La Lettre de la cade
Coordination pour l'Afrique de Demain
Bulletin mensuel d'information sur les activités de la
cade - mai
2007 — n° 1 00
Débat du mois : « Les jeunes Africains
face à la construction de leur identité »
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Editorial———————————————————————————————————————
La centième Lettre de la
Cade
Aujourd’hui, nous publions la centième
Lettre de la CADE. Les mille pages que nous avons remplies depuis 1996 avec le
compte rendu des rencontres-débats et les éditoriaux représentent une somme
d’informations et de réflexions sur les aspects de la réalité africaine. Elles
sont à votre disposition sur notre site. Un index thématique permet de les
retrouver à partir d’un plan qui traduit la vision positive de l’Afrique que
nous avons fait émerger : la crise du regard sur l’Afrique, l’Afrique
devenue un continent majeur, l’Afrique dans l’économie mondialisée aux prises
avec la démocratie, la modernité, enfin les mutations de la coopération
internationale et un plaidoyer pour un nouvel africanisme qui reste à
construire. Non, l’Afrique n’est pas un champ de ruines. C’est un immense
chantier dont nous ne connaissons pas les plans et sur lequel, pourtant,
s’active beaucoup de monde, de brillants ingénieurs à coté de nombreux
tâcherons…
Aujourd’hui, cette représentation
dynamique, sinon optimiste du continent nous laisse insatisfaits. Car si nos
rencontres-débats nous ont fait prendre conscience de l’existence de forces
nouvelles qui aspirent à prendre en main leur avenir, elles nous ont révélé de
formidables résistances au changement.
Philippe Étienne, alors Directeur général
de la DGCID l’avait dit à Jeune Afrique après la conférence des chefs d’Etat de
Bamako qui avait mis l’accent sur la jeunesse : « On ne doit plus
parler seulement de développement, mais aussi des jeunes et de leurs
attentes ». Le professeur Noureïni Tidjani-Serpos vient de le dire à la CADE en termes très
forts, lors de notre dernière rencontre sur les jeunes face à la
modernité : « Le moment va venir où les jeunes vont demander des
comptes et ce sera impitoyable, car nous ne leur avons donné que du
rêve ». Du rêve sans doute en faut-il, mais pour ceux qui sont privés de
formation, de soins, contraints de travailler pour survivre dans des conditions
souvent précaires, quelle tentation que celle de la violence, de la drogue et,
quelque en soit le risque, de l’exil ?
Il y a aussi des jeunes qui étudient la
nuit sous les lampadaires faute d’électricité à la maison et des jeunes qui se
risquent à entreprendre et à décrire leur vie dans des romans et des films
incisifs. L’utopie a toujours fait partie de l’horizon des jeunes. Elle les
mobilise et les oblige à regarder au-delà de leur sort personnel, à se dépasser
et à devenir des militants qui feront bouger, pan après pan, les secteurs les
mieux verrouillés du pouvoir, celui des aînés et des régimes, des mandarins et
des patrons. Ils demandent déjà des comptes à l’Université ou dans le monde
paysan, dans les projets de développement ou dans le secteur informel. Une
fenêtre peut-être ? Un air frais tout au moins.
Suite page 8
La Lettre de la Cade n° 100 – mai 2007 – page 1
Suite de la page 1
Le doublement de la population que les
démographes annoncent n’est donc pas seulement un problème de quantité de
bouches à nourrir, c’est aussi un problème d’organisation de la société.
L’arrivée à l’âge adulte de ces cohortes de jeunes va-t-elle subvertir des
régimes politiques africains incapables de leur faire une place ou va-t-elle au
contraire leur apporter le dynamisme qui va leur permettre de se réconcilier
avec la modernité, de trouver les voies d’une reconstruction de leurs sociétés,
de leurs économies, de leurs institutions ? Les gouvernements africains,
les instances internationales qui prétendent les aider à se développer, qui
financent des plans et des projets, ont-ils vraiment pris conscience de ce
formidable défi ?
Il n’existe sans doute pas de remède
miracle et les efforts qui sont déployés par tous ceux, et ils sont nombreux,
qui consacrent leur compétence et leur argent à l’aide au développement et à la
coopération internationale restent indispensables. Mais il est urgent que les
gouvernements africains trouvent les voies et les moyens de mettre les jeunes
au centre de leurs politiques. La scolarisation, la formation professionnelle,
l’accès à l’emploi, ne peuvent être réservés qu’à la minorité dont les parents
peuvent payer les études.
Que feront les jeunes Africains, ici et
là-bas, quels sont leurs combats, leurs succès, quelle Afrique préparent-ils, à
quelle Afrique rêvent-ils ? C’est dans cette direction, que nous
souhaitons, avec les jeunes d’Afrique et de la diaspora, orienter le travail de
la CADE ces prochains mois. C’est ainsi que nous pensons rester fidèles au
« demain » de notre nom.
La CADE
Compte-rendu
de la rencontre-débat du 23 mai 2007
« Les jeunes Africains face
à la
construction de leur identité »
Dernière rencontre-débat du cycle consacré à
« l’Afrique des jeunes », cette 101ère réunion de la CADE
a été consacrée à la construction de l’identité de la jeunesse africaine.
Animée par Jean-Louis DOMERGUE, membre de la CADE et ancien directeur de
l’Organisation internationale des migrations, cette rencontre s’est concentrée
sur l’analyse d’un phénomène socioculturel complexe : l’identité. Cette
construction identitaire s’inspire de la réalité dans laquelle elle prend
forme, mais puise également dans la tradition, dans l’histoire. Cette
dialectique reflète en partie les nombreuses questions auxquelles l’Afrique est
confrontée aujourd’hui.
Afin d’aborder ce vaste sujet, la réunion a commencé par
des exposés introductifs puis a été suivie par un débat. Le nombre de questions
posées démontre le vif intérêt de l’assemblée pour le thème abordé. Monsieur Tidiane DIAKITE, professeur d’origine malienne dans un
lycée à Rennes, a tout d’abord abordé la problématique de la construction
identitaire à travers la relation entre modernité et tradition chez les jeunes
Africains. Ensuite, M. Nouréini TIDJANI-SERPOS, directeur général adjoint de
l’UNESCO, s’est intéressé au rôle de la religion, voire des religions, dans la
création de l’identité des jeunes Africains.[1] Le témoignage du jour
a été fait par Monsieur Willy Cédric FOUMENA, jeune étudiant à l’Institut
d’Etudes Politiques de Paris (« Sciences Po »).
A partir de son expérience personnelle, ce jeune Camerounais a expliqué les
éléments qui ont eu une influence sur son identité.
I : Exposés introductifs
Tidiane Diakité : « Les
jeunes Africains entre modernité et tradition »
Monsieur Diakité estime que, d’une
manière caricaturale, l’Afrique actuelle est un continent partagé entre
traditions et modernité. L’Afrique des anciens, caractérisée par les traditions
et attachées aux hiérarchies coutumières, côtoie ou cohabite avec l’Afrique des
jeunes, sensibles aux influences extérieures notamment grâce aux nouvelles
technologies de communication. Cette jeunesse envisage alors un nouveau style
de vie. Ce faisant, elle refuse d’être enfermée dans le carcan de la tradition
et cherche à s’en émanciper sans pour autant la rejeter totalement. Cette
Afrique moderne se trouve donc en pleine transformation socioculturelle,
l’aspect de la construction identitaire chez les jeunes n’étant que la partie
émergée de l'iceberg. Ces deux mondes, bien que très proches et très liés, ne
semblent pas pouvoir fusionner. Le syncrétisme paraît impossible, tant ces deux
réalités africaines interdépendantes l’une de l’autre ne semblent pas
miscibles.
Quant à la construction de l’identité
chez les jeunes, il s’agit surtout d’une création culturelle. La culture,
considérée comme processus dynamique, mobilise à la fois le patrimoine ancien
et les éléments extérieurs indispensables à un individu, à un groupe ou à une
société toute entière pour qu’ils puissent créer quelque chose de nouveau.
Cette alchimie complexe se trouve à la base de l’identité humaine. Pour
illustrer ses observations sur l’Afrique des jeunes, Monsieur Diakité s’est
appuyé sur trois exemples maliens qu’il a pu observer au cours de ses travaux.
Premier exemple :
Prés de son village au Mali, Monsieur
Diakité a observé des jeunes, fils de paysans, qui avaient vécu en France
pendant plusieurs années. De retour dans leur pays, ils décidèrent de créer une
coopérative agricole. S’inspirant des techniques de production et d’organisation
qu’ils avaient apprises en Europe, ils sont parvenus à produire davantage que
les autres fermiers du village. Ces résultats provenaient d’une exploitation
rationnelle de leur terre. Cependant, cette façon de procéder était en totale
contradiction avec les usages de l’agriculture traditionnelle. Par exemple,
afin de pouvoir optimiser les pluies et les données
La Lettre de la Cade n° 100 – page 2
naturelles, ces jeunes agriculteurs ne respectaient pas les dates de récoltes, traditionnellement
fixées par le Chef du
village à l’issue d’une cérémonie particulière. Au contraire, ils consultaient
les services de météorologie sur Internet, ce qui remettait en question
l’autorité des « vieux ». En effet, en vertu de la hiérarchie, nul ne
pouvait s’opposer au calendrier traditionnel du village, élaboré entre autres
après consultation des morts et tenue de cérémonials ancestraux. Cette remise
en cause de la tradition a naturellement conduit à un conflit
intergénérationnel. Face à l’hostilité franche des vieux du village, les jeunes
agriculteurs ont nommé une personne de la coopérative afin de s’occuper des
relations avec le conseil du village. Ce dialogue a par la suite porté ses
fruits puisque, quelque temps après, le rapport conflictuel entre les différentes
générations s’est transformé en une relation de coopération.
Deuxième exemple :
Dans un théâtre à Bamako, Monsieur
Diakité a eu l’occasion d’assister à une pièce abordant le sujet du mariage
forcé. Comme l’exemple précédent, ce sujet constitue une des problématiques
symptomatiques du rapport entre la tradition et la modernité. L’histoire porte
sur le mariage forcé d’une fillette de 12 ans à un homme plus âgé. Cette
adolescente ne souhaite absolument pas épouser cet homme. En effet, elle
préfère poursuivre ses études. S’opposant vigoureusement à sa mère, elle lui
reproche à la fois de s’être mariée à 14 ans et d’accepter d’être battue par
son mari sans élever de protestation particulière. Afin de débattre de cette
éducation tiraillée entre tradition et modernité, cette pièce de théâtre est
ensuite rejouée avec les spectateurs. Aussi, après la représentation, ils
montent sur scène et mettent en scène leur propre expérience. Au cours de cette
séquence se met en place une véritable interaction avec le public. M. Diakité a
été frappé par l’engagement des jeunes à défendre la position de la jeune
fille, considérant l’école comme un élément essentiel de la construction de
l’identité et un des vecteurs d’émancipation.
Troisième exemple :
Des associations des jeunes religieux,
telles que les « Cercles religieux de réflexion » ou encore les
« Cercles des jeunes théologiens », s’attaquent aux interdits et
s’engagent également de plus en plus dans la lutte contre les violences
familiales. A l’opposé de la tradition africaine, fondée principalement sur la
transmission orale du savoir, ces jeunes religieux cherchent leurs arguments
dans l’écriture ainsi que dans les textes religieux. Et puisque toutes les
structures sociales sont construites par les êtres humains, ils se disent que
l’on doit aussi pouvoir les changer quand il le faut. L’initiative de ces
jeunes intellectuels a changé beaucoup de choses et a surtout aidé à inscrire
plus de filles à l’école. Ce mouvement extrêmement fort et ouvert porte
beaucoup d’espoir pour l’avenir.
Nouréini TIDJANI-SERPOS :
« L’influence des religions dans la construction de l’identité des jeunes
Africains »
Les religions traditionnelles africaines
s’appuyaient autrefois sur un ensemble de croyances, faisant notamment appel à
la théogonie et à la cosmogonie. Dans cette Afrique, il n’y a jamais eu de
religion dominante au sens propre du terme. Il s’agissait d’une combinaison de
croyances formant un ensemble doté de sa propre cohérence. A l’inverse, le
Christianisme et l’Islam s’appuient sur des fondements doctrinaux clairement
identifiés. Cependant, la formation religieuse traditionnelle, dispensée à
travers diverses initiations, servait de socle fondamental pour apprendre à
survivre et à respecter la hiérarchie générationnelle. Ce rapport traditionnel
servait donc de ciment à la société africaine. Mais cette culture religieuse a
été bouleversée par deux événements majeurs. Le premier se produit avec
l’arrivée des Occidentaux qui profitent de la traite négrière pour « vider
le corps des Africains de leur âme », comme le souligne M. Tidjani-Serpos. Le deuxième provient de l’avènement de
l’écriture. En effet, la rencontre de l’écrit, par le biais de l’établissement
du système scolaire et administratif colonial, avec l’oralité africaine tourne
à l’avantage du premier.
La religion orale, qui participait à
l’intégration des jeunes dans la société des adultes en leur apportant une
grande part de leur formation, était d’un coup remplacée par des écoles
coloniales, qui enseignaient la lecture et l’écriture. Cette rencontre entre la
tradition orale et l’écriture occidentale représente à cette époque un
bouleversement majeur pour les sociétés africaines. En effet, les jeunes sont
alors mieux formés que les anciens. Ce retournement de situation subvertit les
hiérarchies ancestrales. Dans la tradition, le savoir ne se communique pas
comme dans la modernité. Il faut que les jeunes soient suffisamment mûrs, car
le savoir est considéré trop « dangereux ». Après l’introduction de
l’école, le « jeune », le « petit », se rend soudainement
compte que son diplôme lui donne du pouvoir. En outre, il est important de
souligner qu’au début de la colonisation, les élèves n’étaient pas issus de la
noblesse locale. A l’évidence, cette pratique a provoqué des bouleversements
profonds dans la société africaine. Ainsi, l’école est à l’origine d’une
véritable transition socioculturelle.
Par ailleurs, l’arrivée des missions
catholiques en Afrique s’est traduite par une lutte assez virulente contre tous
les symboles religieux représentant la tradition. On peut notamment évoquer
l’incitation à la destruction d’objets religieux typiques, comme par exemple
les masques traditionnels considérés comme sataniques. Ces objets étaient
encore un prix à payer pour la modernisation « occidentale », qui
s’inscrivait dans le bouleversement général de l’Afrique colonisée. Un peu plus
tard, quand les Africains se sont rendus eux-mêmes en Europe, ils ont découvert
qu’il y existe encore d’autres cultures, qui n’étaient pas religieuses.
Eduqués, ils ont voulu comprendre pourquoi ils ne pouvaient accéder à cette
culture, à laquelle seuls les Blancs avaient accès et
qui ressemblait un peu aux traditions africaine de l’époque précoloniale.
Avant, on leur a toujours dit : ce que tu es, c’est mauvais, il faut
La Lettre de la Cade n° 100 – page 3
devenir une nouvelle
personne, un bon être humain et surtout un bon croyant. Après, ils ont compris
que ce « Christ blanc » ne respecte pas tout le monde de la même
manière, et que la religion était utilisée pour des fins de oppression
coloniale.
Selon M. Tidjani-Serpos,
la Conférence de Berlin en 1885, fixant les règles du jeu pour la conquête de
l'Afrique afin de désamorcer les conflits entre les colonisateurs, a construit
une sorte de « Mur de Berlin » sur le continent africain. En effet,
les décisions prises au cours de celle-ci n’ont absolument pas pris en compte
les populations locales. Les Africains portent ce « Mur de Berlin »
toujours dans leurs têtes. Ils n’ont eu à aucun moment la possibilité de
choisir. Cette situation associée aux phénomènes décrits précédemment a conduit
à la création d’un vide historique et religieux dans l’identité africaine.
C’est pourquoi les jeunes d’aujourd’hui se montrent très ouverts aux nouveaux
évangélistes américains. En effet, ce mouvement évangéliste s’appuie non
seulement sur la musique, en l’occurrence le jazz, dont les rythmes sont bien
connus en Afrique, mais également sur des danses d’origines africaines. Cette
nouvelle allégeance semble libérer les jeunes Africains des lourdeurs
sociologiques de leur société. Elle est d’autant mieux acceptée qu’elle est véhiculée par des Noirs américains. Pour résumer le
poids de l’évangélisme dans la société africaine contemporaine, M. Tidjani-Serpos a déclaré : « Si vous voulez
devenir riche en Afrique aujourd’hui, il faut créer une église. »
Depuis quelques années, on constate
l’apparition d’un début de démocratisation en Afrique. L’émergence d’une
société civile se traduit par la création d’un nombre croissant d’associations
et d’ONG. En outre, il se développe un important réseau de radios
communautaires, qui représente une force d’opposition pour le pouvoir établi.
Selon M. Tidjani-Serpos, la parole est aujourd’hui
libérée en Afrique. Les gens n’ont plus peur de parler ouvertement et
d’exprimer leur opinion. Le monopole de parole du parti unique semble par
conséquent prendre fin.
Pour conclure, les religions
classiques : les Evangélistes, les Catholiques ou encore les Musulmans,
parlent une langue qui contient beaucoup d’éléments de justice et de droits
individuels. Au travers des religions il existe donc de plus en plus de
critique sociopolitique. Les jeunes commencent à demander aux chefs des
villages, aux chefs des régions et même aux chefs d’Etats ce qu’ils vont faire
pour l’Afrique et pour ses individus. L’Afrique d’aujourd’hui est en train de
changer, et cela notamment au travers de ses jeunes.
Monsieur Willy Cédric FOUMENA :
Témoignage
Monsieur FOUMENA ne vit à Paris que
depuis septembre 2006. S’appuyant sur son expérience au Cameroun, il estime
qu’il est important que la construction de l’identité des jeunes Africains soit
analysée dans son contexte socioculturel. En effet, la jeunesse vivant en
milieu urbain et celle évoluant en milieu rural n’ont pas les mêmes référents
culturels. Ayant vécu à Douala et à Yaoundé, M. Foumena
se présente comme un jeune provenant de la ville. Son témoignage ne peut donc
être généralisé à l’ensemble de la jeunesse camerounaise. Il explique que les
jeunes, qui vivent dans des grandes villes, se montrent très ouverts à la
mondialisation et à l’occidentalisation. Pour illustrer l’influence de ces deux
tendances, il propose de développer deux aspects structurants :
l’identité, la langue et la musique.
Sachant qu’il y a environ 240 groupes
ethniques au Cameroun, les jeunes Camerounais font face à une situation assez
particulière dans le domaine linguistique. En outre, en raison de l’histoire
coloniale du pays, qui a été notamment marquée par les présences française et
anglaise, la langue la plus parlée dans les grandes villes au Cameroun est un
« franglais camerounais ». Elle ne s’appuie pas sur un véritable
système de règles grammaticales. Elle combine davantage un mélange de toutes
les langues imaginables. De plus, les jeunes connaissent de moins en moins leur
langue d’origine, et ils préfèrent parler soit en anglais soit en français. Il
s’agit d’un vrai phénomène de masse, qui touche environ 40% de la population
dans les deux grandes villes du pays. Cette particularité entraîne des
problèmes psycho-identitaires importantes.
Comme partout dans le monde, la
mondialisation permet aux jeunes Camerounais de consommer beaucoup plus de
musique américaine ou occidentale que de musique locale traditionnelle. Pour
prendre part dans la mondialisation et être capable de promouvoir sa musique,
cette jeunesse a adopté les rythmes occidentaux en y introduisant son propre
langage qui est le franglais. Pour illustrer cette tendance, il convient de
citer un mouvement musical très connu au Cameroun, le « Coupé
décalé ». C’est un mélange de musique et de danse. Le secret du succès de
cette expression artistique s’explique d’une part par sa volonté d’ouverture
vers l’extérieur et d’autre part par l’évocation de thèmes importants de la vie
locale camerounaise.
II : Questions écrites
1 - Que faut –il pour faire une
vraie école africaine ?
M. Diakité : J’étais plutôt bien formé en Afrique, et
on ne peut pas dire que l’école post-coloniale soit mauvaise. Il convient
néanmoins de faire un effort dans l’apprentissage des langues régionales, qui
constituent un vecteur indispensable pour les jeunes dans la découverte de leur
culture, et donc de leur construction identitaire.
2 - Les jeunes africains
sont-ils effrayés par le vide culturel, historique et idéologique de leur
continent ?
M. Serpos : Il est clair que la pauvreté joue un rôle
important dans l’Afrique d’aujourd’hui. Quand j’ai faim, quand l’école m’a
seulement donné une langue, mais pas de métier, je me sens inutile. Dans les
années 1960, ce système fonctionnait encore avec la présence des
La Lettre de la Cade n° 100 – page 4
colonisateurs, qui ne
recherchaient qu’une main d’œuvre moins chère et qui s’occupaient du reste.
Aujourd’hui, cela ne marche plus. Ce vide entretient et accroît la violence en
Afrique. Tout le monde peut acheter des armes et créer des bandes qui violent,
volent et terrorisent les populations. Face à cette situation, les religions
n’offrent malheureusement pas de véritables solutions. Pour comprendre
l’Afrique d’aujourd’hui, il faut comprendre que c’est à la fois le continent le
plus riche et le continent le plus pauvre du monde. L’Afrique au début du 21ème
siècle est une bombe. Les gens n’ont plus rien à perdre, par conséquent le
moment viendra où les Africains n’accepteront plus la domination occidentale
(les compagnies de pétrole, etc.). Pour caractériser l’inactivité et la
résignation des jeunes, on a coutume de dire que les jeunes « tiennent le
mur ». Ce vide pose donc un réel problème qui impose une réaction à la
hauteur de l’enjeu. Ainsi, l’UNESCO s’est particulièrement engagée dans la mise
en place de formations accélérées et dans les micro-crédits.
3 - Existe-t-il une religion
unique en Afrique ?
M. Serpos : Il y a une religion unique dans le monde
entier, toutes les autres religions n’en sont que des dérives. La première
religion en Afrique reste le culte des ancêtres. Tout le monde le pratique
encore. Les uns de manière plus discrète, les autres plus ouvertement.
4 - L’éducation forme-elle
l’esprit critique ?
M. Serpos : Il est difficile de caractériser et de
définir l’origine de l’opposition des jeunes. Certains disent que
« Parfois la colonisation aurait dû être une révolution. » A l’époque
coloniale, il y avait des centres d’excellence qui rassemblaient les meilleurs
Africains de la zone francophone. Aujourd’hui, il n’y a malheureusement pas
suffisamment de coopération. Tout se fait sur le plan national, et tous les
petits chefs d’Etat sont encore contents de leurs minis drapeaux. Il serait par
exemple intéressant que les programmes de formation soient les mêmes dans les
régions africaines. Cela ne serait pas seulement bénéfique au niveau
économique, mais cela renforcerait aussi la compréhension mutuelle. Donc, plus
de coopération !
5 - Faut-il laisser s’imposer les
rythmes et mœurs occidentaux face aux rythmes et mœurs locaux ?
M. Foumena : Les jeunes ne se posent pas la question,
même s’il y a effectivement une dépréciation de la culture locale au profit de
la culture internationale.
6 - Y a-t-il une différence
entre Anglophones et Francophones au Cameroun ?
M. Foumena : Non.
7 - Fait-on face à un problème
de démographie en Afrique ?
M. Diakité : La population sur le continent africain
double tous les 12 ans. Par conséquent, le problème de la démographie est un
problème majeur. Je ne suis pas très optimiste en ce qui concerne les effets
démographiques pour l’avenir de l’Afrique.
Mots finaux de M. Serpos :
« La plus grande question pour
l’avenir de l’Afrique est la dignité. Cette nouvelle jeunesse africaine au
début du 21ème siècle doit d’abord accepter la tolérance vis-à-vis
les autres, avant le bien-être, car la tolérance est une richesse bien plus
précieuse. Il y a une énergie énorme en Afrique. Les jeunes Africains doivent
devenir transformateurs et faiseurs. Pourquoi doit-on vendre des matières
premières à tout le monde et pourquoi ne peut-on pas
les transformer sur place ? »
Christian Baer et Luc Penet
étudiants à Sciences Po
Panorama de l’Afrique
Pour la quatrième fois, Jeune Afrique a
publié en Avril dernier un hors série sur l’Etat de l’Afrique. Ce numéro
exceptionnel a le mérite de passer en revue, pays par pays, les données
caractéristiques de leur situation socio-économique mais aussi de tenter
d’évaluer leur performance politique en s’appuyant sur « les index de
gouvernance élaborés par la Banque Mondiale, en fonction de critères tels que
la stabilité politique, l’efficacité de l’administration, le respect des droit
fondamentaux ou encore la lutte contre la corruption ».
Dans son éditorial, le rédacteur en chef
met en valeur l’intérêt des tableaux comparatifs présentés et s’interroge sur l’opportunité de
dépasser la vision traditionnelle matérialiste du Produit national brut et
d’aller vers un concept de Bonheur national brut qui reflète mieux les aspirations au
bien-être des populations africaines. Avec les progrès de la mondialisation, le
défi à relever à cet égard porte bien sur la façon d’intégrer les nouvelles
donnes de respect et de la promotion de la culture, de la gestion durable des ressources naturelles, de la protection de
l’environnement … et du creusement des inégalités qu’elle suscite. A suivre.
Michel
Levallois
Coordination pour l'Afrique de Demain (CADE)
Association Loi 1901. Président : Michel Levallois. Vice-Présidents :
Raymond Césaire, Georges Courade, Xavier de Franssu, Henri Senghor. Secrétaire
Général : Jean-Loïc Baudet. Trésorier :
Jean-Louis Domergue.
La Lettre de la cade
Directeur de publication : Michel Levallois. Comité de
rédaction : Robert Ginésy, Michel Levallois,
Philippe Mathieu, Denyse de Saivre, Henri
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La CADE : 5 rue des Immeubles-Industriels,
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La Lettre de la Cade n° 100 – page 5
L A
P A G
E E C
O N O
M I Q
U E .
CROISSANCE FORTE,
EPARGNE FAIBLE
Le dernier rapport de la Commission
économique pour l’Afrique (CEA) des Nations Unies donne les chiffres de la
croissance en Afrique en 2006 et les compare à ceux des années précédentes. Ils
sont passés de 5,2 % en 2004, à 5,3 % en 2005 et à 5,7 % en 2006. Pour 2007 les
prévisions sont de 6,3%. Cette croissance est supérieure à celle du monde qui
s’établit à 5,1 pour 2006 et 4,9 pour
2007.
Ces données
statistiques macroéconomiques paraissent sans rapport avec la vie dans les
Etats africains, d’autant qu’elles recouvrent des disparités considérables de
l’un à l’autre, mais elles fournissent une référence pour se situer dans le
monde.
Les pays non pétroliers ont pu résister à
la hausse du prix du baril, qui a permis aux pays producteurs de pétrole
d’avoir une croissance de 3 à 4 points supérieure. Seul le Zimbabwe a un taux
négatif de - 5. L’Ethiopie, le Liberia, le Mozambique sont aux environs de 8.
La Côte d’Ivoire, les Comores, le Swaziland à 1,2.
L’avenir devra tenir compte de facteurs
défavorables: d’une part le ralentissement de l’économie américaine et la
persistance aux Etats Unis d’un déficit financier de 800 milliards de dollars à
comparer aux 600 milliards de réserves de devises en Chine et en Inde ; d’autre
part la poursuite de l’inflation en Afrique subsaharienne, qui atteindra 12,7
en 2007 , après avoir progressé de un point par an
depuis 2004. Par ailleurs il est probable que la hausse des matières premières,
notamment minérales, ne durera pas, car l’économie chinoise, elle aussi, va
ralentir.
Un facteur positif de la croissance est
la bonne gouvernance.Un rapport de la Banque Mondiale
sur les “Indicateurs mondiaux de la gouvernance” note une amélioration
significative, entre 1996 et 2005, dans plusieurs Etats: Nigeria, Tanzanie,
Liberia, RDC, Mozambique, Sénégal, Madagascar, Ghana et Botswana. La Banque
attache de plus en plus d’importance à ce facteur pour l’attribution des prêts
et pour son attitude générale à l’égard des pays. Elle a été parfois critiquée
pour une sorte d‘ingérence dans les affaires intérieures, car les critères
universels de “bonne” gouvernance ne peuvent, quoi qu’on en dise, ignorer les
contextes nationaux.
La fuite de l’épargne
Quoique forte, la croissance ne parvient
pas à doper l’investissement à cause de la faiblesse de l’épargne, faiblesse
elle-même conséquence de la fuite des capitaux. L’Afrique subsaharienne a
toujours connu un taux d’épargne inférieur à 20 %, contre 35 % en Asie ou 26 %
en Afrique du Nord. Or le taux minimal à partir duquel cette épargne peut jouer
un rôle dans l’économie est de 30 %. Seuls cinq pays le dépassent: Algérie,
Botswana, Congo-Brazza, Gabon, Nigeria.
Cette insuffisance de l’épargne provient,
entre autres, de la fuite des capitaux. Outre les placements privés à
l’étranger, les mécanismes de fuite dans les relations économiques sont
multiples. En voici trois exemples :
les avantages
fiscaux sont les plus discrets. En Zambie, lors de la privatisation des mines
de cuivre en 1995, les acheteurs ont demandé des compensations pour pouvoir
assumer les investissements destinés à rendre les mines rentables. Dix ans
après, on constate un affaiblissement des finances publiques zambiennes. Le
secteur minier représente seulement 12 % des taxes professionnelles, alors
qu’il constitue 70 % des recettes d’exportation. Avec un cuivre qui a augmenté
de 25 % , la contribution du secteur rapporte à l’Etat
8 millions de dollars contre 200 millions en 1992. Le taux des royalties est
passé de 3 % à 0,6 %, alors que, selon le FMI , aucun
Etat ne demande moins de 2 %. Contre ces dérives des réactions se manifestent:
le Liberia, la Guinée ont décidé de réviser les conventions passées avec les
entreprises étrangères.
Les paradis fiscaux
Ensuite le non paiement des impôts,
efficace mais risqué. Selon le service des impôts d’Afrique du Sud, 45 % des
recettes fiscales ne sont pas perçues, soit une perte de 3 milliards de
dollars. Au Kenya ce serait 1, 32 milliard. Dans ce
domaine aussi les réactions existent. Chevron Nigeria a été condamnée à régler
492 millions $ d’arriérés d’impôts. Au Tchad la même entreprise et son
partenaire malais Petronas doivent payer 450 millions
de dollars sous peine d’expulsion.
Enfin le top de l’anti-taxation se trouve
dans les prix de transfert d’une entreprise à sa filiale. Le schéma est le
suivant: une multinationale en Europe ou aux Etats-Unis surfacture des pièces
détachées à sa filiale africaine, qui elle-même sousfacture
ses produits assemblés à une autre filiale située dans un paradis fiscal,
échappant ainsi aux impôts en Afrique.
La communauté internationale n’a pas
encore pris les décisions politiques et techniques qui permettraient de contrer
ces pratiques. Dès 1928 la SDN (Société des Nations) a organisé une conférence
sur les traités fiscaux. En 1954 l’ONU met en place une commission, devenue en
2005 un simple comité d’experts sans moyens. En 1956, l’OCDE a créé un comité
pour établir des modèles de traités bilatéraux évitant la double imposition
qui, en fait, donnent la préférence au pays investisseur et n’empêchent pas de
jouer sur les prix de transfert.
Cette série de tentatives, à ce jour
infructueuses, montre que l’Afrique trouvera plus d’épargne- investissement en
rapatriant ses capitaux privés placés à l’étranger, qu’en attendant que le
monde vienne à son aide.
Robert Ginésy
NDLR. L’essentiel des informations
utilisées dans cette page est puisé dans l’hebdomadaire “Marchés Tropicaux et
Méditerranéens”.
La Lettre de la Cade n° 100 – page 6
Des
signes encourageants pour la santé dans les pays pauvres
Longtemps les politiques de santé publique dans les pays pauvres ont
buté sur le coût élevé des médicaments produits par les grands laboratoires
pharmaceutiques du Nord. Depuis le début de ce siècle, il est permis d’espérer
de grands changements de cette situation, avec l’intérêt porté à la baisse du
coût des médicaments par des Fondations – telle celle de Bill et Melinda Gates créée en 2000 et dotée de gros moyens -, le
retrait en 2001 de la plainte de 39 laboratoires pharmaceutiques mondiaux
contre une loi sud-africaine qui, en facilitant la fabrication et l’importation
de médicaments génériques contre le SIDA, était considérée comme contraire au
droit des brevets et encore, en cette même année 2001, l’adoption de la
déclaration de Doha par une conférence ministérielle de l’OMC,
selon laquelle des dispositions sur la propriété intellectuelle ne doivent pas
faire obstacle aux politiques publiques de protection de la santé.
Il en est résulté différentes initiatives qui améliorent l’accès aux
médicaments. Emblématique de ce point de vue, la mise au point par un
laboratoire indien d’un traitement anti-VIH du SIDA au prix de 350 $ pour un traitement
annuel proposé à Médecins sans frontières (contre un coût annuel du traitement
de 10.000 $ aux Etats-Unis).
Plus novateur, la création de partenariats public-privé
(PPP). Parmi ces derniers celui de l’Initiative Médicaments pour les maladies
négligées (en anglais DNDI) fondé en 2003 par Médecins sans frontières mérite
de retenir l’attention.
Il se propose en effet de travailler sur les maladies qui ne font plus
l’objet de recherches de la part de
l’industrie pharmaceutique et ou pour lesquelles, il n’y a pas de marché
dans les pays riches. MSF a cinq autres partenaires – Fondation Oswaldo Cruz au Brésil, Conseil indien de la recherche
médicale, Ministère de la Santé de Malaisie, Institut de la recherche médicale
du Kenya et Institut Pasteur - , collabore avec les
agences de l’ONU et bénéficie de fonds publics britanniques, français et
néerlandais ainsi que de ressources provenant de l’Italie, de la Suisse et de
l’Union Européenne.
Aucun des médicaments mis au point par le DNDI à partir de molécules
détenues par ses partenaires privés n’est couvert par un brevet. Il en est
ainsi de l’ASAQ qui associe l’artesunate
(AS) et l’amodiakine (AQ), comme nouveau médicament
contre le paludisme qui tue par an 1
million de personnes dans les pays pauvres. Ce médicament, fabriqué au Maroc
par Sanofi-Aventis coûte 1 dollar la boîte pour
l’adulte et 50 cents pour l’enfant. Il est disponible depuis le 1er
mars 2007.
Jean-Loïc Baudet
Les
Pontins
Lundi 14 mars, dans le cadre du séminaire du CEMAF
« Transmission de l’État colonial », Jean Hervé Jézequel intervint sur le thème « Les
élites politiques en AOF et la question de la transmission de l’Etat », essentiellement à partir de sa thèse « Les mangeurs
de craie », dans laquelle il analyse le parcours des 2.500 diplômés de
l’école William-Ponty, et plus particulièrement de la
moitié d’entre eux qui furent instituteurs. Les noms d’Hamani
Diori, Mamadou Dia, Modibo Keïta, Ouzin Coulibaly,
Houphouët-Boigny (en section préparatoire à la médecine pour ce dernier), parmi
bien d’autres, illustrent l’importance de cette école dans l’histoire de la
décolonisation, mais le bien plus vaste travail mené par M. Jézequel permet d’ébaucher une histoire sociale des
acteurs de la décolonisation.
Refusant tant le paradigme de la décolonisation comme
conquête du pouvoir par une élite modernisatrice que celui de la transmission
négociée à une élite choisie par le colonisateur, M. Jézequel cherche d’abord à expliquer, plutôt que de la
naturaliser, l’émergence de ces instituteurs en politique, à partir de la
marginalité politique dans laquelle vécurent les Pontins, « bambins
barbus » et « meneurs de galopins », dans une colonie où le
pouvoir s’organisait autour du
Commandant de Cercle, du Garde-Cercle et de
l’interprète, durant toute la première moitié du siècle.
L’hégémonie des Pontins sur les postes offerts à
l’élection à partir de 1950 et plus encore après la loi-cadre Defferre, allant
d’un minimum de 25% jusqu’à 70%, révèle le changement qu’a constitué la
territorialisation d’une politique indigène jusque-là menée essentiellement à
l’échelon local. Ce qui a transformé de handicap en atout les fréquentes
mutations professionnelles de Pontins, exigeant des hommes capables de penser
les nouveaux espaces du politique.
Après avoir insisté sur l’hétérogénéité tant de leur recrutement que de leur parcours
professionnel ultérieur, M. Jézequel explique que les Pontins ont pu croiser des
secteurs sociaux divers (politiques, syndicaux, entrepreneuriaux,
chefferies) et représenter ainsi des intérêts très différents voire divergents
sans perdre un certain sentiment d’appartenance collective, devenant ainsi
centraux dans le processus de cristallisation des élites politiques et
d’assimilation réciproque entre blocs dirigeants hétérogènes qui
caractérise l’émergence des nouvelles
couches dirigeantes issues de la décolonisation.
Yannick Le Corfec
Abonnement à La lettre
de la CADE :
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étudiants : 8 euros, - entreprises, collectivités
Locales : 150 euros. Adhésion
individuelle à l’Association, comprenant
l’abonnement : 45 euros.
Paiement à l’ordre de la CADE.
La Lettre de la Cade n° 100 – page 7
AGENDA
DE LA CADE
Les
prochaines rencontres-débats auront lieu dans l'amphithéâtre Parodi de l'Ecole Nationale d'Administration (ENA) 2 avenue
de l'Observatoire, 75005 Paris (Métro Luxembourg) de 17 h 45
à 19 h 45.
Le
Jeudi 21 juin : les langues africaines et le développement
Puis
débutera un cycle consacré aux « mutations silencieuses de l'Afrique
»
Le Jeudi 11 octobre
:
l'Afrique de la paix : enjeux et servitudes
Le
Mercredi 14 novembre : l'Afrique de l'unité : défis et moyens
Le
Jeudi 13 décembre : l'Afrique des migrations internes et de l'urbanisation
Le
cycle se poursuivra au premier semestre 2008 en abordant :
l'Afrique des convoitises, celle de
l'inventivité et celle de la créativité et se terminera par sa situation au
milieu des grands blocs.
La
prochaine émission sur Radio Aligre (93.1 FM) est prévue le 13 juin de
8 h à 8 h 40 et portera sur la formation de l'identité des jeunes Africains
conférences :
•
Sciences Pô et le courrier de la planète organisent au CERI, 56 rue Jacob,
75006 Paris,
le jeudi 11 juin de 14 h à 16 h un
séminaire sur les migrations internationales : chaînon manquant de la
mondialisation.
Entrée
libre, inscriptions à julie.cohen@sciences-po.fr
ou au 01 45 49 72 01, voir aussi : www.courrierdelaplanete.org
•
Le cabinet MIQ conseil organise une soirée en entrée libre « café histoire » le
mercredi
20 juin de 19 h 45 à
20 h 45,54 rue de Turbigo, 75003 Paris, sur le thème :
« Regard africain
sur les stratégies chinoise et française en Afrique francophone »
•
La fondation Gabriel Péri vous invite dans le cadre du séminaire sur les enjeux
ruraux
et agraires en Afrique à une
conférence intitulée :
«
l'agriculture africaine dans le partenariat France-Europe-Afrique et dans le commerce mondial »
qui se déroulera le mercredi 27 juin
à 18 h 45, salle des documents cinématographiques,
38 avenue des Ternes
75017 Paris. Entrée libre.
exposition :
Mali,
exposition d'art contemporain à la Serpentine,
155
bis rue de Rennes 75006 Paris, jusqu'au 13 juillet Galerie ouverte
tous les jours de 6h 30 à Ih du matin. Tél. : 08 75 70 45 52
LA RUE
D'ULM EN AFRIQUE
(cf les lettres 98 p. 7 et 99 p.
8)
La semaine africaine organisée à l'Ecole Normale
Supérieure de la rue d'Ulm par son association Pollens a été suivie par de
nombreux élèves de l'Ecole. Comme la CADE, Pollens a veillé à ce que les intervenants
soient d'origines et d'activités diverses et complémentaires.
Il n'est pas sans intérêt de noter qu'au cours des
exposés et des débats qui les ont suivis sont revenues des thématiques
apparaissant lors des rencontres-débats de la CADE. On peut citer à cet égard
l'importance de se fonder sur les réalités locales historiques et présentes
pour mettre en place de véritables Etats; le besoin que ces Etats soient
efficaces en particulier au niveau de la justice, de la sécurité et de
l'éducation; la nécessité de l'établissement de véritables libertés en
particulier dans le domaine de l'expression et de la presse; la reconnaissance
qu'il est possible de démocratiser des sociétés autrement que par le seul
recours à des élections pluralistes qui, en plus, sont souvent contestées dans
leurs résultats; l'urgence pour l'Afrique de rattraper son retard dans le domaine économique; la
conviction que les femmes joueront un grand rôle dans son développement.
Les auditeurs africains ont constitué, selon les jours,
un quart à un tiers de l'auditoire mais
il a été significatif de constater que lors de la réunion consacrée au thème
"Quelle université pour l'Afrique ?" ils en représentaient plus de
80% et que leurs interventions ont été particulièrement nombreuses.
L'enregistrement des exposés et débats a été complet et
figure sur le site de Pollens : www.eleves.ens.fr/pollens/afrique.
Jean CLAUZEL
La Lettre de la Cade n° 100 – page 8
[1] Les intervenants n’étaient malheureusement que deux. Mme Kadiatou KONARE, directrice de Cauris Editions à Paris, qui devait aborder le thème des « Jeunes dans la vie sociale et culturelle », a été retenue à Bamako et n’a donc pas pu assister à la rencontre-débat.