Youssouf Tata Cissé
Youssouf Tata Cissé. © cade
Comme annoncé, Jean-Louis Domergue
lit la Charte du Mandé
avant de donner la parole à
Youssouf Tata Cissé.
Celui-ci remercie le public d’être
venu aussi nombreux.
Les donso (c’est ainsi qu’on
nomme les Chasseurs au Mali), ont
aussi appelé cette Charte dite du
Mandé la Charte de Kurukanfuga
pour rappeler le lieu où cette
Charte a été proclamée. On peut
aussi qualifier cette Charte de Serment
puisqu’elle accompagne le
serment prêté par les Chasseurs
lors de leur initiation. Cette prestation
de serment se fait en prononçant
les mots du texte la main posée
sur la terre de telle manière que
la main y laisse son empreinte.
Les donso ont non seulement
conçu et élaboré cette Charte mais
ils l’ont fait adopter et appliquer
par les Malinké et ceci avec la dernière
rigueur. Le but essentiel était
à l’origine la libération de tous les
esclaves. Par l’abolition de l’esclavage,
« enfin on allait asseoir le
Mandé sur les bases stables, enfin
le Mandé allait connaître la prospérité,
la stabilité, la tranquillité
d’esprit ». Il faut considérer que
pour l’époque, c’était un véritable
coup de fouet. L’orateur insiste sur
les libertés ainsi acquises, notamment
celle d’aller et venir et celle
de penser. C’est une véritable
apostrophe à l’adresse du monde
tout entier. Le respect dû à
l’homme et la lutte contre la tyrannie
et l’arbitraire sont ainsi devenus
le credo des Chasseurs.
Après la proclamation de la
Charte, de véritables brigades antiesclavagistes
(Dongna Maklinklan)
ont été constituées. Dés 1212
les Chasseurs avaient entamé une
lutte sans merci contre l’esclavagisme
tant celui, local, qui était le
fait des potentats locaux que celui
des Arabes qui venaient acheter
dans la région les esclaves dont ils
avaient besoin. Sous l’autorité morale
et spirituelle de Soundjata
Kéita, ils ont fait le siège de chaque
maison du Mandé, de Bali, de
Nyali, de Diakadialan, etc… et
libéré les esclaves. Et à partir de
1222, c’est le Mali tout entier qui a
accepté cette loi (et l’abolition de
l’esclavage). Une garnison sera
chargée de mettre à mort sans
sommation tout individu trouvé
en flagrant délit d’esclavagisme
et au nom du Nyama dont le
principe chez les Chasseurs est
que « Tout tort causé à une âme
demande réparation ». Cette devise
est devenue celle de Soundjata
Kéita, l’Empereur du Mali.
L’orateur nous précise avoir découvert
les ruines de ce cantonnement
vers 1959, à l’occasion
des travaux de la mise en valeur
de la rive droite du Niger, jusqu’à
Karatabou. L’orateur précise
enfin que la datation est précise
car les événements correspondaient
à la période où la comète
de Halley était visible dans
le ciel du Mali. Selon l’Observatoire
de Paris cette comète a été
visible d’octobre 1222 jusqu’en mars 1223.
L’orateur s’attache ensuite à décrire
le rôle d’incitatrice de la
mère de Soundjata (Sogolon Kourouma)
qu’il décrit comme une
femme admirable. Elle avait dit à
son fils : « Mon enfant, le jour où
tu auras le pouvoir, il faudra que
tu interdises l’esclavage ». Soundjata
a ainsi grandi en exil avec sa
mère avec cette idée qu’il n’y a
pas pire cruauté que de mettre un
mors dans la bouche d’un être humain.
On mesure à l’écoute de
l’orateur, le poids de la mère de
Soundjata et par ricochet la portée
symbolique de l’expression les
« Fils de Sanènè et Kontron ».
Cette Confrérie se réclame en effet
symboliquement d’une grande
aïeule et d’un aïeul, Sanènè et
Kontron. Le mythe auréole cette
« Mère des mères, l’amour maternel,
la Mère Grande ». Nourricière
et protectrice, Sanènè a
conçu et enfanté son garçon Kontron
sans homme ni génie. Une
des conséquences de la référence à
la mère de Soundjata et à Sanéné
est qu’on exige du novice, en préalable
à son initiation, le consentement
de sa mère (peu importe l’avis
du père). Si la mère est d’accord,
nul ne peut interdire l’entrée
du novice dans la Confrérie des
Chasseurs.
L’orateur indique qu’au Mali, à
l’origine, il y avait 7 sociétés
d’initiation dont le komo qui est
aujourd’hui encore une Confrérie
qui compte ; son emblème est le
konon. L’orateur cite aussi le koré,
qui est en quelque sorte celle du
blasphème institutionnalisé (« je
vois tout, j’entends tout etc… »).
Puis l’orateur en vint à la description
des différents niveaux de l’initiation
des Chasseurs ou donso.
Le jour de l’admission, on rappelle
à l’impétrant qu’un Chasseur
n’est d’aucune race, qu’il n’y a
pas de frontière pour les Chasseurs,
que leur patrie c’est la
brousse. Etre Chasseur, c’est n’avoir
de mère et de père que Sanènè
et Kontron, n’avoir de frères
que des Chasseurs, c’est en définitive
affirmer l’individu contre la
société dans ce qu’elle a d’arbitraire.
On doit en effet combattre
même son propre père, sa propre
mère quand ils en viennent à manquer
à la dignité humaine. Il faut
absolument respecter le Serment.
Pour terminer, Youssouf Tata Cissé
nous indique avoir recueilli la
tradition orale de cette Charte en
1965, à une époque où il travaillait
sur les cosmogonies de l’Empire
du Mandé.
Le modérateur remercie Yousouf tata Cissé et passe rapidement la parole à Amadou Tiéoulé Diarra.