Les jeunes Africains face à la construction de leur identité

Présentation

Dernière rencontre-débat du cycle consacré à « l’Afrique des jeunes », cette 101e réunion de la CADE a été consacrée à la construction de l’identité de la jeunesse africaine. Animée par Jean-Louis DOMERGUE, membre de la CADE et ancien directeur de l’Organisation internationale des migrations, cette rencontre s’est concentrée sur l’analyse d’un phénomène socioculturel complexe : l’identité. Cette construction identitaire s’inspire de la réalité dans laquelle elle prend forme, mais puise également dans la tradition, dans l’histoire. Cette dialectique reflète en partie les nombreuses questions auxquelles l’Afrique est confrontée aujourd’hui.

Afin d’aborder ce vaste sujet, la réunion a commencé par des exposés introductifs puis a été suivie par un débat. Le nombre de questions posées démontre le vif intérêt de l’assemblée pour le thème abordé. Monsieur Tidiane DIAKITE, professeur d’origine malienne dans un lycée à Rennes, a tout d’abord abordé la problématique de la construction identitaire à travers la relation entre modernité et tradition chez les jeunes Africains. Ensuite, M. Nouréini TIDJANI-SERPOS, directeur général adjoint de l’UNESCO, s’est intéressé au rôle de la religion, voire des religions, dans la création de l’identité des jeunes Africains.(1) Le témoignage du jour a été fait par Monsieur Willy Cédric FOUMENA, jeune étudiant à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (« Sciences Po »). A partir de son expérience personnelle, ce jeune Camerounais a expliqué les éléments qui ont eu une influence sur son identité.

(1) Les intervenants n’étaient malheureusement que deux. Mme Kadiatou KONARE, directrice de Cauris Editions à Paris, qui devait aborder le thème des « Jeunes dans la vie sociale et culturelle », a été retenue à Bamako et n’a donc pas pu assister à la rencontre-débat.

Les jeunes Africains entre modernité et tradition. Tidiane Diakité

Monsieur Diakité estime que, d’une manière caricaturale, l’Afrique actuelle est un continent partagé entre traditions et modernité. L’Afrique des anciens, caractérisée par les traditions et attachées aux hiérarchies coutu- mières, côtoie ou cohabite avec l’Afrique des jeunes, sensibles aux influences extérieures notamment grâce aux nouvelles technologies de communication. Cette jeunesse envisage alors un nouveau style de vie. Ce faisant, elle refuse d’être enfermée dans le carcan de la tradition et cherche à s’en émanciper sans pour autant la rejeter totalement. Cette Afrique moderne se trouve donc en pleine transformation socioculturelle, l’aspect de la construction identitaire chez les jeunes n’étant que la partie émergée de l’iceberg. Ces deux mondes, bien que très proches et très liés, ne semblent pas pouvoir fusionner. Le syncrétisme paraît impossible, tant ces deux réalités africaines interdépendantes l’une de l’autre ne semblent pas miscibles.

Quant à la construction de l’identité chez les jeunes, il s’agit surtout d’une création culturelle. La culture, considérée comme processus dynamique, mobilise à la fois le patrimoine ancien et les éléments extérieurs indispensables à un individu, à un groupe ou à une société toute entière pour qu’ils puissent créer quelque chose de nouveau. Cette alchimie complexe se trouve à la base de l’identité humaine. Pour illustrer ses observations sur l’Afrique des jeunes, Monsieur Diakité s’est appuyé sur trois exemples maliens qu’il a pu observer au cours de ses travaux.

Premier exemple :

Prés de son village au Mali, Monsieur Diakité a observé des jeunes, fils de paysans, qui avaient vécu en France pendant plusieurs années. De retour dans leur pays, ils décidèrent de créer une coopérative agricole. S’inspirant des techniques de production et d’organisation qu’ils avaient apprises en Europe, ils sont parvenus à produire davantage que les autres fermiers du village. Ces résultats provenaient d’une exploitation rationnelle de leur terre. Cependant, cette façon de procéder était en totale contradiction avec les usages de l’agriculture traditionnelle. Par exemple, afin de pouvoir optimiser les pluies et les données naturelles, ces jeunes agriculteurs ne respectaient pas les dates de récoltes, traditionnellement fixées par le Chef du village à l’issue d’une cérémonie particulière. Au contraire, ils consultaient les services de météorologie sur Internet, ce qui remettait en question l’autorité des « vieux ». En effet, en vertu de la hiérarchie, nul ne pouvait s’opposer au calendrier traditionnel du village, élaboré entre autres après consultation des morts et tenue de cérémonials ancestraux. Cette remise en cause de la tradition a naturellement conduit à un conflit intergénérationnel. Face à l’hostilité franche des vieux du village, les jeunes agriculteurs ont nommé une personne de la coopérative afin de s’occuper des relations avec le conseil du village. Ce dialogue a par la suite porté ses fruits puisque, quelque temps après, le rapport conflictuel entre les différentes générations s’est transformé en une relation de coopération.

Deuxième exemple :

Dans un théâtre à Bamako, Monsieur Diakité a eu l’occasion d’assister à une pièce abordant le sujet du mariage forcé. Comme l’exemple précédent, ce sujet constitue une des problématiques symptomatiques du rapport entre la tradition et la modernité. L’histoire porte sur le mariage forcé d’une fillette de 12 ans à un homme plus âgé. Cette adolescente ne souhaite absolument pas épouser cet homme. En effet, elle préfère poursuivre ses études. S’opposant vigoureusement à sa mère, elle lui reproche à la fois de s’être mariée à 14 ans et d’accepter d’être battue par son mari sans élever de protestation particulière. Afin de débattre de cette éducation tiraillée entre tradition et modernité, cette pièce de théâtre est ensuite rejouée avec les spectateurs. Aussi, après la représentation, ils montent sur scène et mettent en scène leur propre expérience. Au cours de cette séquence se met en place une véritable interaction avec le public. M. Diakité a été frappé par l’engagement des jeunes à défendre la position de la jeune fille, considérant l’école comme un élément essentiel de la construction de l’identité et un des vecteurs d’émancipation.

Troisième exemple :

Des associations des jeunes religieux, telles que les « Cercles religieux de réflexion » ou encore les « Cercles des jeunes théologiens », s’attaquent aux interdits et s’engagent également de plus en plus dans la lutte contre les violences familiales. A l’opposé de la tradition africaine, fondée principalement sur la transmission orale du savoir, ces jeunes religieux cherchent leurs arguments dans l’écriture ainsi que dans les textes religieux. Et puisque toutes les structures sociales sont construites par les êtres humains, ils se disent que l’on doit aussi pouvoir les changer quand il le faut. L’initiative de ces jeunes intellectuels a changé beaucoup de choses et a surtout aidé à inscrire plus de filles à l’école. Ce mouvement extrêmement fort et ouvert porte beaucoup d’espoir pour l’avenir.

 

L'influence des religions dans la construction de l'identité des jeunes Africains. Nouréini Tidjani-Serpos

Les religions traditionnelles africaines s’appuyaient autrefois sur un ensemble de croyances, faisant notamment appel à la théogonie et à la cosmogonie. Dans cette Afrique, il n’y a jamais eu de religion dominante au sens propre du terme. Il s’agissait d’une combinaison de croyances formant un ensemble doté de sa propre cohérence. A l’inverse, le Christianisme et l’Islam s’appuient sur des fondements doctrinaux clairement identifiés. Cependant, la formation religieuse traditionnelle, dispensée à travers diverses initiations, servait de socle fondamental pour apprendre à survivre et à respecter la hiérarchie générationnelle. Ce rapport traditionnel servait donc de ciment à la société africaine. Mais cette culture religieuse a été bouleversée par deux événements majeurs. Le premier se produit avec l’arrivée des Occidentaux qui profitent de la traite négrière pour « vider le corps des Africains de leur âme », comme le souligne M. Tidjani-Serpos. Le deuxième provient de l’avènement de l’écriture. En effet, la rencontre de l’écrit, par le biais de l’établissement du système scolaire et administratif colonial, avec l’oralité africaine tourne à l’avantage du premier.

La religion orale, qui participait à l’intégration des jeunes dans la société des adultes en leur apportant une grande part de leur formation, était d’un coup remplacée par des écoles coloniales, qui enseignaient la lecture et l’écriture. Cette rencontre entre la tradition orale et l’écriture occidentale représente à cette époque un bouleversement majeur pour les sociétés africaines. En effet, les jeunes sont alors mieux formés que les anciens. Ce retournement de situation subvertit les hiérarchies ancestrales. Dans la tradition, le savoir ne se communique pas comme dans la modernité. Il faut que les jeunes soient suffisamment mûrs, car le savoir est considéré trop « dangereux ». Après l’introduction de l’école, le « jeune », le « petit », se rend soudainement compte que son diplôme lui donne du pouvoir. En outre, il est important de souligner qu’au début de la colonisation, les élèves n’étaient pas issus de la noblesse locale. A l’évidence, cette pratique a provoqué des bouleversements profonds dans la société africaine. Ainsi, l’école est à l’origine d’une véritable transition socioculturelle.

Par ailleurs, l’arrivée des missions catholiques en Afrique s’est traduite par une lutte assez virulente contre tous les symboles religieux représentant la tradition. On peut notamment évoquer l’incitation à la destruction d’objets religieux typiques, comme par exemple les masques traditionnels considérés comme sataniques. Ces objets étaient encore un prix à payer pour la modernisation « occidentale », qui s’inscrivait dans le bouleversement général de l’Afrique colonisée. Un peu plus tard, quand les Africains se sont rendus eux-mêmes en Europe, ils ont découvert qu’il y existe encore d’autres cultures, qui n’étaient pas religieuses. Eduqués, ils ont voulu comprendre pourquoi ils ne pouvaient accéder à cette culture, à laquelle seuls les Blancs avaient accès et qui ressemblait un peu aux traditions africaines de l’époque précoloniale. Avant, on leur a toujours dit : ce que tu es, c’est mauvais, il faut devenir une nouvelle personne, un bon être humain et surtout un bon croyant. Après, ils ont compris que ce « Christ blanc » ne respecte pas tout le monde de la même manière, et que la religion était utilisée pour des fins d'oppression coloniale.

Selon M. Tidjani-Serpos, la Conférence de Berlin en 1885, fixant les règles du jeu pour la conquête de l’Afrique afin de désamorcer les conflits entre les colonisateurs, a construit une sorte de « Mur de Berlin » sur le continent africain. En effet, les décisions prises au cours de celle-ci n’ont absolument pas pris en compte les populations locales. Les Africains portent ce « Mur de Berlin » toujours dans leurs têtes. Ils n’ont eu à aucun moment la possibilité de choisir. Cette situation associée aux phénomènes décrits précédemment a conduit à la création d’un vide historique et religieux dans l’identité africaine. C’est pourquoi les jeunes d’aujourd’hui se montrent très ouverts aux nouveaux évangélistes américains. En effet, ce mouvement évangéliste s’appuie non seulement sur la musique, en l’occurrence le jazz, dont les rythmes sont bien connus en Afrique, mais également sur des danses d’origines africaines. Cette nouvelle allégeance semble libérer les jeunes Africains des lourdeurs sociologiques de leur société. Elle est d’autant mieux acceptée qu’elle est véhiculée par des Noirs américains. Pour résumer le poids de l’évangélisme dans la société africaine contemporaine, M. Tidjani-Serpos a déclaré : « Si vous voulez devenir riche en Afrique aujourd’hui, il faut créer une église. »

Depuis quelques années, on constate l’apparition d’un début de démocratisation en Afrique. L’émergence d’une société civile se traduit par la création d’un nombre croissant d’associations et d’ONG. En outre, il se développe un important réseau de radios communautaires, qui représente une force d’opposition pour le pouvoir établi. Selon M. Tidjani-Serpos, la parole est aujourd’hui libérée en Afrique. Les gens n’ont plus peur de parler ouvertement et d’exprimer leur opinion. Le monopole de parole du parti unique semble par conséquent prendre fin. Pour conclure, les religions classiques : les Evangélistes, les Catholiques ou encore les Musulmans, parlent une langue qui contient beaucoup d’éléments de justice et de droits individuels. Au travers des religions il existe donc de plus en plus de critique socio-politique. Les jeunes commencent à demander aux chefs des villages, aux chefs des régions et même aux chefs d’Etats ce qu’ils vont faire pour l’Afrique et pour ses individus. L’Afrique d’aujourd’hui est en train de changer, et cela notamment au travers de ses jeunes.

Témoignage. Willy Cédric Fouména

Monsieur FOUMENA ne vit à Paris que depuis septembre 2006. S’appuyant sur son expérience au Cameroun, il estime qu’il est important que la construction de l’identité des jeunes Africains soit analysée dans son contexte socioculturel. En effet, la jeunesse vivant en milieu urbain et celle évoluant en milieu rural n’ont pas les mêmes référents culturels. Ayant vécu à Douala et à Yaoundé, M. Foumena se présente comme un jeune provenant de la ville. Son témoignage ne peut donc être généralisé à l’ensemble de la jeunesse camerounaise. Il explique que les jeunes, qui vivent dans des grandes villes, se montrent très ouverts à la mondialisation et à l’occidentalisation. Pour illustrer l’influence de ces deux tendances, il propose de développer deux aspects structurants : l’identité, la langue et la musique.

Sachant qu’il y a environ 240 groupes ethniques au Cameroun, les jeunes Camerounais font face à une situation assez particulière dans le domaine linguistique. En outre, en raison de l’histoire coloniale du pays, qui a été notamment marquée par les présences française et anglaise, la langue la plus parlée dans les grandes villes au Cameroun est un « franglais camerounais ». Elle ne s’appuie pas sur un véritable système de règles grammaticales. Elle combine davantage un mélange de toutes les langues imaginables. De plus, les jeunes connaissent de moins en moins leur langue d’origine, et ils préfèrent parler soit en anglais soit en français. Il s’agit d’un vrai phénomène de masse, qui touche environ 40 % de la population dans les deux grandes villes du pays. Cette particularité entraîne des problèmes psycho-identitaires importants.

Comme partout dans le monde, la mondialisation permet aux jeunes Camerounais de consommer beaucoup plus de musique américaine ou occidentale que de musique locale traditionnelle. Pour prendre part dans la mondialisation et être capable de promouvoir sa musique, cette jeunesse a adopté les rythmes occidentaux en y introduisant son propre langage qui est le franglais. Pour illustrer cette tendance, il convient de citer un mouvement musical très connu au Cameroun, le « Coupé décalé ». C’est un mélange de musique et de danse. Le secret du succès de cette expression artistique s’explique d’une part par sa volonté d’ouverture vers l’extérieur et d’autre part par l’évocation de thèmes importants de la vie locale camerounaise.

LE DEBAT : questions écrites

1 - Que faut -il pour faire une vraie école africaine ?

M. Diakité : J’étais plutôt bien formé en Afrique, et on ne peut pas dire que l’école post-coloniale soit mauvaise. Il convient néanmoins de faire un effort dans l’apprentissage des langues régionales, qui constituent un vecteur indispensable pour les jeunes dans la découverte de leur culture, et donc de leur construction identitaire.

2 - Les jeunes africains sont-ils effrayés par le vide culturel, historique et idéologique de leur continent ?

M. Serpos : Il est clair que la pauvreté joue un rôle important dans l’Afrique d’aujourd’hui. Quand j’ai faim, quand l’école m’a seulement donné une langue, mais pas de métier, je me sens inutile. Dans les années 1960, ce système fonctionnait encore avec la présence des colonisateurs, qui ne recherchaient qu’une main d’œuvre moins chère et qui s’occupaient du reste. Aujourd’hui, cela ne marche plus. Ce vide entretient et accroît la violence en Afrique. Tout le monde peut acheter des armes et créer des bandes qui violent, volent et terrorisent les populations. Face à cette situation, les religions n’offrent mal- heureusement pas de véritables solutions. Pour comprendre l’Afrique d’aujourd’hui, il faut comprendre que c’est à la fois le continent le plus riche et le continent le plus pauvre du monde. L’Afrique au début du 21e siècle est une bombe. Les gens n’ont plus rien à perdre, par conséquent le moment viendra où les Africains n’accepteront plus la domination occidentale (les compagnies de pétrole, etc.). Pour caractériser l’inactivité et la résignation des jeunes, on a coutume de dire que les jeunes « tiennent le mur ». Ce vide pose donc un réel problème qui impose une réaction à la hauteur de l’enjeu. Ainsi, l’UNESCO s’est particulièrement engagée dans la mise en place de formations accélérées et dans les micro-crédits.

3 - Existe-t-il une religion unique en Afrique ?

M. Serpos : Il y a une religion unique dans le monde entier, toutes les autres religions n’en sont que des dérives. La première religion en Afrique reste le culte des ancêtres. Tout le monde le pratique encore. Les uns de manière plus discrète, les autres plus ouvertement.

4 - L’éducation forme-elle l’esprit critique ?

M. Serpos : Il est difficile de caractériser et de définir l’origine de l’opposition des jeunes. Certains disent que « Parfois la colonisation aurait dû être une révolution. » A l’époque coloniale, il y avait des centres d’excellence qui rassemblaient les meilleurs Africains de la zone francophone. Aujourd’hui, il n’y a malheureusement pas suffisamment de coopération. Tout se fait sur le plan national, et tous les petits chefs d’Etat sont encore contents de leurs minis drapeaux. Il serait par exemple intéressant que les programmes de formation soient les mêmes dans les régions africaines. Cela ne serait pas seulement bénéfique au niveau économique, mais cela renforcerait aussi la compréhension mutuelle. Donc, plus de coopération !

5 - Faut-il laisser s’imposer les rythmes et mœurs occidentaux face aux rythmes et mœurs locaux ?

M. Foumena : Les jeunes ne se posent pas la question, même s’il y a effectivement une dépréciation de la culture locale au profit de la culture internationale.

6 - Y a-t-il une différence entre Anglophones et Francophones au Cameroun ?

M. Foumena : Non.

7 - Fait-on face à un problème de démographie en Afrique?

M. Diakité : La population sur le continent africain double tous les 12 ans. Par conséquent, le problème de la démographie est un problème majeur. Je ne suis pas très optimiste en ce qui concerne les effets démographiques pour l’avenir de l’Afrique.

Mots finaux de M. Serpos :

« La plus grande question pour l’avenir de l’Afrique est la dignité. Cette nouvelle jeunesse africaine au début du 21e siècle doit d’abord accepter la tolérance vis-à-vis les autres, avant le bien-être, car la tolérance est une richesse bien plus précieuse. Il y a une énergie énorme en Afrique. Les jeunes Africains doivent devenir transformateurs et faiseurs. Pourquoi doit-on vendre des matières premières à tout le monde et pourquoi ne peut-on pas les transformer sur place ? »

Christian Baer et Luc Penet,
étudiants à Sciences Po