
Les
relations entre L’Europe et l’Afrique noire datent de plus de deux siècles. La
traite, les explorations, la colonisation leur ont apporté leur lot d’infamies,
de misères et de progrès. Depuis le traité
de Rome de 1957 les pays d’Afrique noire ont été associés à ce qui est
aujourd’hui l’Union Européenne. La France a été la cheville ouvrière de cette
association qui a regroupé les Etats francophones dès le traité de Yaoundé
en1963 puis , au fur et à mesure des élargissements, les pays anglophones
hispanophones et lusophones. Le traité de Cotonou, entré en vigueur en 2003,
associe aujourd’hui à l’Union Européenne, au sein d’institutions
paritaires, quelques quatre-vingts pays d’Afrique, des Caraïbes et du
Pacifique, les fameux ACP, dont quarante sept pays africains au sud du Sahara.
Depuis
le début des années1990, la disparition des blocs, la mondialisation et les
ouvertures faites aux Pays d’Europe Centrale et Orientale ( PECO ) par l’Union
européenne ont soulevé l’inquiétude des partenaires africains qui, à tort ou à
raison, se sont sentis délaissés au profit des nouveaux pays candidats. Ce
dépit est aujourd’hui largement dépassé.
La
plupart des nouveaux Etats membres de l’Union, qui ont eu des liens étroits
avec l’Afrique au temps où ils étaient des satellites de l’Union soviétique, ne
peuvent qu’être tentés aujourd’hui de renouer leurs anciennes relations. La
réciproque est d’ailleurs vraie, par exemple avec les anciens boursiers. Les nouveaux Etats membres peuvent aussi faire
valoir à l’égard de l’Afrique une expérience qui les a amenés à réduire
drastiquement leur bureaucratie, lutter contre les trafics et la corruption,
privatiser les services publics marchands et adopter l’économie de marché,
autant d’efforts qui sont ceux demandés aujourd’hui aux pays africains. Avec
les pays africains partis avec beaucoup plus de retard, et en dépit de l’aide
des anciennes puissances coloniales, l’Union européenne n’a pas pu parvenir aux
mêmes résultats. Elle ne peut que continuer aujourd’hui à les aider à assurer
leur sécurité, limiter les dégâts d’un libéralisme sauvage et favoriser leur
adaptation à une inévitable
mondialisation.
La
France et le Royaume Uni se sont efforcés depuis une dizaine d’années, parfois
avec les Etats Unis, dans le cadre d’un projet de renforcement des capacités
africaines de maintien de la paix baptisé RECAMP, de former dans plusieurs pays
des forces susceptibles d’être mises à la disposition des Nations Unies ou des
organisations régionales en cas de conflit. Les deux pays sont aussi
intervenus pour tenter de mettre fin
aux violences en Sierra Léone, en RCA ou en Côte d’Ivoire. L’Union Européenne,
qui construit laborieusement sa
Défense, est intervenue pour la première fois, grâce à l’engagement de la
« Nation cadre » qu’ était la France, pour reprendre en mains une
situation très dégradée dans l’Ituri
(RDC). On peut espérer que, sans renoncer à sa vocation mondiale, l’Union Européenne
acceptera de prendre en Afrique, une responsabilité particulière pour prévenir
la guerre et aider à restaurer la paix.
Lors
de la dernière Conférence de l’O M C à Cancun, en octobre 2003, la rébellion de quelques pays africains
alliés au Brésil a fait échouer, à la satisfaction des alter mondialistes,
la reprise d’un nouveau cycle de
négociations multilatérales. La suite des
événements semble leur avoir donné raison puisque, en utilisant il est
vrai une procédure spécifique, le Brésil est parvenu à faire condamner
les Etats Unis pour les subventions
qu’ils accordent à leurs producteurs de coton. Si le problème des subventions
agricoles des pays riches se trouve ainsi,
après celui de la dette, porté sur le devant de la scène, il ne doit pas
faire oublier l’inconvénient de l’absence de règles concernant d’autres
problèmes d’environnement, de brevets, de main d’œuvre, souvent liés à un
développement durable. Le risque est réel, pour une Afrique qui n’a guère de
poids dans le commerce mondial, d’avoir à affronter une concurrence sud-sud
beaucoup plus redoutable que celle des pays développés et de voir ces derniers
être tentés de régler directement entre
eux leurs problèmes. La conjoncture relativement favorable des cours des principales matières premières
industrielles et agricoles devrait donc inciter les uns et les autres à une
reprise rapide des négociations multilatérales.
L’Afrique
a l’ambition de susciter, notamment a travers l’Union Africaine( UA ), le
Nouveau Partenariat pour le Développement ( NEPAD) et l’action de ses
groupements économiques régionaux de nouvelles formes d’investissements. L’Union Européenne appuie sa démarche. Les
nouveaux Etats membres, qui vont devoir faire la difficile expérience de
recoller au peloton des pays les plus avancés, peuvent trouver en Afrique des
secteurs propices à de nouveaux échanges et à l’emploi de cadres, actuellement
au chômage, tout aussi compétents mais moins onéreux que ceux du reste de
l’Europe.
Le
souci qu’ont toujours eu les membres de
l’Union Européenne de préserver leur patrimoine linguistique, architectural,
musical et culturel au sens large, s’est trouvé renforcé par la richesse de
l’apport des nouveaux arrivants. Le problème de la défense de leurs identités
culturelles se pose également à beaucoup de pays africains. Comment progresser en maintenant la paix, en répondant aux
aspirations d’une jeunesse impatiente et en valorisant la richesse de chacune
des « tribus » qui composent
aussi bien l’Europe que l’Afrique ? L’Union Européenne et
l’Afrique devraient sans doute unir leurs efforts dans un grand projet de
développement conjoint pour relever
ensemble un tel défi. C’est d’ailleurs ce que l’on a relevé dans les
récentes déclarations de Michel Barnier,
nouveau Ministre français des Affaires Etrangères.
Dans le cadre
de sa réflexion engagée sur l’Etat et la société civile, la CADE a demandé à Richard
Banégas, maître
de conférences en sciences politiques à l’université Paris I Panthéon Sorbonne,
et directeur de la revue Politique africaine, de nous parler des aléas de la
démocratisation en Afrique. Dans un ouvrage qu’il vient de publier, La
démocratie à pas de caméléon, il
analyse le processus de transition démocratique expérimenté au Bénin dans les
années 90, et l’évolution conjointe des comportements et imaginaires politiques
produite par l’introduction du pluralisme, soulignant notamment l’ambivalence
des mutations qui s’opèrent dans l’espace public démocratique. La CADE a
également demandé à un chercheur africain, Thomas Atenga, qui vient de soutenir sa thèse de
science politique à l’université Paris I, de présenter ses réflexions sur la
difficile émergence d’une conscience citoyenne dans les processus de transition
et de leur envers, la restauration autoritaire, à la lumière de la situation du
Cameroun et du Congo.
Richard Banégas aborde la
problématique des processus de transition démocratique et de l’émergence ou pas
d’une « culture citoyenne » au sud du Sahara. Il centre son propos
sur l’expérience béninoise mais en tenant compte des trajectoires politiques
contrastées des pays analysés (Côte d’Ivoire, Ouganda, Cameroun). La plupart
des transitions engagées dans les années 80-90, si elles n’ont pas échoué
complètement, n’ont pas abouti aux résultats escomptés. Le multipartisme a créé
beaucoup de problèmes et on a assisté à des tentatives de restauration
autoritaire engendrant parfois la violence. Lorsqu’il y a eu transition, il a
été constaté dans de nombreux pays que les nouvelles équipes n’ont guère
modifié les pratiques et les structures qui prévalaient auparavant. C’est ce
que certains appellent « la politique du ventre post-coloniale ».
Il est vrai que l’introduction
du vote pluraliste, loin de contribuer à l’intériorisation de ce qu’en science
politique on appelle les mécanismes de forclusion de la violence, semble avoir
exacerbé celle-ci ce qui conforte les tenants de la thèse selon laquelle
l’Afrique n’est pas mûre pour le multipartisme. Mais à y regarder de plus près,
on constate que sous l’apparente stabilité des élites, la configuration des
espaces publics africains a été profondément bouleversée par l’introduction de
la norme pluraliste. Parallèlement, des glissements se sont opérés dans les
représentations populaires du pouvoir, dans les cultures politiques. Ils se
manifestent de différentes manières et notamment autour du rapport à l’acte
électoral, et témoignent d’une évolution des rapports entre gouvernants et
gouvernés et d’une appropriation de cette modernité politique prétendument
importée qu’est la démocratie électorale.
L’apprentissage du pluralisme politique
R. Banégas a observé
cet apprentissage chez les citoyens « ordinaires » du sud Bénin
considéré comme un laboratoire de la démocratie. Il souligne les ressorts, mais
aussi les ambivalences, de ce processus d’affirmation politique de
l’individu-citoyen. Les historiens ont montré que l’introduction du suffrage
universel en France avait profondément modelé le corps électoral ce qui avait
conduit à une « intimisation » progressive de l’opinion et une sorte
de « disciplinarisation » du corps électoral, les « électeurs
sauvages » étant progressivement assujettis aux règles de la civilité
électorale. Ce processus s’est opéré sur le long terme en France et en Europe
Occidentale. Au Bénin, en un temps bien plus court, s’opère aussi un processus
d’expérimentation et d’apprivoisement
de l’institution du vote.
R. Banégas dénonce une
espèce d’alternative stérile entre les présupposés de l’école
développementaliste (l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie) et les
arguments culturalistes : les traditions délibératives (la palabre)
constituent un terreau favorable à la démocratisation. Plus fréquemment, il y a
ceux qui considèrent que, fondamentalement, les représentations morales en
vigueur, les cultures populaires, sont éloignées des idéaux de la démocratie
prétendument importée. Tout le monde s’interroge sur ce que Coppans appelle la
« concordance des temps » entre les chaînes culturelles endogènes et
les idéaux importés. R. Banégas souhaite sortir de ces impasses. Il faut se
dégager des conditions culturelles de la démocratisation et il propose de voir
dans quelle mesure les changements politiques produisent des mutations dans les
représentations du pouvoir.
L’affirmation de l’individu-citoyen
Au fil des scrutins, au
Bénin, on constate que les perceptions corrélées du vote et de la
représentation politique des élus ont évolué. Le vote n’est plus simplement
conçu comme un droit à conquérir mais de plus en plus comme un devoir civique
dont l’exercice confère une valeur ajoutée à la subjectivité politique, ce qui
n’est pas évident au sortir d’une dictature.
Dans bien des cas, les
logiques électorales obéissent également à des logiques collectives de
mobilisation clientéliste du vote, ce qui semble contradictoire avec l’idée
d’une expression libre, individuelle de l’opinion politique. Et pourtant,
l’acte électoral se conçoit de plus en plus fréquemment comme un choix
individuel. Ce « processus progressif d’intimidation de l’opinion »
n’est pas négligeable et le rapport au vote est très lié à la
« subjectivation politique ». Ce qui se joue, lors des suffrages,
c’est le choix ou le rejet des dirigeants. Mais c’est tout autant l’affirmation
de l’individu-citoyen dans l’espace public. L’apprivoisement du vote pluraliste
confère un sentiment d’estime de soi et le vote est devenu l’instrument
privilégié de sanction du pouvoir (ce qui n’est pas le cas, on le verra avec
l’exposé de Thomas Atenga, au Cameroun), et on croit à son efficacité.
Ceci renvoie aux
théories de la consolidation démocratique selon lesquelles on peut parler d’un
régime démocratique consolidé à partir du moment où la plupart des acteurs politiques
majeurs, mais aussi les citoyens « ordinaires » considèrent que la
démocratie est le seul jeu possible qui ne met pas en péril les intérêts des
uns et des autres. Le respect des procédures démocratiques est considéré comme
un élément central de la stabilité politique par tous les acteurs.
Mais la
disciplinarisation de l’électeur s’exprime aussi par l’apprentissage de la
patience qu’imposent les agendas démocratiques : les élections sont le
moment opportun qu’il faut attendre pour juger les élus; avec la démocratie, on
ne perd pas tout si on perd une élection. La « culture civique en
germe » qui se développe au Bénin s’exprime dans d’autres secteurs comme
les chefferies qui se sont emparées des procédures pour régler des litiges
internes.
Un processus ambivalent
R. Banégas souligne le
caractère extrêmement ambivalent de ces processus de subjectivation citoyenne
par le vote. Il fait l’hypothèse que l’appropriation du vote se fait aussi dans
le creuset de la « politique du
ventre » qui est précisément un des obstacles irrémédiables à la greffe du
pluralisme au sud du Sahara. D’autres répertoires culturels ou registres
symboliques tels que celui de la parenté ou de l’invisible qui sont
généralement considérés comme des freins à la démocratisation peuvent aussi
servir à dénoncer celle-ci. Les cultures politiques ne sont jamais figées et
peuvent être utilisées dans un sens ou dans un autre.
L’apprentissage
démocratique se fait aussi dans le cadre d’une marchandisation de l’acte
électoral et d’une instrumentalisation croisée du clientélisme électoral. De
nombreux exemples l’attestent, pas spécifiquement béninois. Le multipartisme a
entraîné une explosion des dépenses et l’utilisation du numéraire dans le jeu
politique pour se gagner des voix. Cette instrumentalisation par le bas et
cynique du clientélisme électoral a été constaté lors de la campagne électorale
au Bénin en 1995, et les béninois ont su en tirer profit. La théorie du
clientélisme classique qui fait de celui-ci un instrument de domination du patron
sur le client (l’électeur) passe à côté de beaucoup de choses.
L’apprentissage du prix de sa voix
La faculté d’adaptation
des électeurs au multipartisme montre qu’il n’y a pas mise sous tutelle absolue
par la relation clientéliste et, d’une certaine manière, c’est ainsi qu’on
apprend « le prix de sa voix ». Mais les « en bas du bas »
n’ont pas tiré simplement un profit immédiat du vote, mais ils ont aussi fait
de la relation clientéliste l’instrument d’une revanche historique sur les
« en haut du haut » : on récupère l’argent qu’ils nous ont volé
depuis l’indépendance.
D’un point de vue
symbolique, la rupture introduite par le vote pluraliste est importante à
souligner car, dans un temps très court, elle opère un renversement des
rapports de force entre dirigeants et électeurs qui vont faire payer aux
premiers une vieille relation de subordination. Pour saisir les ressorts de
cette réappropriation par le bas du vote, il ne faut pas s’en tenir à cette
approche purement utilitariste qui vient d’être évoquée. Il faut également
comprendre comment ces transactions électorales s’inscrivent dans des logiques
sociales, des matrices morales, des logiques d’accumulation redistributive
comme fondement de la légitimité. C’est tout cela qui aide à comprendre pourquoi
la « politique du ventre », qui est moralement condamnée, est
simultanément considérée comme une vertu politique, voire civique.
Conclusion : R.
Banégas évoque une piste qu’il ne faut pas négliger. Dès lors qu’on s’interroge
sur la dynamique de subjectivation politique par le vote, on ne peut pas s’en
tenir à ce qui se joue dans le champ politique stricto sensu. Cette affirmation de
l’individu-citoyen dans l’espace public est aussi à mettre en relation avec les
dynamiques sociales d’affirmation des individus, au sens classique du terme,
dans les métropoles africaines mais aussi dans les campagnes
L’impasse démocratique au Cameroun et au Gabon
Thomas Atenga, dont la thèse,
qu’il vient de soutenir, porte sur les rapports entre le pouvoir et la presse
privée au Cameroun et au Gabon, apporte un éclairage très différent puisqu’il
témoigne de l’impasse démocratique dans ces deux pays. Depuis 1990, les très
nombreux partis créés, la prolifération des journaux (1300 au Cameroun), des
téléphones portables, des antennes paraboliques, des 4x4, peuvent laisser
penser qu’on est dans des sociétés ouvertes. En fait, les citoyens sont
enserrés dans un système autoritaire qui se survit à lui-même malgré les
poussées contestataires sporadiques et les injonctions des institutions
internationales ou de la France.
T. Atenga propose de
mettre en exergue les variables autour desquelles s’articule ce qu’il appelle
la « gouvernementalité autoritaire » au Cameroun et au Gabon. Par ce
terme, il entend l’ensemble constitué par les institutions, les procédures, les
analyses, les calculs, les tactiques qui permettent d’exercer le pouvoir et
dont les instruments techniques essentiels sont les dispositifs de sécurité.
Derrière la
« cosmétique démocratique », le chef de l’Etat du Cameroun dispose de
deux constitutions dont il use au gré des tactiques et des calculs pour se
faire obéir ou entendre. Depuis 1990, et pour ne parler que de la liberté
d’expression, il y a eu 400 procès de presse au Cameroun et 250 au Gabon. Dans
ces pays, les brimades contre les journalistes et les défenseurs des droits de
l’homme sont monnaie courante. Derrière le processus mis en œuvre depuis 1990
se retrouvent des pratiques de commandement qui ne sont pas de nature à penser
qu’on est engagé dans un processus de transition démocratique.
L’appel à l’action
La manière de gouverner
vise à mieux encadrer et mieux maîtriser la population. Une autre variable est,
depuis 1990, le souci constant de l’appel à l’action : non pas pour mettre
les populations au travail et produire des richesses, mais de manière à ce que
le régime en place survive à lui-même. Cela se manifeste par des meetings
organisés par le parti au pouvoir et ses satellites et par le faible champ
d’expression laissé à l’opposition. Une circonscription qui a voté pour
l’opposition peut se voir privée d’équipements : « vous lavez mon
dos, je lave votre dos ».
La diversion est un
outil du pouvoir pour contrer les poussées contestataires. Par exemple, le
pouvoir camerounais détourne l’attention de la population de la faillite des
services postaux qui a lésé de nombreux citoyens ou de l’achat d’un nouvel
avion pour le Président en limogeant le ministre de la jeunesse et des sports
au prétexte que la Fédération Internationale de Foot a pénalisé l’équipe camerounaise
de 6 points pour les prochaines compétitions internationales. Les Ministres
reçoivent des dotations pour organiser des manifestations festives dans leurs
villages pour mieux faire oublier les avatars de la « restauration
autoritaire » appelée aussi la « révolution conservatrice ».
L’émergence d’une citoyenneté passive
Au Cameroun, le régime
confronté aux poussées contestataires des dominés, accepte de consentir à des
semblants d’ouverture en procédant à la canalisation institutionnelle des élites.
Tous les partis qui refusent ce processus sont considérés comme des briseurs de
cohésion, et comme des freins à l’action du « guide éclairé ». La
conséquence est l’émergence d’une citoyenneté passive et un repli sur la sphère
domestique. La sphère publique est identifiée à l’arbitraire, à la corruption
et on attend patiemment que le Bon Dieu veuille bien libérer le pays. Au
Cameroun, le refrain souvent entendu est « on va faire
comment ? ».
Cette recomposition
autoritaire fait poser la question qui est de savoir si elle n’est pas une
forme de gouvernement que certains pays intériorisent comme un mode de
« vivre ensemble ». L’expression « autocratie libéralisée »
désigne un gouvernement qui a réussi à subvertir le processus de démocratisation
et aujourd’hui à réintroduire l’ordre ancien. S’il est difficile, ici, de
parler de transition démocratique, il ne faut pas considérer pour autant que
ces pays ne sont pas faits pour la démocratie.
Philippe Mathieu
Un véritable
échange s’est instauré entre la salle et la tribune. Trois thèmes ont dominé:
la « dictature éclairée » gage de paix ( ?) ; la
marchandisation des élections, prime à l’argent et danger pour la démocratie;
le rôle de la communauté internationale et de la France plusieurs fois appelée « métropole ».
Vus de l’extérieur, les régimes autoritaires, ou dictatures éclairées »
assureraient la cohésion nationale dans de jeunes Etats menacés par de
multiples germes de division, auxquels la démocratie ajoute le phénomène
structurellement diviseur du multipartisme.
De son côté, une
camerounaise remarque que son pays et le Gabon sont en paix, alors que la RCA,
le Tchad, les deux Congo sont en guerre. Plutôt que les grands principes, il
faudrait, selon elle, se serrer les coudes pour éviter l’effondrement des
services publics (éducation, santé…).
Faux semblant, réplique
la tribune. Cette paix apparente, mais imposée par l’autoritarisme, cache une
fermentation dangereuse pour l’avenir. Selon Thomas Atenga, il n’y aura pas de
guerre contre le pouvoir. Mais l’implosion risque de venir de la lassitude face
à la situation : les ingénieurs vendent des tomates, la mort frappe les
opposants. Richard Banégas s’insurge contre le vieux discours de l’Africain
incapable d’user de la liberté. Pour lui, la Côte d’Ivoire est l’exemple type
de cette fausse paix. Les évènements actuels ont pour causes profondes toutes
les sources de division mises sous le boisseau depuis trop longtemps et par
Houphouët Boigny lui-même. Le processus démocratique ne serait-il pas, justement,
le moyen d’apaiser ces tensions, s’interroge Michel Levallois ?
Si la marchandisation
des élections fait perdre de son lustre au suffrage, elle contribue
paradoxalement à donner du prix à la démocratie. En effet, raconte Michel
Banégas, lors des campagnes électorales, les candidats de tous les partis sont
accueillis comme des « hôtes donneurs ». Les électeurs estiment
récupérer ce que les politiciens, considérés comme des voleurs, leur ont pris
pendant leur mandat. Ils savent que l’échéance viendra. Au Cameroun, malgré la
situation, on attend aussi les élections. Au Sénégal, les déçus, nombreux, se
défoulent dans le débat politique très ouvert…jusqu’au prochain scrutin.
La coopération à la
bonne gouvernance et à l’organisation des élections a des effets contrastés.
Les parlementaires ougandais, formés par les Américains, savent lire les textes
budgétaires du gouvernement et peuvent le critiquer. Ailleurs, le bon
fonctionnement du scrutin n’empêche pas les fraudes en amont (listes
électorales) ou en aval (dépouillement… sauf utilisation des portables pour
communiquer les résultats bureau par bureau).
Quant aux pressions
pour la démocratie, elles sont souvent une opportunité plus qu’une contrainte.
Comme elles sont multiples, le pouvoir en place satisfait les plus faciles, et les plus difficiles
sont oubliées. La France, prétend un auditeur, est toujours présente :
contre la guerre ici, pour la guerre là, selon ses intérêts. T. Atenga
reconnaît que telle difficulté interne
(salaires non payés) est imputée à la France. C’est une facilité. Il affirme,
par contre, que « nous (les Africains) sommes les auteurs de notre
propre histoire et que nos choix politiques ne sont pas décidés à
Paris ».
Robert
Ginesy
« C’est
le cri que lançait Mgr Desmond Tutu, archevêque anglican du Cap, prix Nobel de
la paix, c’est le jour de la libération pour nous tous. Nous avons découvert
que nous étions Sud-africains et que nous en étions fiers, reprend le prélat au
milieu des acclamations « que disons-nous à propos du racisme » lance
t-il à la foule ?….Un énorme « non ! » vient en écho…que
disons-nous de l’oppression ? Non…Puis viennent les mots réconciliation,
pardon, paix et la clameur se transforme en oui ! lorsque arrive enfin
Nelson Mandela, le nouveau président ».
(Marie Pierre
Subtile, le Monde du 11 mai 1994, repris par le Monde 2 du 26 avril 2004)
« LA
VICTOIRE EN CHANTANT »
« Johnny Clegg, le zoulou
blanc, a contribué à abattre les barrières entre blancs et noirs. Précurseur de
la world music et diplômé en anthropologie, il a encore des choses à
dire :
-
Jeune Afrique l’Intelligent : Comment
considérez-vous les dix années qui viennent de s’écouler pour votre pays ?
-
Johnny Clegg : la première chose
que je souhaite dire, c’est qu’on ne peut pas considérer une transition
politique ou sociale sans faire de comparaison. Il faut la replacer dans le
contexte de la fin de la guerre froide et de la mondialisation. L’Afrique du
Sud a réussi une miraculeuse transformation politique. Je souligne
« politique », car les véritables fondements de l’apartheid étaient
en réalité économiques. Les choix politiques ont été couronnés de succès. Il y
a eu beaucoup de bonne volonté, favorisée par les négociations du début des
années 1990, entre le pouvoir blanc et l’ANC, qui ont conduit aux premières
élections libres. La comparaison avec la Russie, après la chute du mur de
Berlin, nous montre l’apparition des « murs ethniques » dans
l’ex-Yougoslavie, le développement de la mafia russe, l’assassinat de
personnages politiques, la destruction des infrastructures bancaires etc…
l’Afrique du Sud n’a souffert d’aucun
de ces problèmes au cours de sa transition
-
J.A : Comment
l’expliquez-vous ?
-
J.C : Après la fin du communisme
et celle de la guerre froide, l’Afrique du Sud a choisi sa propre voie, fondée
sur la perception qu’avaient ses habitants de ce qui était politiquement
possible. Et nous avions la chance d’avoir quelqu’un comme Mandela qui
s’élevait au dessus des intérêts de son propre parti et considérait le pays
comme un tout. Certains militants ont élevé la voix pour dire qu’il faisait
trop de compromis, qu’il était trop accommodant. Je ne crois pas que ce soit
vrai. Il a préparé la scène pour les dix ans à venir
-
J.A : Quels ont les défis
à relever désormais ?
-
J.C. :
Le problème,
aujourd’hui, c’est de transformer le système politique pour remettre le pouvoir
entre les mains de la majorité. Cela signifie que toutes les grandes
industries, les firmes financières, toutes les entreprises nationales doivent
trouver un moyen pour intégrer les hommes d’affaires noirs. Mbeki a connu une
période difficile, mais il a fait un choix fondé sur une idée très
importante : il ne peut y avoir de transformation politique sans transformation
économique. Son problème était : qui puis-je prendre dans mon pays qui
soit capable de diriger une grande entreprise ? Il avait le choix :
est-ce que je me contente de m’attaquer à la pauvreté ? Il a décidé de
créer au plus vite une classe moyenne noire, forte, capable de mettre en branle
la machine économique. Cela a conduit à une augmentation du taux de chômage, au
courroux des chômeurs et des pauvres. C’était une décision très difficile, mais
une bonne décision. Aujourd’hui, nous avons une classe moyenne active,
intelligente, talentueuse, composée de jeunes entrepreneurs noirs. La
législation oblige les entreprises à vendre des titres aux Noirs et encourage
les banques à leur prêter de l’argent.
-
J.A. : La transition
résistera-t-elle à la disparition de Mandela ?
-
J.C. : Oui, parce que, vous
savez, nous n’avons pas besoin de dirigeants charismatiques. Nous avons besoin
d’institutions fortes. Et celles-ci, on est en train de les construire. Quand
un dirigeant s’en va, les institutions restent ».
(Jeune
Afrique-l’Intelligent du 25/04/04 – Propos de Johnny Clegg recueillis par
Nicolas Michel)
SANS
REVOLUTION SOCIALE, POINT DE SALUT
Frederik de Klerk, dernier président
(boer) de l’apartheid, plaide pour une réforme profonde et négociée de l’économie
sud-africaine sur le modèle de la transition de 1994.
« Les dix premières années de la nouvelle
Afrique du Sud ont été caractérisées par la réussite de notre transformation
constitutionnelle, notre passage du règne d’une minorité à une démocratie raciale.
Nous avons été les témoins de la transition sans heurt d’une présidence à
l’autre(…). J’en suis persuadé, les dix prochaines années seront dominées par
des transformations économiques et sociales. Reconnaissons-le, notre mutation
constitutionnelle n’a eu que très peu d’impact sur la vie de près de la moitié
de nos concitoyens. Ils peuvent voter, mais la plupart n’ont ni emploi ni
logement correct (…) Pour bien des Sud-Africains Noirs, rien n’a changé :
les Blancs possèdent toujours les grandes maisons. Ils occupent les meilleurs
emplois et détiennent 80% des terres cultivables. Bien sûr, ce tableau mérite
une touche d’optimisme : les classes aisées d’Afrique du Sud sont
désormais composées à 50% de Noirs. Ces derniers ont accompli des progrès constants
dans les échelons intermédiaires du secteur privé et contrôlent solidement les
secteurs public et paraétatique (…). De notre façon de gérer les
transformations économiques et sociales des dix prochaines années, dépendront
le succès et la viabilité du nouvel Etat que nous avons fondé il y a dix ans
(…). Selon notre capacité à parvenir à un consensus national équilibré sur la
transformation (économique et sociale – NDLR) soit l’Afrique du Sud
sombrera progressivement dans la
marginalisation (…) soit elle sera le premier pays du continent à trouver sa
place parmi les grandes nations de la planète. »
(Frederik de
Klerk, This Day (extraits) (Johannesbourg) - Le Courrier International du
15/04/04)
Une
cinquantaine de Chefs d’Etat et de gouvernement, en majorité africains, étaient
présents, mardi 27 avril, à Prétoria, pour commémorer le 10ème
anniversaire du Jour de la Liberté, lorsque Nelson Mandela, premier président
noir d’Afrique du Sud, avait prêté serment. La France était représentée par
Michel Barnier, ministre des affaires étrangères. Le héros du jour a été Thabo
Mbeki, réélu à la tête du pays par un Parlement où il dispose désormais de la
majorité des deux tiers. Il a salué son illustre prédécesseur, Nelson Mandela,
sans trop d’effusion. Dans son discours, M. Mbeki n’a pas eu un mot pour celui
qui, pendant près de quarante ans, a incarné la lutte contre l’oppression.
Tout était organisé pour que l’on comprenne que Nelson Mandela, 85 ans,
appartient maintenant à l’Histoire, et que (seul – NDLR), M. Mbeki est
désormais aux commandes. Le président, qui s’est fait le chantre de la
« reconnaissance africaine » a insisté, dans son discours, sur
l’espoir que l’exemple de son pays représente pour tout le continent. « Ce
que nous avons accompli pendant la première décennie, démontre que nous,
africains, pouvons et allons résoudre nos problèmes » a-t-il déclaré.
(Correspondant du Monde du
29/04/04)
Bernard Monnier
DAKAR
, WASHINGTON , BRUXELLES
Du
mois d’avril on peut retenir quelques événements concernant l’économie
africaine.
Au troisième
Forum d’affaires Afrique – Asie qui s’est tenu à Dakar du 13 au 15 avril,
vingt-six pays étaient présents, dont 17 africains et 9 asiatiques. Ce fut
l’occasion de nouer des partenariats entre entreprises des deux continents dans
les secteurs retenus : agro-alimentaire, bâtiment et génie civil, nouvelles technologies de
l’information, pharmacie et équipements médicaux, textile et industrie du cuir.
Les organisateurs
pensent que le « modèle asiatique
appuyé sur de petites industries familiales et villageoises pourrait s’exporter
en Afrique, dont le développement se fonde, encore aujourd’hui, sur des modèles européens, à travers de grands
projets qui ont montré leurs limites ».
La Chine et Hong Kong étaient invités, mais ils
ne sont pas venus, car le Sénégal a
reconnu Taïwan. Cette Chine, qui s’intéresse à
l’Afrique, comme l’a montré le Forum d’Addis Abéba en décembre dernier
(voir Lettre 69), intéresse aussi le
monde, car elle se maintient au meilleur taux de croissance de la planète.
Croissance et aide publique
Les taux de croissance pour 2004 présentés lors de
la réunion de printemps du Fonds Monétaire
International (FMI) et de la Banque Mondiale à Washington sont les suivants : Chine 8,5% - Inde
6,8 % - Europe de l’Est 6 % - Etats Unis 4,6 % - Afrique 4,25 % - Japon 3,4 % - Union européenne 1,7 %. Le
continent, dans son entier, n’atteint pas le pourcentage de 7 % qui serait nécessaire pour assurer une
croissance réelle compte tenu de sa
démographie.
Les ministres des finances africains présents ont
tenu une conférence de presse au cours de laquelle ils ont demandé la création au FMI d’un poste de directeur adjoint dédié à l’Afrique.
A Washington on a parlé de l’aide publique au développement ( APD), dont l’augmentation
promise depuis deux ans, commence à entrer dans les faits : 68,5 milliards
de dollars, dont 2 milliards pour l’Irak, en 2003 contre 50 milliards dans les
années 90.
Atteindre les
objectifs du Millénaire de l’ONU pour vaincre la pauvreté est toutefois plus
exigeant. Une idée lancée à Paris au Forum sur le financement du développement le 8 avril peut donc être
utile. La « Facilité financière internationale » (FFI) s’analyse en
un emprunt sur le marché des capitaux. Il serait garanti par les pays riches
qui verseraient l’argent au Sud et rembourseraient ensuite. Cette initiative
d’origine anglaise qui ne grève pas la Dette a été approuvée par les 22
ministres du Sud présents : 19 Africains, Chine, Venezuela et Brésil.
Le Brésil est ainsi d’accord avec l’Afrique sur des
idées générales d’avenir, mais sur le
problème concret actuel du sucre, il n’en est pas de même. Avec l’Australie et
la Thaïlande il a déposé plainte à l’Organisation Mondiale du Commerce contre
l’Union Européenne à propos de la filière sucre. Elle bénéficie surtout aux
producteurs du contient, mais les 14 Etats
ACP dont 7 africains exportateurs vendent dans les mêmes conditions. Ces Etats
ont décidé le 2 avril d’apporter leur appui à la Commission dans ce contentieux.
Cette attitude positive ne met pas au beau fixe un
climat bruxellois assez agité. Les ACP
ont du mal à s’entendre entre eux et à s’organiser pour répondre à la pression
de la Commission qui voudrait voir régler cette année les difficultés survenues
dans la mise en œuvre de l’Accord de
Cotonou et mener à bien sa révision prévue à mi-parcours. Elle est pressée car
son mandat expire à la fin 2004. Quelle sera la politique de la suivante, qui travaillera pour une Europe à 25 ?
Robert GINESY
Trente millions de séropositifs en Afrique ;
dans certains pays jusqu’à 20 % de la population active, soit 2 % de moins de
PIB. Ces statistiques abstraites se traduisent pour les entreprises et les
multinationales par des ventes en moins
et des pénuries de personnel. Aussi ont-elles réagi.
La Coalition Mondiale des entreprises contre le Sida, créée aux Etats Unis en 1997, a
ouvert un Bureau en Europe cette année. Elle regroupe 130 multinationales (dont
6 françaises parmi les 40 européennes). Elles collaborent financièrement
avec le Fonds Mondial contre le Sida, et aident les collectivités locales dans la prévention et le traitement.
Dans cette croisade, le pays le plus avancé serait le Cameroun, où le Groupement
interprofessionnel a signé 61 accords
de partenariat avec le Conseil National
pour la Lutte contre le Sida.
Robert GINESY
Radio France International et l’Université Paris
IV Sorbonne ont organisé un colloque sur le thème de l’identité africaine et de
la mondialisation, le 17 mars 2004 autour du grand historien du Burkina Faso, Joseph Ki-Zerbo. Lui-même vient de
publier un livre d’entretien avec René Hollenstein intitulé : «A
quand l’Afrique? ».
C’est
Jean-Paul Cluzel, Président Directeur général de RFI, qui en fit l’ouverture.
Puis, eurent lieu les interventions de Jean-Robert Pitte, Président de
l’Université de ParisIV, Noureini Tidjani-Serpos, Sous Directeur Général de
l’Unesco. Gilles Schneider, Directeur Général adjoint,chargé des auteurs et de
l’information de RFI, était le modérateur du débat.
Le
colloque était divisé en deux parties :
-1ère
partie : « Joseph Ki-Zerbo dans le siècle », où ont pris la
parole :
.
Jean-Pierre Chrétien, Directeur de recherches émérite au CNRS ;
.
Elikia Mbokolo, Directeur d’Etudes à l’ EHESS, Centre d’Etudes Africaines,
.Pierre
Kipré, Professeur à l’Ecole Normale Supérieure d’Abidjan, ancien Ministre de l’Education en Côte d’Ivoire,
.Mwayila
Tshiyembé, Professeur de géopolitique à Paris XII.
-2ème
partie : « Mondialisation
et mondialisés », où ont pris la parole :
.Issiaka Mandé, Maître de conférences à Paris VII,
chercheur au CNRS,
.Romuald
Fonkoua, Maître de conférences à l’Université de Cergy-Pontoise,
.Tanela
Boni, Professeur de philosophie à l’Université d’Abidjan, écrivain,
.Roland
Colin, Président de l’Irfed,
.Henri
Rouillé d’Orfeuil, Président de Coordination SUD
-
Intervention de Joseph Ki-Zerbo
La
séance fut clôturée par Michel Camdessus, Gouverneur honoraire de la Banque de
France ainsi que par une communication écrite de Georges Balandier.
Le
prix RFI, Témoin du Monde fut ensuite remis à Joseph
Ki-Zerbo.
Nous
reprenons, ci-dessous, quelques-uns des
propos de Joseph Ki-Zerbo. Il reprit, dans son intervention, les
arguments sur la mondialisation et l’Afrique, développés dans son dernier
livre, l’aboutissement du système capitaliste de production: «Celui-ci
atteint un seuil à partir duquel il doit nécessairement prendre des dimensions
planétaires ou disparaître». Le système fonctionne presque uniquement sur le
compte des échanges, « Autrement dit, on ne mondialise pas
innocemment. Je pense que nous pouvons difficilement prendre une place dans la
mondialisation, parce que nous avons été déstructurés et que nous ne comptons
plus en tant qu’êtres collectifs». Les raisons premières en furent la traite
des noirs puis la colonisation qui réalisa une sorte «d’économie-monde», et, en
fait, le pacte colonial s’est maintenu jusqu’à présent car si l’on prend la balance commerciale des
pays africains, on voit que 60 à 80% de la valeur des exportations de ces pays
sont des matières premières. Le troisième épisode de la mondialisation est le
stade suprême et ultime de la domestication.
Denyse
de Saivre
Imaginée
en 2000 par deux journalistes, ouverte en 2002 et installée dans ses locaux
définitifs en 2003, la « Maison des journalistes » (MDJ)* peut
héberger une quinzaine de personnes pour des périodes de six mois. Outre le
logement, elle les aide à obtenir l’asile politique, leur dossier étant validé
par « Reporters sans frontières ».
Cette
MDJ est destinée à ceux qui ne peuvent plus exercer, en sécurité, leur métier
dans leur pays. Elle a déjà accueilli 35 journalistes, dont 26 ont obtenu
l’asile politique. Ils viennent de seize pays, dont huit africains :
Algérie, Cameroun, les deux Congo, Côte d’Ivoire, Tchad, Togo, Tunisie. Le
financement de sa création (aménagement d’une ancienne usine mise à disposition
par le Conseil de Paris) et de son fonctionnement est assuré par des médias, de
grandes entreprises, le Fonds européen pour les réfugiés. Outre ces aspects
matériels, la MDJ apporte de manière conviviale à tous les exilés son soutien
moral et professionnel. Ils publient leur journal « L’œil de
l’exilé », et sont en contact avec leurs confrères à Paris. Certains
travaillent un peu, mais la MDJ cherche des organes de presse (écrite, radio,
télévision) susceptibles d’en accueillir…en attendant, comme les Haïtiens, de
retourner dans leur pays.
R.G.
*MDJ,
35 rue Cauchy, 75015 Paris
Retenez
les dates des prochaines rencontres-débats :
- Mercredi 26 mai 2004 : La littérature d’Afrique australe, un continent à découvrir, présenté par Alain Ricard,
Directeur de recherche au CNRS et Nimrod, écrivain.
- Mercredi 23 juin
2004 : Les relations de la société
malgache avec le pouvoir central.
A
la rentrée les dates sont provisoirement arrêtées de la manière suivante :
-
Mercredi 6 octobre 2004
-
Mercredi 10 novembre 2004
-
Mercredi 8 décembre 2004
La
CADE a pris des contacts avec des chercheurs-universitaires, des responsables
d’associations, des journalistes pour préparer le programme de ses rencontres
débats 2004-2005. Une réunion est prévue le 24 mai pour arrêter l’orientation
générale et les différents thèmes proposés pour ces rencontres.
Ces
échanges d’idées ont également pour objectif d’ouvrir davantage la CADE aux
milieux universitaires.
Mohamed SOUMARÉ confirmé
Secrétaire Exécutif
par le Conseil
d’Administration d’Enda Tiers-Monde
Le
Conseil d’Administration d’Enda Tiers-Monde a tenu sa réunion annuelle du 21 au
23 avril 2004 à Dakar. A cette occasion, il s’est félicité du travail accompli
par le Secrétaire Exécutif nommé ad intérim en octobre 2003.
Mohamed SOUMARÉ, réunissant les capacités énumérées
dans la description du profil de poste du Secrétaire Exécutif, le Conseil
d’Administration a décidé à l’unanimité de le confirmer Secrétaire Exécutif
pour une période de trois ans, à compter du 23 avril 2004. Son successeur sera
choisi par le Conseil d’Administration lors de la réunion d’avril 2007.
Mohamed
SOUMARÉ dirigera l’organisation durant les trois prochaines années.
Par
ailleurs, le Conseil d’Administration a approuvé le budget 2004 et les
orientations budgétaires présentées par le secrétariat exécutif jusqu’en 2005.
Comme
nous l’avons annoncé dans nos précédentes Lettres, l’Association
Rayonnement français Réalités
internationales (ARRI) lance ce mois-ci, en collaboration avec la CADE
un cycle de conférences sur l’Afrique noire.
Jean-Paul Ngoupandé, personnalité africaine, ancien premier ministre de la République
Centrafricaine, interviendra le 26 mai 2004 à l’IPSEC, 16 place du général
Catroux, Paris 17è à 18 heures sur le
thème : « L’Afrique entre atouts et défis à relever ».
Suivront ensuite des rencontres par
région : l’Ouest en juin, le
Centre en septembre, l’Est en octobre, l’Afrique australe en décembre.
AFRICA
2005
Lors de sa
conférence de presse de
présentation aux Etats – Unis, Africa 2005 n’a pas
été interrogée sur le
« pourquoi » de cette initiative, mais sur « comment »
réaliser son programme. Son objectif
est de lutter contre l’image
négative de l’Afrique, qui, pour les Américains, n’est pas un continent, mais
un pays. Cette démarche dynamique a
entraîné la sympathie de la CADE depuis son
lancement à Paris.
La
directrice de campagne, une Camerounaise, travaille avec quinze cadres
africains et afro-américains, tous bénévoles
et une vingtaine de consultants en communication. Elle attend une sorte
de parrainage de Corporate Council on Africa, qui regroupe 250 entreprises
américaines, soit 80 % du business
avec le continent noir, ouvrant ainsi la porte à des
financements.
Actuellement
Africa 2005 est une communauté de 4000 membres dans le monde, disposant d’antennes dans quinze pays dont onze en
Afrique.
On
peut joindre l’organisation à www.africa2005.com