La défense de l'Union Africaine
Stéphanie Dujardin intervient alors en annonçant son objectif, celui de défendre le point atteint par l’UA, telle qu’elle est conçue aujourd’hui en dépit de ses imperfections.
L’UA est très différente de l’OUA dont l’ambition était de lutter contre le colonialisme, et donc de défendre la souveraineté des États, influençant grandement la structure interne de l’OUA. Au fur et à mesure de la construction des Etats-Nations, d’autres problèmes sont apparus, auxquels l’OUA n’a pas réussi à donner de réponses. Les leaders politiques africains ont pris conscience de leurs défis communs : la paix et la sécurité, le développement, la démocratie, la justice, les Droits de l’Homme... Ces enjeux font désormais partie des priorités de l’UA. Les organes de l’UA, même s‘ils sont mal connus, ont été développés : Conseil de Paix et de Sécurité, Parlement panafricain, Conseil économique, social et culturel, Cour de Justice de l’Union Africaine ; des statuts ont été adoptés, ainsi que les règlements intérieurs. Les fondements des institutions ont été posés, même si celles-ci demeurent inachevées. Certes, de nombreux aspects reprennent le modèle de l’OUA, par exemple le Conseil, mais le fonctionnement en a été amélioré. Il reste vrai que le Parlement panafricain ne donne que des avis consultatifs. La participation des peuples se fait à travers l’organe du Conseil économique, social et culturel, et la question est de savoir qui va en être membre. Les organisations de la société civile et la diaspora devaient y participer. Cependant, se pose le problème de leur représentativité. L’Union Africaine est en fait une intégration institutionnelle. C’est pourquoi l’enjeu principal est d’en garantir le bon fonctionnement. Ainsi, la Cour de Justice représente alors un enjeu essentiel.
L’enjeu de la Cour de justice, et combien de Cours ?
La Cour de justice est l’organe judiciaire de l’UA ; son protocole a été adopté en 2003 mais n’est pas encore entré en vigueur ; pour cela, il faudrait que 15 membres le ratifient. Alors qu’aujourd’hui ils ne sont que 13. Cette Cour de justice a pour but de régler les différends entre États membres. Sa mission est l’interprétation des textes de l’UA et du droit international. Sté- phanie Dujardin remarque un mimétisme avec la Cour Internationale de Justice. La Cour de justice de l’UA a une compétence consultative à la demande des organes de l’Union, contentieuse en matière d’interprétation des textes de l’Union et du droit international, par la force obligatoire de ses arrêts, avec possibilité de sanctions. L’intervenante constate une réelle appropriation du droit international et également la modernité de cette Cour, notamment au travers de la parité imposée aux juges.
Aujourd’hui les problèmes qui se posent autour de cette institution sont les suivants : en 2005, les chefs d’État africains ont eu l’idée de fusionner la Cour de Justice avec la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, qui est une institution importante datant de 2004, pour la protection des Droits de l’Homme. Cette dernière est cependant une institution faible, la force obligatoire de ses arrêts est très relative, car elle dépend de la volonté des États pour l’application des sanctions. De même, l’accès des individus et des ONG est limité par une acceptation préalable de compétence de la Cour par l’État concerné.
L’argument officiel pour justifier la fusion serait de réduire les coûts de fonctionnement. On créerait deux sections, l’une destinée aux affaires générales et une autre destinée à régler les contentieux liés aux Droits de l’Homme. Cette nouveauté offrirait aux individus la possibilité d’accéder à la Cour pour les questions des Droits de l’Homme. De plus, l’inexécution des arrêts serait sanctionnée. En dépit de ces éléments très positifs, les observateurs ne peuvent qu’émettre des réserves sur cette fusion. Premièrement, les ONG soulignent le problème de la réelle qualification des juges : il n’y aura plus de spécificité selon les branches, ce qui peut nuire à la qualité des arrêts concernant, notamment, la protection des Droits de l’Homme. La deuxième source d’inquiétude est le manque de transparence sur les raisons réelles de cette fusion. Ne s’agirait-il pas en réalité d’enterrer le projet ? L’actualité semble donner raison à ces inquiétudes, car les négociations devaient aboutir en janvier 2007, or aujourd’hui plus personne n’entend parler de ce projet.