
Bulletin mensuel d'informat ion sur les activités de la CADE — Janvier 2005 — n°78
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Débat du mois :
« L'Afrique et la Francophonie »
EN
PAGE 8 DU NUMÉRO LE MOT
DU PRÉSIDENT
Editorial espoir pour l'afrique
Le déchaînement meurtrier de la nature dans l'Océan Indien, en surpassant à la fin de l'année 2004 celui auquel nous avait habitué la folie des hommes, semble avoir conduit ceux-ci à un sursaut de compassion et de solidarité. La catastrophe a été rapportée d'autant plus largement par les médias qu'une partie des victimes nous était proche. A part quelques surenchères dans les gestes et les annonces, il n'y eut pour une fois, dans cette période de deuil, pas trop de voix discordantes ni de basse polémique. Ce comportement mature de la communauté humaine, et non plus seulement internationale, est-il de nature à faire apparaître ou progresser, en ce début de 2005, de nouveaux rapports entre les peuples ? Les réactions des dirigeants américains ont été interprétées à cet égard comme des signes positifs. Les critiques systématiques contre les Organisations Internationales se sont tues et nos plus grands penseurs s'interrogent sur la solidarité et la tolérance.
La sympathie qui s'est manifestée à l'égard de cette partie de l'Océan indien, connue surtout jusqu'ici des touristes et pour la guérilla d'Aceh, mérite qu'on y réfléchisse. Les médias ont donné à la catastrophe un tel retentissement qu'ils ont dicté la réaction, non seulement des gouvernements, et surtout des démocraties, mais de chacun de nous individuellement, provoquant notre trouble et notre émotion.
Au delà de l'élan de compassion et de générosité exceptionnel qu'il a suscité, le tsunami nous a également donné une remarquable leçon de dignité de la part de populations confrontées au malheur à Sumatra, au Sri Lanka ou en Thaïlande.
L'Afrique, habituée aux catastrophes naturelles et à ce qu'on la cite en exemple des misères du monde, est restée muette et comme oubliée. Parler de sous-développement, de guerres ethniques et de sida ne sont pas des thèmes médiatiques porteurs. C'est ce que beaucoup ont sans doute pensé en voyant les sommes considérables qui, en quelques jours, ont pu être mobilisées pour l'Asie. Le terme si facilement péjoratif de bailleurs de fonds n'a même pas été employé. Comment faire jouer les ressorts de l'émotion collective ou individuelle et la générosité dont elle s'accompagne en faveur de populations encore plus durablement affectées que celles que nous avons vues ? La France est sans doute un des pays les mieux à même de comprendre et de relever ce défi.
Dans le monde de l'image où nous vivons, capter l'attention des médias pour des causes qui ne font pas recette relève de la quadrature du cercle, sauf à en dramatiser les enjeux. C'est ce qu'a fait remarquer récemment Kofi Annan à propos de l'Afrique au moment où des espoirs d'apaisement et de progrès se font jour dans différentes régions. Comment essayer d'évoquer avec plus d'empathie les problèmes de ce continent sans en donner une vision misérabiliste ou apocalyptique ? C'est la modeste contribution que la CADE se propose de continuer à apporter à la solution des problèmes de l'Afrique au cours de l'année qui débute.
Raymond
Césaire
La Lettre de la CADEn° 78 –
Janvier 2005 – page 1
Compte-rendu
de la rencontre-débat du 12 janvier 2005
« L'Afrique et la Francophonie »
co-organisée par la CADE et ARRI
Pour ouvrir la saison 2005, la CADE a fait appel à une
personnalité qui est à la fois un acteur et un témoin de la vie politique
africaine ayant occupé différentes fonctions politiques au
Congo avant d'embrasser une carrière de fonctionnaire international
à l'Unesco dont il est devenu Directeur Général Adjoint jusqu'en
1998. Depuis cette date, il est Ambassadeur du Congo à Paris.
Mais il est également un grand écrivain africain reconnu, auteur
notamment de « Tribaliques »,
recueil de nouvelles publié en 1970 (Grand Prix de
Littérature d'Afrique Noire), «Apprendre à être », en
collaboration avec Edgar Faure (1973), «Le Pleurer et Rire » (1982), «
Le chercheur d'Afriques », couronné par le Grand Prix
de la Francophonie de l'Académie Française en 1993, «Le lys et le
flamboyant » (1997), « Dossier classé » (2002) et « Ma grand-mère
bantoue et mes ancêtres les Gaulois » (2003). Il est par ailleurs un acteur
actif de la promotion de la Francophonie tout en étant un ardent
défenseur de la reconnaissance des langues vernaculaires africaines. C'est pour
débattre de cette contradiction que la CADE s'est associée à ARRI pour
l'inviter au lendemain du 10e Sommet de l'Organisation
Internationale de la Francophonie. Henri Lopesy
voit un instrument de coopération important pour l'Afrique, non seulement avec
la France, mais aussi avec les nombreux pays qui « ont choisi
le français en partage ».
Francophonie : un
enjeu important
Pour Henri LOPES, la Francophonie est rarement
évoquée avec sérieux, en particulier dans les milieux
intellectuels. Elle constitue pourtant un enjeu important pour
tous les francophones et, singulièrement, pour l'Afrique. On entend
souvent dire que le français est en déclin dans
le monde, contrairement à l'anglais qui gagne de plus en plus de terrain. L'île Maurice fait exception car bien que la
langue officielle soit l'anglais, le français progresse du fait que le créole,
couramment utilisé, est « une langue
tangente au français » selon
l'expression d'Edouard Glissant.
Mais c'est presque anecdotique étant
donné le faible poids démographique
de Maurice.
Henri Lopes pense cependant que le français n'est pas en recul. On évoque l'âge d'or où le français était parlé en Russie, en Pologne, en Prusse... et au temps où Metternich
faisait moins de fautes que les beaux
esprits français à la dictée de
Mérimée et où Tolstoï écrivit des
pans entiers de « Guerre et Paix » directement
en français. Mais H. Lopes souligne
justement que le français n'était pratiqué
dans ces pays que chez quelques élites,
à la Cour, et qu'en France même, le
français n'était pas pratiqué partout. En
fin de compte, le nombre total de locuteurs
était bien inférieur, à l'époque, (moins
de 60 millions), au nombre de locuteurs actuels estimé par le Haut Conseil de la Francophonie à 200 millions.
Pour Henri Lopes, ce chiffre est sous-estimé.
Rien qu'au Congo, le français est pratiqué plus ou moins bien par
l'ensemble de la population. Ce petit pays (3 millions
d'habitants) possède 45 langues, dont 2 ou
trois ont une diffusion plus large.
Dans ce pays affecté par des guerres
civiles à contenu tribal, des gens
ont été tués simplement parce qu'ils n'étaient
pas capables de répondre à un mot de
passe dans une langue correspondant à
un clan. L'habitude s'est donc établie
d'employer le français, par prudence,
en dehors de son milieu habituel.
Henri
Lopes fait remarquer que le nombre de
francophones est équivalent à la
population indonésienne dont la langue
officielle est le Bassa. Comment se fait-il, s'interroge-t-il, que le français,
avec son petit nombre de locuteurs
ait un poids plus important que le
Bassa indonésien ? Ou que le Chinois avec plus de un milliard de locuteurs, l'Indi qui en compte de 700 millions à un milliard, l'espagnol avec ses 413 000 locuteurs, le russe (280.000), l'arabe (230.000) ? La répartition de la pratique du français dans le monde est très large. Les Etats-Unis comptent plus de locuteurs français
que certains petits pays adhérents à
la Francophonie. Il existe des poches
en Asie.
L'Afrique au
secours du français ?
Mais la plupart des pays qui parlent le français
sont en Afrique. Il y en a une trentaine. Certains le pratiquent
comme langue
officielle, d'autres comme deuxième langue
(comme au Maghreb). Le français est une des six langues internationales
du système des Nations Unies. Il est
couramment utilisé aux réunions de
l'Union Africaine, même par des pays
dont ce n'est pas la langue officielle. Selon Henri Lopes, l'Afrique est pour le français une place forte.
C'est en Europe que le français serait menacé
où sa position est plus fragile que pour l'anglais. Pour beaucoup
de pays européens, l'anglais est la première langue
étrangère enseignée et devient même parfois une langue d'usage. L'élargissement européen est une menace pour le français. Même si certains pays candidats à l'adhésion sont membres de l'institution internationale de la Francophonie, ils sont en pratique utilisateurs
de l'anglais au quotidien. Se posera inévitablement à l'Union Européenne le problème du coût des traductions qui pourrait être supérieur au budget ordinaire de programme de l'Unesco. Arrivera un moment où il faudra choisir les langues de travail.
La Lettre de la CADE n° 78 – Janvier 2005 – page 2
La
question du français en Afrique
Comment se pose la question du français
en Afrique, poursuit Henri Lopes ? Les Africains n'ont pas choisi le
français, il leur a été imposé. Cela a été ressenti par
la première génération d'écrivains africains. Etienne Lalo, écrivain
de la diaspora, disait « Sentez-vous cette douleur
à nulle autre pareille de dire avec des mots de France ce
cœur qui m'est venu du Sénégal ? ». Aux indépendances la question
de savoir s'il ne fallait pas éduquer dans une langue du pays avant
de passer au français s'est posée. L'exemple le
plus réussi de cette démarche se trouve dans le monde anglophone, en Tanzanie, où
l'enseignement se fait en swahili dans le primaire et en
anglais dans le secondaire. Cela fait des citoyens qui possèdent
parfaitement leur langue maternelle et une langue internationale de communication.
Les choses ne sont pas aussi simples dans
tous les pays du fait de la grande diversité
linguistique. Henri Lopes rapporte son expérience congolaise où il a pu constater, à travers un sondage, que la grande majorité de la population voulait être
alphabétisée en français. Cette attitude
n'est pas dictée par un mépris de leur
langue, mais par l'absence de supports
(journaux, bibliothèques...) permettant de continuer à la cultiver. D'autre part, le gouvernement légiférant en français, cette langue est assimilée
à la langue de pouvoir et ce serait
désarmer ses enfants que de les en priver. S'ajoutent à ces réticences des problèmes pratiques de formation et d'interchangeabilité des instituteurs. Henri
Lopes rend compte de ses réflexions
sur ce sujet dans un recueil intitulé
« Débat avec les masses ». L'Afrique
est donc amenée à conserver le
français dans le cadre de ce qu'on appelle la Francophonie plurielle. Les
langues locales continuent à vivre à travers
la radio, la télévision qui demeurent des
vecteurs d'idées.
La
Francophonie en expansion
En Afrique, la Francophonie recrute de nouveaux
pays. Du fait que le nombre d'Etats francophones est important
au sein
de la CEDEAO, certains pays anglophones en
viennent à faire l'effort d'apprendre
le français ne serait-ce que pour
conquérir des marchés. Ainsi le Nigéria, et plus récemment le Ghana, ont
développé systématiquement l'enseignement
du français. Cette évolution se fait
moins par rapport à la France que par
rapport à leurs partenaires africains. En
Afrique Centrale, la Guinée Equatoriale
est maintenant pratiquement devenue
francophone à la suite de son
adhésion à la Zone Franc. Les pays lusophones
d'Afrique de l'Ouest s'y sont également mis au moins en ce qui concerne l'intelligentsia.
En 2015, selon Henri Lopes, un francophone sur deux sera
Africain. Il en déduit que le français n'est
pas en recul dans le monde, mais qu'il
est menacé en Europe. L'Afrique
sera-t-elle amenée à venir au secours
du français ? Cela pourrait survenir si l'Afrique prend dans l'avenir un
poids économique plus important sur la
scène internationale.
La
Francophonie est-elle une famille ?
La Francophonie est-elle une famille ? Les
Africains sont amenés à se poser cette question. Après les
indépendances, ils regardent vers leur ancienne capitale
(vers ses « oncles » ou ses « cousins ») et vont
en France non pas pour s'y établir, mais pour se soigner, pour étudier.
Les difficultés
pour obtenir un visa ont conduit certains à
rester en France pour ne pas risquer
de ne pouvoir y revenir. Etre
ressortissant d'un pays francophone ne donne aucun droit particulier en terme de mobilité. Cela ne vaut pas seulement pour la France mais pour l'ensemble de l'espace francophone. De ce point de
vue, la francophonie n'est pas une famille. Henri Lopes cite le cas
célèbre du Malien, Cheikh Modibo Diana que les
circonstances ne lui ont pas permis
de poursuivre ses études en France.
Il les termine aux Etats-Unis, devient
professeur d'université et se fait recruter
par la Nasa dont il devient le pilote
de l'opération « Pathfinger ». Les Etats-Unis lui offrent la nationalité américaine
sans qu'il ait eu besoin de la demander comme
le veut la réglementation. Il cite également ce groupe de musiciens congolais invités à se produire en France mais qui ont dû rentrer dans leur pays leur visa ne leur permettant pas d'honorer d'autres contrats en province.
Henri Lopes pense que pour surmonter ces
difficultés, il faudrait instituer un laisser-passer
francophone limité à titre expérimental à des populations de chercheurs,
d'étudiants, d'hommes d'affaire, de religieux qui permettrait de
circuler sans visa dans les pays francophones. C'est
un problème qui concerne le vaste espace francophone.
Francophonie
et Francophilie
Sur le plan institutionnel, la Francophonie
a développé une coopération culturelle et technique positive et
visible et, en ce qui concerne l'Afrique, l'Agence Internationale
de la Francophonie est beaucoup plus présente et réagit plus rapidement que ne peut
le faire l'Unesco. La Francophonie
institutionnelle inquiète cependant
Henri Lopes car elle met selon lui
trop l'accent sur la francophonie
politique. La Francophonie regroupe
toute une série de pays francophiles
plus que francophones qui peuvent
créer un groupe visible ayant un poids
incontestable sur le plan international
face à certaines hégémonies. De ce point
de vue, il comprend la préoccupation
des politiques.
Ont été amenés à adhérer à cette francophonie
des pays qui n'étaient plus francophones ou qui ne l'avaient jamais été. Pour
Henri Lopes on ne devrait pas pouvoir entrer dans la
Francophonie comme dans un club, mais comme dans une organisation
où les devoirs sont plus importants que les droits. Quels devraient être, selon lui, ces devoirs ?
• Chaque pays qui n'a pas le Français comme
langue officielle devrait s'engager à enseigner le français comme
première langue étrangère.
• Au sein du système des Nations Unies, un
pays adhérent devrait privilégier le français, sauf si
sa langue est une des langues de travail de l'Unesco.
Pour conclure, Henri Lopes estime que la
Francophonie est une réalité vivante, en expansion par
rapport au siècle précédent. Mais elle est en danger, et
l'Afrique peut
en constituer une arrière-garde solide, à condition qu'on en ait une vision claire et qu'on ne la considère plus seulement comme un projet politique, mais d'abord comme un projet culturel commun à des pays qui ont une partie de leur histoire commune même si chacun d'entre
eux a son identité propre.
La Lettre de la CADE n° 78 – Janvier 2005 – page 3
LE DEBAT
Une question qui n'a pas été abordée dans l'exposé
porte sur l'exode des cerveaux. Pour Henri Lopes, c'est un problème
qui ne peut trouver de solution qu'à long terme. La seule possibilité
de faire rentrer les gens dans leur pays, c'est de leur offrir des conditions
de vie décentes et un environnement politique dans lequel ils
ne se sentent pas menacés. Il observe d'ailleurs que cette fuite
de cerveaux concerne également les pays européens
et notamment la France. Il cite l'exemple de Coréens du Sud établis
de longue date aux Etats-Unis et qui sont rentrés en masse dans leur pays
car les conditions de vie y ont changé
et qu'elles se rapprochaient de celles du monde occidental. Donc, pour
lui, le jour où, par un effort commun, les conditions de vie s'amélioreront
en Afrique, le mouvement de retour pourra s'amorcer.
Il remarque que les pays émergents d'Afrique Australe attirent des
cadres africains.
Christian Valantin
souhaite apporter quelques précisions. Il donne en partie raison à Henri Lopes
qui trouve la Francophonie trop politique et qui voudrait
remettre à l'honneur la coopération francophone qui est l'expression
de la solidarité des pays francophones. Mais, pour Christian Valantin, on ne peut pas ignorer les crises
qui secouent les pays francophones, celle de Côte d'Ivoire étant
emblématique. Derrière cette crise, il y a un problème culturel
très profond. Aujourd'hui, poursuit Christian
Valantin, en Francophonie, on
est obligé de donner à la culture une autre définition que celle
qu'on lui donnait au début et qui était la défense
de la culture et de la langue française. Certes, il faut
défendre le français, mais différemment, en prenant en compte
la diversité culturelle. A l'instigation de la Francophonie,
l'Unesco a adopté en 2001 à Cotonou un avant-projet de convention
sur la diversité culturelle, contraignant, permettant de
préserver les cultures de l'ensemble francophone qui sont très
diverses. Cette Francophonie doit s'exprimer par la création
d'industries culturelles qui ont un impact sur l'économie en Francophonie.
Mais le gros problème est qu'il n'y a pas eu jonction jusqu'à présent
entre Francophonie et économie. Il observe qu'au Québec, les
industries culturelles représentent 7% du PIB et emploient 250 000 salariés.
Un intervenant se demande comment peuvent
se traduire en français, pour les Africains, tous les savoirs ancestraux.
Cette Francophonie dont on est si fier ne se fait-elle pas au
détriment des savoirs locaux ? Pour Henri Lopes, ce problème existe,
mais il n'est pas dû au fait qu'on s'exprime en français. Il a
été militant de l'indépendance de son pays et a nourri ses
réflexions en France, lisant le discours de Césaire sur le colonialisme en
français. Certains concepts sont sans doute difficilement
traduisibles, mais même avec des périphrases, on peut
en dégager la substance et les rendre utiles. C'est pour lui un
problème d'attitude face au modernisme et face aux valeurs anciennes
qui prévaut plus que le fait d'emprunter une autre langue.
Une représentante d'une ONG à l'Unesco
souligne que l'élargissement de la diversité culturelle pose un énorme
problème pour sa défense dans le cadre du
face à face entre les Etats-Unis et la Francophonie. Elle demande
ce que fait la Francophonie pour défendre cette diversité
culturelle face à la tendance hégémonique de la culture américaine.
Pour Henri Lopes, la diversité culturelle n'est pas automatiquement
un problème entre les Etats-Unis et la Francophonie. C'est
un problème de pouvoir politique. Il existe en France moins de
dix chaires de Francophonie dans les universités. 80% des universités
américaines en possèdent. Il existe aux Etats-Unis des
milieux importants, influents qui ont la même vision que nous
sur la sauvegarde de la diversité culturelle. Mais les élections américaines
récentes ont bien révélé les deux Amériques : l'Amérique traditionnelle
des affaires différente d'une Amérique culturelle qui a tendance à se rapprocher
de nous. Il faut éviter les antagonismes.
Répondant à plusieurs questions, Henri
Lopes trouve normal que des étudiants fassent leurs études aux
USA. La France envoie également des étudiants
aux USA. Mais il regrette qu'un pays (la France) qui a été un phare
dans les domaines de la culture, de la science, de la pensée, laisse
diminuer drastiquement le nombre de ses
partenaires traditionnels qu'il accueille. Pour lui, la diminution
du nombre de bourses est dramatique.
Pour conclure, Jean-Louis Castelneau se demande si la France s'implique suffisamment
dans la Francophonie. Henri Lopes pense que la Francophonie est
importante pour les Français et pour les politiques. Mais le problème
est de savoir ce qu'on attend de la Francophonie, ce qu'elle
peut nous offrir et la vision que l'on a de son futur. Henri
Lopes se plait à dire que le français est une langue africaine,
comme l'anglais et l'espagnol. C'est un acquis de la
colonisation qu'il faut garder. Mais, à travers cet acquis, il y
a une communauté à créer.
Philippe Mathieu
Coordination pour l’Afrique de Demain (CADE)
Association Loi 1901.
Président : Michel Levallois. Vice-Présidents :
Raymond Césaire, Jean Clauzel, Xavier de Franssu,
Henri Senghor.
Secrétaire Général : Philippe
Mathieu. Trésorier : Bernard Monnier.
La Lettre de la CADE
Directeur de publication :
Michel Levallois. Comité de rédaction : Robert Ginésy,
Michel Levallois, Philippe Mathieu, Bernard Monnier, Denyse
de Saivre, Henri Senghor. Maquette : Atelier
Visconti.
La CADE : 5 rue des Immeubles-Industriels, 75011 Paris, France.
Tél. : 01 44 93 87 46 /
Fax : 01 44 93 87 50. E-Mail : endacade@wanadoo.fr. Web :
www.afrique-demain.org
La Lettre de la CADE n° 78 – Janvier 2005 – page 4
Si notre site nous était conté...
Depuis le début du mois de Décembre le site de La
CADE s'est enrichi de la rubrique « capitalisation ». De
quoi s'agit-il?
La Lettre que la CADE publie depuis sa
création reprend, entre autres, le compte-rendu des rencontres
débats qu’elle organise régulièrement. Il nous a paru intéressant de rendre le
contenu de cette publication plus
accessible. Ces lettres représentent
en effet une masse d'analyses et d'informations sur un continent africain en chantier et qui se doit de relever trois défis : politique,
économique et sociétal pour accéder à la modernité. La CADE s'est fixée comme objectif de mettre ce capital d'informations à la disposition d'un plus
large public et en particulier, des acteurs de la coopération
décentralisée, des acteurs économiques, des
médias et des étudiants.
C'est pourquoi le contenu des Lettres de
la Cade, du numéro 0 au 71 inclus, a été répertorié. Celui
des numéros suivants le sera à son tour et de la même manière
en temps opportun. En fonction de leur contenu, les articles
ont été placés
dans un arbre thématique intitulé « Les défis
de l'Afrique au seuil du XXIe siècle » comportant 6 branches maîtresses :
1- Crise de l'Afrique et crise du regard sur l'Afrique,
2 - Un
continent majeur, 3-Le défi de la
Démocratie,
4 - Le défi de la lutte contre la pauvreté,
5 - Le défi de k modernisation et de la modernité,
6 - Solidarité, partenariat et coopération
A
ces 6 branches présentes sur la page d'accès de la rubrique « capitalisation »
seront adjointes une entrée par monographie et un index des
noms des
personnes et des lieux géographiques. Chacune
des branches tait l'objet d'une page où les articles concernés sont cités dans les différentes sub-divisions du thème. Un clic sur l'intitulé amène directement à l'article concerné dans la
mesure où la Lettre dans laquelle l'article a été publié est déjà présente sur le site (celles parues
depuis plus d'un an, sauf les Lettres
0 à 10 et 15 à 21 indus). La mention
non disponible figure à la suite de l’intitulé dans le cas contraire.
Nous espérons que vous pourrez ainsi trouver rapidement,
et sans avoir à feuilleter la collection complète, ce que la
Cade a déjà publié dans un domaine donné. Bonne lecture !
Le Webmestre, Jean-Brice Simonin
Les défis de l'Afrique au seuil du XXIe siècle
1 - Crise de l'Afrique et crise du regard sur l'Afrique
11- Afrique de nos rêves ; 12 - Afrique du présent et
du futur
121 - Crise et regard des Européens
13 - Pour un nouvel africanisme
2 - Un continent majeur
21 -L'histoire
211 -précoloniale ; 212 - coloniale ; 213 - Les indépendances
22 - Géo-économie
221 - Les ressources naturelles
2211 - Mines ; 2212 - Pétrole ; 2213 - Autres énergies ; 2214 - Produits forestiers ;
2215 - Productions agricoles
222 - Les populations
2221 - Statistiques ; 2222 - Diversité culturelle ; 2223 - Dynamique démographique ; 2224 - Mobilité, urbanisation
3 - Le défi de la démocratie
31 - Les avatars de l'Etat-Nation
311 - L'Etat colonial; 312 - L'Etat, symbole et réalité des indépendances
3121 - Perversion néocoloniale ; 3122 - Les
démocraties à l'africaine ; 3123 - Bilan
32 - Les conflits
321 - Les guerres ; 322 - Diplomatie et médiations
3221 -Organisation régionale ; 3222 - Organisation
continentale
33 - Enracinement de la démocratie
331 - La montée des contre-pouvoirs
3311 - Presse ; 3312 - Associations
332 - La construction de la citoyenneté ; 333 - La réforme
des Etats ; 334 - La décentralisation
4 - Le défi de la lutte contre la pauvreté
4l - « Pauvreté » de l'Afrique
411 -La« Dette » ; 412 - Les transports
42 - Economies duales
421 - Les entreprises ; 422 - L'économie populaire
43 - Lutte contre la pauvreté
431 - Le Libéralisme ; 432 - Stratégie du développement
durable ;433 - Régionalisation
; 434 - NEPAD
5 - Le défi de la modernisation et de la modernité
51 - Défis et frustrations ; 52 - Acteurs
- Victimes
521 -Jeunes ; 522 - Femmes
53 - Anomie et délinquance ; 54 -
Réponses institutionnelles
541 - Santé; 542 - Education
55 - Réponses de la société civile
551 - Communautaires
5511-Religions; 5512-Réseaux
552 - Individuelles
5521 - Philosophie ; 5522 -
Arts et lettres
6 - Solidarité, partenariat et coopération
61 - Objet / Définition ; 62 - Historique
; 63 - Politiques et acteurs ; 64 - Programmes internationaux ;
65 - Vers un nouveau partenariat
La Lettre de la CADE n° 78 – Janvier 2005 – page 5
«
L'Union africaine et le NEPAD face
au défi de la pauvreté »
Le CIFER (Centre International d'Echanges
et de Réflexions) a organisé conjointement avec
SOPEL International une rencontre débat le 17 janvier 2005 au Conseil Economique et
Social sur le thème : « L'Union Africaine et le NEPAD face au défi de la pauvreté ». Nous publions ici un extrait de l'allocution d'ouverture présentée par Henri SENGHOR, Président du CIFER.
« La pauvreté est un défi social et
politique à relever pour l'Afrique. Sa réalité ne doit pas nous
rendre pessimistes mais plutôt susciter une mobilisation
conjuguée des africains eux-mêmes et de la Communauté internationale.
En effet, en entrant dans le nouveau millénaire, 340
millions de personnes, soit la moitié de la population africaine,
vivent avec moins d'un dollar par jour. Le taux de mortalité
des enfants de moins de 5 ans y est de 140 pour 1000 et
l'espérance de vie à la naissance n'y est que de 54 ans. Pour
réduire de moitié la pauvreté en Afrique d'ici 2015, conformément
aux objectifs du millénaire, les pays africains ont un gap, un
retard de ressources correspondant à 12% de leur PIB.
La bataille n'est pas encore gagnée mais
une nouvelle volonté politique s'est dégagée qui place
l'Afrique en position de relever le défi. Le NEPAD intervient
dans ce cadre là et la lutte contre la pauvreté va ainsi
constituer une de ses plus grandes priorités.
L'Union Africaine, le NEPAD et les communautés économiques
régionales
Continent riche ayant subi historiquement
un processus d'appauvrissement, l'Afrique manifeste
à travers le NEPAD et l'Union africaine une forte volonté de renverser la
vapeur. Cette nouvelle volonté politique... peut donner
aux dynamiques de changement en cours une direction
positive si elle est appuyée par la Communauté internationale.
Du coté des acteurs africains du plus
haut niveau la volonté d'aller de l'avant ne fait pas défaut. En
témoignent, entre autres :
• le Sommet
consacré par l'Union africaine à l'emploi et la lune contre la pauvreté,
tenu à Ouagadogou
du 3 au 9 Septembre 2004. Il a débouché sur un plan d'action qui a
fait l'objet d'une forte résolution.
• Le Sommet du NEPAD tenu en novembre dernier
à Alger. La décision d'avancer dans l'intégration du NEPAD à l'Union africaine y
a été prise.
Dans le cadre du plan d'action de lutte contre la pauvreté, la CEDEAO est appelée à jouer un rôle exemplaire quant à la matérialisation régionale de la stratégie continentale. Sa population en très forte expansion passera de 290 millions en 2003 à environ 430 millions
d'habitants en 2020. C'est dire que dans
cet espace se joue en grande partie le destin
de l'Afrique de demain.
Un apport massif d'investissement et une action
forte et durable de la Communauté internationale conjuguée à celle
des acteurs internes coordonnés dans la CEDEAO sont indispensables.
Par exemple, pour maintenir sa capacité alimentaire à son
niveau actuel (identique à ce qu'il était voici 40 ans), il a fallu
à l'Afrique de l'Ouest augmenter sa production de 300%.
C'est cette tendance invitant à l'optimisme qu'il faut appuyer ici
et ailleurs pour relever durablement le défi de la pauvreté.
La stratégie du NEPAD se propose d'y contribuer...
Développer un
partenariat
La victoire sur la pauvreté passe, en
réalité, pour les pays membres de l'Union Africaine et
du NEPAD, par un changement de mentalité et de comportement, par la
mobilisation... des ressources nationales, soutenue par de
vrais programmes d'investissement. Les pays africains, à
travers le NEPAD, affichent leur volonté de dépasser le binôme
« aide-crédit » pour développer un
partenariat fondé au-delà de la coopération
sur l'intérêt réciproque.
Le secteur privé et
k croissance
Le NEPAD propose des orientations donnant
un rôle fondamental au secteur privé à un point tel que
certaines organisations de la société civile africaine le
considèrent comme étant d'essence néo-libérale. Mais il demeure constant qu'un grand
nombre de Chefs d'Etat, répondant pourtant
à des conceptions différentes, se
retrouvent, ensemble, dans la formulation
et la volonté de mettre en œuvre
cette stratégie et de la traduire dans des programmes d'action.
• Les Etats de part et d'autre
peuvent-ils assumer avec efficacité ces nouvelles orientations ?
• Comment font-ils et doivent-ils faire
pour favoriser une forte implication du secteur privé
?
• Quelles sont par ailleurs les réformes
susceptibles de permettre aux pays africains de favoriser
l'émergence et la consolidation d'un secteur privé
autochtone dans le cadre du NEPAD?
La rencontre
d'aujourd'hui
Nous n'ignorons pas les critiques parfois
virulentes qui sont adressées au NEPAD.
J'en cite quelques-unes : « leurres du nouveau
partenariat pour l'Afrique » dans le Monde Diplomatique
de Novembre 2004 ; « NEPAD, partenariat sans partenaire »
dans la Revue Continentale de Décembre 2004. Nous
ne nous plaçons pas sur ce terrain, car nous ne cherchons
pas à réfuter ces critiques. En revanche, ce que nous voudrions,
c'est précisément ce que Amadou TOM SECK appelle de ses vœux en
conclusion de son article très critique du Monde Diplomatique
auquel je viens de faire référence : « contribuer
à l'émergence d'une véritable opinion publique éclairée ».
Nous n'avons pas l'ambition de lever
toutes les ambiguïtés du partenariat avec les pays développés,
qu'il s'agisse notamment de la question de l'allégement de la
dette, du cours des matières premières en liaison avec
les subventions agricoles américaine et européenne,
d'une nouvelle organisation des relations économiques mondiales ou de
l'inspiration néo-libérale du NEPAD.
En organisant cette rencontre/débat, le CIFER vise à centrer
et cibler le débat autour de deux thèmes
dont l'acuité vient, malheureusement, d'être rappelée par le désastre écologique et humain en Asie et sur la face africaine de l'océan indien. Il s'agit,
d'une part, de l'Education et de la Santé, et d'autre part, de la Sécurité alimentaire et de la Protection de l'environnement dont la portée ne saurait, dans le cadre de la lutte pour le développement durable, vous échapper...»
Henri
SENGHOR
La Lettre de la CADE n° 78 – Janvier 205 – page 6
NOUS AVONS
LU
« MARCEL
GRIAULE CITOYEN
DOGON »
On ne peut laisser passer cet ouvrage (1)
sur la vie de Marcel Griaule, mondialement connu pour
avoir renouvelé le visage de l'anthropologie, sans dire tout le bien que l'on
en pense. Il est, très intelligemment, divisé en deux. Comme
l'indique la page 1 de couverture, illustrée d'un portrait de Marcel Griaule jeune, la première partie retrace le cheminement de sa vie, de ses pensées, de ses publications, de sa carrière. La page 4 présente une magnifique
vue du pays Dogon et la deuxième partie
constituée d'admirables photos
prises par Griaule et son équipe.
Sa vie toute entière a été consacrée à l'Afrique, dont les pays étudiés incarnent une sorte
de matrice, de résumé du monde... Marcel
Griaule, figure fondatrice et emblématique
de l'enquête de terrain de l'ethnographie
française, fut aussi un écrivain doublé d'un visionnaire.
Ayant été, pour ses études linguistiques, l'élève de Marcel Cohen, il décide d'entreprendre un projet d'une audace folle : traverser
l'Afrique d'Ouest en Est, de Dakar à Djibouti
sur 20.000 Kms. Cette entreprise durera
de 1931 à Février 1933. En Mai 1931 six
hommes, dont Michel Leiris, son compagnon
de l'époque, se lancent dans l'aventure. A Sanga, au Soudan français, Griaule est
saisi par la connaissance du pays
Dogon et par le souhait de faire
revivre pour le plus grand nombre,
et pas seulement pour un public érudit,
la richesse d'une civilisation.
A leur retour il est célèbre. La France
entière est surprise par les résultats de la mission. Il retournera de
nombreuses fois en pays Dogon et publiera
beaucoup plus tard, en 1947, « Dieu
d'eau », fruit de ses entretiens avec
le vieux sage aveugle Ogotomêlli, où il démontre la cohérence et la complexité parfaites de la pensée Dogon et plus largement africaine.
En 1935 il devient directeur - adjoint du Laboratoire d'ethnologie de l'Ecole pratique des hautes études. De pair avec sa vie si active, se déroule contre lui une hostilité développée par ses collègues, voire d'anciens compagnons, due à une jalousie provenant de son succès, de son caractère souvent difficile, de ses activités politiques. A cette époque, il s'engage en faveur de l'Ethiopie. Les critiques allaient souvent en sens contraire. D'abord accusé de menées judéo maçonniques, il fut quand même nommé en 1942 à la première chaire d'ethnologie de l'Université de Paris X. On lui reprocha ensuite d'avoir été vichyssois, malgré ses nombreuses actions pour les résistants. Il fut lavé de tout soupçon après la guerre mais restera en but à des hostilités (2). A 57 ans, en 1951, Griaule mourut d'un infarctus du myocarde, résultat de sa frénésie de travail et de voyages, d'un « syndrome de l'effort».