Michel Le Bris co-directeurs du Festival, du Ministre Français de Affaires Etrangères, du Ministre Français de la Culture et de la Communication, du Ministre de la Culture de la République du Mali,du Président du Conseil Général d’Ile et Vilaine qui célèbre le vingtième anniversaire de la coopération entre l’Ile et Vilaine et la région de Mopti au Mali. Sont également cités les autres partenaires : le service de coopération française au Mali, l’AFLAM et le ministère de la culture du Mali. Suit un guide biographique de tous les auteurs présents. En outre, dans les premiers jours du festival, des écrivains se sont rendus dans les principales villes du pays pour un programme d’animation et de rencontres dans les écoles, les centres culturels et les bibliothèques. Neuf villes furent ainsi visitées cette année : Kayes, Kita, Koulikoro, Segou, Sikasso, Mopti, Tombouctou, Gao, et Kidal. En outre la porte a été ouverte à deux langues partenaires du français, le Peul et le Bambara.
Denyse
de Saivre
L’impossible
retour, à propos de l’afrocentrisme , Clarence E.Walker, traduit de l’anglais
américain, Karthala, Paris 2004
L’afrocentrisme est ce courant de pensée devenu le
« politiquement correct » dans les Eglises, les écoles et les Universités de la communauté noire des USA, qui prétend sauver
et reconstruire l’humanité noire en opposant à l’histoire officielle de
l’Afrique et des Africains fabriquée par les Blancs esclavagistes un patrimoine
et une idéologie purement africaine. A partir d’une exploration systématique de
tous les grands écrits de ce courant dont il nous donne un très utile
recensement, l’auteur en analyse les
présupposés idéologiques, en particulier l’aspect raciste et
« essentialiste », les contre-vérités concernant la reconstruction
d’une Afrique mythique et idéalisée et les dangers politiques pour les Noirs
américains d’aujourd’hui. L’afrocentrisme pose en effet comme postulat que le retard
des Noirs dans la société américaine est dû à la perception dévalorisée
qu’ils ont d’eux-mêmes et non aux structures sociales et aux mécanismes
économiques et politiques. Cette auto-promotion des Noirs par eux-mêmes, cette
« théologie déguisée » a pour effet de les détourner de la lutte politique et des combats à venir contre
l’exclusion dont ils souffrent, de les enfermer dans une communauté fictive et
idéalisée.
Nous
connaissions en France les thèses de Cheik Anta Diop qui font maintenant partie
du bagage idéologique de l’afrocentrisme mais ce mouvement n’a pas eu , à
notre connaissance dans l’espace francophone, le même impact qu’aux États-Unis.
Est-ce à l’idéologie républicaine que le mouvement de la négritude de Césaire
et Senghor doit d’être resté un
mouvement culturel actif et
mobilisateur et de n’avoir pas sombré dans un essentialisme politiquement
dévoyé.
Deux remarques pour terminer.
L’auteur
est historien, aussi n’a-t-il qu’évoqué ce que pourrait être un dialogue
fructueux entre les Noirs américains et leurs lointains parents d’Afrique. Car
même si l’afrocentrisme est une construction artificielle et dangereuse comme
une drogue, l’Esclavage, comme
l’Holocauste, est une tragédie qui ne peut se laisser enfermer dans les livres
d’histoire et qu’il faut faire « passer ». Comment y parvenir, la question
reste posée.
Et si la thèse qui sous-tend l’ouvrage de Stephen
Smith dans Négrologie, à savoir la
pulsion d’autodestruction qui serait un des traits du caractère
africain, rejoignait le présupposé sur lequel prospère
l’afrocentrisme : les Noirs
sont malheureux, et ils le sont parce
qu’ils sont noirs. Auquel cas, il
faudrait les renvoyer dos à dos !
Michel Levallois
Henri Lopes,
« Ma grand-mère bantoue et mes ancêtres les gaulois » Ed. Gallimard, coll. Continents Noirs, 2003.
Seulement sous-titré Simples
discours, le
dernier essai d’Henri Lopes est un livre bilan. Il explore les questions
d’identités, des langues nationales, du dialogue intergénérationnel, de la
francophonie, du métissage, du statut du voyage dans la formation individuelle,
de l’art d’écrire.
Comme son ami Stanislas Adotevi, Henri Lopes a été
pourfendeur de la négritude au festival d’Alger (1969). Trente cinq ans après,
il revient sur ce passé, en situant sa démarche dans son contexte historique,
en rappelant son enjeu. Cet essai sur l’essai d’Adotevi « Négritude et négrologues » complète l’article dédié au
voyage : les deux textes justifient l’itinéraire de l’auteur. De même,
l’essai intitulé « Débat avec les
messages » consacré
aux langues nationales forme un diptyque avec « Brouillon de lettre d’un Bantou prétentieux à des Européens de
même langue »
dans la mesure où ils sont des médiations sur le particulier et l’universel.
Cela dit, s’il m’est donné de choisir deux extraits de ce livre, je retiendrai
le premier et le dernier réservés aux questions d’identités, à l’art d’écrire,
aux généalogies improbables des écrivains, et surtout au « Je est un
autre » d’Arthur Rimbaud.
Comment vivre ensemble, tout en étant
différents ? Telle est la leçon de cet opuscule. « Ma grand-mère bantoue et mes ancêtres gaulois » : un exercice de tolérance.
Boniface Mongo-Mboussa
Vient de paraître : La chorale des mouches, roman de Mukula
kadima-Nzuji (Présence Africaine, 2003)
A travers des figures et des destins croisés, c’est la tragédie d’un pays, le Kulah, que le narrateur nous raconte avec verve et un excellent style, un drame fait de sang et de désillusion, de rancœurs et de déceptions. Avec ce roman, Mukala Kadima-Nzuji, dont on connaît par ailleurs, les talents de poète, de critique et d’historien de la littérature africaine, porte un témoignage vibrant d’émotion sur l’état de certains pays d’Afrique. « Mon souhait est que pour paraphraser Louis Aragon, « le menti dans le roman » permette de montrer le réel de l’Afrique dans sa nudité. »
D.de S.
Début avril, une hirondelle ne fait pas le
printemps…
Notre site www.afrique-demain.org
est ouvert depuis la fin de l'hiver. Dans les grandes lignes il copie jusqu'à
présent ce qui figure encore sur le site des pages persos de Wanadoo (>http://perso.wanadoo.fr/cade) mais il a
été mis à jour en ce qui concerne l'administration de la Cade et le programme d'activités. Il comprend
surtout et de surcroît le squelette d'un arbre
thématique destiné
à ceux qui voudront rechercher un article particulier dans ce que la CADE a
publié dans ses 9 ans d'existence. Le printemps arrive, avec lui les bourgeons
éclatent et notre arbre va suivre sous peu le mouvement ; la rédaction des
pages qui formeront les branches et les feuilles de cet arbre est bientôt
terminée. Il restera à les transcrire, ce qui, sauf gelée tardive
(technologique) devrait nous permettre de vous le présenter en tenue de travail
avant l'été. A bientôt sur ce nouveau site !
Un
webmestre en herbe, JBS