Les PME, le chaînon manquant
Gilles Béville © CADE
Gilles Béville a travaillé dans l’accompagnement
et l’information donnée
aux entreprises en Afrique. Celles-ci
se trouvent actuellement dans un
environnement international
favorable au moins
en ce qui concerne l’engagement.
Des organismes
comme la CNUCED
(Conférence des Nations
Unies sur le Commerce
Et le Développement)
insistent sur la nécessité
de renforcer la capacité
productive des Etats.
Comme facteur du développement
d’un tissu
entrepreneurial, la démographie
est importante. Il y a actuellement
un début de transition avec un
dividende démographique qui peut
être une opportunité mais aussi un
facteur bloquant de développement si
la population active n’est pas absorbée
par le marché du travail. Or, on constate
:
- une croissance rapide de la jeunesse
(63 % moins de 25 ans, soit 540
Millions en 2010);
- une augmentation de plus de 50 %
des arrivées sur le marché du travail
en 20 ans (17,5 M / an en 2010, 27
M en 2030);
- de 2010 à 2050, la population active
devrait être multipliée par 2, voire
par 3 dans 41 sur les 48 pays de l’Afrique
subsaharienne.
Le marché de l’emploi s’analyse par :
- une difficulté des jeunes et des femmes
à s’insérer;
- une prépondérance de l’agriculture
et des agricultures familiales dans
l’emploi (population agricole = 60
%, qui absorbe entre 50 et 60 % de
la population active);
- un faible dynamisme des secteurs
secondaire et tertiaire d’où la création
d’activités dans le secteur informel
(70 à 90 % de l’emploi non agricole).
La PME est le fameux chaînant manquant,
entre les grandes entreprises et
le secteur informel hypertrophié, mais
celui-ci représente 80 % des créations
d’emploi, 50 / 60 % du PIB, en
moyenne en Afrique subsaharienne.
Des politiques attractives permettraient
sa formalisation.
Il existe encore des contraintes au
développement de l’entreprise que
sont le manque d’Etat de droit dans
certains pays, l’environnement monétaire
tel que l’arrimage du Franc CFA
à l’euro, qui est peut être un facteur
bloquant, ainsi que les infrastructures
insuffisantes.
Dans l’accompagnement, les services
financiers comme la micro finance se
sont développés, il faut mettre l’accent
sur la méso finance qui correspond
aux financements des entreprises
moyennes, se situant entre le haut des
financements en micro et le bas des
financements bancaires. Ce secteur
constitue actuellement un vide, il faut
trouver des programmes et des produits
de méso finance que ce soit en
fonds de roulement ou pour les investissements.
Certes l’entreprise a besoin de liquidités
mais les services non financiers
sont aussi importants, voire plus, que
les services financiers. L’information
bien ciblée est capitale pour gagner de
la productivité. Ce sont les services de
formation, information, conseil, transferts
de technologies, d’aide à la
structuration de partenariats et groupements
interentreprises qui manquent
le plus.
Malgré ces contraintes, il faut voir des
outils qui ont marché, c’est le cas du
compagnonnage industriel. Il
s’agit de la constitution de
couples d’entreprises du
Nord et du Sud, avec une
méthodologie précise, étude
et diagnostic d’un plan de
faisabilité, qui crée des partenariats
techniques, financiers,
de réalisation d’exportations.
Ces partenariats peuvent déboucher
sur une coentreprise,
ce qui est le cas
de 45 % des projets.
Le Ministère des affaires étrangères et
européennes a mis en place un programme
sur 10 ans, de 1995 à 2005.
Ce programme portait sur 250 projets,
un investissement de 630.000 € et le
montant total effectif des projets a été
de 6 millions d’€, soit un levier financier
de 1 à 10.
G. Béville donne deux exemples d’outils
d’accompagnement sur lesquels il
a travaillé en tant que coopérant à
Madagascar. :
- Le CITE (Centre d’Information
Technique et Economique) a été
pendant 15 ans au service des TPE
(très petites entreprises). Il apportait
une formation « sur mesure », pour
artisans et micro entrepreneurs,
l’appui - conseil pouvant aller jusqu’au
diagnostic, à l’expertise, à
l’animation de filières et l’aide à la
création de réseaux.
-
L’AAFEX (Association Afrique
agro Export) regroupe des entrepreneurs
de l’agro-alimentaire pour les
aider à atteindre certains marchés à
l’exportation ou à améliorer leur
démarche « qualité », notamment
phytosanitaire.
En conclusion, il apparaît que les politiques
d’aide et de coopération doivent
être mieux axées sur le soutien
aux entreprises et qu’il faut une approche
territoriale de ces politiques
pour une prise en compte globale de
l’entreprise avec son environnement.
En guise de transition, R. Portella
insiste sur la nécessité de réfléchir à la
culture d’entreprise dont les modes
d’organisation occidentaux ne sont
peut être pas compatibles avec la
culture africaine et de lutter contre
l’isolement de l’entrepreneur par les
réseaux qui apportent plus de punch et
entraînent plus d’initiatives.
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