
Bulletin mensuel d'information sur les activités de la cade - avril 2005 - n° 81
Cade
enda europe
Débat du mois
: « Lutte
contre le Sida et rôle de la société civile
»
Editorial
Votre Lettre au président des Français à propos de la Côte d'Ivoire et de l'Afrique en général(1) m'a profondément touché. J'y ai retrouvé les accents de colère que j'avais décelés dans les propos que nous avions échangés à Dakar il y a deux ans lors de l'Assemblée générale d'Enda Tiers-monde. Vous n'étiez plus ministre de la culture du Mali, mais vous veniez d'écrire deux ouvrages dans lesquels la femme africaine que vous êtes dénonçait l'Etau(2) dans lequel sont pris les Africains et Le viol de l'imaginaire(3) perpétré par l'Occident contre votre jeunesse par des médias sans scrupule et tout puissants, dans le plus grand mépris de l'identité africaine.
Aujourd'hui, vous vous adressez à nous, Français et Européens, à la veille d'un scrutin décisif pour l'avenir de notre continent et par voie de conséquence pour celui de ses relations avec l'Afrique.
Il est important qu'une militante comme vous, dont le passage dans des fonctions officielles nationales et internationales a enrichi l'expérience et renforcé les convictions, dise haut et fort que l'ordre mondial imposé aujourd'hui à l'Afrique n'est pas tolérable. Non, les maux qui désolent l'Afrique, qui la désespèrent, qu'ils s'appellent pauvreté, guerres civiles, sida, corruption, ne sauraient être imputés à une prétendue âme ou fatalité africaine. Ils ne sont que le résultat de choix et de pratiques politiques. Non, les plans d'ajustement structurels et le retour aux grands équilibres macroéconomiques imposés au nom du libéralisme et de la démocratie n'ont pas créé la croîssance. Ils ont ruiné toute perspective de développement. Ils ont fait supporter aux plus démunis les conséquences du choc pétrolier et la chute du cours des matières premières. « La mondialisation néolibérale est un facteur de paupérisation et de guerre », avez-vous écrit.
Je ne partage pas votre condamnation de l'opération Licorne en Côte d'Ivoire car elle a évité que le président N'Gagbo ne soit balayé par les Forces nouvelles dès les premiers jours de l'insurrection et sans doute quelques milliers de morts. Je ne partage pas non plus votre critique de la dévaluation du franc CFA, car j'ai toujours pensé que cette monnaie forte et déconnectée des réalités économiques africaines, était un handicap majeur pour un développement local, orienté prioritairement vers les besoins des populations africaines et non vers les marchés à l'exportation, vers les productions locales et non vers les importations.
Mais je vous entends quand
vous appelez au secours l'opinion française et européenne pour
leur crier que les choses ne peuvent plus continuer ainsi, dans le confort intellectuel
d'une mondialisation admise comme
inéluctable, d'un libéralisme débridé, et qu'il faut impérativement que les partenaires de l'Afrique, la France
et l'Europe au premier chef, portent un autre
regard sur l'Afrique et changent leur manière de traiter avec elle. « La lutte contre la pauvreté n'est que
mendicité et subordination qui pousse nos dirigeants à poursuivre des réformes néolibérales qui nous appauvrissent davantage ».
C'est vrai, mais que proposer de réaliste, c'est à dire de susceptible d'aboutir, au
delà des dénonciations et des incantations, pour changer véritablement
les choses. Il faut que la France
et l'Europe s'entendent avec les Africains pour atténuer les chocs d'une
mondialisation inévitable dans laquelle vous avez sans doute tort de penser
que l'Afrique à tout à perdre et que sa jeunesse n'est pas capable d'y
trouver sa place. Cela n'exclut pas évidemment que les
Africains accèdent aux trithérapies et que les systèmes
nationaux de santé et d'éducation fonctionnent de nouveau. Je veux retenir aussi de votre lettre que
si l'Afrique a besoin de crédits, elle a également besoin aujourd'hui d'un
aggiornamento de ses relations avec la France et l'Europe, d'une remobilisation de ses élites, d'une adaptation des régles du commerce international à ses économies à très faible valeur ajoutée. Espérons que le prochain Sommet des Nations Unies de septembre à New-York qui doit évaluer les progrès réalisés au tiers de son
parcours par L'Objectif du Millénaire pour le développement sera
l'occasion de remettre les hommes et les
femmes d'Afrique au centre des politiques de développement et de leur reconnaître le droit d'en changer quelques règles. « Nous sommes déterminés à faire de
l'Afrique une priorité absolue de la politique de développement de l'Union européenne », a déclaré Louis Michel, le Commissaire européen au développement. Acceptons en l'augure. Michel Levallois I) De
Aminata Traoré, Chez Fayard. 2) Actes Sud 1999.
3) Fayard 2002. La Lettre de la
Cade n° 81 – Avril 2005 – page 1 Compte-rendu
de la rencontre-débat du 13 avril 2005 et rôle de la
société civile » Le Sida est un sujet qui a déjà été abordé par
la Cade il y a quelques années. Mais la perception de la maladie et de ses
conséquences a beaucoup évolué en particulier la manière dont les malades
doivent être traités prenant en compte leur insertion sociale, familiale, économique. Il ne
s'agit plus exclusivement de traitement même si l'accès universel aux
soins et aux différents outils de prévention fait encore partie des grands
défis à venir. Cette rencontre débat est volontairement centrée sur le positionnement des
acteurs civils, sur leur influence au Sud, sur les enjeux internationaux liés aux traitements
et sur les actions des organisations de solidarité internationale. Ces trois volets sont
présentés successivement par Fred EBOKO (1), Emmanuel TRENADO (2) et le docteur Gilles
RAGUIN (3). Salvatore PAPPALARDO (4) a bien voulu animer cette
rencontre. 1) Fred EBOKO, chercheur socio-politologue à
l'Institut
de Recherche pour le Développement (IRD), travaille sur les politiques publiques
de lutte
contre le sida en Afrique. 2) Emmanuel TRENADO, Directeur International
d'AIDES. 3) Dr. Gilles RAGUIN, Directeur des opérations internationales
de Médecins du Monde (MDM) 4) Salvatore PAPPALARDO chargé des relations avec les ONG au
Ministère des Affaires Etrangères. Salvatore PAPPALARDO introduit le sujet. Il rappelle
le caractère foudroyant de la pandémie de sida (voir encadré) et ses effets négatifs
souvent exposés. Mais à côté de son aspect dévastateur, le sida est un véritable
levier de changement dans les sociétés, notamment dans les sociétés africaines. Le
sida interroge ces dernières dans leurs fondements, leurs traditions, leurs modes d'organisation
et les différents tabous qui
les traversent. Depuis les années 1980, il a généré un certain nombre de dynamiques positives et négatives qu'il
est intéressant d'observer. Fred EBOKO considère que les politiques publiques de lutte
contre le sida ne peuvent avoir d'efficacité réelle que par la participation du plus
grand nombre, au-delà des Etats qui sont chargés de mettre en œuvre ces
politiques. Les programmes nationaux
de lutte contre le sida en Afrique sont nés
dans les années 1986-1987 à
l'initiative de l'OMS et du Global Program
on Aid remplacé en 1996 par ONUSIDA. « Le
chaînon manquant » L'expansion du sida sur le continent africain est
contemporaine de crises politiques et économiques majeures, ainsi que des processus de
démocratisation, de libéralisation politique. Les partis uniques cèdent la place au pluralisme politique et à l'émergence de toutes sortes d'associations créées
par milliers dès les années 1990 qui constituent
ce qu'on appelle la société civile :
« ensemble composite d'acteurs dont le statut et l'action se situent en dehors de l'Etat » précise Fred Eboko. Cette société civile avait une vitalité, une acuité, une
virulence qui s'exerçait « dans le champ de la contestation politique » mais qu'on ne
retrouvait pas dans le cadre de la lutte contre le sida. Fred Eboko parle du « chaînon manquant
» qui s'est fait cruellement ressentir dans le domaine de la lutte contre le sida
pendant les années 1990. Les premières associations de lutte contre le sida sont nées
en Afrique francophone dans les années 1990, soit à l'initiative de médecins locaux en
charge de la lutte contre le sida, soit sous l'impulsion des agences de coopération qui avaient constaté ce chaînon manquant. Ces organisations ont insisté particulièrement pour que les personnes vivant avec le VIH-Sida sur le continent africain soient au cœur du dispositif de lutte. C'est le sens du slogan « Des communautés s'engagent » qui a été lancé dès 1992 à l'occasion de la journée mondiale
de lutte contre le sida. On remarque ainsi
une forte influence des ONG du Nord
et du contexte international dans la
création de ces associations dans les
pays francophones. La naissance des associations de
lutte contre le sida Les médecins en contact avec les séropositifs ont demandé à ces derniers de se constituer en association afin de monter des réseaux de solidarité. F. Eboko donne quelques exemples de ces associations nées pour la plupart d'entre elles à « l'interface de
l'international et du local » : au Sénégal,
l'Association d'Aide aux Séropositifs, aux Sidéens et aux Familles (ASSASFA)
formée en 1991; au Cameroun, l'Association des Frères et Sœurs Unies (AFSU), créée en 1994 pour
représenter les personnes atteintes du sida à une conférence tenue à Londres la même année ; en Côte
d'Ivoire, l'Association Lumière Action née
en 1994 à Abidjan à partir de trois
patients diagnostiqués séropositifs
par le premier centre de dépistage gratuit
et anonyme. A partir d'un patient diagnostiqué dès 1987 et qui s'est
révélé complètement La Lettre de la Cade n° 81 –
Avril 2005 – page 2 asymptomatique, les médecins ont utilisé son dynamisme et sa
disponibilité pour combler le vide qu'ils ressentaient dans l'annonce du
diagnostic de séropositivité. Petit à petit, on est passé de démarches individuelles à
l'adhésion à des associations, et d'un statut sérologique à un statut social. «
Les enjeux de la stratification sociale » La manière dont ces associations se sont constituées crée
une difficulté : en matière de mobilisation collective, voire d'insubordination, il est
difficile de « s'imposer dans un champ dominé par les professionnels de la biomédecine
». Ce problème relève de la manière dont les solidarités africaines sont structurées par rapport à celles du Nord. C'est ce que F. Eboko appelle « les enjeux de la stratification sociale ». Les membres de ces associations étaient en général issus des couches relativement démunies, mais courageuses, surtout des femmes diagnostiquées lors de consultations
prénatales, souvent veuves, à la recherche
de solidarité. Certaines d'entre elles voulaient témoigner de leur volonté de pouvoir « vivre avec ». Cette stratification sociale qui distinguait surtout les
médecins et leurs patients a commencé
à se modifier à la fin des années 1990 avec
la perspective de l'accès aux polythérapies. Naît alors une nouvelle vague d'associations constituées de personnes relevant d'une plus grande diversité sociologique,
de classes moyennes, et notamment de femmes
qui ont une plus grande capacité d'insubordination. Elles ont des connections très fortes avec les ONG
du Nord qui ont acquis, avec le temps, une
certaine expertise de la maladie et de la prise en charge médicale. Cela ne s'est pas
fait facilement. La question des polythérapies se pose officiellement à partir de la Conférence Internationale qui s'est tenue à Vancouver en 1996. Les premières réunions, entre médecins,
commencent à se tenir en Afrique en 1997
sur la dynamique de la prise en
charge éventuelle des patients vivant
avec le VIH. Ces réunions se sont tenues,
en général, en l'absence des associations
et souvent en l'absence des représentants
des Comités Nationaux de Lutte contre
le Sida. «
La naissance d'une opinion publique sur le sida » La fin des
années 1990 représente un tournant décisif
marqué notamment par l'arrêt des procès intentés par les firmes pharmaceutiques contre les gouvernements Sud-africain et Brésilien en 2001 qui a été « un moment clé pour la mobilisation
internationale des sociétés civiles » et
des opinions africaines. Le passage progressif
du silence de la société civile à un début
de renaissance et de reconnaissance a vu progressivement s'impliquer les personnalités ayant autorité sur les opinions publiques (journalistes, artistes, sportifs). Après quinze ans de lutte institutionnelle contre
le sida en Afrique, on assiste aujourd'hui
seulement à ce que F. Eboko appelle la « naissance d'une opinion publique sur le sida », souvent dans un contexte de controverse. F. Eboko conclut qu'il n'y a pas possibilité de créer un
véritable mouvement social s'il n'y a pas, à un moment donné, un mouvement susceptible
de se porter contre les institutions. On définit un mouvement social par trois
critères : identité, opposition, totalité. Pour qu'ils soient réunis, il faut que les
différentes sociétés civiles se mettent ensemble. Car il est difficilement concevable que la
colère, concernant la lutte
contre le sida, soit plus souvent entendue
au Nord qu'au Sud. Si au Sud, on ne
fait pas l'anthropologie de la colère, on
n'arrivera pas à construire une véritable mobilisation collective. Emmanuel TRENADO aborde la question du traitement
et ce qu'elle implique en matière de prise en charge des malades au Sud et, au Nord,
de propriété intellectuelle. La
particularité de la prise en charge du VIH-Sida De nombreuses associations africaines francophones de
lutte contre le sida se sont mobilisées sur l'accès aux soins dans un contexte
d'extrême pauvreté. Elles ont parcouru
un long chemin pour avoir aujourd'hui la capacité de proposer un soin de qualité aux patients séropositifs du Sud
ce qui était l'objectif qu’AIDES s'était fixé avec ces associations, lorsque les traitements
anti-rétroviraux sont arrivés au Nord. AIDES
a mis en place avec ses 15 associations
partenaires un programme de prise en
charge global à partir des centres de
soins qu'elles ont créés disposant des traitements
anti-rétroviraux. Après cette réussite, les associations se sont réunies fin 2004
pour essayer d'aller plus loin. Elles se sont fixées trois objectifs : 1) construire un contre-pouvoir, au Sud, pour être en capacité de dénoncer les situations inacceptables et, surtout, de permettre un accès universel aux soins, 2) travailler sur la décentralisation des activités des
associations, 3) diffuser dans le secteur public ce que les associations ont
appris en matière de prise en charge globale et de bonne pratique. En ce qui concerne les traitements, la particularité de la
prise en charge médicale du VIH-Sida est la prise à vie de traitements contraignants. Mais
les associations se sont aperçues de la nécessité d'une prise en charge globale
impliquant l'accompagnement du patient au moment du dépistage, du traitement et de son observance, la prise en compte des facteurs nutritionnels et de la vulnérabilité sociale, ce qui a permis de proposer des soins de qualité. Ce n'est
pas toujours le cas des initiatives publiques
qui se contentent souvent d'une prise
en charge médicale classique. Le problème
particulier du traitement est qu'il nécessite
une très bonne observance pour éviter
l'apparition de résistances nécessitant
un changement de traitement. Citons le dossier présenté dans la revue mensuelle Alternatives
Internationales N° 23, Avril 2005, qui porte sur «
Sida, le pire est à venir » dont nous extrayons les chiffres qui suivent : Le Sida tue chaque jour 8.500 personnes dans le
monde... 25 millions d'Africains au Sud
du
Sahara sont séropositifs... D'ici 2010, l'Afrique comptera 22
millions d'orphelins du Sida Les trithérapies et la dénonciation des monopoles Les
laboratoires du Nord ont mis au point, dès
1996, des trithérapies dont le coût
est élevé (environ 10 000 $ par an). Une étude a montré que le prix de
ces médicaments n'a rien à voir avec les
coûts de recherche et de production.
Il est fixé La Lettre
de la Cade n° 81 – Avril 2005 – page 3 en fonction de ce que les systèmes de soin sont prêts à payer
pour maintenir quelqu'un en
vie et pour éviter des coûts encore plus
élevés d'hospitalisation, de soins à
domicile, etc... pour des patients qui
ne disposeraient pas de médicaments anti-VIH. Les premiers médicaments génériques ont été mis au point par des compagnies indiennes en 2.000 et proposés à des prix dix. fois inférieurs (de l'ordre de 800 $/an). Aujourd'hui, une trithérapie avec des génériques coûte de 150 à 300 $/an. Les laboratoires du Nord ont combattu énergiquement ces tentatives de mise à disposition de médicaments bon marché au Sud craignant la remise en cause de leur monopole. Les associations dénoncent cette absence de concurrence et le mode d'appréciation du coût du médicament par ces laboratoires. Leur mobilisation a abouti à des accords internationaux qui,
en théorie, permettent la mise à disposition de produits génériques au Sud. Mais
les démarches sont très complexes car elles nécessitent une demande de licence
d'importation qui doit passer par l'OMC. Les gouvernements du Sud ne se
sentent pas armés pour le faire pour le moment ce qui fait qu’ils se placent
dans l'illégalité en important des copies indiennes. Mais vis-à-vis de l'opinion publique,
les laboratoires ne sont pas en bonne position pour attaquer les pays du Sud et leur
contester le droit à acheter ces médicaments. Des inquiétudes sur la pérennité de l'accès aux
traitements Depuis cette année, l'Inde a ratifié les accords de l'OMC.
Dès lors, plusieurs questions se posent : la pérennité de l'accès aux génériques,
tels qu'ils sont distribués aujourd'hui, est-elle garantie ? Est-on certain que les
laboratoires indiens de génériques auront toujours la capacité d'en produire en grande
quantité pour les pays du Sud pour faire face à l'augmentation du nombre de
patients à traiter ? Et surtout, qu'en sera-t-il de l'accès aux médicaments de nouvelle
génération ? Il faut savoir qu'au Nord, 26 médicaments anti-VIH sont
commercialisés contre 3 ou 4 seulement au Sud. La question de la mise à disposition des médicaments de
deuxième et de troisième génération se pose au Sud. Ils offrent un meilleur confort aux
patients, mais leur administration devient nécessaire en cas de résistance aux
médicaments de première génération. MSF estime que 8% des patients
nécessitent la prise de médicaments de deuxième génération. Or, ceux-ci sont plus
chers (de l'ordre de 2.000 $/an) et il n'existe pas de version générique. Emmanuel Trenado résume ainsi la situation actuelle qui
est compliquée : le Sud a accès à un première ligne de traitement, mais il y a des
inquiétudes sur la pérennité de cet accès ; de plus, on est aujourd'hui dans l'incapacité de
régler les problèmes de propriété intellectuelle pour que tous les médicaments
importants, vitaux, soient disponibles aussi au Sud. Gilles RAGUIN présente d'abord les deux organisations sœurs que sont MSF et MDM. Chacune
décline à sa façon ce qu'elles sont fondamentalement, c'est-à-dire des
organisations de soignants, mais qui témoignent pour dire l'intolérable dans le champ de la
santé. Ces organisations ont été à l'origine de grands débats et de grandes
interrogations, dont celles ayant trait au sida. Les approches complémentaires de MSF et de MDM II est intéressant de voir comment ces organisations ont
traité la question. Ce qui est très peu su, c'est que MDM a été la première
organisation à ouvrir un programme sida en Afrique de l'Est au début des années
1990, au moment où MSF ne s'intéressait pas à cette question. En fait l'approche entre
ces deux organisations était un peu différente. MSF était une organisation militante qui se focalisait sur la
question du médicament essentiel et pas du tout sur celle des anti-rétroviraux.
L'OMS ne faisait alors pas preuve de dynamisme dans ce combat. Pour des quantités
de raisons, l'anti-rétroviral
a eu là, comme dans quantités de domaines,
un effet accélérateur formidable sur
la thématique du médicament essentiel, donc du générique, et donc de l'accès aux médicaments pour les pays du Sud. MSF
est entré dans ce combat par le médicament
essentiel et en a été le fer de lance.
Son approche sur le terrain a été très particulière puisqu'elle est arrivée
avec des cliniques clés en main pour
l'accès aux anti-rétroviraux mais
qui n'étaient pas du tout intégrées
dans les systèmes nationaux de santé
publique. Cette démarche était particulièrement pertinente dans les milieux ruraux et semi ruraux. En revanche,
d'autres organisations, comme MDM, ont
traîné dans ce combat alors qu'elles
avaient ouvert avant MSF des
programmes de lutte contre le sida. MDM
travaillait dans le champ de la prévention.
L'approche a été plus lente car elle
s'intégrait aux systèmes existants, visant
le renforcement des capacités et l'aide à la création d'ONG. C'est une approche plus progressive et complémentaire de
celle de MSF. Des capacités
d'intervention limitées Gilles Raguin souligne toutefois qu'il ne faut pas se faire
d'illusions sur la capacité d'intervention de ces OSI. Elles ne peuvent faire que des petits
volumes mais sont là pour faire de la démonstration, de l'ingérence, de
la modélisation : montrer comment faire fonctionner, dans certains contextes,
des programmes d'accès aux soins en général et aux traitement anti-rétroviraux
en particulier, de façon à ce qu'ils puissent être reproduits. Ces organisations ne
peuvent aller beaucoup plus loin, sauf à évoluer en multinationales de l'aide
humanitaire. Dans l'état actuel des choses, elles restent des renforceurs de
capacités, des ingérents, des fabricants de brèches dans des systèmes qui ne
permettent pas aux gens d'avoir accès aux soins. D'autres organisations, créées plus tardivement, se sont
saisies de la problématique incontournable du sida, mais avec une approche presque
entrepreneuriale, en développant des programmes de prise en charge du VIH,
d'accès aux traitements. De
ce point de vue, la lutte a atteint ses
objectifs. Les choses ont en effet
considérablement évolué, avec une vitesse
surprenante. Les OSI face à la désagrégation des systèmes de santé Les OSI buttent également sur la désagrégation des systèmes
de santé publique en Afrique. Cela se traduit par la réapparition de maladies
tropicales et d'épidémies qu'on croyait maîtrisées. Gilles Raguin attribue en partie
cette déshérence aux La Lettre de la Cade n° 81 –
Avril 2005 – page4 politiques néolibérales soutenues par la Banque Mondiale. Les
OSI sont aujourd'hui dans une grande difficulté. La problématique du VIH
rejoint d'une certaine façon, un débat de fond sur l'accès aux soins. Pour ceux qui
interviennent sur le terrain, la question n'est plus tant l'accès aux anti-rétroviraux
que l'accès à des bâtiments de santé opérationnels dotés de personnel et de
médicaments. Cette société civile nourrit sa colère face à l'état des systèmes
de santé et à la situation faite aux populations les plus pauvres des pays pauvres.
Peut-être assistons-nous là, conclut Gilles Raguin, à quelque chose qui rejoint, sous
des formes différentes, ce grand débat sur la santé publique, les services publics, le
néolibéralisme, l'alter-mondialisme, et les conséquences dans le champ de la santé du
néolibéralisme. LE DEBAT Une première question porte sur le rôle respectif de l'Etat
et de la société civile et sur la responsabilité du premier dans le manque de
soutien aux systèmes publics de santé. Gilles Raguin rappelle que la société
civile n'a pas à se substituer à l'Etat mais qu'elle a vocation à rappeler ce
dernier à ses responsabilités et à témoigner en faveur des exclus des soins de
santé. Pour un intervenant, le devoir de colère est le levier qui
permet de faire avancer les choses. Les Etats, aussi bien au Nord qu'au Sud, ont
besoin d'être interpellés sur des questions qui intéressent tout le monde. Il
rappelle le rôle d'Enda Tiers-Monde qui a interpellé les Etats, les chefs
religieux, les autorités qui tardaient à reconnaître la problématique du Sida dans leur
pays. Il rappelle le travail de fond fait, en matière de prévention, par
l'ensemble des acteurs, (journalistes, les théâtres de rue). Salvatore Pappalardo revient sur la complexification des
centres de décision dans un contexte mondialisé dans lequel les médias jouent
un rôle de plus en plus grand. Il en résulte des évolutions et en particulier des
coalitions de gouvernements pour faire avancer leurs idées. Dans ce cadre, les acteurs non étatiques jouent un
rôle évident. A une question portant sur l'évolution de la
séroprévalence depuis la découverte du sida, Fred Eboko répond que celle-ci a augmenté suivant
des mécanismes complexes liés à la sexualité et aux échecs ou aux réussites
des campagnes de prévention. Il existe une grande diversité d'un pays à l'autre
et d'un instant à l'autre. Quant à établir un bilan de l'action des anti-rétroviraux,
Emmanuel Trenado estime que c'est très compliqué et que la seule chose certaine
est que ces traitements sauvent la vie des gens. A propos de ce qu'on entend par médicament
essentiel, Gilles Raguin précise que les organisations ont demandé à l'OMS
qu'une liste précise de médicaments essentiels soit internationalement
reconnue afin d'offrir aux populations un paquet de base minimum. Les
anti-rétroviraux n'étaient pas dans cette liste, MSF les y a fait entrer. Un intervenant qui partage l'essentiel des analyses des
intervenants apporte une touche de contestation. Il se demande si l'intervention
de la société civile n'a pas eu pour conséquence la démission de l'Etat qui s'est déchargé
de ses
responsabilités sur les ONG internationales. Par ailleurs il lui semble que
certaines associations se cantonnent dans une posture déclarative, contestataire. Les
OSI ne peuvent jouer qu'un rôle d'appoint et le problème ne pourra être résolu
tant que les responsables politiques ne prendront pas en main les choses.
Il pense également que faire porter la responsabilité de la dégradation
des systèmes de santé à la Banque Mondiale est aller un peu loin. Ce sur quoi il
est possible d'agir c'est sur la prévention sur laquelle les ONG ne font
peut-être pas assez, et sur la recherche. Salvatore Pappalardo précise qu'il y a un lien prouvé
entre prévention et traitement. En même temps, le traitement peut
avoir des effets négatifs sur la prévention dans les sociétés qui en bénéficient. Une
représentante d'une ONG de l'UNESCO, la Fédération Internationale pour
l'Economie Familiale regrette que l'éducation des jeunes et des adolescents pour la
prévention n'ait pas été abordée. L'UNESCO a organisé des journées de mobilisation de
toutes les ONG sur la prévention et l'éducation primaire et informelle pour
adultes. Elle insiste pour que ne soient pas transférées à l'identique les méthodes
occidentales pour respecter les cultures locales. Gilles Raguin précise que les campagnes de prévention ont
adapté leurs messages aux contextes locaux. Mais il en souligne les limites si on en
juge par l'épouvantable
constat d'échec fait en Ouganda. Pour ce qui est de la Banque Mondiale, il se base
sur des constats faits sur le terrain où les représentants de la Banque Mondiale
disent ne pas vouloir d'ONG mais d'agences opératrices privées qui
fonctionnent avec les agences nationales. Selon lui, les agences de ce type
excluent les plus pauvres de façon constante. Gilles Raguin estime qu'il n'est pas facile
d'apprécier la responsabilité des acteurs de la société civile. Ils ont été
très vraisemblablement les aiguillons du débat. Emmanuel Trenado revient sur l'efficacité des traitements. Pour lui,
les stratégies mises en place ont eu un impact sur une épidémie dévastatrice. Mais il est clair
que le tout prévention n'a pas marché. Il s'interroge sur ce qu'il faut faire
pour stopper la progression du sida d'ici dix ans étant entendu qu'un vaccin
hypothétique ne pourra être disponible avant 20 ou 30 ans. Pour Fred Eboko, l'évidence est que l'accès au médicament
est un levier formidable pour la prévention, mais on n'en fait pas assez. Dans les principales
villes où les médicaments sont accessibles, il est scandaleux qu'on meure encore du sida.
L'accès aux anti-rétroviraux est un défi majeur et peut servir à prendre en compte
de nombreuses
autres pathologies. Il exprime sa colère face au travail qui reste à faire, et à la
démystification insuffisante de la maladie, ce qui lui fait dire qu'il y a des
morts de la
représentation de la maladie. Philippe Mathieu La Lettre de la Cade n° 81 – Avril 2005 – page 5 Petites statistiques pour la curiosité : en 3 semaines j'ai
noté 82 articles ou mentions dans 7 publications (3 quotidiens, 3 hebdomadaires,
1 mensuel) sur des questions concernant uniquement ou au premier chef l'Afrique. Le plus souvent cité
est la Côte d'Ivoire avec 28 mentions ou articles, suivie de 20 références à des
questions générales. Loin derrière arrive le Zimbabwe avec 6 mentions, le Soudan avec 4, le Rwanda avec 3, etc... Les crises, et notamment celle de la Côte d'Ivoire, sont
en-tête (28 mentions), suivies des questions politiques (élections) ainsi que celles
relevant de la justice, collectivement ou individuellement (7 et 3 mentions respectivement). Ex-aequo
avec 7 mentions, des réflexions et des informations sur les questions de
santé, suivies de près (6 mentions) de l'économie et de la religion, ces
dernières liées à la mort du pape. La lanterne rouge revient aux questions
scientifiques avec 3 mentions, 2 d'anthropologie avec Toumaï, l'ancêtre tchadien et
1 avec les capacités imitatives des éléphants d'Afrique). C'est
donc la Côte d'Ivoire qui a dominé
l'actualité africaine de ces dernières
semaines avec l'annonce puis la réalisation de l'accord de Prétoria puis les
premiers commentaires. Curieusement une sorte d'état des lieux a été publié par La Croix le 1er Avril sous le titre
général de la « guerre larvée de Côte d'Ivoire ». Un premier article situe
l'intervention du président Sud-Africain
devant un risque de conflagration, un second
examine le point chaud que constitue
l'Ouest du pays, un troisième
constate la déprime des activités économiques et une dernière page est consacrée au point de vue
français et au rôle de Licorne, repoussée
par les uns et souhaitée par les autres. Paul Quilès y souligne d'ailleurs « l'instrumentalisation de la présence française par les parties en conflit, en dépit d'une volonté de neutralité ».
Au même moment Le
Figaro du
2 avril, dans un article très pessimiste, souligne la « déchirure » entre la France et la Côte
d'Ivoire, signalant au passage que 150 filiales d'entreprise françaises
représentent la moitié du PIB ivoirien d'une part et la haine qui monte en brousse
(Guiglo) alors que l'Express
du 28
mars a publié 4 pages sur
l'abîme ivoirien, où seul « un miracle
pourrait enrayer la logique de guerre
». Sur cette toile de fond très pessimiste, il n'est pas
étonnant que l'accueil fait à l'accord de Pretoria dont les 7 points sont repris par Le Monde du 9 avril n'ait reçu qu'un
accueil prudent de la presse
française (Le Monde du 10 avril),
prudence justifiée par les incidents des jours suivants en Côte d'Ivoire (Le Figaro du 12 avril). Les Etudes
d'Avril
consacrent un article à la jeunesse ivoirienne, si importante dans ce pays : l'auteur, cinéaste et anthropologue, a réalisé un film sur les jeunes
des quartiers difficiles d'Abidjan
programmé récemment sur une chaîne
de TV nationale (Bronx
Barbès). Elle met en valeur
les points forts de la psychologie de ces jeunes citadins tant sur le plan de l'individualité que sur
celui de la solidarité. Un article qui permet de mieux comprendre les
positions parfois ambiguës des « jeunes
patriotes » ou des « rebelles »
largement incomprises des médias
français. L'actualité
internationale a fait une large place à la mort du pape et à l'hommage que lui ont fait « les imans du Sénégal
(La Croix du 5 avril) (qui) saluent
l'apôtre de la paix ». L'article rappelle
les interventions de Jean-Paul II
lors de sa visite de 1992, soulignant «
le respect mutuel et la tolérance dans ce pays » et sa demande de pardon
« pour ce péché de l'homme contre l'homme,
ce péché de l'homme contre Dieu » que
fut le commerce triangulaire. Sa succession suscite l'espoir d'avoir un pape africain, ce qu'espère Mgr Desmond Tutu et ce qui permet à La Croix de
présenter dans son numéro du 8 avril le
cardinal nigérian Francis Arinzé. Terminons par une bonne nouvelle, l'apparition prochaine
d'un médicament contre le paludisme libre de brevets et économiquement accessible qui
est saluée par La Croix du 8 avril et par Le Monde du 10 avril. Jean
Brice Simonin Abonnement à La Lettre de la CADE : Nom ………………………………………………………………… Prénom………………………… Adresse …………………………………………………………………………………………………………... …………………………………………………………………………………………………………………… Code postal …………………. Ville
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individuelle à l’association, comprenant l’abonnement : 45 euros. Paiement
par chèque à l’ordre de la CADE. Coordination pour l’Afrique de Demain (CADE) Association Loi 1901. Président : Michel
Levallois. Vice-Présidents : Raymond Césaire, Jean Clauzel, Xavier de
Franssu, Henri Senghor. Secrétaire Général : Philippe Mathieu.
Trésorier : Bernard Monnier. La Lettre de la CADE Directeur de publication : Michel Levallois.
Comité de rédaction : Robert Ginésy, Michel levallois, Philippe Mathieu,
Bernard Monnier, Denyse de Saivre, Henri Senghor. Maquette : Atelier
Visconti. La CADE : 5 rue des Immeubles-Industriels, 75011
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50. E-Mail : endacade@wanadoo.fr.
Web : www.afrique-demain.org La Lettre de la Cade n° 81 –
Avril 2005 – page 6 Nous avons demandé à
un ami de la CADE, Pierre Diarra, qui est responsable du supplément de le revue
Mission de l'Église, de nous donner son point de vue sur la situation et les
attentes de
l'Église en Afrique, au moment de la succession de Jean-Paul II. Le titre retenu était : « En attendant le
successeur de Jean-Paul II » ; et voilà qu'il est connu, c'est Joseph Ratzinger : Benoît XVI. De nombreux pays dont une quarantaine en Afrique ont été visités par Jean-Paul II. On peut se demander comment les Africains ont progressé dans la foi chrétienne
durant le pontificat de Jean-Paul II ? Ont-ils assumé leur responsabilité et fait reculer k misère et la pauvreté ? En 1984, le Secrétariat pour les non chrétiens a proposé un
document sur l'attitude de l'Église devant
les croyants des autres religions, des orientations
concernant le dialogue et la mission
(DC, du 2 septembre 1984). Ce
dialogue, très important pour les Africains, est aujourd'hui au cœur des
entreprises missionnaires ; il concerne les
Africains mais aussi tous les
chrétiens vivant sur ce continent ; tout chrétien est missionnaire ! Libération et développement sont d'autres aspects
importants de la mission en Afrique. On se
souvient que le 6 août 1984 paraissait l'Instruction de la Congrégation pour la doctrine de la foi sur certains aspects
de la Théologie de la Libération. Elle fut
suivie le 22 mars 1986 d'une autre
Instruction sur la liberté
chrétienne et la libération. Comme
les Latino-américains, les Africains
cherchent des chemins de libération. Comment le nouveau pape va-t-il s'engager aux côtés des malades du sida et leur donner une parole d'espérance ? Les victimes des guerres et des injustices sont nombreuses en Afrique ; comment les libérer du mal, du péché, de tout ce qui les aliène au sein de leur société, de tout ce qui empêche d'accéder à la liberté offerte en Jésus-Christ ? L'esprit d'Assise et tout l'espoir provoqué par Jean-Paul II
le 22 décembre 1986 quand il est allé prier
avec d'autres responsables religieux
(cf. Jean-Paul II, Discours à la curie ; DC, 1-02-1987) ont suscité l'enthousiasme
auprès des Africains engagés dans le
dialogue interreligieux. On peut
relier cette ouverture à tous les
liens que Jean-Paul II a établis
avec les hommes et les femmes de bonne volonté pour ouvrir des chemins de paix dans notre monde. Son encyclique Redemptoris missio, écrit
le 7 décembre 1990, à l'occasion du 25ème anniversaire de Ad gentes, ce grand texte du Concile Vatican II sur l'activité missionnaire de l'Église, a suscité des
avancées dans la collaboration entre
croyants. En reliant Dialogue et annonce
(19 mai
1991) au document de la Commission
théologique internationale (octobre
1996, cf. DC, 6-4-97), Le Christianisme et les religions,
on perçoit
combien l'annonce de la Bonne Nouvelle a été soulignée durant ce pontificat. Les pauvres, les exclus et les opprimés
ont-ils été entendus pour autant ? A la suite des conférences de Medellin et
de Puebla (1979), l'option préférentielle pour les pauvres a retenu l'attention
; les chrétiens doivent construire une civilisation de
l'amour. Dans ce même sens, l'Association des théologiens/nes du Tiers monde
(EAT-WOT : Ecumenical
Association of Third World Theologians)
fit apparaître
l'importance des théologies contextuelles,
invitant les chrétiens des pays du
Sud à penser et à vivre la vérité évangélique en fonction du contexte religieux, social et politique, sans séparer religion et culture. Les théologiens ont su dénoncer, au nom de l'Évangile, l'exploitation et l'oppression des pauvres, mais certains ont été
inquiétés dans leur pays, d'autres ont dû
s'expliquer à Rome ou préciser leur
pensée. Le service des « frères
pauvres » reste prépondérant en
Afrique, mais désormais il faut savoir
les écouter. Dieu les aime et prend
leur défense ; il veut les libérer, les
combler de joie et d'espérance (cf. Le
4, 16-21). Comment cela se passera-t-il
avec Benoît XVI ? Jean-Paul II a présidé une série de Synodes
dont le Synode spécial pour l'Afrique, en 1994, qui suscita plein d'espoir. Ecclesia in Africa (14-9-1995) de Jean-Paul II n'a pas oublié l'attention
aux pauvres ni l'importance du développement
et du dialogue en Afrique, mais le
message du pape a laissé
insatisfaits bon nombre d'Africains
qui en attendaient plus. Les
chercheurs, en particulier théologiens,
furent invités à travailler sur l'inculturation,
à proposer des expressions africaines du christianisme. Comment donner aux Africains plus de
liberté et de responsabilité dans l'Église sinon en accordant plus de pouvoir aux conférences épiscopales et
régionales (cf. Ignace Ndongala Maduku, Pour des Eglises
régionales en Afrique, Karthala, 1999) ? Faut-il trop demander au successeur de Jean-Paul II ?
Demander, c'est peut-être aussi s'engager ! Car le pape n'agira pas sans les
autres évêques, les prêtres et tout le
peuple de Dieu. Le christianisme
africain ne se transformera pas sans
l'engagement des Africains. C'est
ensemble que nous donnerons de
l'importance à la relation à l'autre
pour mieux promouvoir le dialogue et
proposer l'Évangile au monde entier,
en protestant contre toutes les
formes de violence, au nom de la
dignité humaine, au nom de
l'Évangile. Pierre
Diarra La Lettre de la Cade n° 81 – Avril 2005 – page 7 ANNONCE Le musée Dapper et les éditions Confluences organisent une rencontre sur le thème « Eloge de l'Afrique » avec Alain
RICARD à l'occasion de la parution de son
ouvrage « La
formule Bardey, voyages
africains
» le mercredi 18 mai à 18h30
animée par Kangni ALEM, romancier (Musée
Dapper, 35 rue Paul Valéry, 75116 Paris, Tél. : 01 45 00 91 75). « LES FILETS POUR LES RICHES,
LES ARÊTES
POUR LES PAUVRES » Tel est le titre sous lequel le journal Le Monde (3 mars
2005), a rendu compte du documentaire
tourné par l'Autrichien Hubert Sauper, le
Cauchemar de Darwin, sur le
scandale écologique et humanitaire de
l'exploitation industrielle de la perche du Nil et projeté dans les salles obscures de Paris depuis le début du mois de Mars. Il s'agit d'un documentaire et d'une allégorie. Le
documentaire montre la mort biologique du deuxième lac du monde par eutrophisation et,
avec des images insoutenables, la paupérisation et la déshumanisation d'une
population qui survit à partir des déchets avariés des usines de poisson. L'allégorie est
celle la loi de Darwin, les plus forts éliminent les plus faibles, qui ne s'applique pas
seulement dans les eaux du lac Victoria où les perches ont mangé toute la faune endémique,
mais là, en Tanzanie, où des hommes, des femmes, des enfants survivent dans des
conditions atroces, imposées par la logique néolibérale de la libre entreprise. Comment les bailleurs de fonds européens et tous les
responsables africains et européens de cette opération de développement qu'ils tiennent pour
exemplaire peuvent-ils s'accommoder de ce « cauchemar de la mondialisation ».
Ignorance, indifférence, hypocrisie ? Nous posons cette question aux autorités de l'Union
européenne dont il est montré dans le film qu elles ont financé et soutenu cette opération. Nous y ajoutons une deuxième question. Accepterait-on pareil scandale écologique et humanitaire ailleurs que dans un pays africain ? Nos nous interrogeons enfin sur le sens