
Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE — Juin 2004 — n°73
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Débat du mois : « La littérature d'Afrique australe, un continent à découvrir »
Editorial
Haïti : entre afropessimisme et afrocentrisme
La chute du président Aristide s'inscrit dans une longue histoire. Avant de devenir Haïti, cette île des Caraïbes de huit millions d'habitants fut d'abord une île à sucre, Saint-Domingue, où les esclaves libérés, réenchaînés, révoltés ont été finalement vainqueurs de la plus grande armée coloniale jamais mobilisée. Depuis Toussaint-Louverture, Dessalines et le général Christophe, l'île a été la proie de tous les désordres. La France a fait payer sa riche colonie devenue indépendante, puis elle s'en est complètement désintéressée. Elle n'est sortie de trente ans d'occupation américaine que pour devenir la proie des Duvallier père et fils pendant encore trente ans. Il y a quatorze ans, l'élection de « Titid », le curé des bidonvilles, a soulevé un immense espoir. Mais le président élu démocratiquement n'a pas tenu les promesses du prêtre, et le président démis par un coup d'État et rétabli dans ses fonctions par les Américains en 1994, a trahi le prophète qui portait les espérances des pauvres et des démocrates.
« Une tragédie à l'africaine », c'est ainsi qu'a titré
L'intelligent
Jeune Afrique(1)
pour présenter la démission et le départ en exil de l'ex-président
Aristide. « Au lieu de devenir un Mandela, il est devenu un
Bokassa »,
a pu dire ou écrire une journaliste haïtienne
citée par Le
Monde (2). « Nation pathétique », comme l'a écrit
Jean Metellus. La fin lamentable du premier Président de la République haïtien
élu démocratiquement est profondément désespérante. Mais la
référence à l'Afrique qui est souvent est le fait des Haïtiens
eux-mêmes, mérite attention. II nous semble inexact et donc malsain
pour Haïti et pour l'Afrique de voir dans les convulsions
politiques de cette île quelque chose de proprement,
d'essentiellement africain.
D'abord parce qu'il nous parait réducteur de voir
Haïti comme un « bout d'Afrique perdu au milieu des Antilles ». Haïti
a tenu et tient encore une place particulière dans la sensibilité
et l'imaginaire africains, marqués par la traite et l'esclavage et
réhabilités par la révolte d' esclaves
qui ont chassé leurs maîtres et créé le premier Etat noir
indépendant. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'accueil avec les honneurs dus à un chef
d'Etat que le président Mbeki a réservé à
Johannesburg à l'ex président Aristide. Il fait sienne la geste
anticolonialiste que fut le mouvement de la négritude, celui du Cahier d'un retour au pays natal et de
la Tragédie
du roi
Christophe d'Aimé Césaire. Mais cette île des Caraïbes est restée
une île à sucre où une classe de métis a remplacé celle des colons
français, après s'être alliée à la métropole contre les Noirs esclaves.
Que ce soit par sa sociologie, son anthropologie, son économie, son
environnement géographique et international dans le bassin des Caraïbes, son
histoire, Haïti n'est pas une reproduction
de l'Afrique. De quelle Afrique d'ailleurs, celle du Sahel, des Grands Lacs, du fleuve Congo ?
La fin du président Aristide doit nous donner des motifs de nous intéresser à ce «demi-frère » francophone abandonné par son ancienne métropole. « Haïti fait partie de notre histoire, pas de notre mémoire », a écrit Régis Debray, mais elle ne doit pas nous servir à justifier je ne sais quelle représentation afro-pessimiste, au motif que ce pays est peuplé de descendants de « nègres » africains. Il y aussi des « nègres africains » à Saint-Domingue et dans les autres grandes Antilles qui ne sont pas peut-être des modèles de démocratie ni de développement mais qu'il ne nous vient pas à l'idée d'enfermer dans notre représentation d'une Afrique en perdition ! Cette démarche serait la même, inversée géographiquement et de valeur contraire, que celle que dénonce Clarence E.Walter dans son essai sur l'afro-centrisme (3) : non L'impossible retour des négro-africains américains vers 1' Afrique mythique, mais l'impossible retour des colonisateurs de l'Afrique vers les Caraïbes où ils trouveraient la justification de leurs pires fantasmes sur l'inaptitude des peuples africains à ce que nous appelons la « modernité ». Toujours la même insulte à l'unité et à la diversité de l'espèce humaine, disons plutôt de l'Humanité.
Michel Levallois
1)
n°2252 du 7-13 Mars 2004.2) Double page
Horizons Dimanche-Lundi 1er Mars 2004.3) L'impossible
retour, Karthala 2004
La Lettre de la CADE – Juin
2004 – page 1
Compte-rendu de la
rencontre-débat du 26 mai 2004
« La littérature d'Afrique
australe, un continent à découvrir »
La Cade poursuit le cycle des rencontres consacrées à la littérature
africaine. Après la littérature de langue française puis anglaise, Alain Ricard(1) et Nimrod(2) abordent la
littérature d'Afrique australe dont on a peu de connaissance en Europe. L'Afrique du
Sud est en
elle-même un sujet romanesque et la lecture de ses auteurs, de plus en
plus traduits en français aujourd'hui, offre un regard sur « Le cœur de ce
pays », titre du second roman de J.M. Coetzee (prix Nobel de
littérature
2003).
1) Alain
Ricard est directeur de recherche au CNRS, et enseigne dans le programme
doctoral de l'INALCO.
Il est l'auteur de nombreux ouvrages sur les littératures et le théâtre en
Afrique, parmi lesquels, Naissance du roman africain : Félix Couchoro (ouvrage publié avec le concours du Centre national des lettres, 1987), Littératures d'Afrique noire: des
langues aux livres (1995), WestAfrican Popular Theatre (1997, avec K.Barber et J.Collins), Ebrahim Hussein, Théâtre swahili et Nationalisme tanzanien (1998, édition tanzanienne
2000). Il a été rédacteur en chef et directeur de la revue Politique africaine. Il a donné en 2000 une édition
de l'Excursion
missionnaire de Thomas Arbousset qui contient une édition
annotée de
la « Notice sur les Zoulas », et édité une anthologie
des récits d'exploration de l'Afrique au XIXe
siècle : Voyages de
découverte en Afrique (Bouquins2000). Il a préfacé en 2003 la première édition
française de L'homme qui
marchait vers le soleil levant de Thomas Mofolo.
2) Nimrod est né au Tchad en 1959. Ayant commencé
d'écrire des poèmes à seize ans et demi, c'est à sa trentième année qu'il publie son premier recueil, Pierre, poussière, en 1959. Celui-ci
sera couronné par le prix de
la Vocation. La préparation de sa thèse (il est docteur en philosophie de
l'université d'Amiens) l'éloigné pendant quelques temps de la création, même
s'il continue de publier en revue des poèmes et des nouvelles. En 1999, il publie
un second recueil, Passage à l'infini (Prix Louise Dabé
; 2e édition : Octobre 2002) et son troisième, La
traversée des jardins en
2001 (ouvrage à tirage limité, réalisé avec le peinte graveur Marie Falize ; Prix Aliénor).
Paru en 2001,
son premier roman, Les jambes d'Alice, a reçu le prix Thyde
Monnier de la Société des Gens de Lettre. Celui-ci inaugure un quatuor dont les
prochaines livraisons sont Le bal des princes, Un
balcon sur l'Algérois et Le départ.
Il vient de faire paraître en février 2003 Tombeau
de Léopold Sédar Senghor (essai) aux éditions Le Temps qu'il
fait, et en Juin Agotem, le premier numéro d'une revue
littéraire que Nimrod anime avec Isabelle Lebrat, Gaston-Paul Effa ; Moselly E. Batamack et François Boddaert (aux éditions Obsidiane).
La littérature d'Afrique du Sud d'avant 1948
Alain Ricard centre son exposé sur les premiers auteurs de la fin du 19e et du
début du 20e siècle. Il commence
par évoquer son très intéressant
voyage à travers le gigantesque désert du Karoo, vaste caillou exclusivement occupé de fermes et de moutons. Ce monde est celui de Olive Schreiner qui
décrit, dans son premier roman, en
1883, « Story of African Farm », son expérience de vie
dans sa ville de Cradock au plus profond du
Karoo. Ce livre, réédité récemment,
a été traduit deux fois en français et d'abord
édité en 1901 sous le pseudonyme de Ralph
Iron et sous le titre de « Histoire d'une ferme sud-africaine », puis en 1989 sous le vrai nom de l'auteur et le titre « La nuit africaine »
dans une traduction d'Elisabeth
Janvier.
C'est un livre très aride, écrit dans un anglais rempli des échos du
parler des Afrikaners. Ce livre a eu de la peine à trouver son public en Afrique du Sud. A.
Ricard pose le, problème du premier roman Sud-Africain La nuit africaine appartenant encore au monde colonial. Un autre auteur, Col Plaisance (1875-1932), est un
grand oublié qui a ressurgi dans les années 70. On est dans la colonie du Cap, un endroit où les noirs et les métisses, qui votaient jusqu'en 1930,
avaient un véritable poids politique. L'œuvre
de Plaatje ne se comprend pas si on ne la situe pas dans ce contexte.
Un écrivain au centre des mouvements politiques et
intellectuels
Plaatje a été l'interprète
de Baden Powell lors du siège de Mafeking, capitale
de la Province du Nord-Ouest et nœud ferroviaire vers la Rhodésie : interprète noir dans une guerre de blancs
à un tournant de la guerre des Boers. Plaatje est un
témoin très intéressant et son « Journal de Mafeking » est d'une grande
acuité. Son
expérience a nourri toute sa carrière. Il est d'abord un linguiste, un traducteur
(il a traduit Shakespeare), puis
un répétiteur.
Les noirs, jeunes, intellectuels, pensaient qu'ils avaient un avenir politique et
littéraire. En 1912 a été fondé à Bloom Fontain le Congrès National Africain dont Plaatje devient le premier secrétaire. En 1913 est
promulguée la loi foncière. Son livre « The Native Land Problem
» publié en 1916 expose sur un ton
passionné et exact les conséquences
désastreuses de cette loi qui
attribuait 87% du sol à 13% de la population. Il est ensuite invité en Angleterre et aux USA où il a été peu écouté bien que son œuvre soit
au centre de tous les mouvements politiques
et intellectuels. De guerre lasse, il écrit son premier roman « Mbudi » en 1930 qui passe alors inaperçu mais qui a été réédité dans les années 70. Mbudi est une femme du plateau qui s'interroge sur la
manière de s'entendre avec les
blancs, sur le sens du couple, de la religion. Le texte est empreint d'une innocence véhémente et d'une grande éloquence. L'auteur, en situation d'échec, décède peu après sa publication. Le roman est aujourd'hui reconnu pour sa lucidité et sa clarté.
Des écrivains qui
ne se parlent pas
Mbudi
est un roman qui ne peut être compris que si on le place aux côtés d'un roman
de Thomas Mofolo « Chaka ». Tout oppose les deux auteurs.
Le premier, romancier tardif, écrit en anglais tandis que Mofolo (1876-1948), écrivain précoce, n'écrit que des
romans en sesotho. Mofolo travaillait à
l'imprimerie de la Mission
évangélique de Paris. Il a commencé par
écrire un feuilleton puis « L'homme qui marchait
vers le soleil levant » en 1907. C'est un ouvrage plein d'imagination et d'étonnantes descriptions de paysages ; l'auteur est, à ce
titre, un pionnier. Sa langue est
extrêmement originale car il manie un sesotho
nourri de poésie orale et de littérature. En 1906, il publie un premier roman « Pitseng » et écrit « Chaka » en 1910 qui ne sera publié qu'en 1926. Il quitte ensuite la Mission de Paris et n'écrit plus rien à
partir de 1910.
Mofolo, star de la Mission de Paris dont il dirige
l'imprimerie, se retire, achète une ferme
La Lettre de la CADE n° 73 – Juin 2004 – page 2
et
décède ruiné en 1948 au moment ou commence l'apartheid. Il n'existe
malheureusement pas de biographie de Mofolo. Un
chapitre du gros livre de Tim Couzens « Murder à Moridja » lui est cependant
consacré.
Des auteurs récents
de renom
Nimrod aborde des auteurs
plus récents en portant son regard d'essayiste sur les pratiques de ses confrères. Il cite
Nadine Gordimer, autre prix Nobel de littérature sud-africain, qui soutient que la littérature
« est la manière dont le récit se raconte ». Il choisit trois auteurs : John Maxwell Coetzee, prix Nobel de littérature en
2003, Njabulo Simakahle Ndebele et
Lewis Nkosi.
Coetzee est né en 1940 au Cap. Issu d'une longue lignée de colons afrikaners, il fait ses études en Afrique du Sud et aux USA avant de s'établir
à Cape Town où il s'illustre comme universitaire, critique littéraire et romancier de
premier plan. Il a publié des
nouvelles et huit romans : « Terres de crépuscule » (1974), « Au cœur de ce pays » (1977), « En attendant les barbes » (1980), « Mickael K, sa vie, son temps » (1983), « Foe » (1986), « L'Âge de
fer»
(1990), «
Le maître de Pétersbourg » (1994), « Scènes de la vie d'un jeune garçon » (1997), « Disgrâce » (1999), « Vers l'âge d'homme » (2001).
Ndebele est né en 1948 dans un ghetto de Johannesburg. II
milite très jeune contre le régime raciste et sa vie sera partagée entre la militance, les
études et l'enseignement. C'est grâce à un séjour aux USA qu'il rédige un recueil de
nouvelles intitulé « Fools et autres récits » dont seront
extraits et traduits « Fools » (1992) et « Mon oncle » (1993). Ndebele s'est illustré comme un
brillant théoricien de la littérature et comme poète.
Nkosi est né à Durban en
1936. Militant antiapartheid, il sera contraint à l'exil et prendra un
passeport britannique. Il étudiera et enseignera dans diverses universités américaines, en Europe et en Afrique. Il est d'abord reconnu comme
critique littéraire, avant de l'être comme
dramaturge (il publie deux pièces de théâtre).
Il publie son premier roman en 1989, «
Le sable des
Blancs
» qui bénéficiera d'un lancement mondial en cinq langues. Il publie son second roman, « Underground » en 2002, encore non traduit
en français.
Un écrivain « des vérités
cauchemardesques »
Après cette brève présentation des auteurs, Nimrod fait une brillante
analyse de l'ouvrage de Coetzee « Michael K, sa vie, son temps ». Pour lui, Coetzee se
situe, dans cet ouvrage, à mi-chemin
entre Kafka et Beckett « par cette étrange posture qui consiste à raconter une Afrique
du Sud en guerre », guerre qu'on ne peut
situer, « sans rien céder sur le plan de l'originalité, de la composition ou de
l'atmosphère ». Il raconte «
l'oppression générée par la guerre comme si la vie ne pouvait avoir pour
cadre qu'un camp de concentration ».
Anna K, femme de ménage, met au monde un garçon avec un
bec-de-lièvre et réalise qu'elle a enfanté « l'objet de la risée du monde ». Ce fils, Michael, interné
dans une pension pour attardés physiques et mentaux, deviendra jardinier puis chômeur au moment où la santé de sa
mère décline. Quand survient la guerre, il entraîne
celle-ci sur les routes au milieu d'innombrables
dangers et finit par la mettre à l'hôpital
où elle décède. Michael K s'affranchit des impératifs du couvre-feu et s'évadera des camps de travailleurs, où tout SDF est tenu de vivre, « la tête bruissante de liberté ». Il n'est pas
seulement revenu « à un hypothétique état de nature » mais « illustre à lui tout seul une humanité qui échappe à l'organisation sociale, aux Etats, à l'ordre, à l'économie et à la guerre ».
Un art sans
équivalent dans l'histoire de la littérature
Cette histoire est racontée par Coetzee avec un « art sans
équivalent dans l'histoire de la littérature ». Les faits relatés sont, toujours selon Nimrod, « comme un compte-rendu dicté du sein d'un cauchemar sans terme ni limite ». La lecture de l'ouvrage devrait être éprouvante. Pourtant
il n'en est rien et « à notre insu, K nous
administre une merveilleuse leçon de survie ». Le récit, sans surcharge,
dans lequel Coetzee recherche le moyen
d'exprimer « une qualité de
sentiments... assortis à une certaine sécheresse
factuelle et morale », fait toucher du doigt
le cauchemar de la guerre, l'oppression des dictatures et des camps de la mort. Dans de telles conditions, la survie relève du miracle.
Le récit fait ressentir des sentiments de révolte et d'impuissance ; à
ce titre, il nous humanise. Il nous apprend par ailleurs qu'« une conscience opprimée vit dans
une réalité déformée, et ce qui est déformé est invivable. Coetzee restitue pareil phénomène avec maestria » poursuit
Nimrod, « il zoome sur nos affres et l'absurdité de la vie et se met à crier ». A mi-chemin de son
roman, Coetzee qui jusque là « nous avait épargné en nous tenant à distance... nous introduit dans l'arène. La
contemplation de l'horreur nous a quelque
peu raffermis ».
Coetzee : un écrivain occidental ?
Coetzee se définit comme « un écrivain occidental vivant en
Afrique du Sud ». C'est du reste
l'opinion de ses compatriotes comme en témoigne l'accueil glacial qui est fait
à l'annonce du prix Nobel. « Certaines
critiques doutent de l'ancrage
sud-africain de son œuvre... Quelle paresse intellectuelle ! » s'exclame Nimrod. « Les romans
de Coetzee ouvrent sur un monde
singulier, celui de l'enfermement. Nul mieux que lui n'a décrit
l'enfermement sud-africain... au point
d'effrayer les personnes qui en sont
les victimes, Noirs et Blancs... La résistance
à l'apartheid, il est seul à en faire un produit... romanesque.
« Le prix Nobel » poursuit Nimrod,
« n'est pas homme à se mêler aux autres, du moins, il n'est pas homme à se
montrer d'après les convenances. Au cœur de ce pays, son premier roman, est en quelque sorte l'aveu d 'Un autre pays... Et c'est à partir des marges que Coetzee
nous administre sa leçon magistrale.
Celle-ci porte sur l'art d'être des
hommes ».
« Le sable des blancs » de Lewis Nkosi
« Le
sable des blancs » de Lewis Nkosi, contrairement à Coetzee,
s'inscrit dans le contexte historique de la loi foncière qui confisque les meilleures terres par la
minorité blanche et « qui a généré tous les
cauchemars sud-africains » précise Nimrod et, dans les années cinquante, dans celui de l'apartheid. Cette loi condamne à la peine capitale tout Africain Noir ayant de rapports
sexuels avec une Blanche. On en revient au
thème de l'enfermement.
Nimrod résume ainsi la
trame de ce roman. « Sibiya, un étudiant zoulou, sera
pendu dans quelques jours pour viol. On le charge injustement d'un crime,
mais il l'assume sans haine. Tout avait commencé à la plage. A Durban, sur le sable immaculé, Veronica Slater, une Anglaise de petite vertu,
offre complaisamment au soleil sa chair rose. Il réussira à coucher avec elle, le temps d'une relation
sans parole, temps au cours duquel son regard ne cessera d'explorer le corps de l'inconnue comme
s'il voulait en faire l'objet d'un poème sensuel et libertaire. Il est vrai qu'il
s'était juré de devenir le plus grand écrivain de son pays. A
présent, du fond de sa geôle, il repasse les instants de sa vie : son enfance au village, puis les
bidonvilles où sa mère se démène, enfin l'université qui l'a exclu ».
Un monde où le rêve
est interdit
Cet
ouvrage possède tous les ingrédients d'un roman
classique. « Le romancier vient très précisément du monde où le rêve est
interdit, ce rêve qu'un système politique a rendu plus noir encore que la
couleur de sa peau » poursuit Nimrod. « Hormis les
travaux de forçat dans les mines et ceux de boys, un étudiant épris de liberté, s'il n'y prend garde, se trouve en un
clin d'œil sur la mauvaise pente. Il ne lui reste plus
La Lettre
de la CADE n° 73 - Juin 2004 – page 3
qu'à contempler, comme
un spectateur de strip-tease, les richesses de son pays ».
Dans ce monde de désirs inassouvis, il est permis au héros de
rêver et non de passer à l'acte. Sibiya s'attelle « à
l'émancipation du désir des chaînes
de l'apartheid... Les ressources déployées
par Lewis Nkosi pour décrire le ballet dont s'entoure le désir... nous montre que le désir n'est vraiment licite qu'en dehors de toute
oppression ».
LE DEBAT
Une discussion s'ouvre sur l'appartenance des auteurs
au monde sud-africain. Ainsi, Olive Schreiner
est d'origine anglaise ; Coetzee est un Afrikaner anglophone. Brink
a toujours écrit en afrikaner et prend ses distances avec l'anglais. Il traduit lui-même ses
ouvrages dans cette langue. Il perçoit
Coetzee comme quelqu'un qui s'est mis
à l'écart du mouvement social et politique
mais qui a rejoint un niveau universel qui
fait toute sa force, « il a du génie, mais il n'est pas des nôtres ». Même si Coetzee se dit être « un écrivain occidental qui vit sur le sol sud-africain », Nimrod
souligne qu'il n'a jamais dit qu'il n'était pas un Sud-Africain.
A. Ricard a pu constater, à l'occasion d'une conférence
récente sur la traduction à l'IFRA, que
beaucoup plus d'Africains écrivent en anglais. Il existe un
vaste développement du roman et de la fiction en anglais par
des romanciers noirs ainsi que des mouvements poétiques nouveaux
et originaux en langue anglaise. L'afrikaner a cependant
résisté au démantèlement du système d'éducation bantou et devient,
grâce à une forte revendication d'identité
nationale, une autre langue de l'Afrique. La perte de son « fond de commerce » que constituait l'apartheid ne devrait pas positionner la
littérature sur un repli communautaire. Et les auteurs comme Karel Schoeman continuent à être traduits en français.
Un intervenant s'interroge sur les raisons pour lesquelles
Mofolo a écrit un ouvrage sur les Zoulous
qui est une tribu rivale. A. Ricard précise qu'il existe un grand
intérêt pour des voisins qui ont eu un parcours différent. Par
ailleurs, il existe, comme le montre Chaka,
une grande fascination pour l'entreprise de construction nationale
et pour l'échec qui en est résulté. En outre, certains auteurs,
comme Mbarley, ont fait le lien entre les mondes francophone,
anglophone et lusophone, sans parler de l'influence
de Senghor sur l'avènement de la conscience
Noire.
Philippe
Mathieu
Le baromètre de la CADE Juin 2004
Deux approches de l'émancipation en Afrique semblent
annoncer la bonne voie constructive d'un côté et une voie agressive
et négative d'un autre côté. Ces voies sont symbolisées par le
« testament » de Nelson Mandela et, en sens contraire, par l'action
du président Gbagbo de Côte d'Ivoire et du président Idriss Déby du Tchad. Ces trois
pays, dont le troisième est impliqué dans le conflit du Darfour sont
représentatifs en Juin 2004 de l'Afrique compliquée. Citons ici une courte dépêche de l'AFP : « le Colonel Khadafi, qui participait ce week-end à Bamako (Mali) au
sommet de la Communauté des Etats sahélo-sahariens,
a dénoncé, sans les nommer, les agissements
de puissances étrangères dans le
conflit du Darfour et dans celui de
Côte d'Ivoire « je dis aux Ivoiriens : vous avez élu Gbagbo, laissez-le sans intervention
étrangère ramener la paix » a déclaré
le chef d'état libyen, en qualifiant
les fauteurs de troubles d'« aventuriers. »
AFRIQUE
DU SUD - MANDELA : « Le monde nous croyait voués à
l'autodestruction »
« J'ai 85 ans, bientôt 86, et être encore en vie pour
célébrer dix années de démocratie en Afrique du Sud est une
expérience et un privilège extraordinaires, que les mots sont
impuissants à décrire. Plusieurs générations de nos combattants de la liberté,
de nos militants antiapartheid et de tous ceux qui ont subi
oppression, exploitation et conditions de vie dégradantes
ont vécu dans l'espoir de connaître un jour la liberté. (...) Dix
ans de démocratie après plusieurs siècles de domination coloniale
et de dépossession. Après plusieurs décennies, passées sous le
joug de l'apartheid, la forme la plus structurée de domination et de discrimination raciales que le monde ait connue après
la Seconde Guerre Mondiale.
Dix ans peuvent sembler bien peu dans l'histoire de l'humanité. En tant que
peuple, nous, Sud-Africains, savons que ces dix années où nous avons vécu ensemble dans la paix, dans la
reconnaissance de notre humanité, dans l'accommodement démocratique de nos différences au sein de notre unité
nationale, représentent un accomplissement humain dont l'importance et l'impact, en le transcendant, font oublier qu'il est si récent Je nous ai souvent entendu décrire dans le monde entier comme une nation miracle. Le monde pensait que nous étions voués à nous autodétruire dans
une sanglante guerre civile et
raciale. Or, non seulement nous
avons évité une telle conflagration, mais nous avons créé l'un des ordres
démocratiques non racistes et non
sexistes les plus exemplaires et les plus
progressistes du monde contemporain. (...) La dignité humaine est la première valeur évoquée dans les fondements de
notre Constitution. Mais il nous
reste encore beaucoup à faire avant de pouvoir affirmer que chacun des
habitants de notre pays vit mieux. Le chômage, la pauvreté et la maladie - en particulier cette menace terrible qu'est le sida
- nous rappellent chaque jour l'ampleur des défis qui nous attendent à
l'aube de notre deuxième décennie de démocratie. Et ce n'est pas minimiser ces
défis ou la souffrance des individus que de souligner que nous affrontons le
futur avec une dignité intégralement restaurée.
»
(Nelson Mandela - Sunday Times Johannesbourg
cité dans Courrier
International du 6 mai 2004)
Retraite de Mandela : Selon The Star, «
Mandela est fatigué et va se retirer de k
vie publique pour se concentrer davantage à ses œuvres caritatives et à la rédaction
du deuxième tome de ses mémoires, La longue
Marche vers la liberté ».
COTE
D'IVOIRE : Les vrais ennuis
commencent pour Gbagbo
« Les amateurs de films policiers le savent : le premier
qui tire est un homme mort. Le jeudi 22 avril, Laurent Gbagbo
a tiré le premier. Et pas sur n'importe qui : sur Kofi Annan et l'ONU (il s'est
plaint de
l'inaction de l'ONU face aux violations des droits de l'homme). La riposte ne
s'est pas fait attendre. Une semaine, plus
tard, lors de sa séance du vendredi 30 avril, l'institution a mis le holà aux errements du clan des ennemis des accords de paix de
Marcoussis. Et prononcé une sévère mise en garde
au patron de la légion des insoumis : Laurent Gbagbo himself.
Le conseil de sécurité rappelle au président ivoirien des
vérités bien senties. Et sort (enfin !) ses griffes face
à « l'impasse dans laquelle se trouve le processus de paix défini
par les accords de Marcoussis ». (Moussa Touré - le Patriote, Abidjan - Courrier International du 6/05/04)
COTE
D'IVOIRE : Requiem pour les
accords de Marcoussis
« En limogeant trois ministres qui représentaient l'opposition au sein
du gouvernement de réconciliation, le président Gbagbo
a signé l'arrêt de mort des accords de paix
signés en Janvier 2003 ». (Le Pays - Ougadougou)
« Le président ivoirien, Laurent Gbagbo,
vient de créer
une « crise dans la crise » en limogeant trois ministres de l'opposition, dont
Guillaume Soro, ministre
de la communication et leader des Forces Nouvelles. Patrick Achi (parti démocratique de la Côte d'Ivoire, PDCI), ministre des infrastructures économiques
et porte-parole du gouvernement, a également
fait les frais de la décision présidentielle. Ce technocrate, que bien des observateurs
La Lettre de la CADE n° 73 – Juin 2004 – page 4
considéraient comme le filleul de Gbagbo puisqu'il lui avait octroyé le titre de porte-parole du gouvernement (ce qui avait alors provoqué quelques grincements au sein du Front Populaire Ivoirien, le parti du président), s'était farouchement opposé au camp présidentiel sur le dossier du port d'Abidjan, conduisant même le PDCI à suspendre sa participation au gouvernement. Paie-t-il maintenant sa fronde contre un pouvoir qui cherche à accaparer tous les leviers du pays ? Toujours est-il que le limogeage de ces ministres et du titulaire du portefeuille de l'enseignement et de la formation professionnelle pousse la Côte d'Ivoire à vivre l'une des périodes les plus difficiles depuis le début de la rébellion, en septembre 2002. Les chefs d'Etat de la sous-région, dont les populations paient le plus lourd tribut des folies meurtrières de Gbagbo, se sont montrés incapables, à Bamako, de saisir la formidable tribune que leur offrait le sommet de la CEN-SAD, pour asséner certaines vérités. A l'exception du président malien - qui a rappelé au chef de l'Etat ivoirien son devoir d'entreprendre des efforts dans le sens de la paix avant d'en attendre de ses pairs-, les autres présidents sont restés bouche bée. Cette lâcheté des chefs d'Etat ouest-africains ne fait que nourrir davantage l'impunité où est passé maître le pouvoir ivoirien.
Laurent Gbagbo, qui sait qu'il n'a pas à craindre un scénario à la Charles Taylor, est un homme sûr de lui-même. Il a su profiter du louvoiement de la communauté internationale pour s'enraciner, s'armer et tisser un redoutable réseau de lobbying. Il peut désormais se passer des services d'un Premier Ministre devenu plus qu'encombrant. Assurément, le président compte jouer à fond le pourrissement de la crise jusqu'en 2005, et continuer allègrement de gouverner en cas de statu quo. Ce dernier soubresaut de Laurent Gbagbo a au moins le mérite de la clarté : il célèbre définitivement le requiem de Marcoussis. Chaque camp sait désormais à quoi d'en tenir ». (Courrier International du 27/05/04)
COTE D'IVOIRE : Les «Jeunes Patriotes » paradent
« Accusé par les « patriotes » de soutenir la rébellion, le président Chirac était hier au centre des critiques. Il a été procédé à un enterrement symbolique des accords de Marcoussis, alors que des voix s'élevaient pour réclamer le départ du Premier Ministre Seydou Diarra, inamovible selon ce texte jusqu'aux élections de 2005 et très fortement épaulé par la communauté internationale. Du côté de l'ambassade de France, si l'on reconnaît le « blocage politique patent » depuis le limogeage par le Président de trois ministres issus de l'opposition et des ex-rebelles, le 19 Mai dernier, on considère que « Laurent Gbagbo reste incontournable ». « Guillaume Soro est de plus en plus isolé » estime-t-on. Ils étaient pourtant près de 40.000 à assister, hier, à l'un de ses meetings à Bouaké ». (Stéphane Auvray- Le Journal du Dimanche du 30 mai 2004)
La rébellion au Darfour et le contrôle du pétrole
déstabilisent le régime Tchadien
« La démonstration de force peine à dissimuler que quelque chose, au Tchad, va mal. Alors que se multiplient les spéculations sur son état de santé, qui exige des soins à l'étranger, le président tchadien, Idriss Déby, a donné la preuve qu'il « tient » son pays et son armée. Dans la nuit du Dimanche 16 au Lundi 17 Mai, deux groupes d'environ quatre-vingts soldats, l'un dans une caserne de N'djamena, l'autre à la sortie de la capitale, se sont soulevés. Cette « mutinerie », selon les autorités, était motivée par une option de vérification des comptes de l'armée lancée en Mars par le président Déby. Des officiers qui touchaient jusqu'ici des soldes de soldats fictifs, auraient tenté de s'opposer au tarissement de leur prébende, et entraîné des soldats de plusieurs unités derrière eux. Rapidement cernés par les forces loyalistes, tous ont négocié leur reddition, sans qu'aucune victime soit à déplorer, fait no table au Tchad.
Mais dans un discours à la télévision tchadienne, mercredi soir, Idriss Déby a déclaré que « l'objectif inavoué » des officiers « fanatiques et manipulés » responsables de l'opération, était son propre « assassinat ». L'affaire était donc plus grave. Seulement, le plan des putschistes, parmi lesquels figurent, selon les observateurs, des « proches » et des « fidèles » du président, était connu du pouvoir. « Quelques heures avant le déclenchement de l'opération, les principaux responsables avaient déjà été arrêté discrètement », affirme une source tchadienne bien informée. Les conjurés n'avaient été ni très discrets ni très adroits, contactant, plusieurs jours avant l'opération, un haut responsable du dossier pétrole au Tchad, en lui offrant de « remplacer Idriss », selon un de ses proches. Celui-ci avait prudemment décliné la proposition.
Si certains aspects de cette tentative de putsch semblent bien étranges, les motifs de mécontentement, au sein de l'armée ou de la classe politique tchadienne, ne manquent pas. Le pétrole des champs du Sud du pays, qui devrait rapporter 2 milliards de dollars à l'Etat en vingt-cinq ans, vient de commencer à couler. Idriss Déby, instigateur du projet, se prépare à organiser, une réforme de la constitution l'autorisant à se présenter pour un nouveau mandat en 2006. Grande est la peur, parmi les exclus du partage, de voir le Chef d'Etat s'installer dans une « présidence à vie » nourrie de la manne pétrolière. Mais les véritables raisons de la crise, plus profondes, se trouvent au Soudan, dans la province frontalière du Darfour, où un rébellion lancée en Février 2003, est écrasée dans le sang par l'armée soudanaise et ses supplétifs, les miliciens arabes Janjawids. Les liens avec le président Déby et le Darfour sont complexes. C'est de cette région frontalière qu'il avait lancé sa propre rébellion, entrée à N'Djamena en 1990. De plus, la majorité des membres de son ethnie, les Zaghawas, minoritaires au Tchad, vivent dans cette partie du Soudan. Redevable à la fois au gouvernement de Khartoum de sa propre accession au pouvoir et lié par un devoir d'assistance à ses « cousins » qui combattent le régime soudanais, Idriss Déby est écartelé depuis le début de la crise du Darfour. Il lui a pourtant fallu choisir. En le menaçant de lâcher sur le Tchad une partie des Janjawids, dont certains sont aussi d'origine tchadienne, le gouvernement soudanais a contraint Idriss Déby à interdire à son armée d'appuyer ouvertement la rébellion du Darfour. Cette « trahison », insupportable aux yeux des officiers putschistes tchadiens, explique que ceux-ci aient voulu « remplacer Idriss ». (Jean-Philippe Rémy - Le Monde du 22/05/04)
Bernard Monnier
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La Lettre
de la CADE – Juin 2004 – page 5
L
A P A
G E E C
O N O
M I Q
U E
POUR UNE AIDE AU DEVELOPPEMENT PLUS EFFICACE
Du 5 au 9 mai s'est tenu à Paris le Symposium sur l'accès aux
financements internationaux, à l'initiative de l'Organisation Internationale de la Francophonie. Trois
cents personnes - beaucoup plus que prévu-, des ministres, des gouverneurs de banque centrale,
des directeurs de banques de développement, du FMI, de la Banque mondiale - ont
travaillé en quatre ateliers : économie et développement durable, éducation et
formation, culture et
médias, bonne gouvernance. L'éloignement de
ces thèmes par rapport aux préoccupations traditionnelles des financiers
s'explique par les motivations du
Symposium. Les résultats décevants de quarante années d'aide publique
d'une part, la multiplication, d'autre part,
des rencontres internationales envisageant
et même promettant des crédits accrus en
insistant sur la relation entre développement et bonne gouvernance, ont, peu à peu, amené la communauté internationale à réfléchir sur les
modalités techniques des financements. Leur réforme serait susceptible d'accroître l'efficacité des aides. Les Etats seraient ainsi plus portés à
augmenter leurs efforts, car ils les
percevraient mieux utilisés.
L'objectif serait de simplifier les procédures, de coordonner celles des différents
bailleurs de fonds et de doter les Etats
bénéficiaires de capacités de
négociation en bilatéral et multilatéral. Il faudrait aussi impliquer davantage les ressources propres du pays et mieux y associer les investissements privés. On a en effet constaté que
bien harmonisée avec le privé, l'APD voit son impact
multiplié par deux. Cet impact est multiplié par trois si l'APD
intervient dans une ambiance de bonne gouvernance.
UNE
FORMULE AMERICAINE
A l'appui de cette réflexion, on peut analyser le fonctionnement du Millenium Challenge Corporation (MCC) et de son organe opérationnel
le Millenium Challenge Account (MCA).
Six mois après le 21 septembre 2001, le président américain a
voulu « donner aux individus dans les pays en développement les outils dont ils ont besoin pour
tirer avantage des opportunités
offertes par l'économie mondiale ». A Monterey en 2002 il a promis un crédit de 1 milliard de dollars pour le MCC. En Janvier 2004 le Congrès a autorisé la création du MCA. En Mars les
dossiers des 63 pays candidats ont été
étudiés et le 6 Mai la liste des 16 « éligibles » a été publiée. 940 millions leur sont destinés, à
débloquer avant Octobre prochain,
terme de l'année fiscale.
Les candidats ont dû satisfaire à quinze critères répartis en trois
thèmes : gouverner de façon équitable ; encourager les réformes économiques ; investir dans la santé, l'éducation et
autres mesures sociales. Le « contrôle de la
corruption », critère éliminatoire,
semble être considéré sans manichéisme.
En effet cinq des pays africains retenus
figurent seulement entre la 50e et la 100e place (France 23e, Nigeria 133e) dans le rapport annuel de Transparency
International. Celui-ci déplore l'absence de mesures concrètes au Sénégal malgré de bonnes intentions et regrette que l'assemblée nationale malienne ait refusé une levée d'immunité parlementaire demandée par la justice.
Selon le MCC les pays sélectionnés ont une entière liberté de
conception, de mise en oeuvre et
d'évaluation de leurs projets, à condition d'entrer
dans les normes préétablies. Huit Etats africains figurent parmi les seize admis : Bénin, Cap Vert, Ghana, Lesotho, Madagascar, Mali, Mozambique,
Sénégal. C'est un cabinet de conseil privé
qui a mis au point le processus d'établissement
des projets au Sénégal, processus utilisé dans les autres Etats, après
d'étroits contacts avec les administrations
compétentes. A la différence de tous
les bailleurs de fonds, le MCA n'impose pas de procédures d'appel d'offre et de passation des marchés. Ce seront celles
du pays bénéficiaire, sous condition qu’ elles soient
pertinentes. Dans le cas contraire, il
est aidé à les améliorer. Le Code des Impôts du Sénégal a été réformé sous la pression du secteur privé et des bailleurs de fonds.
Quoiqu'il ne joue que sur des sommes relativement faibles, ce
système à l'américaine de compétition entre pays devra prouver dans le concret qu'il contribue à
améliorer les mécanismes de financement et qu'il les rend plus efficaces.
Robert Ginesy
CONTRASTES
IVOIRIENS
Alors que la situation en Côte d'Ivoire
semble s'alourdir, les contrastes apparaissent hors des frontières.
D'un côté, le président Gbagbo a
fait admettre le 16 Mai à Bamako son pays à la Communauté des Etats sahélo-sahariens et le
19 il siégeait en tant qu'observateur, soutenu par les pays membres (Guinée, Libéria, Sierra Leone) à l'Union du
Fleuve Mano destinée
à promouvoir l'intégration économique de la sous-région.
On note aussi la persistance de la production cacaoyère à 1,3 million de
tonnes.
D'un autre côté, des organisations internationales et des
multinationales quittent Abidjan. La Banque
Africaine de Développement a déplacé son siège à Tunis et va installer un bureau à Dakar.Y
sont déjà arrivés l'UNICEF, l'UNOPS, le représentant
spécial du Secrétaire Général de l'ONU. Mobil, British American Tobacco, Microsoft, Gras Savoye, Komatsu, Unilever, AG Partners...
font de même, contribuant d'ailleurs à la
flambée des prix du bâtiment dans la capitale sénégalaise.
NDLR: l'essentiel des informations utilisées dans cette page provient de l'hebdomadaire « Marchés Tropicaux ».
Coordination pour l’Afrique de Demain (CADE)
Association Loi 1901. Président : Michel
Levallois. Vice-Présidents : Raymond Césaire,
Jean Clauzel, Xavier de Franssu, Henri Senghor.
Secrétaire Général : Philippe Mathieu.
Trésorier : Bernard Monnier.
La Lettre de la CADE
Directeur de publication : Michel Levallois.
Comité de rédaction : Robert Ginésy, Michel
Levallois, Philippe Mathieu, Bernard Monnier, Denyse
de Saivre, Henri Senghor. Maquette : Atelier
Visconti.
La CADE : 5 rue des Immeubles-Industriels,
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50. E-Mail : endacade@wanadoo.fr.
Web : www.afrique-demain.org
La Lettre de la CADE n°
73 – Juin 2004 – page 6
VISIONNAIRE DE
L'AFRIQUE
Le président de la Commission Africaine, bras séculier de l'Union
Africaine, l'homologue de la Commission de Bruxelles, a conquis son auditoire dans le
cadre des Journées de l'Afrique, le28 Mai à l'UNESCO.
Plusieurs halls étaient occupés par les stands de presque tous les pays du continent présentant un chatoiement de couleurs et de valeurs : broderies, bois, cuivres, cuirs, pierres précieuses, etc... Sous le patronage des ambassadrices du Mozambique et de Madagascar, respectivement coordinatrice des Ambassadeurs africains en France et présidente du Groupe africain auprès de l'UNESCO, ces Journées ont voulu montrer que « l'Afrique pense à son avenir ». Des débats étaient consacrés à quatre grands <