Sommaire:
  • Pour un retour au présent
  • L'entreprise en Afrique: quel bilan?
  • Les obstacles au développement du secteur privé en Afrique
  • Privatiser le secteur privé
  • Le financement: un point clé
  • Les relations commerciales Sud-Sud
  • L'entreprise contre la pauvreté
  • Le cinquantenaire du premier congrès des écrivains et artistes noirs
  • Hommage à Bernard Monnier
  • La CADE au 2e Forum Mondial des Droits de l'Homme
  • Transfert des restes de Savorgnan de Brazza
  • A lire: L'Afrique, Histoire de l'Islam, Sénoufo du Mali
  • Bulletin   mensuel   d'information   sur   les   activités   de   la   C A D E     octobre   2006      n ° 9 3

    Débat du mois :

    « L'entreprise en Afrique : quel bilan » ?

    Editorial

    Pour un retour au présent

    Avouons-le, les commémorations qui étaient au rendez-vous de cette rentrée parisienne et africaine, nous ont fait vivre des moments intenses. Le cinquantenaire à l'Unesco du premier Congrès des artistes et écrivains noirs de 1956 et le centième anniversaire de la naissance du président Senghor à la BnF ont été l'occasion de rencontres et de débats passionnants qui nous ont replongés dans le souve­nir de ces années où les Africains parlaient et faisaient par­ler d'eux, non plus sujets ni épigones de la Métropole, mais acteurs de leur propre destin. Les chantres de la négritude précédaient les héros des indépendances et les acteurs du développement que nous voulions être décou­vraient avec passion le réveil du continent.

    « À l'épopée des aînés, ont succédé les tragédies d'aujour­d'hui » a pu dire Daniel Maximin au Colloque Senghor de la BnF. Car pendant que les officiels filaient la métaphore de Senghor « le passeur », en inaugurant la passerelle sur la Seine qui porte son nom, et que sur les bords du quai de Tolbiac, dans la douceur d'un beau jour d'automne, nous dissertions sur l'héritage philosophique et littéraire de l'homme de l'écriture, le bras de fer se poursuivait en Côte d'Ivoire, l'horreur était toujours le quotidien au Darfour, et la RD Congo était engagée dans la plus grande bataille politique de sa courte histoire. Pour ne pas parler de ce qui se passe au Moyen-Orient.

    Retenons donc de ces commémorations et célébrations que ce n'est pas la nostalgie des espérances déçues qu'il nous faut cultiver, mais qu'il nous faut poursuivre le com­bat - certains préfèrent dire le chantier - commencé depuis l'abbé Grégoire pour que les Africains, les Noirs d'Afrique, et d'ailleurs, tiennent leur place dans le monde que nous construisons ensemble. De ce combat-chantier d'aujour­d'hui, citons quelques aspects : ici, en France, la place de ses enfants d'outre-mer dans la République, en Afrique, l'organisation de la chose publique, pour éviter de parler de gouvernance, en Europe et au niveau international, la mise en pratique d'un code de bonne conduite commer­cial qui n'écrase pas les plus faibles au nom de la lutte contre la pauvreté. Aminata Traoré l'a dit quelque part : « La mondialisation c'est l'ouverture du monde aux Blancs mais sa fermeture aux Noirs ». Il est temps de réagir et de réclamer de nos responsables qu'ils nous proposent autre chose que des politiques qui montent des murs de barbelé, de ciment et de papier pour se protéger contre la misère du Sud. Nous conduiraient-ils dans le mur ? Auraient-ils oublié que c'est au Sud, en particulier en Afrique, que se trouve la réserve de jeunesse dont auront besoin nos éco­nomies et nos sociétés vieillissantes du Nord dans les trente prochaines années ?

    C'est ce dont nous comptons bien parler le 9 novembre prochain lors du colloque de la CADE sur l'avenir des relations Europe-Afriques.

    Michel Levallois

    PS/Je venais de signer ces lignes, lorsque j'ai pris connaissance de l'appel de Claude Ribbe aux parlementaires pour que, dans la foulée de la loi sur le génocide arménien, ils déposent une  «  proposition de loi visant à punir la négation du carac­tère criminel de la traite transatlantique et de l'esclavage aux Amériques et l'offense à là mémoire ou à l'honneur de leurs descendants ». Je suis intimement convaincu que les descen­dants d'esclaves, j'en suis un, ont infiniment mieux à faire que d'élever «  un mur judiciaire et pénitentiaire » afin d'en­cadrer le travail des historiens de la traite et de l'esclavage.

    La Lettre de la Cade n°93 - octobre 2006- page1

    Compte-rendu de la rencontre-débat du 11 octobre 2006

    L'entreprise en Afrique : quel bilan ?


    La Cade présente le premier volet d'une série de deux rencontres débats sur l'entreprise en Afrique. Ce premier volet présente un état des lieux et évoque les obstacles de tous ordres au développement des entreprises. Le second volet sera présenté le 15 novembre. Il sera consacré au thème « Entreprendre en Afrique : mission impossible ? ». Il abordera  de façon plus concrète les spécificités du management en Afrique. Ces rencontres débats ont été conçues et préparées par Pierre Croze,  Professeur émérite de l'Ecole Supérieure de Commerce de Rouen et membre du bureau de la Cade.

     

    Introduction

    En introduction Pierre Croze note que le ton de l'invitation était volontairement un peu provocateur : depuis des années il ne se passe­rait rien et entreprendre en Afrique serait mission impossible. Les choses ne sont heu­reusement pas aussi tranchées mais un déve­loppement économique ne peut intervenir que s'il se produit une croissance dans laquelle œuvreront des entreprises privées qui fonctionneront dans une économie de mar­ché. Il faut être conscient que parler d'écono­mie de marché ne signifie pas adopter les schémas des pays industrialisés, ni s'en remettre à l'idéologie néo-libérale. C'est par­ler d'une économie dans laquelle il y aurait une concurrence régulée, donc dans laquelle le politique jouerait un rôle fondamental d'orientation et de régulation. C'est évidem­ment quelque chose qu'on est loin de connaître aujourd'hui en Afrique.

    Cette approche par le rôle du politique s'in­tègre dans les réflexions de la CADE et s'ins­crit dans la continuité des rencontres-débats sur les sociétés, la démocratie et l'Etat.

    On peut essayer de préciser les choses en se référant à une étude réalisée par le Centre de Développement de l'O.C.D.E. en 2003 et portant sur les obstacles au développement du secteur privé en Afrique. Sans revenir sur les analyses de ces obstacles - les intervenants en auront largement l'occasion - on peut mentionner trois approches proposées dans la fin du document.

    Trois approches

    Pour une première approche, il faut créer des institutions qui mettront en place les struc­tures juridiques, économiques, financières, nécessaires à l'exercice d'une concurrence économique normale. C'est la vue des orga­nisations internationales, de la Banque mon­diale, des donneurs bilatéraux. C'est en quelque sorte la vue néo-libérale qui a inspiré les réformes macro-économiques et les pro­grammes d'ajustements structurels. On sait que ceci ne fonctionne pas et la Banque mondiale elle-même a commencé à revenir vers une meilleure prise en compte des facteurs sociologiques et culturels.

    Dans une seconde approche qui paraît extrê­mement intéressante, on considère impos­sible de recourir au schéma précédent parce que l'Afrique présente des spécificités socio­culturelles qui rendent impossible le dévelop­pement d'un secteur privé dans des condi­tions inspirées d'analyses occidentales. On connaît bien ces spécificités socioculturelles : la solidarité, la famille élargie, le besoin de prestige, la vision à court terme, etc... L'Afrique ne pourrait entreprendre un développement qu'en résolvant son problème par elle-même, en « instrumentalisant un désordre politique » et sans nécessairement passer par une voie occidentale. L'Afrique aurait à trouver elle-même son propre schéma. C'est peut-être utopique, cela donne matière à réflexion sur des problèmes particu­lièrement importants.

    La troisième approche s'inspire de la précé­dente en reconnaissant la prégnance des fac­teurs socioculturels mais en considérant que le facteur qui permettrait de développer un secteur privé et de démarrer une véritable croissance économique serait la capacité de l'Etat à le faire. Comment faire en sorte que les Etats africains, dont nous connaissons les caractéristiques à travers les réunions que nous avons tenues, se dotent d'une capacité d'action économique qui permettrait effecti­vement le développement d'un secteur privé ?

    Toutes ces questions sont évidemment adres­sées aux intervenants mais il demeure que nous rejoignons le problème politique et qu'il serait tout à fait intéressant d'intégrer les questions à l'ordre du jour de la présente ren­contre débat dans les réflexions ultérieures de la CADE.

    Aujourd'hui, nous sommes plus orientés vers le bilan et la rencontre débat du 15 novembre sera plus orientée vers les perspectives.

    La Lettre de la Cade n°93 - octobre 2006 – page 2

    Les obstacles au développement du secteur privé en Afrique

    Le premier intervenant, Henri-Bernard Solignac-Lecomte, économiste au Centre de Développement de l'O.C.D.E. où il est chargé du dialogue sur les politiques, a pu constater depuis pas mal de temps déjà à quel point c'est mission impossible de devenir entrepreneur en Afrique, du moins dans un certain nombre de secteurs. Il se propose de balayer de manière plus macro-économique et à partir des travaux du Centre de Développement les obstacles au développe­ment du secteur privé africain. Pour rester dans un style un peu provocateur, il intitule sa présentation : comment ne pas développer le secteur privé en Afrique.

    Il propose cinq points en se basant sur le rapport annuel établi conjointement avec la Banque Africaine de Développement et inti­tulé « Perspectives économiques en Afrique ». Chaque année ce rapport traite un sujet par­ticulier et qui se rattache plus ou moins au développement du secteur privé comme par exemple l'offre d'énergie, le financement des P.M.E. ou, cette année, les infrastructures de transport. Il se propose de tirer des observa­tions de ces thèmes successifs pour essayer d'éclairer le parcours du combattant de l'en­trepreneur en Afrique.

    Dans la plupart des pays, le secteur privé est prêt à jouer un rôle mais il est soumis à des contraintes énormes. Hors du secteur infor­mel, très dominant, et des activités extractives contrôlées largement par des firmes multina­tionales, le secteur privé est très peu développé sauf dans les pays d'Afrique du Nord et en Afrique du Sud. Les P.M.E. sont les plus touchées par les contraintes économiques et par un environnement des affaires globale­ment défavorable.

    Avant de détailler les cinq points annoncés, il revient sur les privatisations dont un des objectifs a été, dans les années 80 et au début des années 90, de favoriser l'appropriation du capital et des affaires par les entrepreneurs locaux. Les espoirs ont été déçus. Le proces­sus a été largement extraverti dans la mesure où il a bénéficié surtout à des acteurs hors d'Afrique, notamment dans les services col­lectifs. Le contexte financier de ces opérations a été plutôt favorable aux investisseurs étran­gers du fait des taux d'intérêt élevés et de la taille des projets qui mettaient les investisse­ments souvent très lourds hors de portée des entrepreneurs nationaux. Enfin, le sous-déve­loppement des marchés financiers sur le continent a été un obstacle au développe­ment d'un actionnariat. Les économistes ont constaté dans leurs calculs que depuis 1990, moins de 4% du montant total des privatisa­tions avaient fait appel à l'épargne publique. Les marchés des capitaux servent beaucoup plus aux Etats à s'endetter sur les marchés internationaux qu'à mobiliser du capital pour le développement de l'industrie. On a néan­moins enregistré quelques innovations et développements encourageants : dans cer­tains pays des réformes ont favorisé davantage l'implication des nationaux (multiplication par 20 du nombre des investisseurs en bourse en Zambie, réservation partielle pour des nationaux des titres émis lors des privatisa­tions en Ouganda et au Cap-Vert, réservation pendant trois mois des titres Telcom aux sala­riés à bas revenus en Afrique du Sud -127.000 personnes ont investi). Il faut aussi signaler la hausse des investissements directs étrangers intra-africains et l'émergence de multinationales d'Afrique du Nord et d'Afrique du Sud, second investisseur sur le continent après la Chine.

    Henri-Bernard Solignac-Lecomte revient sur les cinq obstacles annoncés

    Le premier est celui des coûts des opérations. Pour prendre le secteur de l'habillement, le coût du travail en Afrique est inférieur à ce qu'il est en Chine. Par contre les coûts indi­rects (20 à 30% des coûts totaux) sont beau­coup plus élevés (énergie, services et infra­structures dans le cadre des transports, dans une moindre mesure télécommunications, sécurité et bien sûr problèmes de réglementa­tion et de bureaucratie). La part des coûts indirects est beaucoup plus importante en Afrique qu'en Asie. En détaillant davantage, on constate que ce sont les coûts énergétiques qui sont les plus lourds avec les loyers et dans certains pays les coûts de sécurité.

    Le second obstacle est constitué par les infra­structures : offre d'énergie insuffisante et irré­gulière, coût élevé des transports, mais amé­lioration dans les télécommunications. Les ruraux sont largement exclus de l'accès à ces infrastructures. Le taux d'accès à l'électricité est de 14% pour la population totale, de 64% pour l'eau, de 36% pour l'assainisse­ment. Au niveau des transports, 19% des routes sont bitumées contre 27% en Amérique latine et 43% en Asie du Sud. L’Afrique compte 4% des véhicules immatri­culés dans le monde mais 10% des décès sur les routes. Le coût des accidents est estimé en Egypte à 3% du P.I.B. par an. Pour le rail, l'Afrique représente 3,5% des flux de passa­gers des pays en développement alors qu'elle contribue en gros à 20% de la population et la richesse de ces pays. Pour les transports aériens, l'Afrique représente moins de 2% des flux de passagers et de fret des pays en déve­loppement mais 25% des accidents. En ce qui concerne les ports, la plupart sont sous-équipés et saturés. Pour l'électrification, les chiffres sont beaucoup plus faibles que par­tout ailleurs et les pertes en réseau appro­chent 40% au Nigeria et s'élèvent entre 10 et 30% dans de nombreux pays. Au Nigeria, 100% des grandes entreprises, 95% des P.M.E. et plus de 80% des micro-entreprises sont équipées de leur propre générateur. La proportion tombe à 20% des entreprises au Sénégal. En ce qui concerne les télécommu­nications, la très forte progression des abon­nements au téléphone mobile a considérable­ment accru les communications entre les populations isolées et les populations urbaines et entre elles.

    Le troisième obstacle relève de l'accès limité au financement. La part du crédit en pour­centage du P.I.B. atteint 50% dans certains pays d'Afrique du Nord, à Maurice ou en Afrique du Sud. Elle est inférieure à 20% ailleurs. L'environnement des affaires est caractérisé par un risque élevé, une mauvaise application des règlements et un manque d'information. Le système financier est sous-développé et, entre les deux, la P.M.E. cherche à se financer, sans pouvoir accéder au réseau des banques commerciales pour les­quelles elle représente des coûts de transac­tion et des risques perçus élevés. D'un autre côté, la P.M.E. est trop grande pour les insti­tutions de micro-finance.

    Le quatrième obstacle relève de l'accès aux marchés. Le commerce interrégional reste limité. Les marchés domestiques sont au départ étroits. Il y a des blocages du type pro­tection commerciale du fait non tellement des tarifs officiels mais surtout des tarifs effec­tivement appliqués. On observe dans le for­mel et dans l'informel une taxation de fait qui ne respecte pas toujours la loi. Il y a aussi évidemment les conflits récurrents qui sont un obstacle aux échanges. Un autre problème est celui de l'insertion limitée dans les échanges internationaux. Même si les pays de l'O.C.D.E. baissent leurs barrières tarifaires dans le cadre de l’O.M.C. et d'accords préférentiels, il reste le problème, notamment pour les produits agricoles, des barrières non tarifaires (type barrières phytosanitaires). Même si les tarifs sont bas, les produits ont encore du mal à accéder aux marchés des pays industrialisés.

    La Lettre de la Cade n°93 - octobre 2006 - page 3

    Il y a aussi l'impact contrasté des marchés émergents que sont la Chine et l'Inde. Une étude montre des perspectives pour un certain nombre de secteurs exportateurs de pays africains (pétrole, métaux) mais le risque, qui com­mence à se concrétiser, est que cela soit une incitation à ne pas se diversifier et accentuer les spécialisations dans des secteurs d'extrac­tion à faible valeur ajoutée sans retombées intéressantes en termes d'emploi ou de trans­ferts de technologie. L'émergence de la Chine et dans une moindre mesure de l'Inde entraîne une concurrence bien plus rude sur les marchés locaux et pas seulement sur le formel : on voit dans l'informel des commer­çants chinois qui concurrencent les locaux dans des endroits où on ne les attendait pas (par exemple vente de tomates à Yaoundé). La sur-spécialisation des économies africaines sur les activités de rente est un grand obstacle à la diversification ans des secteurs où pour­raient opérer des P.M.E. L'indice de diversifi­cation des exportations progresse au Maroc, en Tunisie ou même en Tanzanie alors qu'il recule pour l'ensemble de l'Afrique, notam­ment depuis 2003 du fait de la hausse des prix des matières premières. Ceci se manifeste même dans les pays à exportations plus diver­sifiées d'Afrique australe.

    Le secteur public prédateur représente le cin­quième obstacle. Henri-Bernard Solignac-Lecomte et ses collègues visitent chaque année des entrepreneurs privés dans une tren­taine de pays et partout la majorité d'entre eux trouve que le secteur public a une atti­tude prédatrice. Le problème de la corrup­tion est celui d'une régulation inefficace. Un récent rapport mentionne cependant qu'en matière de taxation un certain nombre de pays ont connu au cours de la dernière année une progression importante des réformes des­tinées à simplifier la vie des entreprises.

    Henri-Bernard Solignac-Lecomte termine son exposé par la présentation d'un indica­teur politique prenant en compte les troubles sociaux d'une part et le durcissement ou l'as­souplissement des régimes d'autre part. Il en ressort sur les dix dernières années une corré­lation très nette entre l'absence de durcisse­ment du régime politique et la croissance et l'investissement privé. En grossissant le trait, les affaires s'accommodent mieux de l'anar­chie que du fascisme.

     

    Pour conclure Henri-Bernard Solignac-Lecomte propose une piste pour améliorer les choses : repenser le rôle de l'Etat. Le secteur privé a besoin d'un dialogue beaucoup plus serein sur les questions d'intérêt commun. On en a vu les effets dans certaines négocia­tions internationales préparées en commun par l'Etat et le secteur privé. Il y a la question du renforcement des capacités institution­nelles afin que les cadres de régulation et que la gestion du secteur public soient au niveau dont a besoin le secteur privé pour se déve­lopper. On peut aussi conseiller aux bailleurs de fonds de ne pas ajouter à la volatilité de l'environnement des affaires en essayant de faire de l'aide un catalyseur qui permette de mobiliser les fonds privés et de soutenir les gouvernements, notamment en se portant investisseurs dans des secteurs trop lourds pour les privés comme les infrastructures.

    Le second intervenant, Patrick Sevaistre, vient de l'entreprise. Il a été directeur pour l'Afrique francophone du groupe Tetra Pak avec la mission de développer les grands comptes et d'établir des relations avec des P.M.E. susceptibles de devenir de futurs clients. Puis il est allé à l'O.C.D.E. où il a participé au programme des réseaux de l'en­treprise dont le but était de rassembler au plan national puis au plan international la nouvelle génération des entrepreneurs afri­cains francophones et anglophones avec l'idée de mettre sur pied une force pour faire évo­luer l'environnement des affaires et agir sur les politiques. Actuellement, il s'occupe à Bruxelles d'un programme de développement des investissements du secteur privé dédié à l'Afrique australe. Il s'occupe aussi à titre bénévole d'Afrique Initiatives, société de capital risque créée à l'initiative de Michel Rocard.

    « Privatiser le secteur privé »

    Son constat sur la situation du secteur privé en Afrique est que depuis dix ans les choses n'ont pas beaucoup évolué. Paradoxalement, le secteur privé est devenu à la mode au plan du discours. Tous les pays y compris le Zimbabwe disent soutenir le secteur privé. C'est une autre affaire de le traduire dans les faits. On ne voit pas d'Etats comme Maurice qui soient des moteurs. On voit même plutôt des Etats encadreurs : il s'est créé des minis­tères du secteur privé dans des pays inatten­dus comme le Ghana. Il n'y a nulle part de structure régionale sérieuse consacrée aux P.M.E. Par contre la présence de nombreuses structures d'encadrement conduit beaucoup d'entrepreneurs à réclamer ironiquement « la privatisation du secteur privé ». De nombreux programmes sont supposés appuyer le développement du secteur privé mais dans la réalité ils ne s'adressent pas aux PM.E. Les bénéficiaires sont les organisations intermédiaires publiques ou privées.

    Absence d'intégration régionale

    Patrick Sevaistre voudrait insister sur deux points : le marché et le financement. Sur le premier point, il manque l'intégration régio­nale, ce qui était le grand objectif pour tous. En décembre dernier à Accra, dix ans après la mise en œuvre du programme, les partici­pants à une réunion des réseaux étaient tous Ghanéens. Ce programme des réseaux, déli­cat à mettre en œuvre, financé par de nom­breux pays, visait à consolider d'abord des réseaux nationaux puis à relier ceux-ci dans des réseaux régionaux. Aujourd'hui ceux-ci ont disparu. Autre question relative au mar­ché : les négociations commerciales U.E. - grandes régions africaines représentent une menace sur l'entreprise car ce sera la fin des  préférences réciproques mais aussi un problême fiscal. En effet, dans un pays comme le Bénin, où 40% des recettes fiscales provien­nent de la fiscalité de port, qui paiera les impôts si les entreprises disparaissent ? Le sec­teur privé africain n'est pas conscient de cela car l'horizon de ces négociations est trop lointain pour des entreprises qui sont plus dans la survie que dans la prospective.

    Le financement : un point dé

    Le problème du financement (second point) reste le point clé. Bien que le secteur bancaire se soit sérieusement réformé, la petite entre­prise, qui représente moins de trente per­sonnes et cinq millions de francs CFA d'in­vestissement, est isolée entre un empilement d'offres de micro-crédit à destination du secteur informel et une offre bancaire plus tour­née vers les entreprises modernes publiques ou étrangères. L'informel prend des propor­tions inquiétantes : Kinshasa fonctionne à 90% en informel. On n'arrive pas à faire pas­ser ce qu'on pourrait appeler l'informel supé­rieur dans le formel. On n'arrive pas non plus à faire coopérer les grandes entreprises et les pentes. Des expériences dans ce sens se déve­loppent mais elles sont trop peu nombreuses.

    C'est face à ces constats que Michel Rocard a créé vers la fin 2000 Afrique Initiatives avec un certain nombre de chefs d'entreprises et de personnalités. L'idée était de lutter contre la pauvreté en créant des activités marchandes lucratives. Il s'agissait d'appuyer la création de P.M.E. modernes du secteur formel tout en suscitant le passage de l'informel supérieur au formel et de l'accompagner à travers un par­tenariat financier (capital risque) et - le plus important – managérial.

    La Lettre de la Cade n°93 - octobre 2006 – page 4

    Il manque d'entre­preneurs managers en Afrique. On reproche aux banques de ne pas faire leur travail mais il faut reconnaître que leur fort taux de rejet des dossiers est dû à l'inconsistance de nombre des projets qui leur sont présentés. Dans sa recherche d'accompagnement managérial, Afrique Initiatives s'est heurté à deux obs­tacles. Le premier est l'état embryonnaire des marchés financiers qui ne permet pas d'as­seoir le développement des activités de capital risque. Le second est la sous-estimation du travail de proximité, du suivi quotidien qui était nécessaire. On est dans la sociologie de l'entrepreneur africain où le temps passe par des accélérations et des décélérations impor­tantes et des périodes où il ne se passe pas grand-chose. Ceci a conduit à la décision récente de se délocaliser dans les pays. Il s'est par exemple créé au Niger une petite entre­prise d'investissement avec Areva, Véolia et des privés locaux. L'O.N.U.D.I. a apporté son appui et la même chose est envisagée au Mali.

     

    Pour conclure, Patrick Sevaistre estime qu'il faut appuyer des secteurs clés et c'est ce qu'on essaie d'obtenir de Bruxelles en tentant d'im­pliquer du côté du Nord des organisations professionnelles. Il faut savoir qu'à Bruxelles on ne peut agir que sur demande formelle des bénéficiaires, ce qui complique la démarche.

     

    LE DEBAT

     

    En ouverture du débat, Michel Levallois rappelle qu'il y a dix ans, on ne considérait, côté français, que les entreprises françaises en Afrique. Il y avait d'un autre côté l'émergence du secteur informel. Dans une étude de l'époque ciblée précisément sur la P.M.E., le constat avait été le chaînon manquant mais on avait négligé le problème alors qu'aujourd'hui on se rend compte de son importance. Michel Levallois rappelle aussi le rôle de Jacques Bugnicourt dans la création d'Afrique Initiatives. Jacques Bugnicourt a été à l'origine du terme d'économie populaire pour désigner le secteur informel, terme pour lequel Michel Rocard a obtenu la reconnaissance officielle du Parlement européen lorsqu'il en présidait la commission du développement. Michel Levallois rappelle enfin que pour créer Afrique Initiatives Michel Rocard s'est adressé à des patrons de grandes entreprises qui l'ont appuyé et financé. Ceci montre que ces grandes entreprises peuvent investir et qu’elles en ont besoin. On n'a plus affaire à des grands prédateurs mais à des gens qui s'intéressent à des capacités d'entreprises locales.

    La première question est posée par un ancien secrétaire général de la francophonie : parmi tous les facteurs négatifs qui freinent le développement des entreprises, quel poids donnez-vous à l'insuffisance de formation de personnel qualifié et est-ce là la raison du différentiel avec le développement des entreprises en Asie du sud-est ? Henri-Bernard Solignac-Lecomte indique qu'il y a dans le secteur informel un potentiel que l'on ne sait pas utiliser. Les bailleurs ne savent pas travailler avec les entreprises du secteur informel. Cependant, le différentiel avec l'Asie est plus dû à l'insuffisance d'accumulation du capital qu'au déficit de formation. Il y a en Afrique des gens qui entreprennent et prennent des risques mais il s'agit essentiellement d'activités de négoce. Si un processus d'accumulation du capital permettait d'augmenter la taille des entreprises et de les réunir dans un maillage, la demande de formation augmenterait. Pour Patrick Sevaistre, tout le dispositif de formation professionnelle est complètement sinistré et il ne voit pas comment développer un secteur privé moderne sans système de formation professionnelle.

    Pour un second intervenant, le monde des entreprises a besoin de toutes les formations, générales et professionnelles, et il y a une dégradation dans tous les pays, au moins en Afrique de l'ouest. Sa question : accordez-vous à la recherche une place comme activité permettant aux sociétés de s'interroger sur leur situation et sur leur devenir ? On se demande si les ministères de la recherche dont sont dotés tous les pays ne sont pas des parures. Enfin, sur l'aspect politique que vous soulignez, il me semble que c'est le préalable à tout. Vous avez parlé des organisations sous-régionales. Si on se reporte au modèle de la construction européenne, je pense que c'est ce modèle que la communauté internationale a voulu suggérer à l'Afrique. Or l'Europe s'est bâtie sur un certain nombre de principes. On ne peut pas mettre en place des structures à caractère économique lorsque les pays à regrouper ne partagent pas un minimum de valeurs.

    Henri-Bernard Solignac-Lecomte répond que l'Europe essaie effectivement de transférer son modèle. La Commission européenne en tant que bailleur de fonds a un problème de positionnement par rapport à ses Etats membres tous eux-mêmes bailleurs de fonds bilatéraux. Elle joue le rôle de vingt-sixième bailleur mais pas celui d'un organisme de coordination. Son problème est de trouver des créneaux et elle a identifié celui de l'intégration régionale. Il existe des échanges et des migrations importants entre pays mais ils se passent d'un cadre formel. La volonté politique forte de réaliser une intégration régionale n'existe pas encore.

    Michel Levallois remarque qu'il y a une vie régionale intense d'échanges même si les choses avancent très lentement au niveau de la régionalisation formelle.

    Une intervenante faisant partie d'une O.N.G. spécialisée dans l'économie sociale familiale estime que la formation professionnelle est mauvaise en Afrique parce qu’en France il y a toujours eu un mépris de l'enseignement technique. Lors de la création de l'Ecole normale supérieure d'enseignement technique, on a envoyé en France à Cachan dix-sept Sénégalais se former pour devenir professeurs. Deux seulement sont retournés au Sénégal et sont devenus chefs d'entreprise et non professeurs. Sur un autre point, l'intervenante rappelle que Michel Rocard avait souhaité que les entreprises de l'informel paient quelque-chose aux Etats pour redonner du pouvoir à ceux-ci. Qu'en a-t-il été ?

     

    Michel Levallois et Patrick Sevaistre indiquent qu'il existe une imposition des entreprises informelles. Henri-Bernard Solignac-Lecomte se réfère à des travaux de politologues qui se demandent si

     

    La Lettre de la Cade n°93 - octobre 2006 – page 5

    modernisation et développement ne seraient pas deux choses différentes. Les sociétés africaines ne sont pas attardées. Elles bougent et se transforment. Les références et les valeurs changent. L'urbanisation change les relations. Pour autant, si on considère depuis les indépendances tous les agrégats possibles peut-on parler de développement ? Peut-être observe-t-on une modernisation de ces sociétés sans la formalisation, sans le développement tel que nous l'entendons.

    Anthony Bouthelier, Président délégué du C.I.A.N.., demande si l'on fait la même analyse en Afrique francophone et en Afrique anglophone en ce qui concerne l'esprit entrepreneurial. Sur un autre plan, il craint que les discussions sur les entreprises formelles et informelles viennent de nos schémas. Il a été fait allusion à l'Asie du sud-est. On y a constaté une interaction entre la crédibilité de l'Etat et le passage au formel. Pourquoi pousser des entreprises à passer de l'informel au formel puisque l'Etat ne leur apporte rien ? Tant qu'on aura des Etats déstructurés ou prédateurs, il ne pourra y avoir de secteur formel en Afrique sauf les grandes entreprises étrangères.

    Pour le président de l'association Perspectives et Réalités migrantes, il faut penser à la spécificité culturelle africaine. On ne peut pas faire le bonheur des gens à leur place. Que proposez-vous ? Pierre Croze répond que c'est effectivement aux Africains de prendre en charge leurs affaires. On peut penser au foisonnement d'initiatives de la société civile dans les domaine du politique et de tout ce qui concerne la vie des gens. Il y aussi un foisonnement d'initiatives dans le domaine économique, formel ou pas. C'est peut-être un signe que les Africains prennent de plus en plus leurs affaires en main. On a bien vu qu'imposer des modèles extérieurs ne marchait pas et la Banque mondiale elle-même a fini par en convenir. C'est dans les initiatives qui se prennent sur place que les choses peuvent avancer et que les organisations de la société civile et les entrepreneurs peuvent agir sur les Etats pour les rendre crédibles.

    Un autre intervenant évoque le cas des étudiants africains qui viennent en France. Où vont-ils mettre en valeur ce qu'ils auront acquis dans les grandes écoles de commerce ou d'ingénieurs ? Comment pourront-ils s'y prendre pour lancer quelque chose dans tel ou tel pays africain ? Où peuvent-ils trouver un appui concret et pratique ? Patrick Sevaistre indique qu'un forum annuel est organisé par la société Africa Search à destination des jeunes diplômés africains et des sociétés susceptibles de les employer. Par ailleurs un élément nouveau est le rôle de la diaspora. La diaspora africaine à Bruxelles est très active.

    Un représentant de l'association Espoir des Hommes pose la question : quand on parle déprédation, on voit d'un côtelés multinationales occidentales et de l'autre des chef d'Etat africains malhonnêtes. Sa question : que faire pour que cela cesse ?

    Un intervenant avocat dans un cabinet américain qui travaille dans l'énergie et les mines en Afrique de l'ouest note : tout le monde ici semble s'accorder sur le fait que les Etats ne seraient pas crédibles. Pourquoi continuer à travailler avec de tels Etats ?Ne serait-il pas préférable d'accompagner des entrepreneurs privés qui font avancer les choses? Sa seconde question concerne l'identification des compétences. La diaspora regorge de compétences. Ne pourrait-on pas identifier directement ces compétences sans passer par les Etats ?

    En réponse à ces deux intervenants, Henri-Bernard Solignac-Lecomte rappelle qu'on ne peut pas contourner le principe de souveraineté des Etats. On y songe mais ce sera long et coûteux. Sur la prédation, on a un problème de déficience des institutions étatiques. Chez nous, c'est un problème de contrôle démocratique. L'O.C.D.E. a un code de bonne conduite des multinationales mais face à la faiblesse des institutions politiques au niveau national, dans quelle mesure est-ce à nous de régler le problème ?

    Un autre auditeur estime que pour que les pays africains soient crédibles il faudrait qu'ils aient le choix de leurs dirigeants au lieu que celui-ci relève des pays occidentaux. Michel Levallois répond que cela est de moins en moins vrai et que c'est aux Africains de faire en sorte que l'évolution continue.

    Roland Portella, consultant en développement d'entreprise et animateur de l'association Gens d'affaires dans la Cité, travaille sur des projets de retour de compétences au niveau de la diaspora africaine. Pour lui, la pertinence des partenariats public-privé au niveau des entreprises pourrait venir de l'information et surtout de l'activité de conseil. Le conseil est cher. Comment aider les entrepreneurs qui n'arrivent pas à en acheter ?

    Le président d'un collectif d'associations de migrants demande comment un entrepreneur peut-il prendre son dossier pour aller se développer dans une structure informelle face aux difficultés de financement étala fermeture réglementaire de certains marchés ?

    Pour Michel Levante, de la CAD.E., l'entreprise est chez nous une notion parfaitement claire. En Afrique y a-t-il un progrès entre la situation d'il y a vingt-cinq ans et aujourd'hui ? Il y a vingt-cinq ans, la corruption existait déjà. Il y avait l'entreprise lignagère ou familiale. Cela continue-t-il ? Ne faut-il pas réserver le concept d'entreprise aux entreprises d'Etat, aux grandes entreprises privées, à des P.M.E. très privilégiées dans certains secteurs ? Pour le reste ne faut-il pas chercher les conditions d'émergence à terme d'activités qui prendraient des formes d'entreprises formelles ?

    Henri-Bernard Solignac-Lecomte, au sujet des progrès éventuels depuis vingt-cinq ans, indique qu'il y a partout des « success stories » (au Sénégal dans les télécoms, au Kenya dans les fleurs) mais il n y a pas de masse critique. Il n'y a pas de tissus industriels sauf en Afrique australe ou au Kenya. Dans la mise en valeur des ressources naturelles, où l'Afrique a un avantage économique, il y a un potentiel inexploité en matière de création d'emplois et de valeur ajoutée.

    La taxe sur le succès au niveau de la famille existe certainement toujours mais les entrepreneurs parlent beaucoup de la prédation au niveau politique, des institutions centrales aux municipalités. Sur l'accompagnement des entrepreneurs, le Centre de développement de l'entreprise à Bruxelles a connu quelques succès mais on n'arrive pas, au niveau national, à une masse critique qui indique un progrès dans la création d'entreprises. Pour Patrick Sevaistre, la PM.E. africaine existe (par exemple au Cameroun) et des organismes comme l'O.N.U.D.I. montent des compagnonnages avec ces entreprises. Cela existe beaucoup dans le monde anglophone.

    Pierre Croze

    La Lettre de la Cade n°93 - octobre 2006 - page 6

     

     

    L   A      P   A   G   E         E   C   O   N   O    M    I  Q  U  E 

    Les relations commerciales Sud-Sud

    Le 13 septembre 2006 le premier ministre indien Manmohan Singh et les présidents Thabo Mbeki (Afrique du Sud) et Luiz Inàcio Lula da Silva (Brésil), se sont rencon­trés à Brasilia pour la première réunion tri-partite de l'IBAS (forum de dialogue Inde -Brésil - Afrique du Sud).

    Ils ont, en ouverture de leur rencontre, affirmé l'importance de leur poids diploma­tique. « Nous sommes des sociétés plura­listes... les plus grandes démocraties, chacune sur son continent ou sous-continent et ces valeurs nous unissent » a estimé le chef du gouvernement indien. Forts de cette union, ils veulent devenir des acteurs incontour­nables de la politique internationale.

    En matière économique les trois pays ont signé plusieurs accords concernant le pétrole, le gaz et les bio-carburants. Le Brésil propose d'intégrer l'Afrique du Sud et l'Inde dans la chaîne de l'éthanol, depuis la canne à sucre, la transformation de la mélasse en carburant, jusqu'à la fabrication de moteurs adaptés, dits moteurs flex, fonctionnant indifféremment à l'éthanol ou à l'essence. Le forum Ibas domine d'autres technologies de l'énergie : gazéification du charbon pour l'Afrique du Sud, énergie éolienne et solaire pour l'Inde.

    Les trois partenaires ont l'intention de porter leur commerce trilatéral de 8 à 10 milliards de dollars. Pour les négociations internatio­nales comme celles du cycle de Doha dans le cadre de l'OMC, ils ont besoin de s'assurer des appuis face aux pays du Nord. Aussi négocient-ils des accords de libre échange d'une part avec le Mercosur qui regroupe les 5 principaux pays d'Amérique latine, d'autre part avec l'Union douanière d'Afrique aus­trale (5 pays aussi). Pour l'Inde, en Asie, la situation est moins propice, compte tenu du poids de la Chine et de la spécificité de l'Asean qui rassemble les Etats continentaux et insulaires du Sud Est du continent,

    Le commerce Afrique-Asie

     

    Les exportations africaines vers l'