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Débat du mois : « Du soleil des indépendances à l'ombre des dictatures »
Des « 7-9 » du matin jusqu'aux journaux télévisés du soir, en passant par nos quotidiens et nos hebdomadaires préférés, ce que l'on appelle l'actualité défile à toute allure. Le CPE a chassé l'affaire d'Outreau, qui a chassé la grippe aviaire, qui avait chassé les caricatures de Mahomet, qui avaient chassé le débat sur l'article 4, souvenez-vous, « le rôle positif de la colonisation ». Nous sommes informés ! Si l'on ajoute à ce défilé, les vedettes permanentes que sont l'Irak, le Hamas et Israël, et depuis peu l'Iran, devons-nous nous étonner que l'Afrique ait du mal à se faire une place dans ce ballet des grands sujets médiatiques ? Mis à part quelques articles ou documentaires - citons les orphelins du génocide au Rwanda, (Le Monde du 17 mars), ceux sur le Sida au Kenya, {le documentaire de l'Unicef sur Capital le 30 mars) -, sur la visite parisienne de la présidente du Sierra Leone pour la Journée de la femme, nos médias, à quelques exceptions près, ont peu de temps et de place à consacrer à l'Afrique subsaharienne. Et pourtant, ce continent plus vaste que l'Europe, est en train de connaître des changements en profondeur.
Ne parlons pas
d'économie, puisque tous les indicateurs sont à la hausse, parlons
plutôt des sujets qui fâchent, de ceux sur lesquels nous
sommes le plus critiques parce que nous avons été le plus déçus,
c'est à dire de la paix, de la démocratie, des droits de
l'homme. Le Bénin vient de montrer que des élections en
Afrique peuvent être exemplaires, et dans leur déroulement, et dans
leurs résultats. Un « homme nouveau », Boni Yayi a été élu le 19 mars à une confortable majorité et sa victoire à la loyale inaugure une troisième alternance acceptée et prometteuse. Vous lirez dans cette Lettre ce
que Philippe David, bon connaisseur des pays du Golfe de Guinée,
pense de cet événement qu'il replace dans l'évolution qui
s'est produite depuis le début des années 1990. L'alternance
démocratique et la transmission pacifique du pouvoir ne sont plus une exception
sénégalaise ni un événement extraordinaire.
Il y a quelques
semaines, l'élection régulière d'Ellen Johnson-Sirleaf à la
présidence du Libéria marquait le retour à
la paix d'un pays qui a souffert
d'une atroce guerre civile. En République
Démocratique du Congo, il est permis d'espérer que la consolidation de
la paix à laquelle l'ONU, l'UA et les institutions régionales africaines travaillent activement, permettront la tenue d'élections régulières et utiles, comme cela s'est produit au Burundi et comme cela se prépare au Rwanda. Il est
vrai qu'en dépit des négociations en cours
la situation au Darfour est tragique, un « tsunami humanitaire » ignoré, que le Zimbabwe
est toujours sous le joug d'une dictature ubuesque, que la Côte d'Ivoire est (suite p. 8)
La Lettre de la Cade n°89 - avril 2006, page 1
encore
coupée en deux et que la Guinée se prépare à une succession
pleine de dangers. Mais, la paix et la démocratie progressent, et les Africains eux-mêmes y contribuent de plus en plus activement. L'arrestation et l'incarcération
de Charles Taylor, son inculpation devant la Cour spéciale pour le Sierra Leone
constituent comme le dit Koffî Annan « un message
fort aux chefs de guerre potentiels » et prouvent que les crimes contre l'humanité ne sont plus impunis dans ce continent. Le travail de la CADE est toujours
d'actualité, car il ne s'agit pas tant de réagir contre l'afropessimisme que de lutter contre ce que j'appellerai « l'entropie médiatique », contre le désintérêt, l'indifférence, l'ignorance et le
mépris pour cet angle mort de
l'actualité internationale qu'est trop souvent l'Afrique subsaharienne. Les
décisions prises lors de l'assemblée
générale de la Cade du 30 mars
dernier, dont vous trouverez
l'essentiel dans cette Lettre, vous montreront comment et avec qui nous entendons poursuivre notre action au cours des prochains mois et combien nous aurons besoin non seulement de votre aide
et de votre fidélité, mais de votre
participation.
La CADE
Compte-rendu de la
rencontre-débat du 22 mars 2006
« DU SOLEIL DES
INDEPENDANCES A L'OMBRE DES DICTATURES »
Après les deux
premières rencontres qui ont traité de l'héritage des royaumes africains et de la gestion coloniale,
cette troisième rencontre débat du cycle consacré aux « Chemins de la démocratie en Afrique
» a recouvert la période I960 à 1980 de la montée des autoritarismes dans les régimes africains.
Pourquoi les Etats africains postcoloniaux ont-ils pris, un par un, à des degrés et à
des rythmes divers, le même tournant autoritaire ? Comment comprendre la fermeture
de cette opportunité politique, l'échec rapide des premières expériences démocratiques
des
indépendances ? Daniel Bourmaud, agrégé de science politique
et professeur à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour et Rémy Bazenguissa-Ganga, maître de
conférences en sociologie à l'Université de Lille 1, ont tenté de répondre à ces questions.
Christine Deslaurier et Vincent Foucher, chargés de recherche au Centre d'Etudes d'Afrique Noire de
Bordeaux, ont
participé à l'organisation de cette rencontre et se sont chargés d'introduire et
d'animer le débat.
Tour d'horizon des autoritarismes en
Afrique
En ouverture, Christine
Deslaurier évoque quelques éléments
généraux pour jalonner la réflexion sur l'autoritarisme
dans les Etats africains, entre I960 et 1980. On entend par « autoritarisme
» la concentration des pouvoirs qui se traduit en Afrique par le
parti unique, le présidentialisme et les interventions
et coups d'Etat militaires. Cela amène à une première distinction
entre régimes civils et militaires, mais qui ont souvent pris, sous
des masques différents, des chemins communs
dans leurs capacités de nuisance, leur tournure coercitive et répressive et leur nature arbitraire et souvent violente.
Au moment de la grande
vague de décolonisation, le passage à l'indépendance
s'est majoritairement fait sous le signe du multipartisme.
Celui-ci a été très vite critiqué, parce que considéré comme
héritage des colonisateurs. La plupart des Etats passe alors rapidement
au multipartisme limité ou au parti unique selon des modalités
différentes, soit par la disqualification électorale (Cameroun,
Côte d'Ivoire) ou l'interdiction pour les opposants de se présenter,
soit par des interdictions légales ou par l'institutionnalisation
du parti unique.
En général on
retrouve deux grandes idées ou justifications de
l'instauration du monopartisme.
Selon la théorie moniste, le pluripartisme (et les conflits
qu'il engendre) est étranger aux « traditions africaines » et n'est qu'un héritage du colonialisme. Dans ces
conditions, l'organisation de plusieurs
partis saperait l'unité nationale en construction et d'une certaine manière la construction étatique des Etats indépendants. Une autre idée est que le
parti unique répond à la nécessité d'organiser l'encadrement des populations et son soutien au régime dans la
perspective des politiques de développement économique
qui se mettent en place au moment des
indépendances. Quelles que soient
les justifications idéologiques,
l'efficacité du parti unique, si elle
existe, repose sur l'articulation
entre ces légitimations idéologiques
- la tradition africaine et le
développement économique - et un encadrement
politique ténu des populations. Cette
logique du parti unique n'exclue
aucune compétition ou participation
des populations, qui doivent se
faire à l'intérieur du parti unique. Des
élections internes au parti offrent aux
dirigeants la possibilité de prendre connaissance
des instances locales du parti et de mobiliser la population. L'encadrement se fait souvent par la mise en place de structures professionnelles et d'organisations particulières : des
syndicats uniques, des mouvements de jeunes
et de femmes intégrés au parti
unique. Enfin, l'encadrement se fait
souvent par la peur, avec une police, une armée et des services de sécurité.
Un deuxième phénomène important est
celui du présidentialisme commun à la plupart des régimes indépendants.
Celui-ci serait dû, notamment dans les anciennes colonies
francophones, au fait que les nouveaux régimes indépendants
se sont inspirés des constitutions des anciennes métropoles.
Ces régimes se construisent alors avec un pouvoir exécutif
important : le président, au centre du pouvoir, dirige
l'Etat, incarne le pouvoir à l'intérieur et à l'extérieur. Ch. Deslaurier explique que le présidentialisme s'accompagne souvent
d'un phénomène de néo-patrimonialisme avec la création de «maisonnées» politiques. Dernier élément à prendre en compte, le phénomène militaire : entre 1963 et 1990, 70 coups d'Etat ont touché 30 pays. Sur la période, le Bénin et le Burkina-Faso ont subi 12 coups d'Etat à eux
deux. En 1970, sur 17 chefs d'Etat ayant
conduit leur pays à l'indépendance,
seulement 7 étaient encore au
pouvoir. En 1975, 16 Etats africains
étaient placés sous régime militaire.
Ceux-ci n'ont pas de spécificité particulière
; l'arrivée à l'autoritarisme suit le
même processus que dans le civil :
une constitutionnalisation, puis la
mise en place d'un parti unique ou la récupération d'un parti unique préexistant et une cooptation de civils.
La Lettre de la Cade n°89 - avril 2006,
page 2
Dans les années 1990, les régimes autoritaires
concernaient plus de la moitié des Etats d'Afrique subsaharienne et sur 43
Etats en transition, la moitié était des régimes autoritaires civils, l'autre
moitié des régimes autoritaires militaires.
L'orateur reprend enfin une classification de J.-F.
Médard, selon laquelle l'autoritarisme pouvait être représenté par trois régimes :
1) le sultanisme, avec une
forte importance de la personnalité du chef
d'Etat et une population soumise à l'arbitraire d'un seul homme. (Ce type
d'autoritarisme correspondrait à l'empereur
Bokassa en Centrafrique) ;
2) l'autoritarisme dur où la
répression est importante et où il existe une institutionnalisation des règles que l'individu doit respecter.
(Pour Médard, ce type de
régime correspondait au Cameroun d'Ahidjo) ;
3) l'autoritarisme modéré avec
des arrestations
et des emprisonnements illégaux
mais une répression plus « douce ».
Le modèle
démocratique et l'Afrique
Daniel Bourmaud constate d'abord que l'Afrique, dans sa majorité, a été
autoritaire
et que la temporalité est grosso modo la même partout sur le continent :
apparition de formes de pouvoir autoritaire dans les années 60 et crise des autoritarismes dans les années 80 jusqu'au début des années 90. Il pose alors la question de savoir pourquoi
des régimes deviennent autoritaires et pourquoi ils sont capables de pérenniser des formes de gouvernement autoritaires. Selon lui, il n'y a pas de démocrates en Afrique,
au sens libéral, c'est-à-dire d'individus se revendiquant du modèle démocratique libéral, où la compétition pour le pouvoir est libre, organisée
et arbitrée par le suffrage universel.
(Dans les années 60, même Senghor, un
homme de l'élite libérale intellectuelle, disait que le modèle
démocratique libéral n'était pas fait pour
l'Afrique). Les appareils d'Etat, le politique et le pouvoir se construisaient
autour de valeurs ne relevant pas de la
démocratie. Le mythe utilisé pour
construire le pouvoir ne relevait pas
de celle-ci. La préoccupation principale des élites africaines était le développement. (Ce mythe du développement
trouvait sa justification dans l'idée que la
colonisation avait sous-développé
l'Afrique). Dans cette « philosophie
du développement », la
responsabilité des élites africaines
doit être relativisée : il fallait sortir ces sociétés de la pauvreté ; l'Etat devait
se substituer aux capitaux privés. L'Etat devient ainsi l'acteur principal de cet objectif de développement. Le débat est donc mécaniquement réduit au développement. (Daniel Bourmaud cite
l'exemple du Kenya où l'élection
présidentielle se faisait sur des
programmes de « bons » ou « mauvais »
développements). De la même façon, les coups d'Etat se feront au nom des
mêmes idéaux de développement.
Les sociétés africaines étant fragiles
et divisées,
le développement apparaissait donc
comme un ciment national capable de faire
une nation. Cet élément de
convergence excluait le multipartisme. Celui-ci était considéré comme dangereux pour l'unité et
nocif à une société en « communion
». (Senghor, de même, était de
l'opinion que le monopartisme était conforme à la société africaine).
Les caractéristiques des appareils d'Etat africains apparaissent par contre comme le prolongement
de l'Etat occidental, avec ses
organigrammes, ses statuts, ses
codes, à tel point que l'on est
tenté de parler de mimétisme institutionnel. A cela s'ajoute une caractéristique formelle importante, qui est qu'au nom du développement, l'on assiste à une excroissance de l'Etat. Un gigantesque appareil étatique économico-social s'installe, auquel aucune compétence n'échappe.
Ces Etats, formellement de type «
légal rationnel
», vont connaître un phénomène de dénaturation, une sorte de « néo-patrimonisme ». Ce système est anomique en ce sens qu'il y a une confusion entre les
sphères publique et privée.
A un moment donné, il n'existe donc plus
aucune régulation, (ainsi des
régimes de Bokassa, d'Amin Dada, ou encore de Mobutu à la fin des années 80, dans lesquels le cadre légal rationnel s'est défait au profit de pratiques patrimoniales). Sans contrepouvoir, la
sphère privée se confond avec la sphère publique ; le clientélisme et le patrimonisme,
dans un but de consolidation de
l'Etat, se développent rapidement.
La logique du pouvoir tourne ainsi
sur elle-même ; on assiste à une
consolidation du pouvoir pour le
pouvoir. (L'orateur utilise la
métaphore de l'orchestre dans lequel tous les membres jouent la même partition). Le chef d'Etat apparaît dès lors comme
un régulateur général, un chef d'orchestre.
Le système fonctionne néanmoins,
dans la mesure où chefs d'Etat,
ministres et députés se comportent
en détenteurs des ressources publiques.
Pourtant le système va se dégrader :
1) crise interne : le modèle ne
fonctionne plus. Il n'y a pas de culture de l'investissement ; mais il y a une culture de la
corruption, très consumériste. On tire sur la rente de l'Etat sans être capable de la
renouveler. La croissance démographique et l'émergence d'une élite de plus
en plus nombreuse, qu'il
faut intégrer dans l'appareil d'Etat,
diminuent la capacité de redistribution
étatique.
2) crise externe, avec la fin
de l'opposition
des deux blocs mondiaux. Les Etats africains ne font plus partie de la guerre froide et sont donc privés d'aides publiques. Cette crise externe se télescope avec la crise interne et va entraîner l'effondrement de l'autoritarisme.
La logique de l'incarnation en politique : l'exemple du Congo-Brazzaville
Rémy Bazenguissa exprime tout d'abord ses réserves quant au titre de la rencontre débat (le titre initial parlait de crépuscule des dictatures).
Le titre impose l'idée de passage de
l'espérance au désespoir. La période
coloniale magnifiée par
l'indépendance, serait donc celle
des expériences démocratiques, et la
période post-coloniale celle des dictatures. On peut se demander alors s'il n'est pas possible de
lire les phénomènes d'autoritarisme, ou de
démocratie, comme une continuité
entre les indépendances et la colonisation. Le cas du Congo Brazzaville montre bien la logique de systèmes politiques africains et la continuité des expériences démocratiques de la période coloniale à la période post-coloniale.
La Lettre de la Cade n°89 - avril 2006,
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R. Bazenguissa insiste ensuite sur la différence
entre « le » politique et « la » politique. Le politique
concerne l'institutionnalisation du social. La politique
intervient sous la forme d'actions publiques ou de gouvernement, une
fois que la forme de société est mise en place par le politique. L'autoritarisme est peut être alors une continuation « du » politique colonial.
Les logiques de
représentation du politique en Occident et en Afrique sont différentes.
En Occident, on parle de logique de délégation alors qu'en Afrique prévaut la logique d'incarnation. La dictature est une continuation du politique colonial notamment par la logique d'incarnation du pouvoir qu'elle contient. Le parti
unique illustre bien cette logique de
représentation politique par
incarnation. A titre d'exemple,
entre 1963 et 1991, le Congo-Brazzaville a
connu 15 coups d'Etat, réels ou
imaginaires, dont deux majeurs en
1968 et 1977. Dans le régime
congolais, deux structures
particulières des luttes politiques sont importantes. La première est
basée sur la brutalité politique qui touche plus particulièrement les membres de l'élite : un opposant au régime subissait la violence de l'Etat, réelle ou
supposée. La seule manière d'arrêter
la carrière politique était la mort,
ce qui constitue, pour l'orateur, un
des éléments essentiels de l'incarnation
du politique. La deuxième est que le
leader politique n'est pas vierge, il était
d'abord opposant et subissait la violence
politique. Paradoxalement, le système
de répression donnait du pouvoir
politique à l'opposant. Il y avait trois
moments dans la vie d'un membre de l'élite congolaise : il était d'abord opposant et subissait la violence politique ; puis était banni de la scène politique et constituait sa base politique pour une mobilisation ultérieure contre
la répression. Il revenait enfin
parce qu'une délégation venait le chercher.
Le monopartisme au Congo tient à ce phénomène d'incarnation.
Mais la violence politique
ne résulte pas seulement des indépendances, (elle est la base du système
colonial), le monopartisme n'est qu'une
continuation de la logique coloniale,
et il y a peut être simplement une «
africanisation » du régime colonial. A partir des années 60, les africains sont
rattrapés par leur histoire et « le » politique prend une forme particulière. Dans ce système d'incarnation, il
y a deux caractéristiques majeures à
souligner : la militarisation du
social et la force mystique du coup
d'Etat. La militarisation du social
provient de l'institutionnalisation de la guerre depuis la colonisation. Le contrôle de la guerre est un élément
important de la puissance publique
et permet de régler le rapport entre
l'ennemi intérieur et extérieur. Or,
dans le système colonial, c'est le
colonisateur qui règle la guerre avec l'ennemi intérieur. L'Etat constitué n'a
pas a priori d'ennemis extérieurs.
Toute la violence de guerre est alors
retournée contre la société. C'est
donc à partir de la question de la
militarisation que se constitue le
social dans la population congolaise et
c'est au nom du pouvoir militaire qu'on
va essayer d'exercer le pouvoir. L'orateur
souligne alors l'importance des forces du coup d'Etat. Le coup d'Etat nous fait passer dans un imaginaire
politique qui n'est plus seulement celui de l'administration mais celui de la
décision politique et de l'installation d'un ordre. Le coup d'Etat met en place une conception du politique qui
implique que les Africains vivaient sous l'imminence d'une catastrophe.
La population savait que les élections,
truquées, ne changeraient rien : on trouve des morts qui ont voté. Le
rapport au politique est toujours ambigu et
lié au problème de la mort, de la
guerre. Ce n'est que quand les nouvelles institutions sont installées que la situation se normalise de nouveau. Ce sont ces formes guerrières et de représentation qui se manifestent dans l'incarnation. La question politique est donc
celle de la guerre, de la violence et
de la mise en forme du social.
En guise de conclusion : une
communauté de destins
Pour Vincent Foucher,
toutes les typologies politiques construites
pour distinguer les différents
régimes (civils ou militaires,
marxistes ou libéraux, issus d'une colonie anglaise ou française...)
tiennent mal. On est frappé par la
communauté des destins. Même chez
Senghor, archétype du théoricien
libéral africain, il y avait une
certaine exigence de l'unité politique
et la violence politique n'était pas absente du Sénégal, pourtant exemple de modération politique en Afrique.
Cette unité des
trajectoires vient de l'importance des théories du développement
et des principes de légitimité politique, «
par ce que l'Etat dit qu'il fait ».
Les théories du
développement étaient très articulées avec des idées de ce qu'était l'Afrique à l'époque, notamment l'idée que les cultures politiques africaines étaient des cultures unitaires. Mais les travaux de
J. Bazin sur le Royaume de Ségou montrent
que la pensée du dualisme politique
est bien présente en Afrique. Il y a
donc une erreur dans les rapports à
l'Afrique due à une lecture du politique africain opérée par les intellectuels européens. Il y a en fait une continuité très forte dans les modes de légitimation entre le colonial et le post colonial. On se justifie en tant qu'Etat parce qu'on a en face
des gens simples, des barbares qu'il va falloir
faire bouger. La légitimité politique
s'enracine, dans une continuité de la violence. Il y a militarisation diffuse du colonial et du post colonial.
Il y a aussi continuité
des pratiques et des imaginaires politiques entre le colonial
et le post-colonial. Les études actuelles,
notamment de M. Mamdani, montrent à quel point
les gouvernances post-coloniales sont
enracinées dans les gouvernances
coloniales. Il y a une continuité du post-colonial au colonial qui vient moins du néo-colonialisme que d'une continuité des pratiques et des imaginaires politiques.
Enfin, il est difficile de distinguer l'exercice de la violence de la pratique de la consommation. La mort, la violence et la consommation sont les deux faces de la même chose : la capacité à distribuer les chances de vie. Les Etats coloniaux et post-coloniaux sont aussi des
usages du corps, des modes de consommation
qui sont au service de la démarcation
du pouvoir, qui sont les enjeux des
luttes de pouvoir. L'exemple célèbre de la « sape » au Congo-Brazzaville montre que l'appropriation du pouvoir passe par la survalorisation à l'extrême du vêtement et que la lutte se fait aussi dans la consommation.
La Lettre de la Cade n°89 - avril 2006,
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LE DEBAT
Ch. Dutheil de La Rochère, ancien Ambassadeur de France au Congo-Brazzaville,
regrette que le marxisme n'ait pas été évoqué lors de la conférence,
élément qu'il considère fondamental dans l'histoire politique africaine,
les élites africaines ayant été souvent formées par le parti
communiste. Il souligne aussi les liens entre certains pays africains et
l'URSS. Pour Ch. Deslaurier, dans la
pratique on trouve le même comportement avec
le même résultat que le régime soit inspiré ou non du marxisme-léninisme.
Pour R. Bazenguissa, les élites
du Congo ont simplement fait le choix du marxisme-léninisme sans forcement
subir l'influence de qui que ce soit et décidé de nationaliser un
certain nombre d'entreprises. L'économie congolaise en a souffert. Mais
ce qui l'intéresse c'est le politique, c'est-à-dire quelque chose qui
permet de comprendre pourquoi la norme en Afrique était l'autoritarisme
en proposant d'autres éclairages. Pour D. Bourmaud, lorsque l'on analyse les références et
les mythes de l'époque, on remarque l'importance
du marxisme. Néanmoins, il faut prendre en compte les
degrés divers du marxisme de l'époque, auxquels les élites africaines ne sont
pas restées insensibles (Senghor, Nyerere). Le socialisme version
africaine ne relevait pas forcement la même conception que le socialisme
occidental : pour Nyerere, le socialisme est une valeur africaine,
qui souligne l'importance de la communauté, de l'unicité. La colonisation
est venue casser ce socialisme africain. Au Kenya, Kenyatta
n'était pas marxiste, mais il a développé des discours sur le socialisme
africain. Il y a une unicité de la vision de l'Etat. Le discours s'est d'ailleurs
noyé lui-même à un moment donné et a fait place à une convergence
de vues. Il insiste sur le fait qu'il n'y avait pas de fatalisme
dans l'autoritarisme africain.
M. Levante, économiste, considère que l'environnement
international, et notamment l'importance de
la guerre froide, est resté trop
ignoré lors de la conférence. Par
ailleurs, l'imaginaire politique
africain est lié à la politique française, et il y a un certain mimétisme entre
le présidentialisme français de l'époque et l'africain. Pour D. Bourmaud, le présidentialisme est une référence inexistante
pour les régimes anglophones : ceux-ci sont parlementaires. Ces régimes vont pourtant devenir présidentialistes. Sur l'environnement international, la bipolarité va épouser les configurations autoritaristes.
Ch. Deslaurier pose ensuite
deux questions : comment faire s'il n'y a pas élimination
du chef d'Etat ? Et à propos de l'incarnation politique, si le leader
ne meurt pas, que se passe-t-il ? Pour D. Bourmaud, il n'y a pas de démocrates en
Afrique. Il ne s'agissait pas d'un système pour lequel on se bat.
R. Bazenguissa ajoute à cela
qu'il y a peu de leaders politiques et qu'un coup
d'Etat ne se traduit pas par une lutte à mort. Ainsi, dans
le cas du Congo, on mettait l'ancien dirigeant en
prison. L'amnistie permet de montrer qu'on soutient la concorde nationale.
L'idée d'incarnation n'est pas d'arriver à la mort de l'autre, mais c'est
l'idée que l'on ne reconnaît plus de droits politiques à un moment à une personne.
A propos de l'ethnicité, D. Bourmaud explique que la guerre est d'abord enracinée et
entretenue par la guerre froide et s'autoalimente par la suite. Pour R. Bazenguissa, il
faut bien définir l'ethnie. Les
identités ethniques se reconfigurent dans l'opposition politique. Dans le cas du Congo, c'était les Kongos (du sud) contre les Moshis (du nord). Lors de la guerre de 1993-94, les
populations se considérant comme Kongos vont se définir comme Nibolek, nom qui est le produit
de la concentration de trois noms de régions. Quand la tension politique devient extrême, l'identité construite se transforme et devient
produit de la compétition économique.
Kaline Coninckx, Simon Porcher, Lotte Marike Ten Hoove
Erratum
Dans
la précédente Lettre (n° 88) une erreur regrettable a été
introduite dans le compte-rendu de la rencontre-débat sur
la date de la conférence de Brazzaville. Il fallait bien sûr lire
1944 et non 1947 comme cela a été écrit.
Abonnement à La Lettre de la. cade :
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Coordination pour l'Afrique de Demain (CADE)
Association Loi 1901, Président : Michel Levallois, Vice-Présidents : Raymond Césaîre, Jean Clauzel, Xavier de Franssu, Henri Senghor.
Secrétaire Général : Philippe Mathieu ; Trésorier : Bernard Monnier
La Lettre de la cade
Directeur de publication : Michel Levallois, Comité de rédaction :
Robert Ginésy, Michel Levallois, Philippe Mathieu, Bernard Monnier, Denyse de Saivre, Henri Senghor.
Maquette : Atelier Visconti
La CADE : 5 rue des Immeubles-Industriels» 75011 Paris, France.
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La Lettre de la Cade n° 89 – avril 2006–, page 5
PAGE ECONOMIQUE
LES PME FRANÇAISES INCITEES A EXPORTER
Le gouvernement
français et les instances commerciales incitent les Petites et
Moyennes Entreprises
(PME) à exporter le label « Groupement de
PME à l'export » qui a été lancé le
14 mars au cours d'une réunion de chefs d'entreprises organisée par la Confédération française du commerce interentreprises
(CCI). Dès le 26 janvier, le Premier
ministre avait encouragé la constitution
d'un millier de groupements à l'exportation, dans tout pays. L'Afrique noire
pourrait profiter de ces nouvelles
dispositions pour renforcer le tissu
de PME.
Le Centre de développement
de l'OCDE et la
Banque africaine de développement avaient
lancé en juin dernier un appel au développement
du secteur privé en Afrique. Les
Petites et Moyennes entreprises (PME) y souffrent d'un climat défavorable. Ainsi s'est créé un vide entre les grandes entreprises, souvent des multinationales, et le secteur informel. Des PME africaines rencontrent de grandes difficultés pour satisfaire aux conditions fixées par les banques afin d'accéder aux financements extérieurs. Une diversification des solutions de financements proposée par les institutions financières et les grandes entreprises
serait souhaitable. Les PME constituent en
effet l'essentiel des gisements d'emploi pour les générations futures. Beaucoup d'entreprises actuellement dans le secteur dit informel entreraient ainsi dans le secteur formel, augmentant le poids du secteur privé dans les économies nationales.
Le ministre français des PME estime à 200 000 le nombre d'entreprises susceptibles de réaliser une partie de leur chiffre d'affaire à
l'international. Elles sont
actuellement 4% seulement dans ce créneau contre 18% en Allemagne.
Un dispositif d'appui a été lancé en octobre
2005 avec « Cap Export ». Il s'agit d'un crédit d'impôt et de l'embauche d'un
VIE (Volontaire international en entreprise)
à temps partagé. Les nouvelles
mesures comprennent une Société de service d'accompagnement à
l'international (SAI), un label accordé par un comité de sélection et une aide financière au maximum de 10 000 euros. Un premier appel à candidature sera clos le 20 mai, un second interviendra en juillet.
Ces dispositions permettront
aux PME de se lancer à l'international, objectif qui apparaît
comme
très complexe et risqué. En mutuali-sant les frais de prospection, en
partageant les risques, en échangeant leurs expériences dans le
cadre de ces Groupements, on peut penser que la démarche
d'exportation sera plus simple et moins onéreuse.
Toutefois l'assemblée
des Chambres de commerce françaises considère que le formalisme des
procédures est bien lourd pour 10 000 euros d'aide. Outre ce label, l'Agence française de développement serait prête à débloquer des fonds pour des projets importants, de l'ordre de un million d'euros, visant au développement économique.
Enfin la Commission
européenne va financer une mission qui se tiendra dans les pays africains
pour définir une coopération plus centrée sur les entreprises.
L'obstacle majeur pour les
PME africaines est le financement, comme l'a souligné le Centre de
Développement de l'OCDE. Leur volume financier est trop faible
pour intéresser les circuits
bancaires et trop fort pour relever du micro
crédit. Une introduction en bourse, significative,
constituerait une opportunité pour des investisseurs.
Robert
Ginésy
NDLR - L'essentiel des informations
utilisées dans cette page
provient de l'hebdomadaire Marchés tropicaux
et méditerranéens.
MARCHES TROPICAUX ET MEDITERRANEENS A SOIXANTE ANS
Pour cet anniversaire la
revue a remis aux participants à la conférence de presse,
une sélection d'éditoriaux et d'articles, qui montrent l'adéquation de
la position de cet hebdomadaire avec la réalité historique mouvante du continent
africain. Les historiens présents, Jean Fremigacci
et André Julien Mbem,
se sont démarqués du mouvement actuel de critique globale de la colonisation,
qui, trop complexe et contradictoire, appelle des jugements différenciés.
Bénédicte
Châtel, la rédactrice en chef, a souhaité un changement de logique économique, pour
sortir d'une économie de rente qui paralyse l'Afrique noire.
Une nouvelle fois, le Bénin vient de créer
la surprise en se donnant, le 22 mars dernier, au second tour et dans le calme,
par 74,5% des voix, un président radicalement nouveau en la
personne de Yayi Boni, banquier international
chevronné, néophyte en politique et qui s'est présenté comme un « homme propre
et neuf» contre divers adversaires tout aussi brillants mais politiciens
déjà anciens et peut-être trop insistants.
Depuis bientôt un demi-siècle, cette petite
république, encore appelée Dahomey jusqu'en 1975 et coincée entre
l'immense Nigeria et le modeste Togo, nous a maintes fois surpris
par ses éclats originaux, parfois dramatiques et sanglants,
parfois aussi admirables. Champion entre 1963 et 1972, avec
quelques autres pays, des coups d'états à répétition régulière,
pépinière de politiciens intrigants et versatiles, conservatoire
d'ex-présidents de la République désavoués ou renversés (jusqu'à
six en même temps), inventeur même en 1970 d'un exécutif-tricéphale-à-présidence-tournante, le Bénin a
continué de se signaler à l'Afrique
et au monde par ses décisions
étonnantes, brutales ou bénéfiques.
Après quatorze années d'un régime marxiste-léniniste-béniniste patriote mais superficiel, velléitaire et
finalement calamiteux on a vu le
président Mathieu Kérékou, plus fin qu'on ne le pensait, inventer et convoquer une « Conférence des forces vives de la nation », venir lui confesser ses torts et s'en faire acclamer, avant de s'effacer de
bonne grâce en 1991 devant Nicéphore
Soglo, un président
de la diaspora mûri au sein de la
galaxie des Nations Unies. C'était là
une nouvelle performance à la
béninoise en même temps qu'un nouveau
modèle pour le reste du monde :
l'élimination démocratique d'un président militaire parvenu au pouvoir
par un coup d'Etat. Pourtant, mûr et
réaliste, mesurant les multiples
déceptions de cinq années de «
Renouveau démocratique », le pays
choisit en 1996 - nouvelle surprise -
de reprendre celui qui avait dirigé
la République Populaire et qui se
l'était fait pardonner.
La Lettre de la Cade n°89 - avril 2006,
page 6
Aujourd'hui, dix ans plus tard, Kérékou,
hors jeu à 73 ans, même s'il a eu - dit-on - du mal à passer la main,
s'efface pour la seconde fois devant un homme du Renouveau venu
de l'extérieur. Peut-être le président Yayi
Boni pourra-t-il réussir à clore définitivement le trop long
cycle de la « jarre- percée » dont seuls les doigts unis de
tous peuvent boucher les trous, des intriques politiciennes à répétition, des
appartenances partisanes à géométrie variable, des corruptions ouvertes ou
rampantes, des agitations désordonnées de personnages ambitieux
que Kérékou, le premier «
caméléon » d'entre eux, réussissait peu ou prou à tenir sous
son contrôle. Cet espoir est permis pour le bonheur d'un pays
décidément étonnant qui - ne l'oublions pas -est, avec 6,6
millions d'habitants, à la fois l'un des plus pauvres et les plus
dynamiques de la planète; qui vit (ou survit) à 90% d'une économie
populaire peut-être « informelle » mais absolument essentielle
et dont les fils les plus entreprenants sont parfaitement intégrés
aux affaires mondiales de New-York à Singapour; qui
est, sur le continent africain, l'un des plus respectueux
de la liberté de la presse ; qui dispose d'une élite de citoyennes de
grande qualité et qui, comme pour les récompenser, vient d'avoir le
courage de mettre pratiquement la polygamie
hors la loi ; qui fut et demeure non seulement le berceau du
Vaudou avant son exportation aux Amériques mais aussi le «
Quartier latin » de l'Afrique, riche en écrivains, politiciens
et orateurs brillants et praticien d'une francophonie
de qualité qui fait honte parfois à certains bafouilleurs de
l'hexagone.
Tous ces titres de gloire devaient êtres
rappelées au moment où le Bénin démocratique, confie à Yayi Boni une nouvelle étape de son
développement. La princesse héroïne du chef d'œuvre de Paul Hazoumé ne s'appelait-elle pas Douguicimi : distingue-moi ?
Réjouissons-nous : aujourd'hui encore, le Bénin s'est distingué.
Philippe
David
Le baromètre de la CADE
L'Afrique mise sur l'algue pour se
nourrir.
La spiruline, une algue
riche en protéines et en vitamines, facile à cultiver, a été
l'objet d'un
colloque panafricain au Niger début mars.
Des projets pilotes existent dans plusieurs pays africains ainsi qu'au Chili et
une formation internationale à cette
culture existe en France. Au Burkina
des effets positifs sont avérés pour
des enfants souffrant de malnutrition. La spiruline vient en concurrence
d'une pâte à base d'arachide brevetée et
produite en France. L'attitude des
organismes mondiaux (PAM, ONG)
évolue, et suite aux initiatives
prises localement, ils sont moins opposés
à son emploi. Les chiffres produits (25
000 morts par an de malnutrition, 1/3 des enfants africains malnutris)
démontrent l'importance du problème
(Le Monde du 6 mars).
Les enfants-parents
du Rwanda.
Dans un article du Monde du 17 mars, Marion
Van Renterghem pose deux questions : « Comment pouvons-nous devenir des hommes ? » et « C'est quoi la différence entre un Hutu et un
Tutsi ? ». La première se rapporte aux aînés
devenus malgré eux chefs de famille d'orphelins
des massacres. La seconde se rapporte
aux cadets, scolarisés dans un système qui impose la « réconciliation nationale
» et interdit la référence ethnique
tout en enseignant l'histoire du
Rwanda et les génocides du 20e siècle. Des familles reconstituées et
regroupées, parfois, et qui ont bien
du mal à survivre matériellement et
psychologiquement.
Le
recensement du Nigeria semble difficile à organiser compte tenu des
tensions religieuses et ethniques, de la
situation politique et de la répartition potentielle de la rente pétrolière. Par ailleurs une courte description d'Abuja montre l'existence de tensions liées à l'exclusion des populations « informelles ». Un
troisième reportage porte sur la pratique religieuse à Bénin City avec la propagande commerciale des évangélistes et la subsistance de
pratiques animistes. (La Croix du 21
Internet en Afrique. Le
Cahier économie et entreprise consacre trois pages à l'informatique
et l'Internet en Afrique en commençant par la présentation du portable à 100
dollars, dont les premiers exemplaires sont attendus début
2007. Dans un premier temps, ils seront mis à disposition
d'écoles choisies ; l'organisme en charge de ce projet dit travailler
sur une liaison à l'Internet à bas prix mais la situation est floue. En effet, en Afrique, en dehors des capitales, l'accès à l'Internet reste laborieux. Un des problèmes est
que la liaison par câble souhaitable pour l'Internet voit sa mise en place compromise par l'explosion des
téléphones GSM. Le Sénégal, quant à lui,
est en tête en Afrique pour l'accès
au WEB. Un développement est à
attendre notamment dans le paiement en ligne
et du e-business grâce à des cartes prépayées. (La Croix du 27 mars).
Migrations.
Les routes de l'émigration passent désormais par la Mauritanie.
L'auteur de l'article décrit les filières d'émigration d'après les
résultats d'une enquête des services de renseignement espagnols. Ces
filières ont été délocalisées par suite du raidissement du Maroc fin 2005. Le pourcentage annoncé de partants disparus en
mer est de 40% (Le Monde du 11 mars).
Nouadhibou, chef-lieu
de l'émigration sauvage : un article du Monde du 23 mars présente le
retour d'émigrés après une première tentative, puis décrit les
conditions d'un possible nouveau départ ainsi que le débordement
actuel des autorités locales. A noter également les départs observés
pour les Canaries à partir de Saint-Louis (Sénégal). Sylvie
Bredeloup et Olivier Pliez abordent dans
Le Monde du 28 mars la question de la perception par l'Europe des migrations
africaines et montrent l'influence néfaste pour 90%
des migrants africains subsahariens des mesures de fermeture
destinées à barrer le flot à destination de l'Europe et qui
contribuent « à ce que les problèmes non résolus aujourd'hui
se posent avec plus d'acuité demain ».