La Lettre de la cade
Coordination pour l'Afrique de Demain
Bulletin mensuel d'information sur les activités de la
cade — avril
2007 — n°
99
Débat du mois : L'Afrique
des jeunes

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enda Europe |
Editorial
Miracle ivoirien et Pax africana
Un président de la République qui offre à son
principal opposant devenu le chef d'une rébellion armée de
devenir son Premier Ministre et qui le charge de former un gouvernement
d'union nationale, l'un et l'autre s'étant mis d'accord pour que les chefs militaires
coopèrent au lieu de se battre, pour que les rebelles intègrent l'armée
nationale, pour que les inscriptions sur les listes électorales reprennent et
pour que les élections aient lieu à la fin de cette année, les Ivoiriens seraient
- ils en train de renouveler en politique leur « miracle »
économique ?
Passée la surprise, puis le scepticisme sur les
chances de succès de ce processus de paix inattendu, car tout
dérapage ne peut être écarté, nous nous posons deux questions, outre celle
de sa longévité. Comment expliquer un tel revirement ? L'Afrique
aurait-elle enfin trouvé un moyen qui lui serait propre de régler ses conflits internes
?
Il n'a échappé à personne
que la grande nouveauté de cette sortie de conflit ne se trouve
pas dans le contenu des accords passés entre Laurent Gbagbo
et Guillaume Soro car il reprend
pour l'essentiel celui de l'accord de Marcoussis de janvier 2003. Elle est dans
la spectaculaire prise en charge de la préparation et de la
mise en œuvre de la négociation par les Africains eux-mêmes,
c'est à dire par les Ivoiriens et par leurs voisins, en particulier par le
Burkina-Faso. Le fait est là: quels que soient les intérêts sous-jacents, la
paix, si difficile à imaginer à mesure que le temps
s'écoulait, a été acquise par une concertation purement africaine,
sans intervention de l'ONU. Ce qui ne veut pas dire que l'intervention
militaire ait été inutile
car, en gelant la situation, en enfermant les protagonistes dans
une impasse, la présence de la force internationale Licorne est très
certainement une des contraintes qui les a conduits au
compromis.
Il est une autre contrainte, presque invisible mais
qui a dû contribuer à la solution et qui sera certainement déterminante pour sa
pérennité, c'est l'opinion publique ivoirienne. Nous ne pensons
pas en effet que cet accord ne repose que sur les seuls protagonistes
devenus compères dans le partage du pouvoir après un froid calcul du
pour et du contre de la poursuite de la guerre civile. Peut-on compter pour
rien la fatigue des populations? Qui a pavé le chemin de la paix ? Est-ce la
société dite civile, par quels représentants, les femmes, les mères de
famille, les associations, les Églises, par quels canaux, et
de quelle façon ? Est-ce elle qui, en définitive, tient la clef de l'avenir ?
Il serait très utile que les politologues tentent de
répondre à ces questions.
La deuxième question que nous nous posons est celle
de la réplique de ce « miracle ivoirien » à la solution d'autres
conflits en Afrique. Car outre le Darfour, la RDC, la Somalie, les
causes de conflit subsistent, où se mêlent intérêts claniques, influences
étrangères, y compris mercantiles pour la vente d'armes, tensions internes dues
à la misère, à l'urbanisation et à la montée des « cadets ». Notre
dernière rencontre-débat (dont le présent numéro reprend le compte
rendu) ne nous rappelait-elle pas que la montée des nouvelles classes d’âge sur
le continent « le plus jeune » de la planète serait nécessairement
source de conflits et de tensions si elle n’était pas accompagnée d’un
véritable développement ? Oui, les Suite page 8
La Lettre de la
Cade n°99 - avril 2007 – page 1
suite de la page 1
Africains peuvent être les principaux instigateurs de
la paix chez eux, tel est l'enseignement que nous retenons
de ce qui se passe entre Bouaké et Abidjan, c'est à dire, outre les
protagonistes eux-mêmes, l'Union Africaine, les voisins directs des
zones de conflits, les nations sœurs, enfin les populations
intéressées, par l'action de leurs représentants associatifs et religieux.
Est-ce à dire que l'ONU,
l'Union européenne, les pays européens doivent se désintéresser
de ces conflits ? Nous ne le pensons pas. Le temps des donneurs de leçons que notre
histoire aurait dû rendre plus modestes et plus discrets est évidemment passé,
et il est d'autres façons de contribuer à l'instauration de la
paix en Afrique. Il faut poursuivre l'aide apportée à l'Union
africaine afin de renforcer la force africaine d'intervention ainsi que
les « écoles de maintien de la paix » de Bamako, Accra, et Abuja. Il faudrait
également veiller à ce que les pourvoyeurs d'armes n'alimentent pas
les oppositions et conflits et revenir à une politique volontaire d'aide
au développement. Enfin, s’il ne faut pas exclure que la France ait à
intervenir à nouveau dans un pays africain, il faudrait
qu'il soit admis que cela ne puisse se faire que pour répondre à une demande
africaine expresse, avalisée par l'Union africaine et/ou l'ONU, et, chez nous
au moins, en toute transparence démocratique.
Le dogme « L'Afrique aux Africains », plagiant un
autre dogme célèbre (mais d'une autre logique et d'autres intérêts), est sans
doute encore trop ambitieux. Est-il encore de mise en ces temps de
mondialisation ? Disons plutôt : « Priorité à l'Afrique et long
souffle à la Pax Africana ! »
La CADE
Compte-rendu de la
rencontre-débat du 25 avril 2007
L'Afrique
des jeunes
4 : l’engagement des jeunes en politiques
S’inscrivant dans le cycle de
rencontres-débats consacrées au thème « La jeunesse africaine force vive
de demain ? », cette cinquième réunion s’est attachée à comprendre
l’engagement des jeunes en politique et à en déterminer les formes. Pour
introduire le sujet, Jean-Louis Domergue, universitaire et
modérateur pendant la rencontre, a rappelé le poids démographique de la
jeunesse africaine qui constitue un enjeu politique majeur. Pourtant, les
dirigeants politiques africains ne leur accordent qu’une place limitée dans la
vie politique. Malgré cela, les jeunes revendiquent leur droit à participer au
développement de leur pays en s’engageant politiquement. Les mouvements de
jeunes traduisent cette volonté de prendre part à l’action. Les intervenants
ont apporté des réponses et des éclairages particuliers sur les nombreuses
questions suscitées par cet engagement et proposé des pistes à explorer pour
l’encourager. Ainsi, Serge Abessolo,
Docteur en Droit, s’est attaché à apporter des éléments de réponses aux deux
questions suivantes : « Comment les mouvements de jeunes
s’insèrent-ils dans le jeu politique africain ?;
quelle capacité des jeunes à motiver les réformes nécessaires à la bonne
gouvernance démocratique afin de favoriser le développement ? » Puis,
Valérie Thorin, journaliste, a montré à
partir de l’exemple ivoirien, qu’elle a particulièrement étudié, de quelle manière
les mouvements de jeunes peuvent être instrumentalisés. En s’appuyant sur
l’exemple du Sénégal, Ibrahima Seck,
militant associatif et universitaire, a donné des pistes de réflexion pour
favoriser l’émergence d’une jeunesse politiquement indépendante et active.
Enfin, le témoignage de Emile Boyogueno,
doctorant, a souligné les particularités des mouvements de jeunes au Cameroun.
Le débat, qui s’en est suivi, témoigne de l’intérêt de l’assemblée. Ce
compte-rendu met en perspective les points essentiels que les intervenants et
les participants ont fait ressurgir.
Une
tentative de définition de la jeunesse.
Au
préalable, les intervenants ont tour à tour tenté d’apporter, d’affiner la
définition du terme jeune. En effet, Me. Abessolo, en
s’appuyant sur la définition de l’Assemblée générale des Nations unies, qui
définit la jeunesse comme l’ensemble des personnes âgées de 15 à 24 ans inclus,
a démontré que ce concept était particulièrement mouvant, notamment en Afrique.
Si les jeunes africains se caractérisent par une autonomie plus rapide que
leurs homologues européens, ils ne deviennent, comme eux, réellement adultes
que plus tardivement qu’autrefois, c'est-à-dire aux alentours de la trentaine.
L’ensemble des intervenants semblait d’accord sur ce constat. En revanche, il
n’y a pas eu unanimité quant à l’identification des jeunes prenant part à la
vie politique. Certains estimaient que seuls les jeunes intellectuels
participaient à la vie politique. D’autres, notamment M. Seck
et Mme Thorin, estimaient que la jeunesse
participative rassemblait davantage d’individus peu ou pas éduqués. Certains
participants ont, pendant le débat, souligné que la plupart des jeunes
africains ne pouvaient pas être considérés comme des intellectuels proprement
dit.
Pour tenter
d’élargir cette définition, M. Seck a préféré parler
de génération afin d’illustrer le souffle nouveau qu’apporte chaque jeunesse.
Citant Montesquieu, il a rappelé que « chaque génération est un peuple
nouveau ». Cette définition plus englobante, au risque de paraître moins
percutante, a apporté un éclairage essentiel pour comprendre l’évolution de
l’engagement des jeunes en politique aujourd’hui. En effet, il a insisté sur le
fait que « chaque génération a son contexte historique, qui mobilise
naturellement des sentiments, des convictions, et surtout des tâches politiques
nouvelles que [la jeunesse] doit assumer ».
La
situation des jeunes en Afrique aujourd’hui.
Chaque
génération se trouve dès lors confrontée à une réalité sociale, politique et
économique. Autrefois, les jeunes bénéficiaient de la protection de la famille
et de l’Etat. Aujourd’hui, il n’en est plus de même. Le chômage des jeunes
diplômés constitue sans doute l’exemple le plus édifiant selon Me. Abessolo. Cette situation les contraint à faire preuve de
créativité et d’originalité pour sortir de l’inactivité. Ainsi, depuis 1991, au
Sénégal, il se produit le phénomène des « maîtrisards », du nom de
ces étudiants titulaires d’une maîtrise (Bac+4). Ces jeunes diplômés ne
trouvent pas de travail en sortant de l’université, des professeurs ou des
médecins n’arrivent pas à se faire embaucher dans la fonction publique. Aussi,
pour faire face à une situation qu’ils jugent inacceptable, ils s’associent
pour créer leur propre entreprise. M. Seck illustrait
son propos en prenant l’exemple de deux étudiants diplômés d’une maîtrise en
droit s’associant pour ouvrir une boulangerie.
Cependant,
le chômage ne touche pas que les jeunes diplômés. Il s’étend à l’ensemble de la
jeunesse. Cet environnement nourrit des frustrations qui conduisent les jeunes
à se mobiliser politiquement. Ils cherchent en effet une alternative que l’Etat
ne semble pas capable de proposer selon M. Seck. Au
cours de son témoignage, M. Boyogueno rappelait que
la crise économique qu’a connu le Cameroun a eu comme effet de ralentir
considérablement le rajeunissement des effectifs dans les entreprises et par
conséquence dans les mouvements syndicaux.
La Lettre de la Cade n°99 - avril 2007 –
page 2
Par
ailleurs, la jeunesse actuelle participe à un phénomène nouveau au regard de
l’histoire, celui de l’exode rural et donc à son corollaire, l’urbanisation.
Cette « citadinisation », pour reprendre le
terme de M. Seck, opère un bouleversement dans le
paysage économique mais aussi politique. En effet, le poids démographique des
jeunes en Afrique, qui ne cesse d’augmenter, rompt les équilibres
traditionnels. Pour comprendre cet état de fait, M. Domergue a rappelé que
l’âge médian de la population en Afrique évoluera de 17 ans en 1996 à 19 ans en
2020. A titre de comparaison, en Chine, ce chiffre passera de 28 à 38 ans. A
cela s’ajoute un autre élément, l’accès à l’éducation. Selon M. Seck, cette massification de la scolarisation associée à
l’explosion des moyens de communication aide et informe les jeunes de ce qui
existe dans le monde. La conjonction de ces trois éléments : poids
démographique, éducation scolaire (accès au savoir de base, comme le précise M.
Seck), urbanisation ; conduit à une redéfinition
de la demande sociale.
Ainsi,
conscients que la politique se doit de répondre à ces nouvelles attentes, les
jeunes tentent par diverses manières de peser politiquement pour apporter des
solutions à leurs difficultés et à leurs frustrations.
L’insertion
des jeunes dans le jeu politique africain.
Me Abessolo a tenu à rappeler que les jeunes possèdent une
conscience politique qui leur est propre. Elle obéit à des règles qui ne sont
pas rigides. Aussi, l’engagement des jeunes est protéiforme. Chacun des
intervenants a évoqué une insertion variée, de l’adhésion au parti politique
aux mouvements syndicaux, en passant par la participation à des associations
diverses et multiples.
Tout
d’abord, la frustration, issue de la situation précaire dans laquelle vivent
les jeunes, se transforme en un militantisme actif, qui se fonde principalement
sur la contestation. Il convient d’emblée de nuancer ce propos, puisqu’il
existe des mouvements de jeunes défendant le parti en place, comme l’ont fait
remarquer tant les intervenants que l’auditoire. Cependant, comme le souligne
M. Seck, les jeunes recherchent l’alternative et sont
donc plus prompts à adhérer à des mouvements revendiquant le changement, comme
notamment SOPI au Sénégal. La rhétorique d’Abdoulaye Wade
a ainsi permis de mobiliser les jeunes. Du vote contestataire, ou
abstentionniste, à la violence, cette contestation rend compte d’un
militantisme actif. Me Abessolo affirme qu’il se
traduit non seulement par un engagement politique, à travers l’adhésion à un
parti, mais aussi par l’exercice de la citoyenneté dans des domaines variés
(sociaux, humanitaires, culturels…). En effet, les jeunes participent à la vie
politique dans le cadre de mouvements syndicaux et sociaux, de mouvements intellectuelset au travers des associations de tous types.
L’exemple camerounais est à ce titre assez édifiant. L’émergence des
« Organisations de la Société Civile », comme le souligne M. Boyogueno, traduit l’engagement citoyen original tant par
les objectifs que par les modalités d’action de la jeunesse camerounaise. Si le
nombre d’ONG accréditées par le gouvernement du Président Biya n’excède pas une
quinzaine, plus de 56.000 associations revendiquent ce statut ! Elles
tentent de se substituer à l’Etat, lorsque celui-ci ne répond pas aux besoins
de la société dans des domaines très variés : santé, éducation, protection
de l’environnement, droits de l’Homme, etc.
Le parti
politique : un espace de revendication et d’affirmation limité.
Outre
l’engagement associatif, les jeunes s’engagent dans les partis politiques.
Mais, la relation entre les hommes politiques et les jeunes s’avère souvent
ambiguë. Si les premiers chefs d’Etat à l’issue de l’indépendance étaient
eux-mêmes jeunes ou entourés de jeunes, comme le rappelle M. Seck, ils ont par la suite tenté de limiter leur rôle. Il
existe en effet une véritable méfiance de la jeunesse de la part du politique,
qui se mêle à une attention particulière. Aussi, ils ont créé des mouvements de
jeunes, officiels ou présidentiels, dans lesquels leur action demeure limitée
et sous contrôle de plus anciens. Au Cameroun, M. Boyogueno
explique que le couple présidentiel dispose chacun d’un parti de jeunes,
encadré par des cadres « déclassés de la structure mère », par
conséquent plus âgés. Leur engagement se confond avec l’œuvre sociale de leur
parrain ou marraine. De ce fait, leur autonomie est relativement limitée. En
fait, ces structures offrent à leurs adhérents une possibilité de côtoyer des
personnalités impliquées dans les milieux politiques et économiques, une
occasion de construire un réseau. M. Boyogueno a
parfaitement résumé la place que concèdent les hommes politiques aux jeunes, en
la qualifiant de « résiduelle ». En effet, les sections de jeunes,
quand elles existent, n’ont qu’un rôle de faire valoir. Cette position quelque
peu marginale accordée à la jeunesse au sein des partis politiques a fait
l’unanimité chez les intervenants et l’auditoire. Certains participants ont
cherché à savoir pour quelles raisons cette place « résiduelle »
demeurait encore une réalité.
M. Seck a tenté d’apporter une réponse en s’appuyant sur le
passé politique du Sénégal. A l’aune de l’indépendance, les Africains ont eu
deux défis à relever : la construction de la nation et le développement
économique. Face à cette tâche immense, les hommes politiques de l’époque ont
voulu fonder une nation sur une conception familiale. Cela s’est traduit
institutionnellement par l’instauration du parti unique, voire
« unifié » (pour reprendre l’expression de Senghor) au Sénégal, ou du
parti-Etat, comme au Gabon par exemple. D’un point de
vue économique, cette vision nationale s’est caractérisée par la
nationalisation des entreprises et le gigantisme économique. Ce faisant, comme
le souligne M. Seck, de nombreux pays africains, et
notamment le Sénégal, ont souffert d’un « sous-développement
institutionnel ». Par la suite, appuyés par l’opinion internationale, les
jeunes ont réclamé davantage de démocratie, en accompagnant ces revendications
de violences à l’égard des attributs représentant le pouvoir. Contraints à l’ouverture
démocratique, les hommes politiques ont usé de toutes les méthodes possibles
pour canaliser ces revendications. La méfiance s’était définitivement implantée
et continue de structurer la vie politique de certains pays africains.
Par
ailleurs, cette volonté d’encadrer l’engagement politique des jeunes révèle les
craintes qu’ils génèrent. Ils rejettent violemment les pratiques douteuses des
politiques. A l’inverse, ils entretiennent un véritable phénomène de
starification, évoqué par l’ensemble des intervenants, à l’égard de certains
hommes politiques. Mais, ces derniers cherchent davantage à s’assurer un
électorat plus qu’une force de proposition. Aussi, la tentation
d’instrumentaliser cette fantastique masse de « fidèles » est grande.
L’instrumentalisation
des mouvements de jeunes : quelles conséquences ?
L’homme
politique craint le jeune, conscient de sa propension à être manipulé. Cette
défiance envers la jeunesse trouve son explication dans la phrase de M. Seck : « La jeunesse sert n’importe quel maître ».
Aussi, le contrôle des mouvements de jeunes devient un véritable enjeu.
Parfois, ils se transforment en véritable machine de guerre. En examinant le
cas des « jeunes patriotes » en Côte d’Ivoire, Mme Thorin a parfaitement décrit les mécanismes mis en œuvre
dans l’instrumentalisation politique d’un mouvement de jeunes. La pertinence de
son analyse lui a d’ailleurs valu d’être menacée.
En
septembre 2002, la Côte d’Ivoire est le théâtre de violences par des jeunes
militaires, dont l’objectif est de « libérer la Côte d’Ivoire de la
dictature de Laurent Gbagbo et d’instaurer une vraie
démocratie », selon les communiqués du Mouvement patriotique de Côte
d’Ivoire
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(MPCI).
Outre la phase militaire de la crise, qui a débouché sur une scission du pays
en deux parties, Mme Thorin rappelle que la guerre a
été menée sur le front de la mobilisation sociale dans la partie sud du pays.
Le pouvoir en place s’est appuyé sur deux mouvements étudiants : la
Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) et la Convention
panafricaine des Jeunes patriotes (COJEP) de Charles Blé Goudé
(ancien leader de la FESCI). A l’instar d’un mouvement étudiant classique, la
FESCI vise à améliorer le quotidien des étudiants. Si son action s’est inscrite
dans la contestation, elle a cherché davantage à influencer et à faire pression
sur le gouvernement en place. Cette relation d’influence a alors amené ses
dirigeants à se sentir plus proches du pouvoir que de l’opposition. Quant à la
COJEP, il s’agit d’une association d’inspiration socialiste et à vocation
internationale. L’étude de son organisation révèle une structure hiérarchisée
parfaitement implantée dans le milieu local, disposant ainsi de nombreux relais
au sein de la population. Sa dimension internationale renforce sa crédibilité
et sa légitimité aux yeux des jeunes. Cette visibilité et sa capacité
d’influence attisent inévitablement les convoitises. Elle représente en effet
un vecteur de transmission idéologique inespéré pour le parti au pouvoir. Mais
cette capacité d’influence repose sur un mécanisme assez pervers. En effet, la
COJEP finance des bourses et des microprojets, rendant redevables les
bénéficiaires. « Reconnaissance et clientélisme » permettent par la
suite d’instrumentaliser les jeunes, comme l’affirme Mme Thorin.
Pour galvaniser les foules, il fallait un leader charismatique. Charles Blé Goudé sera celui-là. Fondateur de l’Alliance de la jeunesse
pour le sursaut national (AJSN), appelée également « les Jeunes patriotes »,
« noyautée » par la COJEP, il met alors toute sa verve et sa force de
conviction pour mobiliser les jeunes en faveur du gouvernement en place avec un
succès certain. Ancien membre du Front populaire ivoirien (FPI) de Gbagbo, il met indéniablement son organisation au service
du régime en place. Cette instrumentalisation par le Président ivoirien pour
démontrer sa légitimité par la mobilisation populaire n’est en rien
condamnable. En revanche, dès lors que ce mouvement étudiant sert de plateforme
de recrutement pour alimenter les troupes régulières, alors
l’instrumentalisation ne peut être que condamnée. Mme Thorin
a au cours du débat rappelé dans ses réponses aux questions que la violence
n’était en aucun cas une forme d’expression politique et qu’à ce titre elle
était toujours condamnable. Le rapport de force n’est qu’un avatar perverti du
militantisme politique que l’on ne peut cautionner. Enfin, l’action de la COJEP
s’est parachevée par la formation de milices aux comportements scandaleux (pillage,
racket, menaces de mort…). Cette étape constitue un point d’inflexion
intéressant dans la relation entre le parti au pouvoir et les mouvements de
jeunes. En effet, si la COJEP se faisait manipuler auparavant, avec la création
de ces groupes paramilitaires, elle ravit le monopole de la violence aux forces
régulières et instaure ses propres règles. Elle devient alors manipulatrice.
La COJEP a
étendu son pouvoir et a diffusé son idéologie patriotique partout dans le Sud
du pays, obligeant Gbagbo à insérer ses dirigeants
dans des instances du FPI. Cependant, elle manque
aujourd’hui de moyens financiers pour poursuivre son extension et assurer sa
pérennisation. Privés de ressources, ses fondements politiques et idéologiques
tendent à se déliter. Ce dernier point démontre une des faiblesses
structurelles des mouvements de jeunes, l’absence de moyens financiers
nécessaires à leur indépendance et à leur existence.
Comment
améliorer les capacités des jeunes à motiver les réformes nécessaires à la
bonne gouvernance afin de favoriser le développement ?
Une des
priorités pour les jeunes en Afrique est de réussir à s’insérer pleinement dans
la société et d’être associés à la prise de décision comme l’ont rappelé Me Abessolo et M. Boyogueno. En
effet, sans cette participation active et totale à la vie politique, ils
demeureront un groupe qu’il faut courtiser ou contrôler plus qu’une force de
proposition. Pour cela, ils doivent afficher une véritable volonté d’insuffler
une nouvelle dynamique. Au delà de l’engagement individuel fort, cela implique
de créer des structures associatives ou politiques reconnues et aux ambitions
vastes.
Outre
l’approfondissement démocratique, la promotion de la laïcité semble
indispensable à l’affirmation des jeunes sur la scène politique. En effet, si
la manipulation des mouvements de jeunes semble une constante, le poids de la
religion semble également constituer un levier d’action pour les contrôler. A
ce propos, M. Seck a rappelé que les pesanteurs
spirituelles, notamment maraboutiques au Sénégal, étaient considérables. Pour
sortir de ces lourdeurs, seule une promotion active de la laïcité permettra aux
jeunes de penser par soi-même, pour soi-même comme disait Senghor. Ainsi, ils
développeront un esprit critique indispensable à la construction d’une
conscience politique. M. Seck suggère également de
promouvoir une culture communale, c'est-à-dire une participation responsable
dans des structures locales, point de départ à l’éducation à la citoyenneté.
Enfin, il convient d’assurer la promotion de la ruralité comme source de
travail et de participation concrète à la vie de la société.
En
conclusion, objet d’attention et de méfiance par l’homme politique, le jeune
n’apparaît pas comme un sujet politique en tant que tel. Il doit s’imposer dans
l’arène politique en s’émancipant des différentes tutelles auxquelles il est
soumis. Pour que cette émancipation s’inscrive dans une démarche démocratique,
elle doit s’appuyer sur la capacité d’indignation, l’aptitude à la révolte et à
la contestation que les jeunes détiennent en eux. Leur aptitude à se mobiliser
à travers diverses associations prouve qu’ils possèdent tous les ressorts pour
contraindre le politique à les insérer pleinement dans la vie politique.
Luc Penet
Etudiant à Sciences Po
Bibliographie :
D’ALMEIDA-TOPOR Hélène, GOERG
Odile, « Le mouvement associatif des jeunes en Afrique noire francophone
au XXe siècle », L’Harmattan
(Paris), 1989.
DE BOECK Filip, HONWANA Alcinda, « Enfants, jeunes et politiques » en Politique africaine (Paris),
n°80, 12/2000.
MBEMBE Achille, « Les Jeunes et L'Ordre
politique en Afrique noire », L'Harmattan
(Paris), 2004.
WONYU Emmanuel, « Les
jeunes et l'exigence d'un nouvel ordre politique en Afrique »,
Afrique 2000 (Paris), 1990.
Revue Politique Africaine, Partis
politiques d’Afrique. Retour sur un objet délaissé, N°104, décembre 2006.
Coordination pour l'Afrique de Demain (CADE)
Association Loi 1901
Président : Michel Levallois Vice-Présidents : Raymond Césaire, Georges
Courade, Xavier de Franssu,
Henri Senghor.
Secrétaire Général : Jean-Loïc Baudet Trésorier
: Jean-Louis Domergue
La Lettre de la CADE
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L
A P A
G E L A
P A G
E
L A P A G E E C O N O M I Q U EACT
L'IMPACT DE L'EMIGRATION EN AFRIQUE
Le
phénomène de la migration interpelle les individus du pays d’origine et du pays
d’accueil, les gouvernements de départ et d’arrivée, il est source de
polémiques, d’exploitations politiques. C’est un problème humain, donc complexe
et attachant. Cette résonance est d’autant plus grande en France qu’elle
s’appuie sur des statistiques, qui légalement ne donnent aucune précision,
comme a essayé de l’expliquer La Lettre 96 .Néanmoins on peut considérer que 35
à 40.OOO immigrés viennent, en règle, chaque année du sud du Sahara. Il faut y
ajouter les clandestins, en nombre, par définition, inconnu.
Vus d’Afrique noire, ils ne représentent qu’une faible partie de ceux qui vont en Europe, en Amérique
du Nord et - pour 9O% - dans un autre Etat du continent. Ils ne sont donc que
dix pour cent à résider dans les pays industrialisés, mais ils constituent une
source de revenus considérables, une masse d’innovations et un moteur de
développement. En 2OO5, ils lui ont apporté 8,1 milliards de $ contre 1,9 en
1990 et 4,9 en 2000. Dans le monde, les émigrés ont envoyé dans l’ensemble des
pays en développement entre 167 et 200 milliards de dollars en 2005, soit plus
que l’Aide Publique (APD). Les chiffres de 2005 sont controversés parce qu’ils
englobent le coût des annulations de dette, qui à elles seules s’élevaient à
22,7 milliards de dollars. En 2006 l’APD ne
représentait que 104 milliards de dollars, remises de dette
comprises.
La
croissance augmente
L’impact de
ces sommes sur l’économie ne fait pas l’objet de statistiques précises et
fiables, car elles interviennent dans des secteurs très variés, qui dépendent
souvent du niveau de qualification des migrants, de l’importance de la diaspora
du pays d’accueil, du genre (les femmes privilégient davantage les biens collectifs).
L’argent
des émigrés, en s’investissant dans l’économie du pays, valorise son PIB ( 5 % en Ouganda), et augmente ses chances d’intéresser les
IDE (investissement directs étrangers) et d’accéder aux financements des
organisations internationales. En allant dans des entreprises à développer ou à
créer, il multiplie les emplois. S’il est utilisé pour l’éducation ou la santé,
il améliore les conditions de vie locale. Et même en restant dans la sphère familiale, cet argent élève le
pouvoir d’achat de ses membres, augmente leur consommation et contribue à la
croissance et à la réduction de la pauvreté: 11 % en Ouganda, 5 % au Ghana. Il
peut toutefois accroître les inégalités lorsque les migrants appartiennent à
des familles aisées, qui le deviennent davantage. Mais si la diaspora du pays
d’accueil est bien établie, elle facilite l’accès de migrants plus défavorisés
et contribue alors à réduire les inégalités, car les revenus parviennent
généralement à des populations qui n’ont pas accès au crédit.
L’émigration,
c’est aussi la fuite des cerveaux. L’Afrique aurait perdu 60.000 spécialistes
entre 1985 et 1990 et 20.000 chaque année depuis lors.
Le Ghana a été privé de 60 % de ses médecins. Du Soudan sont partis 17 % de
médecins, 20 % de professeurs d’université, 30 % d’ingénieurs. Globalement 15 à
20 % de la population qualifiée manque ainsi à l’économie locale. Les
transferts d’argent sont sans doute plus élevés. Mais l’administration manque
de cadres, la société civile est affaiblie, il y a moins de création
d’entreprises, donc moins d’emplois. Dans chaque Etat d’origine, le budget
consacré à l’éducation sert, finalement pour partie, aux Etats d’accueil.
Les
milliards des migrants arrivent en Afrique par des canaux divers. Les clients
d’une banque en France peuvent envoyer leurs économies par cet établissement,
qui a des filiales ou des accords avec des banques locales. D’autres utilisent
les services d’entreprises spécialisées, très rares en France en application
d‘une réglementation exigeante sur leur sérieux. Une prochaine directive de
Bruxelles devrait uniformiser les conditions d’agrément des sociétés de
transfert de fonds en Europe. Là aussi l’informel est très présent: les
entreprises de ce secteur, en France, ne demandent pas de justification, ni pour
l’identité des déposants, ni pour l’origine des fonds..
Leurs commissions sont en outre moins onéreuses. L’Agence
Française de Développement a été chargée de créer une sorte d’observatoire des
transferts financiers, dont les indications seraient à la disposition des
clients. Cette mise en concurrence devrait permettre des économies sur ces
dépenses, qui, théoriquement, profiteraient aux investissements en Afrique.
Lettre de la
Cade n°99 - avril 2007 – page 5
Le
co-développement
Ceux-ci
peuvent être aidés aussi par les formules de co-développement, qui consistent à
associer des crédits d’APD à des capitaux fournis par
les migrants. Leurs associations, notamment en région parisienne, les utilisent
beaucoup depuis plusieurs années. Curieusement le terme a connu un grand succès
durant la campagne présidentielle. Il était présenté comme la clé du
développement en Afrique, sans faire référence à sa réalité et sans préciser
son contenu. Chaque candidat l’adaptait à l’esprit de sa campagne. Le plus
souvent, il apparaissait comme servant plus à freiner l’immigration en France
qu’à accélérer le développement en Afrique.
La place de
l’immigration dans l’histoire de la France montre que le phénomène n’est pas en
soi négatif. Comme l’Europe entière aura de plus en plus besoin de main
d’oeuvre et de cerveaux, elle deviendra nécessaire. Une maîtrise des flux, tant
à l’arrivée qu’au départ, apparaîtra sans doute comme inévitable.
Robert GINESY
NDLR : L’essentiel des
informations utilisées dans cette page est puisé dans l’hebdomadaire “Marchés
tropicaux et méditerranéens”.
LES
CLANDESTINS
Par nature
ils ne sont pas pris en compte dans les éléments statistiques auxquels
l’article fait référence. Mais ils existent, ils sont des centaines de milliers
et, eux aussi, envoient de l’argent dans leur pays d’origine...... après,
toutefois, avoir payé cher leur voyage
Le passage
Sénégal - Canaries revient à 1.200 euros, somme énorme pour la plupart des
candidats. Ils économisent parfois, leurs familles financent aussi. Souvent ils
empruntent et, plus gravement, même auprès des passeurs. En effet des gangs,
relevant de la criminalité internationale, s’occupent de leur voyage et de leur
travail en France ou en Europe. Le “remboursement” est souvent à la tête du
client et le clandestin met longtemps à s’en acquitter. Ce qui réduit d’autant
l’argent qu’il peut transférer ...par des réseaux informels évidemment.
La
multiplication des contrôles inopinés fragilise la situation des clandestins:
c’est l’objectif pour les inciter à repartir et à dissuader leurs émules. Mais
souvent ils trouvent la sécurité en travaillant au noir, car les entreprises
sont rarement contrôlées. Les réseaux maffieux en profitent pour exploiter des
individus qui n’ont pas de choix: c‘est le travail peu payé ou l‘expulsion.
_______________________________________________________________________
EN
1967 L’ENCYCLIQUE POPULARUM PROGRESSIO
;
....traçait
du Tiers Monde de l’époque un tableau que le Sud d’aujourd’hui, à l’exception
des pays émergents, n’a pas actualisé. Elle souhaitait la croissance, pour être
“plus” pour un véritable développement humain. Les accords signés avec le
consentement de parties, en positions de force inégales, ne sont pas justes. Le
commerce international doit avoir des limites justes et morales. Les prix
doivent permettre aux producteurs de vivre........
Ce texte
signé pas Paul VI soutient la régionalisation, constate que le Marché Commun
protége les agriculteurs européens, pourquoi les PVD ne feraient-ils pas de
même ?
Lors d’une
réunion du Centre Développement et Civilisations (Lebret - IRFED), qu’il
préside, Yves Berthelot, a multiplié les exemples de cette stagnation, contre
laquelle pourtant tout a été essayé, dit-il. A l‘ONU, à la CNUCED, dont il fut
secrétaire général adjoint, dans les pays du Nord, dans ceux du Sud, des
mesures ont été prises... en vain.
Dans une
encyclique - bilan vingt ans après, en 1987, Jean Paul II donnait la priorité
aux droits des pauvres, droits dont il faut pouvoir jouir. Aujourd’hui, au delà
de mesures techniques qui ont montré leurs limites ou de ce que peut faire la
société civile émergente, le conférencier en appelle à un sursaut moral, pour
un monde interdépendant et non globalisé et surtout plus solidaire.
R.G.
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collectivités locales : 150 euros. Adhésion individuelle à l’Association,
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l’abonnement : 45 euros. Paiement par chèque à l’ordre de la CADE
L’élection présidentielle et
l’Afrique
Il faut
féliciter la revue Politique africaine pour la parution de son numéro 105 de mars 2007 qui nous
livre avant les deux tours de l’élection présidentielle, un dossier très
complet de la politique africaine française pendant les douze années de la
présidence de Jacques Chirac, comme elle l’avait fait en 1995, pour les deux
mandats du président « François Mitterand l’Africain »,
(N°58).
Le dossier
que Richard Banégas, Roland Marchal et Julien Meimon ont coordonné sous le titre France-Afrique, sortir du Pacte colonial, et auquel ont participé J.-F.
Bayart, P. Yengo, Ph. Hugon, le journaliste V. Hugeux
montre que la mutation de la relation franco-africaine décidée et commencée en
1981 a souffert de fortes tensions, voire de contradictions et d’incohérences,
qu’il s’agisse de coopération politique, militaire, d’aide au développement, de
zone franc et qu’elle est inachevée. L’analyse de la crise ivoirienne faite par
Vincent Hugeux en est une forte illustration.
Un
avant-propos très clair de la rédaction plaide pour une réflexion approfondie
sur les choix qui restent à faire pour sortir de l’indécision et de
l’approximation de ces dernières années. La banalisation de la relation France-Afrique doit-elle se poursuivre ? Sous quelle
forme ? L’enjeu africain doit-il être mondialisé dans l’action
internationale de la France ? Doit-il être au contraire recentré sur les
intérêts économiques ? Si l’on veut maintenir une relation privilégiée
avec ce continent, de quelle façon et au prix de quelles réformes par rapport
aux errements anciens faut-il le faire ?
Il n’est
pas trop tard pour que les partis politiques et leurs candidats qu’ils vont
présenter aux législatives se positionnent par rapport à ces choix essentiels.
Michel Levallois
Réunion des instances statutaires de
la CADE
La CADE a
tenu ses assises - Conseil d’administration et Assemblée générale- le Mardi 27
Mars 2007 à son siège. Ce fut l’occasion de présenter et faire le point sur ses
activités au cours de l’année 2006 et de définir les orientations de ses
travaux pour l’année à venir. Il y fut question, également, du renouvellement
de son Conseil d’administration.
Au cours de
l’année 2006 l’activité de la CADE a été très soutenue: aux cinq
rencontres-débats relayées dans la Lettre de la CADE sur le thème des
« chemins de la démocratie en Afrique »se sont ajoutés:
Lettre de la
Cade n°99 - avril 2007 – page 6
- un
colloque sur « Europe et Afrique(s) demain »où a été conduite
une réflexion sur l’avenir de leurs relations,
- deux
rencontres-débats sur « l’entreprise en Afrique » qui ont mis en
lumière les conditions particulières d’existence et de développement des
entreprises en Afrique,
- une
rencontre-débat sur « les jeunes d’origine africaine en France »,
prologue au cycle des « jeunes en Afrique » de l’année 2007,
- et enfin
une rencontre-débat organisée autour du livre « Afrique des idées
reçues »publié sous la direction de Georges Courade.
A noter que
la CADE, bénéficiaire d’une subvention du FASILD (Fonds d’action et de soutien
aux luttes contre les discriminations), s’intéresse tout particulièrement à ce
titre à la perception de l’Afrique par les jeunes d’origine africaine vivant en
France.
Les comptes
de l’année ont été obérés par des dépenses afférentes à l’année 2005. Ceci
explique la diminution importante entre le solde bancaire le 31 décembre 2005,
soit 17.310,03 € et la trésorerie nette au 31 décembre 2006, soit 3.893,83 €
La
programmation des activités de la CADE pour l’année à venir 2007-2008 a donné
lieu à un échange de vues sur le thème des mutations que connaît actuellement
l’Afrique tant sous des pressions intérieures qu’en raison de l’intérêt nouveau
qu’elle suscite aussi bien chez les grandes puissances - Etats-Unis et Chine
notamment - que dans les organisations internationales. Il s’agira de présenter
et analyser les facteurs et acteurs des changements qui affectent les sociétés
africaines afin de dégager les grandes lignes de ces mutations. La CADE
intensifiera son dialogue avec la diaspora africaine et poursuivra sa présence
dans les Media.
Du fait de
l’accroissement prévu des activités de la CADE et, par suite, de la prise en
charge intégrale et à plein temps de sa seule permanente, des nouvelles
ressources doivent être recherchées. Michel Levallois fait appel aux bénévoles
qui pourraient venir renforcer les pôles d’activités de la CADE :
rencontres-débats, medias, site Internet et forum, diaspora, pédagogie et monde
de l’éducation, Europe, entreprises, relations avec les ONG …
Pour ce qui
est du renouvellement du Conseil d’administration, furent enregistrés le départ
du vice-président Jean Clauzel et la démission de leur fonction de Philippe
Mathieu, Secrétaire Général, et de Pierre Croze,
Trésorier. Après les avoir remerciés pour la qualité de leur contribution et
leur dévouement, le Président a proposé de faire entrer dans le Conseil
d’administration Georges Courade en qualité de
vice-président et Jean-Loïc Baudet comme Secrétaire
Général et de confier le mandat de Trésorier à Jean-Louis Domergue. Ces
propositions ont reçu l’agrément du Conseil d’administration. Enfin, les
mandats de Pierre Croze et Jean Brice Simonin arrivés
à échéance ont été reconduits.
La Cade
« Un pacte international de
renaissance de l’Afrique »
Dans un
petit livre récent (1), Edgar Pisani tente de tirer partie de ses expériences
de soixante ans de vie publique pour esquisser « un équilibre dynamique du
monde ». Se définissant comme « un révolté non révolutionnaire »,
il souligne l’urgence d’une réforme radicale de « l’ordre politique du
monde » et formule une série de propositions susceptibles d’enrichir le
débat électoral actuel. Le continent africain est au cœur de sa réflexion, suggérant
que « le méridien de la puissance et de la civilisation » pourrait un
jour se déplacer vers lui. Le grand chantier auquel il nous invite pour assurer
l’avenir de l’économie mondiale, la paix et la sécurité est de faire en sorte
que plus aucun pays ne soit marginalisé.
Développement,
sécurité et paix sont liés. Edgar Pisani porte un regard critique sur les
pratiques de l’aide au développement. L’aide alimentaire, les grandes
exploitations agricoles et minières ne sont guère favorables au développement
car elles n’encouragent pas la capacité productrice des pays et créent peu
d’emplois. Les apports extérieurs profitent davantage à la prospérité des
grandes puissances qu’aux économies des pays bénéficiaires. Ces derniers ne
profitent pas des « secrets et disciplines de la modernité » mais
sont plutôt des chantiers où s’affrontent les pays développés. La priorité
donnée aux « projets » isolés n’a pas permis la définition d’une
politique contractuelle soucieuse d’efficacité en terme de développement
global.
La paix,
qui n’est pas qu’un « état de non-guerre »,
la communauté internationale ne parvient pas à la garantir bien qu’elle ait,
selon Edgar Pisani, accordé plus d’importance à la sécurité qu’au
développement. L’auteur appelle de ses vœux la création d’un « Conseil de
sécurité et de développement », cénacle tenant lieu à la fois
d’observatoire et de conseil, capable de dresser périodiquement un état du
monde, et de définir les responsabilités, les procédures et moyens
d’intervention.
En Afrique,
où les problèmes ne peuvent se résoudre par des interventions ponctuelles,
Edgar Pisani estime qu’il y a urgence mondiale et continentale à élaborer
« un pacte international de renaissance de l’Afrique subsaharienne »
qui définit un nouveau partenariat entre l’Afrique et le monde. Le
développement doit se concevoir à l’échelle continentale, être engagé par des
politiques solidaires évitant toute concurrence, négociées entre bénéficiaires
et prestataires. Les enjeux sont considérables pour l’Afrique mais aussi pour
notre propre avenir. Un tel pacte conduit, conclut Edgar Pisani, à une
« géopolitique concertée Afrique, Méditerranée, Europe ». Simple
utopie ou nécessité vitale pour l’équilibre du monde?
Philippe Mathieu
(1) Edgar Pisani, « Vive
la révolte ; un vieil homme et la politique », 200 p, Ed. du Seuil, 2006
Billet
Afrique Europe :
Une
facilité européenne de financement des infrastructures de base africaines.
Après les indépendances, la Commission européenne
avait affecté, dans le cadre des conventions de Yaoundé, une partie importante
de son aide aux Etats Africains et Malgache Associés (EAMA) au financement
des infrastructures de base dans les domaines des transports, de la santé et de
l'éducation. Il s'agissait alors de doter les EAMA des
équipements qui leur faisaient encore défaut et qui étaient nécessaires à la
mise en œuvre des politiques publiques dans ces secteurs.
Les coûts élevés de ces opérations, le défaut
d'entretien de ces équipements, les changements de priorité dans l'affectation
des fonds d'aide ont progressivement estompé les besoins en cette matière. Il
apparaît maintenant qu'un gros effort est à fournir dans ce domaine pour
renforcer la compétitivité des économies africaines à un moment
où les Accords de Partenariat Économique (APE) visent à mieux
les intégrer dans le commerce mondial.
Dans ces conditions, la Commission européenne a
décidé,ce 23 Avril,avec l'appui de 9 Etats-Membres (Allemagne,
Autriche, Belgique, Espagne, France, Grèce, Italie, Luxembourg, Pays-Bas) et de
la Banque Européenne d'Investissement (BEI) de créer un Fonds spécial
pour le financement des infrastructures en Afrique doté jusqu'à la
fin 2007 de 60 millions d’€ de la Commission européenne, de 27 millions d’€ des
9 Etats-Membres et
de plus de 260 millions d’€ de prêts de la BEI.
Jean-Loïc Baudet
Lettre de la
Cade n°99 - avril 2007 – page 7
notes et annonces
AGENDA
DE LA CADE
Les prochaines
rencontres-débats auront lieu à l'Ecole nationale d'Administration ENA, 2
avenue de l'Observatoire, amphithéâtre Parodi de 17 h45 à
19h45 :
Mercredi
23 mai 2007, dernière rencontre du cycle sur les jeunes en Afrique :
« Les jeunes
Africains face à la construction de leur identité »
Jeudi 21 juin : « les langues vernaculaires en Afrique »
Les prochaines
émissions sur Radio-Aligre (93.1 FM) les Mercredis de
8 h à 8h40 :
16 Mai : l'engagement
des jeunes en politique 30
La rue d'Ulm en Afrique (cf La Lettre 98 p. 7), programme résumé de la
semaine du 14 au 19 Mai 2007 à l'Ecole Normale Supérieure, 45 rue d'Ulm 75005 Paris
Lundi 14 à 18h, conférence
« la gouvernance en Afrique » et à 20 h vernissage d'une exposition de
photographes africains
Mardi 15 à 19 h projection
de 3 documentaires : « I promise Africa »,
« Un grand miracle : les enfants perdus du Soudan
», « Chère Europe », suivie d'un débat.
Mercredi 16 à 18 h «
Questions de santé » et à 20h30 « La réconciliation nationale
»
Jeudi 17 à 15h : exposition
« Sahel, l'Homme
face au désert » sur les grilles du jardin
du Luxembourg, rue Médicis.
Vendredi 18 à 18h : « Le microcrédit,
impacts économiques et sociaux » et à 20h30
: « Le droit d'ingérence ». Samedi 19 à 14h30 : « Quelle université
pour l'Afrique ?» et à 17 h : table ronde sur « La Francophonie
». Programme détaillé et autres informations
sur www.eleves.ens.fr/pollens/afrique
Séminaire « Capitalisation et évaluation des expériences de
développement »
Le 4ème séminaire du cycle
de formation
interactif se déroule les 10, 24 mai, 7 et
14 juin de 18h30 à 20h30, 20 rue des
Tanneries 750013Paris Plus
d'informations par :
A paraître en Juin aux éditions « Présence africaine » de « Sénégal notre pirogue, au soleil de la liberté » Journal de bord de Roland Colin entre 1955 et 1980.
Académie des sciences
d'outremer (www.academiedoutremer.fr) Vendredi 1er juin : La reconstruction et les élections de la nouvelle République démocratique du Congo (2006-2007) par Jean-Claude Masclet professeur de l'Université Panthéon Sorbonne.
ARRI (www.arri.fr ) Mardi 15 mai 17h30 à 19h30 siège d'ARRI :
Intervention française au Rwanda
avec André Ronde, Colonel
des Troupes de Marine.
La Cité des Sciences a mis l’Afrique
dans l’actualité
Du 26 juin
au 4 novembre 2007, la Cité de Sciences braque ses projecteurs sur l’Afrique
subsaharienne pour montrer qu’elle a des atouts pour relever les défis à venir.
300 m² d’espace ont été mobilisés dans la zone Sciences Actualités. Selon les
habitudes de ce musée du futur, alterneront panneaux, images, cartes,
interviews, quizz, arbres à proverbes autour de
l’Afrique déclinée en 4 thèmes (se nourrir, la santé, un continent riche en
ressources, les sociétés africaines). Cinquante panneaux tenteront de montrer
technologies adoptées et potentialités, problèmes et ressources ressassées ou
peu connues et pourquoi le destin du continent n’est pas encore joué. Le titre
provisoire est tout un programme : « Quand l’Afrique s’éveillera… ».
La CADE ne peut que se retrouver dans cette manière cde voir le sous-continent
et suit avec attention la préparation de cette exposition. Elle vous invite à
la faire connaître autour de vous.
Georges Courade
Erratum : une confusion malheureuse nous a conduit à republier la page économique du n° 94 dans la Lettre n° 98. Nous prions nos lecteurs d'excuser cette répétition involontaire.
La Lettre de la Cade n°99 - avril 2007 –
page 8