
Coordination pour l'Afrique de Demain
Bulletin mensuel d'information sur les activités de la CADE - mars 1997 - n° 9
Une fois n'est pas coutume. Mais peut-on se dispenser de porter un regard critique sur la France en train de se protéger contre les étrangers, venus en particulier des pays d'Afrique ? A la CADE, nous essayons de les regarder autrement qu'à travers le prisme de la peur et du mépris.
Les arguments échangés lors du récent débat sur le projet de loi sur l'immigration ne peuvent nous laisser indifférents. Si l'on comprend la nécessité d'un contrôle de l'immigration, il est difficile d'admettre que la «lutte contre les immigrés clandestins» utilise des mesures qui vont bien au-delà de cet objectif et qui finissent par transformer les étrangers en suspects.
Ces mesures ont provoqué un sursaut - démarches individuelles, manifestations et pétitions - qui a conduit le gouvernement à modifier les dispositions les plus choquantes dudit projet de loi. Il n 'en reste pas moins que le durcissement de toutes les dispositions relatives à l'entrée et au séjour des étrangers en France intervenues ces dernières années traduit une dérive inquiétante contre laquelle il nous faut réagir.
Ce n'est pas en suspectant les ressortissants des pays du Sud avec lesquels la France est liée par l'histoire, la culture, le coeur et la langue que la vie sera rendue plus facile dans les HLM et les banlieues et que le chômage sera résorbé. Ce n'est pas ainsi que sera facilitée l'intégration des étrangers qui ont choisi notre pays.
La coopération et la solidarité sont une tradition française et une ambition de la France et de la Francophonie, toujours réaffirmées. Elles ne paraissent pas compatibles avec des mesures législatives et réglementaires, avec des pratiques administratives qui rendent de plus en plus difficiles la circulation des hommes et des femmes entre ce pays et ceux du Sud.
Tel est «l'autre regard» que l'on peut porter sur cette question qui est au cœur des relations de la France avec l'Afrique.
Michel
Levallois
La CADE est un réseau d'hommes et de femmes qui
veulent porter un autre regard sur l'Afrique.
Comité
de pilotage:
Claude BAEHREL, Secrétaire
Général du CCFD • Sophie BESSIS, Historienne
et journaliste •Claire BRISSET, Directrice
del'Information du Comité
français UNICEF • Sylvie BRUNEL.
Directeur scientifique à l'AICF •Jacques CHAUMONT, Sénateur de la Sarthe • Jean CLAUZEL, Préfet honoraire • Georges COURADE, Directeur de
recherche à l'ORSTOM • Mamadou DEMBELE, Associé-Gérant à SOFIDIS • Eric DEROO, Réalisateur de Télévision • Patrice DUFOUR, Responsable des relations extérieures à la Banque Mondiale • Xavier de FRANSSU, membre de EGE et Eau Vive • François GAULME, Rédacteur en Chef
de Marchés Tropicaux • Gilbert Lam KABORE,
Journaliste à ENDA Tiers Monde •
Michel LEVALLOIS, Préfet
honoraire, Délégué d'ENDA Tiers Monde •
Madeleine MUKAMABANO,
Journaliste à RFI • Gérard WINTER,-
Ancien Directeur Général de l'ORSTOM.
L'un des principaux objectifs de la
CADE, un réseau ouvert à toute initiative novatrice, c'est d'alerter les médias,
les décideurs et l'opinion publique sur la diversité de l'Afrique, un continent
où l'effervescente vitalité des populations est souvent masquée par les idées
reçues.
Secrétariat:
tous les
après-midi de 14 h à 18 h - 5, rue
des Immeubles industriels, 75 011 Paris. Tel: 0144 93 8746 – Fax: 01 44 93
8750
Les paysans africains à la découverte du marché
Les paysanneries
africaines sont en pleine mutation. Il y a sept ou huit
ans, un analyste parlait de «révolution silencieuse».
Aujourd'hui,
Jean-Claude Devèze, ingénieur
agronome et chargé
de mission à la Caisse française de
développement (cfd), parle du «réveil des campagnes africaines».
Depuis une
quinzaine d'années,
l'économie des pays africains au sud du
Sahara est en transition, en crise dit-on, et sous ajustements structurels.
On est passé d'une période où l'Etat était
fort et le marché faible à une
autre où l'Etat s'est affaibli
tandis que le marché s'est renforcé. L'Etat
intervient de moins en moins en milieu
rural, les frontières
s'ouvrent, le marché se
mondialise, les échanges se
libéralisent et accentuent la
compétition.
Prolongeant un
mouvement amorcé
antérieurement, les paysans se
regroupent, leurs associations se
fédèrent en structures plus vastes qui, dans certains pays, ont une dimension nationale. C'est ce mouvement d'ensemble, avec son effervescence, ses réussites mais aussi
ses tâtonnements et ses
ambiguïtés, qui est cœur de la neuvième rencontre-débat de la cade.
Gérard
Winter
Ancien directeur général de
l'Orstom, président de l'Inter-Réseaux
L'Inter-Réseaux
L'Inter-Réseaux rassemble plus de 5 000 personnes appartenant
à des milieux professionnels très
variés en provenance du Sud et du Nord, organisations paysannes, bureaux
d'études, organisations de solidarité internationale, chercheurs,
formateurs,
universitaires, cadres d'administration et d'agence d'aide,
représentants de la société
civile et de la coopération décentralisée. Ses membres sont
présents dans 60 pays ; 10 pays d'Afrique francophone comptent plus d'une
centaines de membres : Burkina Faso, Mali, Sénégal, Cameroun, Côte d'Ivoire,
Togo, Bénin, Niger, Guinée et Tchad. Les objectifs de l'Inter-Réseaux :
— enrichir et
renouveler la réflexion sur la coopération Nord-Sud
;
-- faire connaître
les Initiatives des organisations paysannes et, plus largement,
des populations
rurales.
Le trimestriel
Grain de sel constitue l'organe de liaison des membres du réseau.
(32, rue Le
Peletier, 75009 Paris ; tel. : 01 42 46 57 13 ; fax :
01 42 46 54 24 ; E-mail : Intereso@imaginet.fr)
Jean-Claude Devèze :
« Les défis de la modernisation »
Dans
Le réveil des
campagnes africaines*,
Jean-Claude Devèze dit avoir
surtout souhaité montrer
que le monde rural africain
était en pleine mutation,
partant du principe que, dans
l'histoire, il y a déjà eu des périodes
où ces agriculteurs se
sont «éveillés» en trouvant leur
équilibre.
Les liens avec les
marchés sont certes
fondamentaux pour l'évolution
de toute agriculture. La
maîtrise de la commercialisation est un des facteurs centraux de
changement, mais ce n'est pas le
seul. En effet, les paysans doivent d'abord maîtriser un certain nombre
de facteurs de changements, que l'on retrouve au Nord comme au Sud. Je les ai
étudiés à Itosy (Madagascar) en 1968 et en Basse-Normandie
(France) en 1970. Plusieurs
facteurs déterminants ont été
trouvés :
♦
L'emprunt.
A Madagascar, en
1968, 78 % des riziculteurs de
l'Itosy disaient que la mise en œuvre des
conseils techniques était hors
de leurs possibilités de financement. De
même, en Basse-Normandie,
en 1970, 50 % des paysans
préféraient éviter les risques liés à
l'emprunt. Accéder à l'emprunt pour
investir, c'est croire en sa capacité de
remboursement, mais c'est aussi
accepter de s'endetter - ce que ne fait pas un vrai
traditionnel qui ne
souhaite pas dépendre de
l'extérieur.
♦ Le désir de
changer de techniques.
A Madagascar, 61 %
des riziculteurs disaient que les
méthodes nouvelles les obligeraient à
changer radicalement leurs
habitudes et 62 % qu'elles leur
feraient «manger» de l'argent.
En
Basse-Normandie, 50 % des paysans disaient que
les méthodes nouvelles ne résoudraient pas leurs problèmes. Changer de
techniques, c'est percevoir
son intérêt, mais c'est aussi être capable de maîtriser lesdites
techniques.
♦ La capacité à
maîtriser la gestion
d'un système
d'exploitation plus complexe.
En
Basse-Normandie, en 1970, il n'y avait que 10 % de paysans qui en étaient à ce
stade.
♦ La maîtrise de
la commercialisation et donc de l'orientation de l'exploitation, du
choix des spéculations, du degré
d'intensification. En
Basse-Normandie, seuls 5 % d'entre eux
étaient confiants dans leurs capacités à produire et à vendre en
fonction du marché.
Ces observations
montrent que la maîtrise par les
paysans des facteurs de changement
nécessite un environnement
socio-économique sécurisé :
♦ pour emprunter, il faut des systèmes de
financement adaptés (sinon c'est l'usure, le
recours à la famille)
;
♦ pour maîtriser les techniques, il faut une filière
de progrès techniques
performante (recherche, vulgarisation et
information) ;
♦ pour mettre en
œuvre les nouvelles techniques,
il faut maîtriser les filières d'approvisionnement ;
♦ pour maîtriser les systèmes d'exploitation, il
faut un apprentissage de la gestion ;
des centres d'appui technique et de
gestion sont nécessaires ;
♦ enfin, pour vendre, il faut maîtriser les circuits
de commercialisation (rapports
contractuels, organisations de
producteurs).
Or, en Afrique, il reste beaucoup à faire dans tous ces domaines, même si la multiplication de sociétés financières de développement (SFD) et de systèmes d'épargne et de crédit permet de résoudre en partie le problème du financement. Il importe aussi de souligner la question foncière, devenue aujourd'hui aiguë et qui apparaissait déjà, lors des enquêtes menées à Itosy et en Basse-Normandie. En Afrique la question est plus complexe qu'en Europe car, avec l'augmentation de la population, on est confronté à des tensions foncières. Signalons enfin l'importance des infrastructures (routes, écoles, etc.).
Marché
intérieur
Qu'en est-il à
présent de la confrontation au marché ? Les agricultures paysannes
africaines répondent actuellement aux
demandes d'approvisionnement du
marché local et, en grande partie, des
villes. Il n'y a
pas eu un accroissement important
des importations de denrées alimentaires - en dehors d'aléas climatiques et de conflits. Ma thèse est donc que ces
agricultures sont capables de répondre à la demande. Cependant, il faut souligner qu'elles évoluent plus rapidement près des villes (agriculture
périurbaine) ou dans des zones
favorables (pourvues de voies de communication) ou grâce à des actions de
développement réussies. Mais comment ces agricultures vont-elle évoluer par
rapport au marché intérieur ? Pour
l'Afrique de l'Ouest, des études prospectives indiquent qu'en 2020, 15 % des
agriculteurs
assureront l'approvisionnement des villes,
tandis que 85 % auront une productivité faible. Si ce n'est pour l'hévéa et
le coton, la
part des agricultures africaines dans le marché mondial a diminué depuis l'indépendance.
Combien et quelles catégories d'agriculteurs africains vivront de l'exportation
? La réponse à
cette question est liée au contexte international, et à ses conséquences :
libéralisation interne et externe, politiques
d'ajustement et désengagement de l'Etat.
L'organisation professionnelle de l'agriculture est tout aussi
déterminante dans le cadre de cette évolution. Prenons l'exemple du
rôle des organisations paysannes
africaines (OPA)
dans les zones
de production de coton. La question posée
est celle de la participation des agriculteurs à la gestion de la filière
:
♦
Vont-ils signer des contrats-plans avec l'Etat et la
société cotonnière comme
au Mali ?
♦
Vont-ils chercher à participer au capital
de la société cotonnière comme cela est prévu au Cameroun
?
♦
Vont-ils acheter des usines d'égrenage
si la société cotonnière est démembrée
?
♦
Vont-ils contribuer à organiser l'approvisionnement, poursuivre la mise
au point des progrès techniques
?
C'est
dire si les OPA des pays au sud
du
Sahara sont face à des choix importants au moment où elles se multiplient
; ainsi, je ne crois pas qu'il
reviennent aux OPA d'avoir des actions de crédit.
Par contre, les SFD peuvent être très
utiles et très performantes dans ce
domaine. Il faudrait améliorer leur fonctionnement et leur
gestion en prenant en compte leur
environnement politique et économique. Si
on participe à la gestion d'une
société cotonnière, il faut s'organiser
en conséquence pour chercher à augmenter sa part dans le partage de la valeur
ajoutée tout en préservant
l'avenir. Si les OPA
remplissent mal
leurs fonctions, si elles
n'apportent pas d'avantages à leurs membres,
elles disparaîtront.
♦ Comment les
opa choisiront-elles leurs
responsables ? Seront-elles capables de générer de nouvelles élites ? Comment
seront-elles formées ?
Seront-elles politisées ?
♦ Comment les opa conquerront-elles et préserveront-elles leur autonomie ? Quels seront leurs rapports avec l'Etat, les bailleurs de fonds, les structures commerciales et les opérateurs ?
L'important, c'est
qu'en Afrique comme ailleurs,
on facilite l'expression des
potentialités physiques et humaines en
trouvant de nouveaux équilibres grâce à
la délibération. Les paysans
africains sont capables de contribuer à ces processus de développement car
leurs OPA participent de plus en
plus à la délibération pour trouver des
compromis positifs et elles sont à la recherche d'un projet de société
porteur de sens.
(* Editions Karthala, 22-24 bd Arago, 75013 Paris ; 1996 ; 221 p.)
Bruno Losch : «A nouvelles règles, nouvelles stratégies»
Les paysans découvrent-ils le marché? Pas
vraiment, dit Bruno Losch, du CIRAD. Même si selon ce chercheur français,
coordinateur (avec Jean-Claude Devèze) d'une étude sur Les agricultures des zones
tropicales humides, la libéralisation des échanges et les nouvelles règles
nées avec l'Organisation mondiale du commerce (OMC) constituent une véritable rupture
pour le monde rural africain. Finis
donc les caravanes sahariennes, la «préférence impériale» et les comptoirs
coloniaux. L'ère est à la
dérégulation, à la compétition. De nombreuses sociétés publiques, principales clientes des producteurs,
ont été privatisées ou sont en voie de l'être ; la garantie et la fixation des prix
deviennent de plus en plus aléatoires au grand dam des paysans. Il est donc urgent de
trouver un compromis entre les grandes firmes, la paysannerie et l'Etat.
Réussiront-ils à se mettre d'accord sur des objectifs communs ? De la réponse à cette
question dépend en partie l'avenir du monde rural
africain.
Objectifs
« Révolution
silencieuse », « réveil », «
adaptation ». Les épithètes sont
nombreux qui qualifient la
progressive mutation des
paysanneries africaines.
Ce 26 février, à
l'IIAP, à l'issue des
principales interventions sur le
thème «Les paysans africains à la découverte du marché», le premier volet des
débats a porté sur l'organisation. Bara Goudiaby n'a-t-il pas rejeté la «spécialisation à tout
prix»
lui préférant le développement rural, une
«vision globale des choses», comme il le dit joliment ? «Alors, interroge
le préfet honoraire Jean Clauzel, les tâches seront-elles réparties entre
les mouvements paysans et le
pouvoir décentralisé dans les communes
?» A la lumière de
l'expérience sénégalaise, Bara Goudiaby estime que la
décentralisation est
novatrice dans la mesure où, auparavant,
dans nombre de zones rurales, en
l'absence de structures et de
services publics, les paysans devaient trouver seuls des solutions à tous les
problèmes posés (santé,
environnement, alphabétisation, etc.). Même
si avec la responsabilisation des
communes, ainsi que le dit Jean-Claude
Devèze, «des
programmes de développement locaux existent
qui font appel à des ressources internes et externes», il reste
beaucoup à faire pour rendre la décentralisation
opérationnelle.
Système de crédit
mutuel
A ce sujet, Moréféré Cissé fait observer que
la décentralisation est parfois imposée de
l'extérieur avec un accent
particulier sur le seul aspect administratif. Selon lui, « la capacité
financière des structures
décentralisées pose problème». Cet aspect est
capital au Burkina où la
décentralisation avance à grands pas.
« Mais, dans les campagnes de ce
pays, dit Raymond Hati Sawadogo, on avait
supprimé l'impôt.
Aujourd'hui il faut faire preuve d'une
bonne pédagogie pour convaincre les
paysans de la nécessité de
contribuer au financement des différents
services qui sont désormais les
leurs. » Pour les
paysans, l'accès à un marché devenu de
plus en plus concurrentiel suppose
aussi l'accroissement de leur capacité d'investissement. Michel Levallois a
relancé les débats en s'interrogeant sur l'existence de banques
africaines à même de jouer un rôle
similaire à celui joué, par exemple en France, par le Crédit agricole
qui a contribué au développement de
l'agriculture dans ce pays. Pour
Bara Goudiaby, les taux d'intérêts
pratiqués par la Caisse nationale
de crédit agricole au Sénégal (CNCA), de l'ordre de 17
, étant hors de
portée des paysans aux revenus modestes, ces derniers préfèrent se
tourner vers les systèmes de crédit
mutuel qui, fort heureusement,
pratiquent des taux moins élevés -
reste que la masse des sommes en jeu n'est pas la même. Au Burkina
Faso où l'enveloppe financière
réservée au crédit agricole est
faible, si l'on en croit Raymond Hati Sawadogo, de nombreux détenteurs
de capitaux se lancent dans des activités agricoles (cultures
vivrières et de rente, élevage) en fonction
des opportunités ; le volume de leurs
investissements étant en partie
conditionné par le niveau de la
demande. De nombreux autres
points soulevés ce 26 février à
l'IIAP méritent d'être approfondis. Les
questions liées au transport et au stockage des produits agricoles, comme l'a
souligné un membre d'Afrique
partenaire services, ne sont
pas des moindres. Car accéder au marché,
national ou international
suppose une forte capacité de réaction
face à la demande, ce qui requiert
l'existence d'une logistique
adaptée. La satisfaction de cette demande, la présence sur les grands marchés,
comme l'a reconnu Bruno Losch, supposent aussi de réfléchir - à
l'heure de la mondialisation et de la
libéralisation - sur des mécanismes de
coopération, tels les accords ACP-UE grâce auxquels circule une
substantielle quantité de marchandises entre
l'Afrique et l'Europe.
Au-delà de la
satisfaction de la demande, de la
conquête des marchés, Bara Goudiaby estime
qu'«il faut
travailler à l'avènement d'un
mouvement paysan fort à même de discuter
en tant que partenaire à part
entière avec les autres composantes de la
société, à commencer par les
pouvoirs publics». Prendre
conscience de l'évolution du marché et
s'adapter en conséquence est une
nécessité, semblent dire les
intervenants africains à la tribune. Mais à
leurs yeux, le marché n'est pas une
fin en soi.
A l'issue des
interventions et des débats, Gérard
Winter, président de l'Inter-Réseaux, peut ainsi esquisser une conclusion
:
♦ si le marché n'est pas réellement une nouveauté, il
ne fait aucun doute que le contexte
est nouveau et qu'il exige une
formidable capacité d'adaptation des
paysanneries africaines
;
♦ il existe de
puissants mouvements paysans, des
structures à ne pas confondre avec
certaines organisations dites
«usagères» (pour reprendre l'expression de Hati
Raymond Sawadogo) qui servent de simples relais à
de grosses ONG du Nord ainsi qu'à
des grandes agences de coopération
;
♦ il ressort
également la revendication d'un Etat
fort avec qui l'on pourra faire des
compromis ;
♦ les mouvements paysans ne cherchent pas toujours la
spécialisation qu'on tente de
leur imposer, ils ont un objectif plus
large qui est le développement du
monde rural dans toutes ses
composantes et dans tous ses
aspects.
En définitive,
pour jouer pleinement leur rôle, les
mouvements paysans doivent venir à la
rencontre de la décentralisation.
Car, ici plus qu'ailleurs, il
importe de trouver des compromis avec les
collectivités locales.
Gilbert Lam Kaboré
Hati Raymond Sawadogo : « Combattre l'aliénation
»
Les organisations
paysannes, reconnaît d'entrée Hati Raymond Sawadogo, ingénieur
zootechnicien burkinabé, spécialiste en organisation du
monde rural, ont permis la réalisation de nombreuses actions qui contribuent ou
peuvent contribuer à l'amélioration des
conditions de vie des populations des campagnes du Burkina Faso. Certaines
organisations telles l'Union des groupements
villageois de l'Oudalan (UGVO), le Comité régional des
unités de production du Sahel (CRUS) ou encore l'Union des groupements
villageois d'Aribinda (UGVA) ont acquis une expérience dans
l'organisation de l'approvisionnement en intrants, dans la
commercialisation des produits agricoles et dans l'exportation du bétail. De
même, l'Union des coopératives agricoles et
maraîchères du Burkina (UCOBAM),
la Société coopérative du lac Bam (SCOBAM), la Société coopérative
agricole de Bérégadougou (SOCABE)
ont une expérience solide en matière d'appui à la production et à la
commercialisation des produits agricoles et
maraîchers ; grâce à cette relative maîtrise de la filière, ces organisations
exportent haricots verts, mangues, bananes, oranges
et autres produits, notamment vers l'Europe.
Des organismes
tels l'Union des coopératives d'épargne et de crédit du Burkina (UCEB) et
l'Union régionale des caisses d'épargne et de
crédit de la Bougouriba (URCB) renforcent les
possibilités de financement de programmes agro-pastoraux. Mais pour l'ingénieur
burkinabé qui a déjà travaillé comme expert national pour les questions
d'organisation dans un grand projet dans le nord
du Burkina, ces embellies masquent des zones d'ombre. De nombreux groupements
villageois ainsi que des comités
d'actions spécifiques fonctionnent mal ou meurent après l'arrêt des projets ou
le départ des organisations de solidarité
internationale (OSI) qui ont soutenu ou initié l'activité au départ. Pour Hati R. Sawadogo, ces
organisations procèdent de modèles technico-culturels propres aux acteurs externes et non aux
sociétés locales. Dans ces conditions, l'adhésion des leaders locaux peut
être motivée par une logique de captation de l'aide.
Nombre
d'organisations rurales n'ont pas une grande capacité de lobbying et font
toujours l'objet d'une tutelle administrative et technique assez forte, tandis
que la dimension culturelle est faiblement prise en compte dans la plupart des
approches de
développement.
Résultat : à
l'heure des bilans, on assiste à une espèce de bataille rangée ; les
développeurs d'aujourd'hui se dressent contre ceux d'hier et les
ONG et bureaux d'études coalisés
contre les services techniques de l'Etat et les responsables des grands
projets...
Ce tableau, insiste
l'ingénieur burkinabé, mérite d'être nuancé : des hommes et des femmes prennent
de plus en plus conscience des aberrations du passé, réfléchissent et aident à
l'émergence de dynamiques endogènes qui sont à même de restructurer
convenablement les campagnes et d'impulser un développement profond, durable et
voulu (...)
Bara Goudiaby : «Pour un
mouvement paysan fort»
Pour le Sénégalais
Bara Goudiaby, ancien enseignant à l'Ecole nationale
d'économie et
d'administration (ENEA), qui est retourné à la terre, les agriculteurs
africains sont
capables de répondre à la demande dans plusieurs secteurs. Mais ajoute-t-il, «le
monde rural pâtit de la manière dont le désengagement de l'Etat
a été exécuté face
aux injonctions des milieux financiers internationaux, sans qu'on ait au préalable préparé le monde
rural à cette nouvelle donne». Animateur
des activités du réseau mondial Agriculture paysanne et modernisation (APM), née
à l'initiative de la Fondation pour le progrès de l'Homme (FPH), et
coordinateur de deux organisations paysannes en Casamance (CADEF et CORD), Bara Goudiaby commente
les dysfonctionnements dans les filières agricoles, chiffres et exemples à l'appui. Il y a un
mois, des riziculteurs de la région fleuve Sénégal ne savaient pas comment écouler la dizaine de milliers de tonnes
de riz qu'ils détenaient. A l'issue
de deux campagnes agricoles, d'autres producteurs attendaient encore qu'une
banque de la place leur verse plusieurs centaines de millions de francs CFA prévus dans le cadre de l'opération.
Bara Goudiaby relève également les difficultés
rencontrées par les filières non organisées - des producteurs de fruits et légumes casamançais se
sont par exemple récemment retrouvés avec des tonnes de produits
périssables sur les bras. «Autant d'exemples qui, martèle-t-il, prouvent bien la
nécessité d'une concertation de tous
les acteurs des filières agricoles » Et de conclure, «nous avons besoin d'un
mouvement paysan fort et d'un Etat
nouveau comme interlocuteur.»
Moréféré Cissé :
«Innovations
techniques et gestion des conflits
vont de pair»
Zootechnicien en
exercice dans la région de Korhogo en Côte d'Ivoire, à
la lisière du Burkina Faso,
pays d'élevage en Afrique de l'Ouest, tout comme le Mali et le Niger, l'Ivoirien
Moréféré Cissé s'est surtout
spécialisé dans la gestion du terroir. Titre plus
facile à décliner qu'à assumer car, vu le défilé incessant des quadrupèdes dans
la région de Korhogo - outre le Nigéria et le Togo, la Côte d'Ivoire constitue un
important marché pour les éleveurs maliens, nigériens et burkinabé -, la gestion
des points d'eau relève plus d'une véritable diplomatie que d'une affaire
technique. En effet, les innovations techniques et la construction
d'infrastructures suscitent des rivalités.
Pour la
construction d'un modeste point d'eau ou d'un barrage, le choix du site,
des gestionnaires
de la ressource et des modalités d'accès constituent
donc un enjeu majeur. Les
marécages constituant des zones d'abreuvage pour les troupeaux en
transhumance et des zones agricoles fertiles pour les sédentaires, il n'est
pas facile de fixer
le calendrier d'occupation de ces espaces. Autant de
conflits, déclarés ou potentiels, qui, selon Moréféré
Cissé, sont inhérents à toute action novatrice et
nécessitent l'intervention de médiateurs avisés. Le même souligne que le succès
de certaines actions de développement est lié à l'engagement de
nombreux acteurs - associations de résidents, associations de
cadres non
résidents mais originaires des régions concernées.
Prospective
Afrique francophone : l'avenir des PME/PMI
Vous êtes nombreux à avoir souligné l'importance du sujet et la qualité des interventions et des débats du 29 janvier sur les PME/PMI en Afrique de l'Ouest francophone. Et pourtant, nous y revenons aujourd'hui parce que certains d'entre vous nous ont fait part d'un certain sentiment de frustration. Gérard Winter, président de l'Inter-Réseaux, a fait observer qu'il lui semblait que nous n'avions pas réussi à parler des PME/PMI africaines, ni à les faire parler, et que nous avions fait la part trop belle aux entreprises françaises en Afrique. L'une des conclusions de nos travaux est que précisément les PME africaines sont mal identifiées ; elles cherchent leur voie. Il faudra encore beaucoup d'efforts et d'attention pour les situer dans l'espace socio-économique.
Deuxième frustration : il n'est pas possible d'en rester là. Les représentants de la Caisse française de développement (CFD), par exemple, sont prêts à poursuivre la discussion avec la CADE, ainsi que la plupart de ceux que le sujet intéresse, convaincus qu'ils ont été par notre diagnostic dérangeant sur la faible visibilité des PME africaines.
Enfin,
revenons sur certains points soulevés lors du débat qui peuvent servir de base à des actions utiles
:
♦
Les PME / PMI sont mal connues
par
suite du flou des définitions, de l'insuffisance des informations et
des
statistiques.
♦
L'environnement (services bancaires, fiscalité, infrastructures de
communication) leur est rarement favorable.
♦
Les organismes et les programmes d'aide et d'appui aux PME
/ PMI sont
multiples et divers, ce qui
ne contribue ni à la transparence ni
à l'efficacité.
♦
Des changements sensibles sont apparus
depuis 1980 qui ont vu les responsables
publics et privés commencer
à prendre conscience des exigences
propres de l'entreprise privée,
en même temps qu'apparaissait une nouvelle génération d'entrepreneurs.
♦ La formation, la réorientation des infrastructures vers la constitution de marchés régionaux paraissent indispensables au développement des PME / PMI..
Michel
Levallois
Baromètre de la solidarité internationale
Depuis 1989, le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD)* commande chaque année à l'institut Lavialle un sondage pour étudier les réactions des Français en matière de solidarité avec le tiers monde. Réalisé début octobre 1996, le huitième Baromètre de la solidarité internationale des Français porte sur un échantillon de 1000 personnes âgées de 15 ans et plus, représentatives de la société française.
«Parmi les grandes questions du monde actuel, quelles sont les trois que vous considérez comme les plus urgentes à traiter?» Les sondés citent d'abord le chômage (75 %), puis la faim (53,5 %) et la paix (49,5 %) dans le monde.
Avis
partagés
Parmi les causes à soutenir en priorité, le «développement du tiers monde» arrive en sixième position (16,5 %) loin derrière «la lutte contre la pauvreté en France» qui caracole en tête (63 %). La question de l'aide montre que les Français sont influencés par les débats sur le sujet. Alors que, comparé à l'année 1995, le nombre des partisans de l'augmentation de l'aide au tiers monde recule (-10 points), celui des partisans de la non-augmentation progresse (+9,5). Ce résultat serait lié à plusieurs facteurs, notamment la remise en cause de l'aide publique et de la coopération française et un repli sur une solidarité hexagonale. Cependant, nombre des personnes sondées souhaitent que l'aide soit augmentée à condition qu'elle soit mieux utilisée (38,5 %) ou souhaitent que l'enveloppe actuelle soit simplement mieux utilisée (41 %).
Ce Baromètre aborde d'autres questions - modèle de développement, action des ong, mobilisation personnelle, immigration - qui, espérons-le, alimenteront les débats lors des Assises de la coopération et de la solidarité internationale prévues courant octobre 97.
(*ccfd,
4,
rue Jean Lantier, 75001 Paris. Tel. : 01 44 82
80 00)
Rétrospective
Les
rencontres-débats de la cade
Depuis son lancement en février 1996, la Coordination pour l'Afrique de demain a organisé neuf rencontres-débats qui ont vu chacune, la participation d'une soixantaine de personnes en moyenne. Plus de 500 personnes ont donc déjà pris part à ces débats dont les comptes rendus sont publiés dans le bulletin mensuel d'information du réseau. Rappel des thèmes de ces rencontres.
♦ Les paysans
africains à la découverte du marché
(26 février 1997 ; Lettre de la cade n° 9) 4 Les Pme/Pmi en Afrique (21 janvier 1997
; n° 8)
♦ Où va l'Afrique
du Sud? (23
octobre 1996 ; n° 6)
♦
Citoyenneté et décentralisation (18
septembre ; n° 5)
♦
L'Afrique des innovations sociales
(26 juin ; n° 4)
♦
L'économie populaire urbaine (
29
mai ; n° 3)
♦
L'Afrique noire en France (24
avril ; n° 2)
♦ L'Afrique de l'Ouest
à l'horizon 2020 - une étude de prospective
régionale (27 mars ; n°
1)
♦ L'afropessimisme, regard du Nord ou réalité du Sud ? (29 février ; n° 0).
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la CADE.
Hommage
Williams Sassine : écrivain de la marginalité
Décédé le 9 février à Conakry, à l'âge de 53 ans, Williams Sassine, né en Haute-Guinée d'un père libanais chrétien maronite et d'une mère guinéenne musulmane, laisse derrière lui une importante œuvre littéraire.
S 'il fallait définir le romancier guinéen Williams Sassine d'une formule, on pourrait avancer qu'il est l'écrivain de la marginalité. Le mot semble en effet convenir et à la démarche de l'homme et à l'univers qu'il met en scène dans ses œuvres. Pour cause d'exil, l'écrivain a été longtemps tenu à l'écart du débat littéraire, mais là ne réside sans doute pas l'explication véritable à sa marginalisation, puisque Sassine a toujours manifesté une allergie prononcée à l'égard des innombrables forums, tables rondes et autres conciliabules réunissant périodiquement ses confrères, et qui paraissent avoir définitivement pris le relais de la palabre traditionnelle. La seconde expression de la marginalité de l'auteur du Jeune homme de sable est à rechercher dans son œuvre. Une oeuvre dont la plupart des personnages appartient au monde des exclus et des rebelles : mendiants, lépreux, chômeurs, fous ou réputés tels, bâtards, maquisards, adolescents révoltés, etc., sans oublier des figures emblématiques comme celles de Saint Monsieur Baly, personnage charismatique et héros éponyme de son premier roman, ou encore Condélo l'albinos, figure douloureuse de Wirriyamu, son second roman. De cette première caractéristique, écrivain de la marginalité, découle, nous semble-t-il, une seconde observation : même s'il révèle dans son œuvre l'envers d'une société en crise, Sassine n'en manifeste pas moins peu de goût pour le débat politique ou social, à tout le moins dans son œuvre littéraire. On ne trouve donc pas dans ses romans de ces grandes fresques à la Sembene Ousmane dans lesquelles l'individu n'existe que dans la mesure où il incarne la collectivité tout entière. Cela ne veut évidemment pas dire que le romancier guinéen se désintéressait des graves problèmes que vit l'Afrique au quotidien. Simplement sa préférence allait à l'individu - souvent solitaire - engagé dans ce qu'il faut bien appeler le combat contre les forces du Mal. Mal social et politique, certes, le romancier savait à l'occasion nous rappeler que l'Afrique vit au temps des assassins, mais, plus profondément, mal existentiel et ontologique qui renvoie la plupart de ses personnages au mal d'être nègre...
Ce malheur trouve, si l'on en croit Sassine, son origine dans le «naufrage historique» dont le continent africain aurait été victime depuis la fin du Moyen-Age, d'abord en raison de la conquête islamique, puis de la conquête occidentale, et enfin de la colonisation qui ont abouti,
Véritable quête d'une identité perdue ou, à tout le moins, occultée
d'une part, à son aliénation (politique, culturelle et économique) et, d'autre part, ceci étant la conséquence de cela, à sa disqualification. Par personnages interposes, Williams Sassine invite donc ses compatriotes à se débarrasser des oripeaux des civilisations et des religions d'emprunt - monde arabe et monde chrétien confondus - et à retrouver, intactes sous la gangue des siècles de domination, les «divinités du soleil, de la pluie, des moissons, de la foudre, des forêts... » qui présidèrent jadis aux destinées de l'homme africain.
C'est dire que chacun des romans qui composent cette œuvre revêt l'allure d'une véritable quête d'une identité perdue ou, à tout le moins, occultée. C'est dire également que dans le douloureux cheminement qui les conduit vers la vérité et la sagesse, la plupart des héros de Sassine doivent effectuer une véritable descente aux enfers, épreuve au cours de laquelle ils devront nécessairement affronter les défis réservés aux audacieux qui osent transgresser les règles du jeu et revendiquent un ordre nouveau.
Mais si les héros de Sassine prônent un retour vers les origines, leurs tentatives pour y parvenir n'ont rien d'un système construit et cohérent si bien que le lecteur s'interroge parfois sur les intentions du romancier. Partant du constat lucide d'un réel déficit identitaire et spirituel, ses personnages paraissent en effet hésiter entre le retour au panthéon des divinités tutélaires de l'Afrique pré-coloniale et l'attente du «Christ noir» qui, dans une perspective messianique dont le Congo nous a donné maints exemples serait l'agent d'une «nouvelle alliance» entre Dieu et le peuple noir. Cette volonté de retrouver le sens caché des choses, oblitérée par des siècles de mensonge et de bâtardise, commande donc pour une large part, chez le romancier, une démarche qui, partant du chaos contemporain, fait retour vers le non-dit, l'occulté, le chuchoté, suscitant ou ressuscitant au passage des images, des symboles, des figures emblématiques, des archétypes enfouis au plus profond de l'inconscient et qui sont inscrits dans les grands mythes d'origine de l'Humanité. Et c'est ici que le Sassine lecteur des Écritures (de nombreuses occurrences manifestent sa familiarité avec la Bible) rencontre fatalement le Sassine qui n'a pas publié les contes et récits de son enfance à Kankan, berceau du Mandé, pour se laisser emporter par «les hautes marées de son imagination», pour reprendre la formule de l'un de ses personnages favoris, Saint Monsieur Baly ...
Jacques
Chevrier
Professeur à la
Sorbonne (auteur de William Saisine, écrivain de la marginalité ;
Toronto, Edition du GREF,
1995 - Diffusion France : Maisonneuve et Larose).
Repères bibliographiques
Saint Monsieur Baly, Paris, Présence africaine,
I973/ Wirriyamu ; îbid. l976 / Le Jeune
homme de
sable
; ibid-, 1979 / L'Alphabête; ibid., 1982 / Le Zéhéros n'est pas n'importe
qui ;
ibid.,
1985 /
L'Afrique en morceaux ; Limoges, Le bruit des autres, 1994/ Légende d'une vérité
(théâtre), ibid., 1995.|
I N I T I A T I V E
S
A NOTER
Des changements
sont intervenus dans
le calendrier des séminaires
du GEMDEV sur la Convention de
Lomé :
♦ Politique monétaire et
politique
d'aide (28 mars ;
9h30-12h30)
♦ Participation des acteurs décentralisés et non gouvernementaux
(123 avril; 14-17
h)
♦ Développement du secteur privé (30 mai;
9h30-12h30)