
Bulletin mensuel
d'information sur les activités de la
CADE - Février 2006 — n°87
Débat du mois : « Royaumes et empires africains... »
Editorial
LUEURS D'ESPOIR POUR L'AFRIQUE
Au
delà des famines tournantes, des guerres ouvertes ou larvées, des tensions
institutionnelles 1’Afrique offre en ce début d’année 2006, des signes encourageants et des lueurs d’espoir, peu perçus par les
médias, trop enclins au
catastrophisme.
Grâce
à l’effort le plus considérable jamais réalisé par les Nations Unies, la Sécurité sur le
continent a été un peu
mieux assurée. Des violences persistent, au Darfour ou en RDC et des risques de nouvel
affrontement ont reparu
en Côte d'Ivoire, entre l'Ethiopie et l'Erythrée mais, dans 1’ensemble, les forces d’observation ou d’interposition mises
en place en concertation entre le Conseil de Sécurité,
l'Union Africaine et les Groupements régionaux ont eu le résultat
d'apaisement recherché.
L'engagement
de l'Europe, au sein de laquelle la France et le Royaume-Uni jouent les chefs
de file, le poids pris par 1’Afrique du Sud et le Nigéria dans les négociations ont contribué à rendre le continent
plus sûr. L'opération de
maintien de la paix des Nations Unies telle qu’elle s’est terminée en Sierra Leone peut
laisser espérer qu’en Côte
d'Ivoire, et ailleurs, la raison commencera aussi par 1’emporter.
Comme
1’a relevé 1’OCDE dans son dernier rapport, l'Afrique, dans l'ensemble, a connu en 2005 un taux de croissance économique de l’ordre de
5% ou plus. Les perspectives
de 2006 devraient être meilleures car elles dépendent largement du pétrole. Même si cette croissance reste insuffisante et surtout mal partagée pour compenser dans certains pays le croît démographique
(les objectifs de 2015 de lutte contre la pauvreté ne seront pas atteints), rien
ne permet de penser que l'Afrique, dopée
comme d'autres continents par la forte croissance
de nouveaux pôles mondiaux, ne bénéficiera pas elle aussi de certaines retombées attendues. L initiative « Commission pour l’Afrique »,
lancée par Tony Blair l’année
dernière, et les orientations retenues par le G8 traduisent la volonté des pays
riches de ne pas laisser l’Afrique
dériver vers des courants extrémistes. Même
si les négociations à l’OMC se situent actuellement « à minima », les pays d’Afrique les moins
avancés obtiendront des avantages
d’autant plus substantiels que leurs
exportations ne constituent généralement pas un problème pour les productions des pays développés. Enfin, venant avec 1’exercice d’effacement de la
dette qui se poursuit, notamment en faveur des PPTE, l'annonce d’une assez sensible
augmentation de leur aide publique par tous les pays riches, couronne
de bonnes intentions.
Pourtant, quelle
que soit la sollicitude dont elle est entourée, notamment de la part de nombreuses ONG,
l'Afrique ne résoudra pas ses
problèmes de développement par des recettes ou des secours extérieurs. Construire des Etats de droit demandera du temps. Comment dépasser une gestion encore bien souvent patrimoniale de l'Etat ? Comment corriger les
défauts qui créent les handicaps les
plus lourds ? Comment susciter (à
travers le NEPAD ?), la confiance des investisseurs nationaux et internationaux
? Comment répondre aux exigences
d’une jeunesse qui a le sentiment d être victime de l’incurie de ses aînés et
de l’incertitude de demain ? Voici
des questions qui ne seront pas résolues par enchantement. Mais les voir posées aujourd’hui en des termes jadis bannis, n’est-ce pas déjà un
début, et un espoir, de solution ?
Raymond Césaire
La Lettre de la Cade n° 87 - Février 2006 –
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Compte-rendu de la rencontre-débat du 19 janvier 2006
« Royaumes et
Empires africains,
un héritage toujours vivant ? »
La première rencontre-débat du cycle sur « Les chemins de la démocratie
en Afrique » organisée par la Cade et cinq étudiants de Sciences Po dans le cadre d’un projet collectif, a eu lieu le 19
janvier. Ce cycle de rencontres-débats, qui couvrira la moitié de l'année
2006, a pour ambition de suivre l'évolution de l'organisation
sociale et l'émergence du concept de la démocratie, depuis l'Afrique
précoloniale et à travers l'Etat colonial, les régimes postcoloniaux,
la naissance des sociétés civiles. Dans un souci de traiter le thème général
sur une dimension historique longue, on a voulu clarifier dans cette
première rencontre-débat le partage du pouvoir et la participation démocratique dans les
grands royaumes et empires africains. Les trois historiens invités, Elikia M'Bokolo, directeur de
recherche (Histoire et civilisations de l'Afrique) à l'Ecole des Hautes Etudes en
Sciences Sociales, Catherine Coquery- Vidrovitch, professeur émérite à
l'Université Paris VII-Denis-Diderot et Claude-Hélène Perrot, historienne, professeur émérite de
l'Université Paris I, ont particulièrement tenté d'apprécier
l'influence des autorités dites « traditionnelles » dans les processus de
démocratisation sur le continent au cours du dernier siècle. Cette rencontre a
été animée par Anne-Cécile Robert, journaliste et auteur de « l'Afrique
au secours de l'Occident ».
Les
chefs coutumiers, détenteurs du capital mémoriel africain
Elikia M'BOKOLO commence par constater
l’insuffisance des acteurs qui interviennent
depuis une quinzaine d’années sur la
scène politique africaine; une scène
qui ne se limite pas à une notion purement politique mais intègre aussi
des domaines culturels, militaires et humanitaires.
Selon E. M'Bokolo cette scène politique africaine pourrait tirer avantage d'un retour
ou plutôt de l’émergence de ceux qui ont longtemps été appelés, avec une certaine condescendance, les chefs coutumiers.
L'éventualité de la reconnaissance du rôle
des « chefs », des « gens du passé », est
pour certains un espoir de voir la tradition africaine s'exprimer dans
la gestion des affaires contemporaines, et pour d'autres, la crainte de voir
revenir des acteurs identifiés à un passé
considéré comme non démocratique. Ces chefs, longtemps stigmatisés, méprisés et marginalisés à la suite de
l'indépendance, demeurent néanmoins pour
beaucoup d'Africains des
représentants essentiels de l'identité
africaine.
E. M'Bokolo suscite deux souvenirs. Le premier date d'il y a une cinquantaine d’années : les
grands chefs coutumiers au Congo étaient
considérés comme des pouvoirs
mystérieux et discutables. Le Roi des Belges
était lui-même intimidé par les pouvoirs dont certains de ces chefs
étaient investis. Pour ceux qui allaient à
l'école des Blancs, les chefs étaient
associés au passé, ils ne devaient pas avoir leur place dans le Congo de
demain, ce que, selon E. M'Bokolo, l'histoire dans ce court laps de temps a démenti. Les chefs avaient un enracinement à la fois dans la modernité complexe
et dans le passé et la tradition. Le deuxième souvenir qu'évoque E. M'Bokolo date du début
des années 1990. Lors d'une
conférence sur la question de l'identité
mozambicaine, tous les participants
ont insisté sur la nécessité d'inviter chefs
locaux et nationaux, car ils étaient considérés
comme détenteurs de cette « mozambicanité ».
Le
déclin des chefs, prévu et espéré par les colonisateurs,
ne se serait donc pas produit. Le capital culturel, tant historique, politique que géographique, que ces chefs détiennent
n'a pu être discrédité. Au contraire, ce
capital mémoriel, dont ils sont les
héritiers, serait aujourd’hui d’une importance
primordiale et pourrait être bénéfique
à la scène politique contemporaine et
aider les jeunes générations à se reconnecter
avec leur passé.
Assiste-t-on
alors à un « retour des chefs » ? Certes, explique E. M'Bokolo, il semble qu'il y ait un « retour des chefs »,
mais ces chefs ne sont pas identiques aux
chefs d’autrefois. E. M Bokolo
les décrit comme « une nouveauté revêtue d'un
costume ancien ». Il souligne qu il y a une forte capacité des sociétés africaines à gérer le présent avec le patrimoine du passé.
Ceci
nous mène à l'expérience politique des pays africains. L’histoire des chefs est ancienne, mais aussi très diverse.
Quelque soit le vocabulaire employé (« chefs
», « empereurs », « rois »), ces
terminologies désignent une personne
ayant un statut et une autorité,
gérant un ensemble politique très
souvent d’une grande complexité. E. M'Bokolo prend l’exemple des ensembles qui correspondent aujourd'hui au Mali, au Niger
ou au Sénégal, qui étaient des Etats importants
qu il fallait mener administrativement, politiquement, matériellement
ainsi que spirituellement. En effet, les tâches
des « chefs » étaient diverses et ne sauraient
se résumer, hier comme aujourd'hui, à un rôle politique seulement. E. M'Bokolo insiste sur ce
fait : le pouvoir politique n’explique
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pas tout ; en Afrique, tout se trouve mélangé : le politique, le matériel, le spirituel et le technique.
Les Etats gérés par les
chefs d’autrefois étaient d'une superficie parfois considérable, comparable à nos Etats contemporains, dont l’organisation et la cohérence étaient souvent prononcées. Cette gestion des Etats s'est étendue sur un temps long, que
certains ont l'habitude de ramasser sous
l'expression de temps « précolonial », bien
qu'il désigne une période très longue, riche
et complexe. Le temps de la colonisation
a, en revanche, été relativement court, composé de grands désordres et bouleversements, mais qui n'ont pas détruit ou discrédité le capital mémoriel dont disposait l'Afrique.
Pour
conclure E. M'Bokolo insiste sur un élément très important dans
l’idéologie du « retour des chefs » : l'ignorance,
le manque de connaissance du passé. Cela
accroît bien évidemment la difficulté de prendre en charge ce capital mémoriel et de le transformer à des fins politiques.
Une
« réutilisation », plutôt qu'un « retour », des chefferies d'autrefois
Catherine
COQUERY-VIDROVITCH souhaite tout d'abord mettre le public en garde contre l’utilisation de
l’expression de «
chefferie traditionnelle ». Cette désignation de « traditionnelle » est couramment utilisée, mais, à son avis, elle est
« piégeuse » et son
utilisation doit être évitée. En effet les sociétés africaines anciennes ne sont pas des
sociétés immobiles, et ne peuvent donc pas être désignées sous un même et unique terme pour retracer des siècles
d’histoire et d'évolution. De plus, l'appellation « traditionnelle » sous entend une opposition entre le
traditionnel, qui désignerait la période
précoloniale de plusieurs millénaires, à la période moderne, débutant avec la colonisation et qui dure au maximum un siècle et demi. Mettre face à face des périodes si différentes dans leur durée revient à minimiser 1’histoire précoloniale. C. Coquery-Vidrovitch
préfère donc le terme de « chefferie
d'autrefois », désignant au travers «
d'autrefois » le passé et évitant ainsi
des connotations négatives.
C. Coquery-Vidrovitch présente ensuite les trois options qu’avaient les chefs confrontés à la
réalité indéniable de la colonisation. D'abord, le chef pouvait choisir le chemin de la résistance, être remplacé par un autre chef après éviction ou suppression physique. Ensuite, le chef pouvait également négocier et s’allier avec le colonisateur, ce qui lui permettait de retirer des avantages politiques et personnels. Enfin, le chef pouvait jouer le jeu et épargner
au maximum sa population, naviguant entre
l'ancien et le nouveau. Dans ce cas
les chefs demandaient souvent une
part de l’impôt.
Les
administrations coloniales, britanniques aussi bien que françaises, se sont rapidement aperçu de l’importance accordée à ces chefs et du rôle essentiel
que ceux-ci pouvaient
jouer dans le projet colonisateur,
notamment comme intermédiaires
qui aideraient à faire passer le message aux populations locales et à les y soumettre. Ainsi apparurent les « chefs
coutumiers » notion
clairement dérogatoire qui assurait
leur subordination au niveau symbolique autant que politique par rapport aux véritables « chefs » : les
Blancs. Lorsque les
administrations coloniales ne trouvaient pas de chef avec qui ils pouvaient
collaborer, ils en
créaient, soit en remplaçant ceux qui avaient refusé de coopérer, soit en désignant de façon arbitraire quelqu'un,
le plus souvent un
militaire. Ces pratiques ont vu la naissance
des « warrant chiefs » au Nigéria, par exemple, qui revendiquent de nos jours leur droit à la chefferie et jouent un
rôle important sur la scène politique nationale
de leur pays.
A
l’indépendance se pose la question de la place de cette chefferie à la fois
instrumentalisée et
diminuée par la colonisation. La réponse la plus courante a été leur marginalisation, voire leur suppression.
Ceci a conduit à
l'émergence de nouveaux pouvoirs, dont un
certain nombre d'acteurs revendiquant le droit à la chefferie. C. Coquery-Vidrovitch souligne que cette émergence de la chefferie ne peut être assimilée
à un véritable retour des chefs, puisque
l’élément de nouveauté ne doit pas être
négligé. Le « retour des chefs » n'est donc pas un retour à l’ancienne.
C. Coquery-Vidrovitch compare ainsi le retour des chefs en Afrique à la restauration de la monarchie espagnole. La monarchie espagnole est aujourd’hui une monarchie, certes héritière d'une lignée dynastique, mais elle vit
dans un monde moderne auquel elle s’est
adaptée. Il en va de même pour la chefferie
qui ne peut faire abstraction de la
modernité et se recompose en l’incorporant. Pour C. Coquery-Vidrovitch l'émergence de nouveaux chefs est en
quelque sorte une utilisation du passé d’une façon politique, contemporaine. Plutôt que de parler d'un « retour », il s'agirait d'une « réutilisation » des chefs.
Le
rôle actuel des chefs et des rois : le cas du
conflit de Côte d'Ivoire
Claude-Hélène PERROT aborde la question du rôle
pacificateur que peuvent jouer des autorités traditionnelles dans la gestion des crises internes. Elle se limite à
un cas concret : le rôle des chefs
traditionnels pendant les trois dernières
années dans le Sud-Est de la Côte d'Ivoire. Elle envisage ce rôle
sous deux angles. D une part au plan local : comment la crise a-t-elle été vécue dans les circonscriptions administratives du Moyen Comoé et dans
celle du Bas Comoé - dites aussi d'Abengourou et d'Aboisso,
les régions correspondantes aux royaumes agni de 1’Indénié et du Sanwi ?
Et d’autre part au plan national :
quelles sont les tentatives faites par l'Association des Rois et des
Chefs traditionnels de la Côte d'Ivoire pour
mettre fin au conflit interne ?
Au plan local : Avec les témoignages oraux qu’elle a enregistrés, C-H.
Perrot a pris conscience d'une particularité
saillante du Sud-Est de la Côte d'Ivoire, dont les médias n’ont pas fait mention : l’absence
d’actes de violence depuis l'éclatement de la crise ivoirienne en 2002.
Contrairement à ce qui s’est passé dans
d'autres régions de la Côte d'Ivoire,
les populations du Sud-Est ne se sont pas laissé entraîner dans la spirale de violence dont ont été victimes ailleurs les « étrangers ». Selon C-H.
Perrot la royauté a joué un rôle
déterminant dans le maintien de la
paix civile dans la région. En octobre 2002,
juste après l'éclatement de la crise, le roi de l'Indénié, Boa Kouassi,
réunit les chefs des communautés
allochtones. Il souligne qu ils
n’ont jamais eu de difficultés et recommande
vivement que ceux qui veulent rester,
restent, et que ceux qui cherchent des troubles, partent. Les chefs des cantons et des villages du Sud-Est
ont suivi les recommandations du roi
en rappelant les éléments perturbateurs à l'ordre. Jusqu'à aujourd'hui la paix civile y a perduré.
Au plan
national : C-H. Perrot observe au plan national également des efforts
pacificateurs des autorités traditionnelles dans la crise ivoirienne, à la fois dans le
cadre de l'Association
des Rois et des Chefs traditionnels
de Côte d Ivoire, et aussi sous la forme
d'initiatives prises par le roi Boa Kouassi.
La Lettre de la Cade n° 87 - Février 2006 –
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Tout
en avertissant des lacunes dans
ses recherches, elle suit un ordre chronologique pour montrer ce rôle du roi et des chefs ivoiriens.
A l'approche
des élections présidentielles en 2000, se sont tenues à Abengourou en août 1997 les premières assises de
l'Union des Rois de Côte
d'Ivoire dont l'objectif était
« la préservation de nombreux acquis qui
sont : la stabilité politique, l’unité nationale, la prospérité économique et la paix ». Trois ans plus tard, Robert Gueï a donné un coup de pouce à ce qui allait devenir sous son égide l'Association des Rois
et des Chefs traditionnels de Côte d'Ivoire.
Malgré des réserves de certains chefs
et des divergences d'opinion, dès 2000 et surtout à partir de septembre
2002, quand la crise ivoirienne éclate, l'Association
intervient à maintes reprises en offrant sa médiation. L'Association demande de
l’aide aux responsables des communautés
étrangères du Burkina Faso, du Mali et de Guinée ; propose au Président Gbagbo leur
médiation et, à la recherche des
médiateurs, elle envoie des délégations
aux Etats voisins. On observe un
certain ralentissement dans les activités de l'Association depuis l'année dernière, mais elle existe.
Pour
conclure, C-H. Perrot souligne que le rôle pacificateur des rois et chefs
dans la crise ivoirienne
se situe hors du champ de vision des médias en
Europe. A son vif regret on ne parle pas de
leur succès flagrant dans la gestion
de la crise dans le Sud-Est de la Côte d'Ivoire et on ne se focalise que sur les violences dans les autres régions. Pourtant, si les efforts ne sont pas toujours visibles de l’extérieur, les efforts de conciliation de l'Association des Rois et des Chefs traditionnels de Côte d Ivoire, ont « sans doute
modéré la virulence des antagonismes et ont
eu le grand mérite de maintenir le dialogue entre le Nord et le Sud ».
LE DEBAT
En revenant
sur le thème général du cycle,
la première question posée porte sur le fonctionnement démocratique des systèmes des chefferies d'autrefois. Pour C. Coquery-Vidrovitch,
les sociétés d'autrefois
étaient très inégalitaires
; pourtant on pouvait avoir une démocratie qui marche. Elle ajoute que la situation actuelle n'est pas, pour elle, un échec. Les Africains avaient une idée d'une démocratie à
l'occidentale, mais dans le même temps il fallait construire une Nation. D'où l'apparition de
personnes qui ont dit «
la démocratie c'est l'Etat, et l'Etat c'est moi » et la naissance des dictatures. On disait à l'époque que c'étaient les
vieilles chefferies qui
revenaient. Or, selon C. Coquery-Vidrovitch, c'est la colonisation qui a amené la
dictature. Ainsi,
certaines chefferies qui participent
aujourd’hui au pouvoir sont, par exemple, des chefferies qui ont su résister à la colonisation.
E. M'Bokolo reprend la question sous la forme : les choses bougent
réellement, mais
peut-être pourrait-on les aider à bouger ? Il revient à l'importance du capital mémoriel des sociétés
africaines. Il faut
concevoir la mémoire comme la
connaissance du passé pour sa mise en œuvre dans le débat actuel. On ne peut imaginer de leadership sans
une connaissance
effective du passé. A ce
sujet, l'importance de la langue que l'on parle est un élément récurrent dans le débat. C. Coquery-Vidrovitch
avait déjà noté les problèmes de traduction qui existent, en citant une langue
dans laquelle un même mot est traduit à la fois par « chef » et par « député ». Pour E. M'Bokolo la
langue du colonisateur pose problème. Un exemple, pris en République Démocratique du Congo, permet d'expliquer l'importance de la langue locale, qui exprime une richesse culturelle et historique : quand une femme lui a posé une question en lingala, (sur la décision du gouvernement de déclarer des héros nationaux), E. M'Bokolo
a décidé de lui répondre en lingala. Cette femme s’est alors exclamé : « les professeurs sont capables de parler et d'expliquer en lingala ! »... D'où l'importance du capital
mémoriel ; on ne peut construire une
démocratie en recréant une démocratie
africaine de type occidental. Il faut créer des concepts propres, trouver une
langue et des référents culturels
appropriés. On ne peut prendre comme
référence les démocraties américaine, française car outre des problèmes d’institutions, il existe un problème de culture. Selon les termes d'E. M'Bokolo, il
faut savoir dire l'africanité.
Suite
à une question portant sur la tendance à « l'achat » des pouvoirs traditionnels, E. M'Bokolo
cite l'exemple de Mobutu
Sesé Seko, qui a prôné
un retour à l'authenticité et a voulu
instrumentaliser le capital mémoriel.
Beaucoup de gens le décrivaient en référence à un Roi mais, utilisant la langue et les images locales, ils dansaient en se moquant de lui, sans que celui-ci en prenne conscience.
A une
question sur la Françafrique, E. M Bokolo
est d’opinion que François-Xavier
Verschave avait une vision trop restrictive des sociétés africaines en ce sens qu'il tenait
compte des influences de
l’extérieur, en omettant
l'importance de l'interne. Il considérait les Africains comme instrumentalisés par des forces extérieures, favorisant des régimes
de dictature soutenus
policièrement et administrativement.
Or on ne peut produire du
social avec quelque chose venant
de l'extérieur d'une société. Dire « l'instrumentalisation de l'Afrique par l’extérieur » laisserait supposer
que les solutions peuvent venir de l’extérieur. Or il ne pense pas que ce soit le cas. C. Coquery-Vidrovitch
ajoute que la Françafrique
fait partie de l'histoire de la politique française, et non de l'histoire africaine. Les relations
internationales sont des
rapports de force et par conséquent
les Africains ne doivent pas trop attendre des rapports Nord-Sud, et doivent plutôt se concerter entre
eux.
Laetitia Bader, Kaline
Coninckx, Florence Deshays, Lotte Ten Hoove, Simon Porcher,
étudiants de l'Institut d'Etudes
Politiques de Paris.
POUR LES PROCHAINES RENCONTRES DÉBATS DE CE CYCLE, VOIR L'AGENDA PAGE 8
La Lettre de la Cade n° 87 - Février 2006 – page 4
L A P
A G E E C O N
O M I Q U E
Europe -
Afrique : une vitalité accrue ?
L'année 2006 pourrait être favorable
à une plus grande efficience des relations euro-africaines.
Deux décisions adoptées en fin 2005 et les prises de position des deux
Etats européens qui assureront la présidence de l'Union cette année devraient le laisser espérer. La nouvelle « stratégie pour l'Afrique » lancée
en octobre lors de la visite d'Alpha Oumar
Konaré à Bruxelles, et maintenant
avalisée par les ministres européens,
sera mise en œuvre au cours de
séminaires régionaux auxquels participera
le commissaire au développement, Louis Michel : le 30 janvier à Brazzaville pour l’Afrique Centrale ; en Février au Burkina Faso pour l'Afrique de
l'Ouest ; du 20 au 24 mars à Bruxelles pour
l'Afrique de l'Est et, à une date à
déterminer, à Windhoek pour
l'Afrique Australe.
Sur
le plan opérationnel, en décembre dernier trois organismes d'aide européens ont signé un accord pour renforcer leur coopération avec l’Afrique
méditerranéenne et les ACP. La Banque européenne d’investissement, l’Agence française de développement et la KfW Entwicklungsbank favoriseront ainsi les co-financements, la mise en commun de leurs moyens, l'évaluation et le suivi des projets. Des bureaux communs seront installés en Afrique, des échanges de personnel sont envisagés, les informations seront
mieux partagées. Ce rapprochement
est ouvert aux autres institutions européennes spécialisées dans une «
démarche volontaire vers plus de synergie
». L'agence hollandaise pourrait s’y
associer prochainement.
Politiquement,
Autriche et Finlande ont d'ores
et déjà fait savoir qu'en vue de leur présidence semestrielle de l'Union, elles se sont associées à un
programme d'action. Ces deux Etats veulent «
coopérer étroitement » avec l'Union Africaine
pour structurer le dialogue nouvellement
renforcé. Ils veilleront à la prévention des conflits et à la réalisation des objectifs du Millénaire de l'ONU. Ils
comptent agir sur la cohérence des politiques
de développement des Etats Membres.
Les moyens d'action et la
volonté d'agir semblent réunis, qu'en sera-t-il dans la réalité?
Quels financements ?
D'autant
que des difficultés et des obstacles existent.
Le regroupement des pays
ACP à Bruxelles a été remanié en 2005. Le secrétariat général et les nouvelles équipes se sont peu à peu mis en place. Mais ils n'ont pas encore redonné aux ACP la « visibilité » qu'ils avaient précédemment, et notamment à Cancùn.
Ils ont été plus effacés à Hong Kong. Ils doivent
aussi traiter des dossiers brûlants comme
le sucre et la banane. Pour
celle-ci, l’U.E. est parvenue à un accord avec les
pays latino-américains qui préserve
les intérêts des producteurs africains.
Pour le sucre le problème est plus
délicat. A la suite d'une plainte au Brésil, l'Union a dû réduire le
prix garanti accordé tant aux producteurs européens qu’aux ACP.
Ces derniers, Maurice notamment, vont
au devant de graves difficultés. Ils
ne baissent pas les bras. Dans un contexte de cherté durable du pétrole, l'utilisation de la canne
pour une bio-énergie est une forme de diversification, qui a déjà commencé dans certains pays.
Le grand obstacle est le
financement. L'union veut réduire ses dépenses. On parle de 20%. Tous les postes ne seront pas également touchés mais une menace demeure. Or la mise à disposition effective des crédits est déjà très lente. La chambre des Lords s’en est même fait l’écho.
Ainsi
pour aider les pays à adapter leurs productions et leurs méthodes commerciales aux normes internationales nécessaires à leurs exportations. A
l'occasion de la
conférence de l'OMC, la Commission avait promis de porter cet
appui de 800 millions à un milliard d'euros, mais en 2007 et l'ensemble des membres de l’Union a décidé d’aller de 400 millions à un milliard... mais d'ici 2010, pour cette aide annuelle collective.
Brésil et Chine
II se
pourrait quand même que l’Union européenne prenne conscience que son strict
intérêt économique l’oblige à dynamiser son
action. Elle est de plus en plus
concurrencée au Sud du Sahara. Le
président brésilien Luiz Ignacio Lula doit visiter en Février l'Afrique du Sud, l'Ethiopie, le Kenya sièges d'organisations internationales (Union Africaine à Addis-Abeba, Habitat et Environnement de
l'ONU à Nairobi). C'est son troisième voyage
en Afrique depuis sa prise de
fonction en 2003. Le ministre des affaires étrangères chinois a de son
côté visité le Cap Vert, le Sénégal, le Mali,
le Libéria, le Nigéria et la Lybie. Ce qui montre
que la Chine ne s'intéresse pas seulement aux pays producteurs de pétrole.
L'or noir a déjà amené les
Etats-Unis à être présents et les
facilitations accordées à l'importation des textiles africains donnent
de bons résultats pour les producteurs.
Venant de l'Est, de l'Ouest
et peut-être du Nord des démarches significatives devraient réduire, avec le temps, la marginalisation de l'Afrique.
Robert Ginésy
NDLR : L'essentiel des informations reprises dans cette page est
puisé dans l'hebdomadaire « Marchés
tropicaux ».
Coordination pour l'Afrique de
Demain (CADE) - Association Loi 1901
Président
: Michel Levallois - Vice-Présidents : Raymond
Césaire, Jean Clauzel, Xavier de Franssu, Henri Senghor.
Secrétaire
Général : Philippe Mathieu - Trésorier :
Bernard Monnier
La Lettre de la CADE - Directeur de publication : Michel Levallois
- Comité de rédaction : Robert Ginésy, Michel Levallois, Philippe Mathieu, Bernard
Monnier, Denyse de Saivre,
Henri Senghor. - Maquette : Atelier Visconti
La CADE : 5 rue des Immeubles Industriel,, 75011 Paris. France. - Tél. : 0144 93 87 45 / Fax : 01 44
93 87 50
Courriel : endacade@wanadoo.fr - Web : www.afrique-demain.org
La Lettre de la Cade n° 87 - Février 2006 –
page 5
compte rendu de conférence ! Senghor et la francophonie
Le 28 Janvier s'est tenu au Sénat un colloque sur « La francophonie, un
projet humaniste pour Paris », organisé par 1’association «Démocraties ». Notre ami, Henri Senghor, Président du Centre International Francophone d’Echanges
et de Réflexion, ambassadeur honoraire du Sénégal et lié par la famille au défunt Président Léopold Sédar
Senghor, qu'il a bien connu, y a présenté une contribution
sur «La vision senghorienne de la francophonie». Nous en reprenons ici l'essentiel.
Senghor
entendait, d'abord, par « francophonie », terme lancé en premier par le géographe Onésime
Reclus, soit l’ensemble
des Etats et des gouvernements qui emploient le français comme langue nationale..., soit l'ensemble des personnes employant le français, soit
une communauté d'esprit résultant de cet
emploi. Il rappelait que c'est Habib Bourguiba
qui, le premier, a donné un sens
large à ce concept, repris ensuite par les
hommes d'Etat les plus marquants de cette
génération de militants, comme Hamani Diouri, Norodom Sihanouk, jusqu'au Canadien
Jean-Marc Léger. Pour la plupart, ils espéraient, après l’époque d’assimilation pratiquée par le colonisateur, définir
ainsi des Etats modernes non seulement avec
une langue commune, mais avec des
valeurs communes et le désir de les partager dans le respect de la culture de leurs peuples.
Aux
réserves que suscitait vite une telle position,
Senghor répondait qu'il ne s’agissait pas,
par exemple, de renier l’ensemble
des valeurs de civilisation du monde
Noir, son sens de la communion, son
don des rythmes aux parallélismes asymétriques...
mais au contraire de les approfondir,
de les enraciner en s’ouvrant aux apports
fécondants des autres continents et des autres civilisations. « L'ouverture à la Francophonie n'est donc pas contradictoire avec l'enracinement dans la Négritude, symbiose entre l’intelligence et l’âme, entre l’esprit et la matière, mais aussi une certaine volonté et
une certaine manière de vivre les valeurs de
l’Afrique et de sa diaspora ».
A
cette perspective de Communautés aux intérêts
divers réunies en une « Communauté de sécurité culturelle » il fallait une charte, qui politiquement la traduise par écrit, et
une architecture organique qui la mette en
œuvre :
- une
Conférence des chefs d’Etats ou de Gouvernements,
- des Conférences
ministérielles ou régionales, et de
ministres spécialisés,
- un
Secrétariat général,
- une
Fondation internationale pour les échanges culturels, disposant d’un conseil scientifique des langues et cultures, d'une agence de coopération culturelle et technique, d’un centre d information.
On voit qu'au travers les
différentes formules qui se sont succédées,
cette vision a été suivie pour l’essentiel : l'Organisation
Internationale de la Francophonie (OIF)
organise les conférences
ministérielles (CMF), le Secrétariat,
renouvelé, s'appuie aujourd'hui sur
une agence, associant l’Agence universitaire
francophone (AUF, succédant à l'AUPELF),
une chaîne TV multilatérale (TV5),
une Association internationale des
maires francophones (AIMF), et une
université :l'Université Senghor d'Alexandrie.
Il reste que
la Fondation, source d'inspiration et de
moyens, est toujours en attente, et qu'on
peut aussi se demander si l’ampleur culturelle-linguistique de la vision senghorienne a
été suffisamment suivie : il y
a dans le terme de « francité », que
le cofondateur de la francophonie d’ailleurs
préférait, une sorte de ciment linguistique, esthétique et d'esprit qu'après l'ouverture de l'Europe à la Civilisation Négro-africaine ont si bien traduit les Picasso, Breton, Tristan Tzara, Saint-John Perse, Gide...
Quittant
la logique strictement senghorienne, notre ami ambassadeur s'interroge alors sur les dimensions qui la prolongeraient
aujourd’hui. Si la
francophonie exerce une attraction sur les personnalités et Etats francophones appartenant à des aires culturelles très différentes, elle se
distingue de modèles culturels-linguistiques autres, comme le lusophone et notamment l'hispanophone. L'Académie Royale espagnole de langue a, par exemple, admis au 19e siècle des correspondants en Amérique, favorisant la fondation d'autres Académies locales, qui ont permis ainsi l'émergence d'une « hispanité » (Hispanidad), où les
cultures nationales hispanophones et
la culture hispanophone mondiale
s’équilibrent très naturellement,
(et qui s'est traduite politiquement
d'ailleurs par la reconnaissance, au moment de l'adhésion à la
Communauté Européenne, par l'attribution à l'Espagne
d'un statut particulier pour les relations
Euro-Amérique latine).
Ne
conviendrait-il pas alors, en cette année 2006, déclarée Année des Langues africaines et de lancement de l’Académie africaine des langues, de s’en
inspirer pour développer
un partenariat entre le français
et les langues africaines, dans la recherche d’une véritable promotion de la diversité culturelle et linguistique en Afrique. « Quel bel hommage au Président- Poète en ce centième anniversaire de sa naissance » !
Par ailleurs la création,
enfin, d’une Fondation qui lui était si
chère, pourrait s'envisager en regroupant en dehors des entités institutionnelles les innombrables associations, ONG nationales ou internationales, collectivités diverses qui gravitent
autour de la francophonie en ordre dispersé. Que d’énergies et de moyens (à
partir de dons de grandes sociétés
industrielles ou bancaires intéressées
par l'Afrique) pourraient regrouper utilement une telle fondation au bénéfice de l'OIF.
En
balancement à l’ouverture attendue du Musée des Arts Premiers du Quai Branly, ne pourrait-on pas envisager d ailleurs d’édifier dans une capitale
africaine un musée, un
lieu patrimonial, un panthéon consacré à illustrer la richesse et la diversité de l'héritage
culturel de l’Afrique et
à honorer la mémoire des Pères
fondateurs de la Francophonie, qui pour la plupart furent africains ?
Plus
largement, en ces temps de mondialisation sauvage et de tendances à l’uniformité d un modèle unique de civilisation, pour ne pas disparaître la
francophonie appelle un
dépassement. Elle doit
combattre pour s'affirmer, en n'oubliant pas qu'elle est, comme le disait son poète co-fondateur « un humanisme intégral qui se tisse autour de la
terre : cette symbiose
des énergies dormantes de tous les continents,
de toutes les races, qui se réveillent à
leur chaleur complémentaire ».
Michel Levante
La Lettre de la Cade
n° 87 - Février 2006 – page 6
Le baromètre de la CADE
La fin
de l'année 2005 a été marquée par la discussion sur la colonisation : dans Le Monde du 20 Décembre, la chronique de Laurent Greisamer
souligne que « les historiens se
querellent et les hommes politiques semblent fâchés avec l'histoire ». Le même jour dans La Croix Alfred
Grosser s'exprime
sous le titre « Le débat consternant
sur le passé colonial », relevant le paradoxe de l'inflammation des esprits au sujet du passé en pleine crise économique et sociale. Sur l'article 4 de la loi de Février 2005, il précise qu'il ne devrait
pas exister, mais que son contenu ne le choque
que modérément et qu'il n'en changerait qu'un seul mot (aussi remplaçant en particulier le
rôle etc...). Il termine en souhaitant que l'enseignement de l’histoire ne soit pas sinusoïdal en glorifiant tantôt
un aspect tantôt son opposé et conclue par
: « quand les élèves auront découvert
les nécessités et les joies de la
recherche objective, de la mise en question,
des réponses difficiles, ils auront accompli un énorme progrès moral ».
Valeurs actuelles du 23/12 relate un entretien
avec Max Gallo sous le titre «
Raviver le désir de France » qui comprend la difficulté engendrée par
les textes législatifs pour les historiens même
s il en comprend aussi l’intérêt électoral.
« La France, ce n’est pas l’addition
des mémoires particulières » et « ce
qu’il faut, c’est essayer de redonner
à tous le désir d'être Français. Mais est-ce encore possible ? ».
François d’Orcival dans les pages suivantes se penche sur la perception de «
l’épopée coloniale » par les Français de
l'époque de Jules Ferry à de Gaulle. La série se termine par une brève note sur l’esclavage qui « ne date pas du XVe siècle » et
son abolition qui est venue d’Europe, mais dont la pratique se maintient encore actuellement dans quelques pays africains ou asiatiques.
En début d'année, la
réécriture de la loi est évoquée par le
président Chirac dans ses voeux, alors que de nombreuses personnalités
de gauche en demandent l'abrogation (Le
Monde du 6/1). Le 10 Janvier Le
Monde consacre deux pages aux «
traites négrières et à l'esclavage :
les faits historiques » au sein
desquelles un point intéressant est fait
sur l’importance des révoltes d’esclaves
dans l’élaboration de l'abolition.
Les
chemins de la démocratie et
le rôle de l'ONU
«
Afrique : la désillusion démocratique » titre Le
Monde en page 2 de son numéro du 20
décembre. L’auteur, Philippe Bernard,
s’y livre à une analyse du comportement paradoxal de la France vis-à-vis de l'Afrique en prenant pour premier exemple les félicitations adressées au président Bongo pour sa réélection. Dans la foulée du discours de La Baule un universitaire malien pose la question : « A quoi
sert la démocratie puisque le peuple continue de s'enfoncer dans la pauvreté ? » L’échec de la démocratie, d'après le président tchadien de la
ligue des droits de l’homme, serait illustré
par l’incapacité des dirigeants du
continent de faire juger Hissène Habré. Le désenchantement
qui en découlerait dans la jeunesse
risque de précipiter celle-ci vers la
violence et l’émigration.
La Croix du 5/1 revient sur le rôle de l'ONU avec un reportage titré
« L’ONU étend la paix en République Démocratique
du Congo » où les résultats enregistrés
sont contrebalancés par un certain
manque de foi dans l'évolution future de la part de la société civile. Un objectif prioritaire est l’organisation d'élections avant juin 2006. Pourtant le retrait de la Minusil de Sierra
Leone semble s’être bien passé (La
Croix du 2/1) après 6 ans de mission et une décennie de guerres (1991-2001) qui a fait 120.000 morts.
Puisque
la paix est une des conditions de la démocratie,
le commerce des armes nuit à la démocratie
et sa régulation à défaut de son éviction devient une urgence mondiale. La
Croix du 16/1 se penche sérieusement sur le problème, et pense que «
l'Union Européenne pourrait trouver là un moyen
d’affirmer son ambition internationale
». Les ONG, s’appuyant sur le succès
de la lutte contre les mines anti-personnel,
souhaitent faire adopter un traité
international sur le commerce des armes. La prochaine étape se situe en juin lors d’une conférence à New-York du Programme des Nations Unies sur les armes
légères. Une description de la situation du marché des armes légères cite le cas de l’aide militaire qui a permis
l’évacuation de surplus vers des pays d'Afrique en conflit dans les années 90.
L'élection
au Libéria d'une femme à la présidence est saluée par un dossier de La Croix
du 21-22/1 consacré au pouvoir des femmes, qui souligne l’espoir soulevé au
sein de la population féminine. Pour Alan Doss,
représentant des Nations Unies, cela signifie « la fin de l'apartheid
silencieux » et montre aux jeunes femmes « qu'elles peuvent atteindre le sommet, et faire la différence ».
Jean
Brice Simonin
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La Lettre de la Cade n° 87 - Février 2006 –
page 7
A LIRE
« Un crime médiatique contre l'Afrique... »*
En 200 pages Christian d'Alayer
donne de l'Afrique
l'image d’un continent vivant, donc complexe,
voire contradictoire. S'adressant à un jeune
Sénégalais, symbolisant ces diplômés
ou les sans qualification qui rêvent
de la France et de l'Europe, il veut
lui démontrer que l'Afrique a une remarquable capacité de résistance et d'adaptation. Elle a supporté les traites arabe et occidentale, les travaux forcés ; elle s'est adaptée à la colonisation, au colbertisme, au socialisme scientifique, à l’économie mixte, à la loi du marché, elle surmonte les guerres et les coups d Etat.
Malgré son histoire, malgré un système de santé défaillant, malgré le Sida, le
paludisme... sa
progression démographique est la plus forte du monde. Au plan économique les recettes des cultures d'exportation, imposées, ne permettent pas
l’accumulation de capital
nécessaire au développement, car elles sont
fluctuantes et en baisse et servent à
rembourser la dette. De même les infrastructures apportées par les bailleurs, mais à crédit, coûtent cher en remboursement
et en entretien... D'où l’économie
informelle qui fait vivre les Africains,
des cultures vivrières rentables autour
des grandes villes et de multiples réalisations
innovantes.
Au plan social l'urbanisation suscite des liens qui remplacent ceux du village
; les femmes se mettent au travail salarié, la
polygamie régresse, les excisions sont désormais,
parfois, interdites.
Sans plaidoyer, sans incantations (il faut, il n'y a qu'à, on doit), par des exemples
pris sur tout le continent, donc dans la réalité, l’auteur décrypte les idées reçues et
les clichés. Pour lui le
« crime médiatique » est de
les avoir épousés, sans en chercher le « pourquoi ». Ils créent ignorance, mépris, « racisme », décourageant les
investisseurs étrangers, les expatriés compétents (dans le public comme dans le privé), et, plus grave, les Africains
eux-mêmes qui ne croient plus en leurs pays.
Robert Ginésy
Christian d'Alayer
* Un crime médiatique contre l’Afrique, Les Africains sont-ils nuls ? », Edition Le bord de l'eau, 2005.
Réédition :
« Les Nègres » de Maurice Delafosse, L'Harmattan, 2005.
Présenté par Bernard Mouralis, cette réédition
d'un ouvrage publié en 1927 est une synthèse
des travaux réalisés par l'auteur sur
les sociétés de l'Afrique
subsaharienne à partir de la fin du XIXe siècle.
A signaler :
« L'Afrique dans la mondialisation », la Documentation Française (dossier « document photographique » n° 8048, 64 pages accompagnées de transparents) par Sylvie Brunel. L'auteur, avec la finesse qu'on lui connaît, aborde,
après une présentation de l'« Afrique plurielle », les thèmes « Héritages et
contraintes », « Conflits internes », «
Enjeux sociaux du développement », «
L’Afrique mondialisée ». Voir aussi
le site www.ladocumentationfrancaise.fr/revues-collections/
Une nouvelle revue est née :
« Yabiso
Magazine », nouvelle publication bimensuelle éditée par CongoActif
association.
Cette nouvelle revue se veut, selon sa directrice de publication, Elza Vumi, « un espace de rencontre pour ceux qui aiment le Congo et dont l'image et les actions sont étouffées par l'actualité honteusement sensationnelle
et meurtrière qui secoue notre terre jour
après jour ».
Premiers romans aux
éditions Gallimard (Janvier-Février 2006) :
- « Port-Mélo », premier roman de Edem.
- « Babyface », premier roman de Koffi Kwahulé.
- « Vieux Lézard », premier roman de Ousmane Diarra.
Dernière minute
La Cade se félicite de la
décision prise par le Président de la République de demander au Conseil
Constitutionnel le « déclassement » de l'article 4 de la loi du 23 février 2006, sur le « rôle positif de la
présence française outre-mer ». Elle se
félicite également qu'une date ait été fixée pour la commémoration officielle
de l'abolition de l'esclavage. Nous
espérons que ces décisions contribueront à ce que le débat engagé sur
l'esclavage et la colonisation quitte le terrain de la polémique pour
celui d’un échange si possible serein mais avant tout respectueux des mémoires douloureuses qui sont intrinsèquement
liées à ces pages d’histoire.
Michel Levallois
AGENDA
Les rencontres-débats suivantes
aborderont le processus démocratique en Afrique au travers :
de la gestion coloniale, « de
l'administration directe à la représentation politique », le 22 février 2006
« des
soleils des indépendances » au crépuscule des dictatures, le 22 mars
de la « gésine » de 1 Afrique
moderne : de la démocratie formelle à la démocratie réelle, le 26 avril
de 1’exemple
concret de vieilles démocraties, ou en route, le 17 mai
Chez nos partenaires
Voyage à Madagascar
L'association partenaire ARRI organise un voyage à Madagascar du 10 au 24 mai 2006, avec Alain Bry, qui fut ambassadeur et qui est membre de la CADE. La grande île sera
visitée d'Antanarivo aux autres régions, des
personnalités et les composantes de
la société malgache seront
rencontrées pour avoir un panorama
de la réalité.
ARRI- 11, rue Nicolo
75116Paris, 01 45274617, site : arri@wanadoo.fr
Annonce :
Un
colloque sur le thème de :
« La
transmission de l'Etat colonial en Afrique : Héritages et ruptures dans
les pratiques et les technologies du pouvoir
» se déroulera au Centre Malher, 9 rue Malher 75004 Paris - (Métro : Saint Paul Marais), le 28 et 29 avril 2006 de 9 heures à 12 heures 30
et de 14 heures à 17 heures 30.
La Lettre de la Cade n° 87 - Février 2006 –
page 8