
Bulletin mensuel
d'information sur les activités de la C
A D E —
octobre 2006 — n ° 9 3
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Débat du mois :
« L'entreprise en Afrique : quel bilan » ?
Editorial
Avouons-le, les commémorations qui étaient au rendez-vous de cette rentrée parisienne et africaine, nous ont fait vivre des moments intenses. Le cinquantenaire à l'Unesco du premier Congrès des artistes et écrivains noirs de 1956 et le centième anniversaire de la naissance du président Senghor à la BnF ont été l'occasion de rencontres et de débats passionnants qui nous ont replongés dans le souvenir de ces années où les Africains parlaient et faisaient parler d'eux, non plus sujets ni épigones de la Métropole, mais acteurs de leur propre destin. Les chantres de la négritude précédaient les héros des indépendances et les acteurs du développement que nous voulions être découvraient avec passion le réveil du continent.
« À l'épopée des aînés, ont succédé les tragédies d'aujourd'hui » a pu dire Daniel Maximin au Colloque Senghor de la BnF. Car pendant que les officiels filaient la métaphore de Senghor « le passeur », en inaugurant la passerelle sur la Seine qui porte son nom, et que sur les bords du quai de Tolbiac, dans la douceur d'un beau jour d'automne, nous dissertions sur l'héritage philosophique et littéraire de l'homme de l'écriture, le bras de fer se poursuivait en Côte d'Ivoire, l'horreur était toujours le quotidien au Darfour, et la RD Congo était engagée dans la plus grande bataille politique de sa courte histoire. Pour ne pas parler de ce qui se passe au Moyen-Orient.
Retenons donc de ces commémorations et célébrations que ce n'est pas la nostalgie des espérances déçues qu'il nous faut cultiver, mais qu'il nous faut poursuivre le combat - certains préfèrent dire le chantier - commencé depuis l'abbé Grégoire pour que les Africains, les Noirs d'Afrique, et d'ailleurs, tiennent leur place dans le monde que nous construisons ensemble. De ce combat-chantier d'aujourd'hui, citons quelques aspects : ici, en France, la place de ses enfants d'outre-mer dans la République, en Afrique, l'organisation de la chose publique, pour éviter de parler de gouvernance, en Europe et au niveau international, la mise en pratique d'un code de bonne conduite commercial qui n'écrase pas les plus faibles au nom de la lutte contre la pauvreté. Aminata Traoré l'a dit quelque part : « La mondialisation c'est l'ouverture du monde aux Blancs mais sa fermeture aux Noirs ». Il est temps de réagir et de réclamer de nos responsables qu'ils nous proposent autre chose que des politiques qui montent des murs de barbelé, de ciment et de papier pour se protéger contre la misère du Sud. Nous conduiraient-ils dans le mur ? Auraient-ils oublié que c'est au Sud, en particulier en Afrique, que se trouve la réserve de jeunesse dont auront besoin nos économies et nos sociétés vieillissantes du Nord dans les trente prochaines années ?
C'est ce dont nous comptons bien parler le 9 novembre prochain lors du colloque de la CADE sur l'avenir des relations Europe-Afriques.
Michel Levallois
PS/Je venais de signer ces lignes, lorsque j'ai pris
connaissance de
l'appel de Claude Ribbe aux parlementaires pour que, dans la foulée de la loi sur le génocide
arménien, ils déposent une « proposition de loi visant
à punir la négation du caractère criminel de la traite
transatlantique et de l'esclavage aux Amériques et l'offense à là mémoire ou à
l'honneur de leurs descendants ». Je suis intimement convaincu que les
descendants
d'esclaves, j'en suis un, ont infiniment mieux à faire que d'élever « un
mur judiciaire et pénitentiaire » afin d'encadrer le travail des historiens
de la traite et de l'esclavage.
La Lettre de la Cade n°93 - octobre 2006- page1
Compte-rendu
de la rencontre-débat du 11 octobre 2006
La Cade présente le premier volet
d'une série de deux rencontres débats sur l'entreprise en
Afrique. Ce premier volet présente un état des lieux et évoque
les obstacles de tous ordres au développement des entreprises.
Le second volet sera présenté le 15 novembre. Il
sera consacré au thème « Entreprendre en Afrique
: mission impossible ? ». Il abordera
de façon plus concrète les
spécificités du management en Afrique. Ces rencontres débats ont
été conçues et préparées par Pierre Croze,
Professeur émérite de
l'Ecole Supérieure de Commerce de Rouen et membre du
bureau de la Cade.
Introduction
En introduction Pierre
Croze note que le ton de l'invitation était volontairement un peu provocateur : depuis des années il ne se passerait rien et entreprendre en Afrique serait mission impossible. Les choses ne sont heureusement pas
aussi tranchées mais un développement économique
ne peut intervenir que s'il se produit une croissance dans laquelle œuvreront des entreprises privées qui fonctionneront dans une économie de marché. Il faut être conscient que parler d'économie de marché ne signifie pas adopter les schémas
des pays industrialisés, ni s'en remettre à
l'idéologie néo-libérale. C'est parler
d'une économie dans laquelle il y aurait une concurrence régulée, donc dans laquelle le politique
jouerait un rôle fondamental d'orientation
et de régulation. C'est évidemment quelque chose qu'on est loin de connaître aujourd'hui en Afrique.
Cette approche par le rôle du
politique s'intègre dans les réflexions de la
CADE et s'inscrit dans la continuité des
rencontres-débats sur les sociétés, la démocratie et
l'Etat.
On peut essayer de préciser les
choses en se référant à une étude réalisée par
le Centre de Développement de l'O.C.D.E. en 2003 et portant
sur les obstacles au développement du
secteur privé en Afrique. Sans revenir sur les
analyses de ces obstacles - les intervenants en auront largement
l'occasion - on peut mentionner trois
approches proposées dans la fin du document.
Trois approches
Pour une première
approche, il faut créer des institutions qui mettront en place les structures juridiques,
économiques, financières, nécessaires à
l'exercice d'une concurrence économique normale.
C'est la vue des organisations
internationales, de la Banque mondiale, des donneurs
bilatéraux. C'est en quelque sorte la vue
néo-libérale qui a inspiré les réformes macro-économiques et les programmes d'ajustements structurels. On sait que ceci ne fonctionne pas et la Banque mondiale elle-même a commencé à revenir vers une
meilleure prise en compte des facteurs
sociologiques et culturels.
Dans une seconde
approche qui paraît extrêmement intéressante, on considère impossible de recourir au schéma précédent parce que l'Afrique
présente des spécificités socioculturelles qui rendent impossible le développement d'un secteur privé dans des conditions inspirées
d'analyses occidentales. On connaît bien ces
spécificités socioculturelles : la solidarité,
la famille élargie, le besoin de prestige, la vision à court
terme, etc... L'Afrique
ne pourrait entreprendre un développement qu'en résolvant son problème
par elle-même, en « instrumentalisant un désordre
politique » et sans nécessairement passer
par une voie occidentale. L'Afrique aurait à trouver elle-même son
propre schéma. C'est peut-être utopique,
cela donne matière à réflexion sur
des problèmes particulièrement
importants.
La troisième approche s'inspire de la précédente en
reconnaissant la prégnance des facteurs socioculturels mais en considérant que
le facteur qui permettrait de développer un secteur privé et de
démarrer une véritable croissance économique
serait la capacité de l'Etat à le
faire. Comment faire en sorte que les
Etats africains, dont nous connaissons les caractéristiques à travers
les réunions que nous avons tenues, se
dotent d'une capacité d'action
économique qui permettrait effectivement
le développement d'un secteur privé ?
Toutes ces questions sont
évidemment adressées aux intervenants mais il demeure que nous rejoignons le problème politique et qu'il serait
tout à fait intéressant d'intégrer les questions
à l'ordre du jour de la présente rencontre
débat dans les réflexions ultérieures de la CADE.
Aujourd'hui,
nous sommes plus orientés vers le bilan et la rencontre débat du 15 novembre sera plus orientée vers les perspectives.
La Lettre de la Cade
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Les obstacles au développement du secteur privé en Afrique
Le premier intervenant, Henri-Bernard Solignac-Lecomte, économiste au Centre de Développement
de l'O.C.D.E. où il est chargé du dialogue sur les politiques, a pu constater depuis pas mal de temps déjà à quel point c'est mission impossible de devenir entrepreneur en Afrique, du moins dans un certain nombre de secteurs. Il se propose de balayer de manière plus macro-économique et à
partir des travaux du Centre de Développement
les obstacles au développement du
secteur privé africain. Pour rester dans
un style un peu provocateur, il intitule sa présentation : comment ne pas développer le secteur privé en Afrique.
Il propose cinq points en se
basant sur le rapport annuel établi conjointement
avec la Banque Africaine de Développement et intitulé « Perspectives économiques en Afrique ». Chaque année ce rapport traite un sujet particulier et qui se rattache plus ou moins au développement du secteur privé comme par exemple l'offre d'énergie, le financement des P.M.E. ou, cette année, les infrastructures de transport. Il se
propose de tirer des observations de ces thèmes
successifs pour essayer d'éclairer le
parcours du combattant de l'entrepreneur en
Afrique.
Dans la plupart des pays, le
secteur privé est prêt à jouer un rôle mais il est
soumis à des contraintes énormes. Hors du
secteur informel, très dominant, et des
activités extractives contrôlées largement par des firmes multinationales, le secteur privé est très
peu développé sauf dans les pays d'Afrique du
Nord et en Afrique du Sud. Les P.M.E. sont les plus touchées
par les contraintes économiques et par un environnement des affaires globalement défavorable.
Avant de détailler les cinq points
annoncés, il revient sur les privatisations dont
un des objectifs a été, dans les années 80 et au
début des années 90, de favoriser l'appropriation du capital et des affaires par les entrepreneurs locaux. Les espoirs ont été déçus. Le processus a été largement extraverti dans la mesure où il a bénéficié surtout à des acteurs hors d'Afrique, notamment dans les services collectifs. Le contexte financier de ces opérations a été plutôt favorable aux investisseurs étrangers du fait des taux d'intérêt élevés et de la taille des projets qui mettaient les investissements souvent très lourds hors de portée des entrepreneurs nationaux. Enfin, le sous-développement des marchés financiers sur le continent
a été un obstacle au développement d'un
actionnariat. Les économistes ont constaté
dans leurs calculs que depuis 1990, moins
de 4% du montant total des privatisations
avaient fait appel à l'épargne publique. Les marchés des capitaux servent beaucoup plus aux Etats à
s'endetter sur les marchés internationaux
qu'à mobiliser du capital pour le
développement de l'industrie. On a néanmoins enregistré quelques
innovations et développements encourageants
: dans certains pays des réformes
ont favorisé davantage l'implication des nationaux (multiplication par 20 du nombre des investisseurs en bourse en
Zambie, réservation partielle pour des nationaux
des titres émis lors des privatisations
en Ouganda et au Cap-Vert, réservation pendant
trois mois des titres Telcom aux salariés à
bas revenus en Afrique du Sud -127.000
personnes ont investi). Il faut aussi signaler
la hausse des investissements directs étrangers intra-africains
et l'émergence de multinationales d'Afrique du Nord et d'Afrique du Sud, second investisseur sur le continent après la Chine.
Henri-Bernard Solignac-Lecomte
revient sur les cinq obstacles annoncés
Le premier est celui des coûts des opérations. Pour prendre le secteur de l'habillement, le coût
du travail en Afrique est inférieur à ce qu'il est en Chine. Par contre les coûts indirects (20 à 30% des coûts totaux) sont beaucoup plus élevés (énergie, services et infrastructures
dans le cadre des transports, dans une
moindre mesure télécommunications, sécurité
et bien sûr problèmes de réglementation
et de bureaucratie). La part des
coûts indirects est beaucoup plus importante en Afrique qu'en Asie. En détaillant davantage, on constate que ce sont les coûts énergétiques qui sont les plus lourds avec
les loyers et dans certains pays les coûts de
sécurité.
Le second obstacle est
constitué par les infrastructures : offre d'énergie insuffisante et irrégulière, coût élevé des transports, mais amélioration dans les télécommunications. Les ruraux sont largement exclus de l'accès à ces infrastructures. Le taux d'accès à l'électricité est de 14% pour la population totale, de 64% pour l'eau, de 36% pour l'assainissement. Au niveau des transports, 19% des routes
sont bitumées contre 27% en Amérique latine
et 43% en Asie du Sud. L’Afrique
compte 4% des véhicules immatriculés
dans le monde mais 10% des décès sur les
routes. Le coût des accidents est estimé en Egypte à 3% du P.I.B. par an. Pour le rail, l'Afrique
représente 3,5% des flux de passagers des pays en développement alors qu'elle contribue en gros à 20% de la population et la richesse de ces pays. Pour les transports aériens, l'Afrique représente moins de 2% des flux de passagers et de fret des pays en développement mais 25% des accidents. En ce qui concerne les ports, la plupart sont
sous-équipés et saturés. Pour l'électrification, les chiffres sont beaucoup plus faibles que partout ailleurs et les pertes en réseau approchent 40% au Nigeria et s'élèvent entre 10 et 30% dans de nombreux pays. Au Nigeria, 100%
des grandes entreprises, 95% des P.M.E. et plus de 80%
des micro-entreprises sont équipées de leur propre générateur. La proportion tombe à 20% des entreprises au Sénégal. En ce qui concerne les télécommunications, la très forte progression des abonnements au téléphone mobile a considérablement
accru les communications entre les populations isolées et les populations urbaines et entre elles.
Le troisième obstacle
relève de l'accès limité au financement. La part du crédit en pourcentage
du P.I.B. atteint 50% dans certains pays d'Afrique du Nord, à Maurice ou en Afrique du Sud. Elle est inférieure à 20% ailleurs. L'environnement des affaires est caractérisé par un risque élevé, une mauvaise application des règlements et un manque d'information. Le système financier est sous-développé
et, entre les deux, la P.M.E. cherche à se financer, sans pouvoir accéder au réseau des banques commerciales pour lesquelles
elle représente des coûts de transaction
et des risques perçus élevés. D'un autre côté, la P.M.E. est trop grande pour les
institutions de micro-finance.
Le quatrième obstacle
relève de l'accès
aux marchés. Le commerce interrégional reste limité. Les marchés
domestiques sont au départ étroits. Il y a
des blocages du type protection commerciale du fait non tellement des tarifs officiels mais surtout des tarifs
effectivement appliqués. On observe
dans le formel et dans l'informel une taxation de fait qui ne respecte pas toujours la loi. Il y a aussi évidemment les conflits récurrents qui sont un obstacle aux échanges. Un autre
problème est celui de l'insertion limitée dans les échanges internationaux. Même si les pays de l'O.C.D.E.
baissent leurs barrières tarifaires
dans le cadre de l’O.M.C. et d'accords préférentiels, il reste le problème,
notamment pour les produits
agricoles, des barrières non
tarifaires (type barrières phytosanitaires). Même si les tarifs sont
bas, les produits ont encore du mal à accéder aux marchés des pays industrialisés.
La Lettre de la Cade
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Il y a aussi l'impact contrasté des marchés émergents que sont la Chine et l'Inde. Une étude montre des perspectives pour un certain nombre de secteurs
exportateurs de pays africains (pétrole,
métaux) mais le risque, qui commence
à se concrétiser, est que cela soit une incitation à ne pas se diversifier et
accentuer les spécialisations dans
des secteurs d'extraction à faible
valeur ajoutée sans retombées intéressantes
en termes d'emploi ou de transferts
de technologie. L'émergence de la Chine et dans une moindre mesure de l'Inde entraîne
une concurrence bien plus rude sur les
marchés locaux et pas seulement sur le formel
: on voit dans l'informel des commerçants
chinois qui concurrencent les locaux dans
des endroits où on ne les attendait pas (par exemple vente de tomates à Yaoundé). La sur-spécialisation
des économies africaines sur les
activités de rente est un grand obstacle à la diversification ans des secteurs
où pourraient opérer des P.M.E. L'indice de diversification des exportations progresse au Maroc, en Tunisie ou même en Tanzanie alors qu'il recule
pour l'ensemble de l'Afrique, notamment
depuis 2003 du fait de la hausse des prix
des matières premières. Ceci se manifeste même dans les pays à exportations
plus diversifiées d'Afrique
australe.
Le secteur public prédateur représente le cinquième
obstacle. Henri-Bernard
Solignac-Lecomte et
ses collègues visitent chaque année des
entrepreneurs privés dans une trentaine
de pays et partout la majorité d'entre eux
trouve que le secteur public a une attitude prédatrice. Le problème de la
corruption est celui d'une
régulation inefficace. Un récent
rapport mentionne cependant qu'en matière de taxation un certain nombre
de pays ont connu au cours de la dernière
année une progression importante des
réformes destinées à simplifier la
vie des entreprises.
Henri-Bernard Solignac-Lecomte termine son exposé par la présentation d'un indicateur politique prenant en compte les troubles sociaux d'une
part et le durcissement ou l'assouplissement
des régimes d'autre part. Il en ressort
sur les dix dernières années une corrélation
très nette entre l'absence de durcissement du régime politique et la
croissance et l'investissement privé. En
grossissant le trait, les affaires
s'accommodent mieux de l'anarchie que du
fascisme.
Pour conclure Henri-Bernard Solignac-Lecomte propose une piste pour améliorer les choses : repenser le rôle de l'Etat. Le secteur privé a besoin d'un dialogue beaucoup plus serein sur les questions d'intérêt commun. On en a vu les effets dans certaines négociations internationales préparées en commun par l'Etat et le secteur privé. Il y a la question
du renforcement des capacités
institutionnelles afin que les
cadres de régulation et que la
gestion du secteur public soient au niveau dont a besoin le secteur privé pour se développer. On peut aussi conseiller aux bailleurs de fonds de ne pas ajouter à la volatilité de l'environnement des affaires en essayant de faire de l'aide un catalyseur qui permette de mobiliser les fonds privés et de soutenir les gouvernements,
notamment en se portant investisseurs dans
des secteurs trop lourds pour les
privés comme les infrastructures.
Le second intervenant, Patrick Sevaistre, vient de l'entreprise. Il a été directeur pour l'Afrique francophone du groupe Tetra Pak avec la mission
de développer les grands comptes et
d'établir des relations avec des P.M.E.
susceptibles de devenir de futurs clients. Puis il est allé à l'O.C.D.E. où il a participé
au programme des réseaux de l'entreprise dont le but était de rassembler
au plan national puis au plan international la nouvelle génération des entrepreneurs africains francophones et anglophones avec l'idée de mettre sur pied une force pour faire évoluer l'environnement des affaires et agir sur les
politiques. Actuellement, il s'occupe à Bruxelles
d'un programme de développement des
investissements du secteur privé dédié à l'Afrique australe. Il s'occupe
aussi à titre bénévole d'Afrique Initiatives, société de capital risque créée à l'initiative de Michel Rocard.
« Privatiser
le secteur privé »
Son constat sur la situation du
secteur privé en Afrique est que depuis dix ans
les choses n'ont pas beaucoup évolué.
Paradoxalement, le secteur privé est devenu à la mode au plan du
discours. Tous les pays y compris le Zimbabwe
disent soutenir le secteur privé. C'est
une autre affaire de le traduire dans les faits. On ne voit pas d'Etats comme Maurice qui soient des moteurs. On
voit même plutôt des Etats encadreurs : il s'est créé des ministères du
secteur privé dans des pays inattendus
comme le Ghana. Il n'y a nulle part de structure régionale sérieuse consacrée
aux P.M.E. Par contre la présence de nombreuses structures d'encadrement conduit beaucoup d'entrepreneurs à réclamer ironiquement « la privatisation du secteur privé ». De
nombreux programmes sont supposés appuyer
le développement du secteur privé mais
dans la réalité ils ne s'adressent pas aux PM.E. Les bénéficiaires sont
les organisations intermédiaires publiques ou privées.
Absence d'intégration
régionale
Patrick Sevaistre
voudrait insister sur deux points : le marché et le financement. Sur le premier point, il manque l'intégration régionale, ce qui était le grand objectif pour tous. En décembre dernier à Accra, dix ans après la mise
en œuvre du programme, les participants à une réunion des réseaux étaient tous
Ghanéens. Ce programme des réseaux, délicat
à mettre en œuvre, financé par de nombreux pays, visait à consolider d'abord
des réseaux nationaux puis à relier ceux-ci dans des réseaux régionaux.
Aujourd'hui ceux-ci ont disparu. Autre
question relative au marché : les négociations commerciales U.E. - grandes régions africaines représentent une menace
sur l'entreprise car ce sera la fin des préférences
réciproques mais aussi un problême fiscal. En effet,
dans un pays comme le Bénin, où 40%
des recettes fiscales proviennent de la fiscalité de port, qui paiera
les impôts si les entreprises disparaissent
? Le secteur privé africain n'est
pas conscient de cela car l'horizon de ces négociations est trop lointain
pour des entreprises qui sont plus dans la
survie que dans la prospective.
Le problème du financement (second
point) reste le point clé. Bien que le secteur
bancaire se soit sérieusement réformé, la petite
entreprise, qui représente moins de trente personnes et cinq millions de francs CFA d'investissement, est isolée entre un empilement d'offres
de micro-crédit à destination du secteur informel et une offre bancaire plus tournée vers les entreprises modernes publiques ou étrangères. L'informel prend des proportions
inquiétantes : Kinshasa fonctionne à 90% en
informel. On n'arrive pas à faire passer ce qu'on pourrait appeler l'informel
supérieur dans le formel. On
n'arrive pas non plus à faire coopérer les grandes entreprises et les pentes. Des expériences dans ce sens se développent mais elles sont trop peu nombreuses.
C'est face à ces constats que Michel Rocard a créé
vers la fin 2000 Afrique Initiatives
avec un certain nombre de chefs d'entreprises et de personnalités. L'idée était de lutter contre la pauvreté en créant des activités marchandes
lucratives. Il s'agissait d'appuyer la création de P.M.E.
modernes du secteur formel tout en suscitant
le passage de l'informel supérieur au formel
et de l'accompagner à travers un partenariat
financier (capital risque) et - le plus important – managérial.
La Lettre de la Cade
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Il manque d'entrepreneurs
managers en Afrique. On reproche aux
banques de ne pas faire leur travail mais il faut reconnaître que leur fort taux de rejet des dossiers est dû
à l'inconsistance de nombre des projets qui
leur sont présentés. Dans sa recherche d'accompagnement managérial,
Afrique Initiatives s'est heurté à deux obstacles.
Le premier est l'état embryonnaire des marchés
financiers qui ne permet pas d'asseoir
le développement des activités de capital risque. Le second est la sous-estimation du travail de proximité, du
suivi quotidien qui était
nécessaire. On est dans la sociologie de l'entrepreneur africain où le temps passe par des accélérations et des décélérations importantes et des périodes où il ne se passe pas grand-chose.
Ceci a conduit à la décision récente de se
délocaliser dans les pays. Il s'est par
exemple créé au Niger une petite entreprise
d'investissement avec Areva, Véolia
et des privés locaux. L'O.N.U.D.I. a apporté son
appui et la même chose est envisagée au
Mali.
Pour conclure, Patrick Sevaistre estime qu'il faut appuyer des secteurs clés et c'est ce qu'on essaie d'obtenir de Bruxelles en tentant d'impliquer
du côté du Nord des organisations professionnelles.
Il faut savoir qu'à Bruxelles on ne peut agir que sur demande formelle des
bénéficiaires, ce qui complique la démarche.
LE DEBAT
En ouverture du débat, Michel
Levallois rappelle qu'il y a dix ans, on ne considérait, côté français, que les entreprises françaises en Afrique. Il y avait d'un autre côté l'émergence
du secteur informel. Dans une étude de l'époque ciblée précisément sur la P.M.E., le constat avait été le chaînon manquant mais on avait négligé le problème
alors qu'aujourd'hui on se rend compte de son importance. Michel Levallois rappelle aussi le rôle de Jacques Bugnicourt dans la création d'Afrique
Initiatives. Jacques Bugnicourt a été à l'origine du terme d'économie
populaire pour désigner le secteur
informel, terme pour lequel Michel Rocard a obtenu la reconnaissance officielle du Parlement européen lorsqu'il en présidait la commission
du développement. Michel Levallois rappelle
enfin que pour créer Afrique Initiatives Michel Rocard s'est adressé à des patrons de grandes
entreprises qui l'ont appuyé et financé. Ceci
montre que ces grandes entreprises peuvent investir et qu’elles en ont besoin. On n'a plus affaire à des grands prédateurs mais à des gens qui
s'intéressent à des capacités d'entreprises locales.
La première question est posée par
un ancien secrétaire général de la
francophonie : parmi tous les facteurs négatifs qui
freinent le développement des entreprises, quel poids donnez-vous
à l'insuffisance de formation de personnel qualifié et est-ce là la raison
du différentiel avec le développement des entreprises en Asie
du sud-est ? Henri-Bernard Solignac-Lecomte indique qu'il
y a dans le secteur informel un potentiel que l'on ne sait pas utiliser. Les bailleurs ne savent pas travailler avec les entreprises du secteur informel. Cependant, le différentiel avec l'Asie est plus dû à l'insuffisance d'accumulation du capital qu'au déficit de
formation. Il y a en Afrique des gens qui entreprennent et prennent des risques mais il s'agit essentiellement d'activités de
négoce. Si un processus d'accumulation du
capital permettait d'augmenter la taille des
entreprises et de les réunir dans un maillage, la demande de formation
augmenterait. Pour Patrick Sevaistre, tout le
dispositif de formation professionnelle est complètement sinistré et il ne voit pas comment développer un secteur privé moderne sans système de formation professionnelle.
Pour un second intervenant, le monde des entreprises a besoin de toutes les formations,
générales et professionnelles, et il
y a une dégradation dans tous les pays, au moins en Afrique de l'ouest. Sa
question : accordez-vous à la recherche une place
comme activité permettant aux sociétés de s'interroger sur leur
situation et sur leur devenir ? On se demande si les ministères de
la recherche dont sont dotés tous les pays ne sont pas des
parures. Enfin, sur l'aspect politique que vous soulignez, il me
semble que c'est le préalable à tout. Vous avez parlé des
organisations sous-régionales. Si on se reporte au modèle de la
construction européenne, je pense que c'est ce modèle que la communauté
internationale a voulu suggérer à l'Afrique. Or l'Europe
s'est bâtie sur un certain nombre de principes. On ne peut pas mettre en place
des structures à caractère économique lorsque les pays à regrouper
ne partagent pas un minimum de valeurs.
Henri-Bernard Solignac-Lecomte répond que l'Europe essaie effectivement de transférer son modèle. La Commission européenne en tant que bailleur de fonds a un problème de
positionnement par rapport à ses Etats membres tous eux-mêmes bailleurs de fonds bilatéraux. Elle joue le rôle
de vingt-sixième bailleur mais pas celui d'un
organisme de coordination. Son problème est de trouver des créneaux et elle a
identifié celui de l'intégration régionale. Il existe des échanges et des migrations importants entre pays mais ils se passent d'un cadre formel. La volonté politique forte de réaliser
une intégration régionale n'existe pas encore.
Michel Levallois remarque qu'il y
a une vie régionale intense d'échanges même si les choses avancent très lentement au niveau de la
régionalisation formelle.
Une intervenante faisant partie
d'une O.N.G. spécialisée dans l'économie sociale familiale estime que la
formation professionnelle est mauvaise en Afrique parce qu’en France il y a toujours eu un mépris de
l'enseignement technique. Lors de la création
de l'Ecole normale supérieure d'enseignement
technique, on a envoyé en France à Cachan dix-sept
Sénégalais se former pour devenir professeurs.
Deux seulement sont retournés au Sénégal et sont
devenus chefs d'entreprise et non professeurs.
Sur un autre point, l'intervenante rappelle que Michel
Rocard avait souhaité que les entreprises de
l'informel paient quelque-chose aux Etats pour
redonner du pouvoir à ceux-ci. Qu'en
a-t-il été ?
Michel
Levallois et Patrick Sevaistre indiquent qu'il existe une imposition des entreprises informelles. Henri-Bernard
Solignac-Lecomte se réfère à des travaux de
politologues qui se demandent si
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modernisation et développement ne seraient
pas deux choses différentes. Les sociétés
africaines ne sont pas attardées. Elles
bougent et se transforment. Les références et
les valeurs changent. L'urbanisation
change les relations. Pour autant, si on considère
depuis les indépendances tous les agrégats
possibles peut-on parler de développement ?
Peut-être observe-t-on une modernisation de ces
sociétés sans la formalisation, sans le
développement tel que nous l'entendons.
Anthony Bouthelier,
Président délégué du C.I.A.N..,
demande si l'on fait la même analyse en Afrique
francophone et en Afrique anglophone en ce qui
concerne l'esprit entrepreneurial.
Sur un autre plan, il craint que les
discussions sur les entreprises formelles et informelles viennent de nos
schémas. Il a été fait allusion à l'Asie
du sud-est. On y a constaté une interaction
entre la crédibilité de l'Etat et le passage
au formel. Pourquoi pousser des entreprises à passer de l'informel au formel puisque l'Etat ne leur apporte rien ? Tant qu'on aura des Etats déstructurés ou prédateurs, il ne pourra y avoir de secteur formel en Afrique sauf les grandes entreprises
étrangères.
Pour le président de l'association
Perspectives et Réalités migrantes, il faut penser à la
spécificité culturelle africaine. On ne peut pas faire le bonheur des gens à
leur place. Que proposez-vous ? Pierre Croze répond que c'est effectivement aux Africains de prendre en charge leurs affaires. On
peut penser au foisonnement d'initiatives de
la société civile dans les domaine du politique et de tout ce qui concerne la vie des gens. Il y aussi un foisonnement d'initiatives dans le domaine
économique, formel ou pas. C'est peut-être
un signe que les Africains prennent de plus en plus leurs affaires en main.
On a bien vu qu'imposer des modèles
extérieurs ne marchait pas et la Banque mondiale elle-même a fini par en
convenir. C'est dans les initiatives qui se prennent sur place que les choses
peuvent avancer et que les
organisations de la société civile et les entrepreneurs peuvent agir sur les
Etats pour les rendre crédibles.
Un autre intervenant évoque le cas des étudiants
africains qui viennent en France. Où vont-ils mettre en
valeur ce qu'ils auront acquis
dans les grandes écoles de commerce ou d'ingénieurs ? Comment
pourront-ils s'y prendre pour lancer quelque chose dans
tel ou tel pays africain ? Où peuvent-ils trouver un appui concret
et pratique ? Patrick
Sevaistre indique qu'un forum annuel est organisé par la société Africa
Search à destination des jeunes diplômés africains et des sociétés susceptibles de les employer. Par ailleurs un élément nouveau est le rôle
de la diaspora. La diaspora africaine à Bruxelles est
très active.
Un représentant de l'association
Espoir des Hommes pose la question : quand on parle déprédation, on voit d'un
côtelés multinationales occidentales et de
l'autre des chef d'Etat africains malhonnêtes. Sa question : que faire pour que cela cesse ?
Un intervenant avocat dans un cabinet américain qui travaille dans l'énergie et les mines
en Afrique de l'ouest note : tout le monde
ici semble s'accorder sur le fait que
les Etats ne seraient pas crédibles. Pourquoi continuer à travailler avec de
tels Etats ?Ne serait-il pas préférable d'accompagner des entrepreneurs privés qui font avancer les choses? Sa seconde question concerne l'identification des compétences. La diaspora regorge de compétences. Ne pourrait-on pas identifier directement ces compétences sans passer par les Etats ?
En réponse à ces deux
intervenants, Henri-Bernard Solignac-Lecomte
rappelle qu'on ne peut pas contourner le principe de souveraineté des Etats. On y songe mais ce sera long et coûteux. Sur la prédation, on a un problème de déficience des institutions étatiques. Chez nous, c'est un problème de contrôle démocratique. L'O.C.D.E. a un code de bonne
conduite des multinationales mais face à la
faiblesse des institutions politiques au niveau national, dans quelle mesure est-ce à nous de régler le problème ?
Un autre auditeur estime que pour
que les pays africains soient crédibles il faudrait
qu'ils aient le choix de leurs dirigeants
au lieu que celui-ci relève des pays occidentaux. Michel Levallois répond que cela est de moins
en moins vrai et que c'est aux Africains de faire en sorte que l'évolution continue.
Roland Portella,
consultant en développement d'entreprise et animateur de l'association Gens d'affaires dans la Cité, travaille sur des projets de retour de compétences au niveau de la diaspora africaine. Pour lui, la pertinence des partenariats public-privé au
niveau des entreprises pourrait venir de
l'information et surtout de l'activité de conseil. Le conseil est cher. Comment aider les entrepreneurs qui
n'arrivent pas à en acheter ?
Le président d'un collectif
d'associations de migrants demande comment un
entrepreneur peut-il prendre son dossier pour
aller se développer dans une structure informelle face aux difficultés de financement étala fermeture réglementaire de certains marchés ?
Pour Michel Levante, de la CAD.E., l'entreprise est
chez nous une notion parfaitement
claire. En Afrique y a-t-il un progrès entre la
situation d'il y a vingt-cinq ans et aujourd'hui ? Il
y a vingt-cinq ans, la corruption existait
déjà. Il y avait l'entreprise lignagère ou
familiale. Cela continue-t-il ? Ne faut-il pas réserver le concept d'entreprise
aux entreprises d'Etat, aux grandes entreprises privées, à des P.M.E. très privilégiées
dans certains secteurs ? Pour le reste ne
faut-il pas chercher les conditions d'émergence
à terme d'activités qui prendraient des formes d'entreprises formelles ?
Henri-Bernard Solignac-Lecomte, au sujet des progrès éventuels depuis vingt-cinq ans, indique qu'il y
a partout des « success stories » (au Sénégal dans les télécoms, au Kenya dans les fleurs) mais il n y a pas de masse
critique. Il n'y a pas de tissus industriels sauf en Afrique australe ou au Kenya. Dans la mise en valeur des ressources naturelles, où l'Afrique a un avantage économique, il y a un potentiel inexploité en
matière de création d'emplois et de valeur
ajoutée.
La taxe sur le succès au niveau de
la famille existe certainement toujours mais
les entrepreneurs parlent beaucoup de la
prédation au niveau politique, des institutions
centrales aux municipalités. Sur l'accompagnement des entrepreneurs, le Centre de développement de l'entreprise à Bruxelles a connu quelques succès mais on n'arrive pas, au niveau national, à une masse critique
qui indique un progrès dans la création d'entreprises. Pour Patrick Sevaistre, la PM.E. africaine existe (par exemple au Cameroun) et des organismes comme l'O.N.U.D.I. montent
des compagnonnages avec ces entreprises. Cela existe beaucoup dans le monde anglophone.
Pierre
Croze
La Lettre de la Cade
n°93 - octobre 2006 - page 6
L A P A G E E C O N O M I Q U E
Les relations
commerciales Sud-Sud
Le 13
septembre 2006 le premier ministre indien Manmohan Singh et les présidents Thabo Mbeki (Afrique
du Sud) et Luiz Inàcio Lula da Silva (Brésil), se sont rencontrés à Brasilia pour la première réunion tri-partite de l'IBAS (forum de
dialogue Inde -Brésil - Afrique du
Sud).
Ils ont, en ouverture
de leur rencontre, affirmé l'importance de
leur poids diplomatique. « Nous
sommes des sociétés pluralistes...
les plus grandes démocraties, chacune sur
son continent ou sous-continent et ces valeurs
nous unissent » a estimé le chef du gouvernement
indien. Forts de cette union, ils
veulent devenir des acteurs incontournables
de la politique internationale.
En
matière économique les trois pays ont signé
plusieurs accords concernant le pétrole, le gaz et les bio-carburants.
Le Brésil propose d'intégrer l'Afrique du Sud et
l'Inde dans la chaîne de l'éthanol, depuis la
canne à sucre, la transformation de la mélasse en
carburant, jusqu'à la fabrication de moteurs
adaptés, dits moteurs flex,
fonctionnant indifféremment à l'éthanol ou à l'essence. Le forum Ibas domine d'autres
technologies de l'énergie : gazéification du charbon pour l'Afrique du Sud, énergie éolienne et solaire pour l'Inde.
Les
trois partenaires ont l'intention de porter leur
commerce trilatéral de 8 à 10 milliards de
dollars. Pour les négociations internationales
comme celles du cycle de Doha dans le cadre
de l'OMC, ils ont besoin de s'assurer des appuis face aux pays du Nord. Aussi négocient-ils des accords de libre échange d'une part avec le Mercosur qui regroupe les 5 principaux
pays d'Amérique latine, d'autre part avec l'Union
douanière d'Afrique australe (5 pays
aussi). Pour l'Inde, en Asie, la situation
est moins propice, compte tenu du poids de la Chine et de la
spécificité de l'Asean qui rassemble les
Etats continentaux et insulaires du
Sud Est du continent,
Le commerce Afrique-Asie
Les exportations africaines vers l'