Michel Naumann
Michel Naumann © CADE
Michel Naumann centre son exposé
sur le Nigeria en abordant
d’une part les auteurs et d’autre
part ceux qui les publient. La littérature
nigériane, c’est beaucoup de
littérature orale mais aussi beaucoup
de littérature écrite, très ancienne,
en haoussa et en arabe datant
de la fin du XVIIIe siècle et du
début du XIXe siècle et en particulier
une très belle poésie mystique
d’auteurs comme Abdoulaye Dan
Fodio. Il y a même parmi ces poètes
mystiques des femmes qui ont
joué un rôle important pendant
cette période historique. Pendant la
colonisation naît une littérature
dont le Nigeria se réclame souvent,
c’est la littérature abolitionniste
avec Equiano qui, en 1789, publie
l’histoire de sa vie. Il faut savoir
qu’il y a aussi des textes plus ou
moins littéraires de l’anglophonie
atlantique créée, des deux côtés de
l’Atlantique, par la traite des esclaves
comme l’histoire de ces deux
enfants, fils d’un fournisseur d’esclaves,
envoyés par erreur en Amérique
avant d’être restitués à leurs
parents et dont on a conservé la
correspondance relatant leurs péripéties.
Emergence d’une littérature
nationale
Avec la colonisation, la littérature
s’organise par les canaux missionnaires
ou coloniaux. Il y a par Michel Naumann centre son exposé
sur le Nigeria en abordant
d’une part les auteurs et d’autre
part ceux qui les publient. La littérature
nigériane, c’est beaucoup de
littérature orale mais aussi beaucoup
de littérature écrite, très ancienne,
en haoussa et en arabe datant
de la fin du XVIIIe siècle et du
début du XIXe siècle et en particulier
une très belle poésie mystique
d’auteurs comme Abdoulaye Dan
Fodio. Il y a même parmi ces poètes
mystiques des femmes qui ont
joué un rôle important pendant
cette période historique. Pendant la
colonisation naît une littérature
dont le Nigeria se réclame souvent,
c’est la littérature abolitionniste
avec Equiano qui, en 1789, publie
l’histoire de sa vie. Il faut savoir
qu’il y a aussi des textes plus ou
moins littéraires de l’anglophonie
atlantique créée, des deux côtés de
l’Atlantique, par la traite des esclaves
comme l’histoire de ces deux
enfants, fils d’un fournisseur d’esclaves,
envoyés par erreur en Amérique
avant d’être restitués à leurs
parents et dont on a conservé la
correspondance relatant leurs péripéties.
Emergence d’une littérature
nationale
Avec la colonisation, la littérature
s’organise par les canaux missionnaires
ou coloniaux. Il y a parMichel Naumann centre son exposé
sur le Nigeria en abordant
d’une part les auteurs et d’autre
part ceux qui les publient. La littérature
nigériane, c’est beaucoup de
littérature orale mais aussi beaucoup
de littérature écrite, très ancienne,
en haoussa et en arabe datant
de la fin du XVIIIe siècle et du
début du XIXe siècle et en particulier
une très belle poésie mystique
d’auteurs comme Abdoulaye Dan
Fodio. Il y a même parmi ces poètes
mystiques des femmes qui ont
joué un rôle important pendant
cette période historique. Pendant la
colonisation naît une littérature
dont le Nigeria se réclame souvent,
c’est la littérature abolitionniste
avec Equiano qui, en 1789, publie
l’histoire de sa vie. Il faut savoir
qu’il y a aussi des textes plus ou
moins littéraires de l’anglophonie
atlantique créée, des deux côtés de
l’Atlantique, par la traite des esclaves
comme l’histoire de ces deux
enfants, fils d’un fournisseur d’esclaves,
envoyés par erreur en Amérique
avant d’être restitués à leurs
parents et dont on a conservé la
correspondance relatant leurs péripéties.
Emergence d’une littérature
nationale
Avec la colonisation, la littérature
s’organise par les canaux missionnaires
ou coloniaux. Il y a par exemple des concours de littérature
par langue qui ont révélé des
romans d’une certaine qualité. Il y
a aussi une presse dynamique et
commencent à apparaître des auteurs
dans le monde Haoussa et
Yorouba qui annoncent la littérature
nationale. Il y a également
une bourgeoisie créole composée
d’anciens esclaves libérés par la
marine américaine fixés en Sierra
Leone, éduqués par les missionnaires,
ayant diffusé
sur toute la côte.
Cette bourgeoisie
n’est pas contre la
colonisation, mais
elle rappelle aux Anglais
que la colonisation
est basée sur un
contrat stipulant
qu’on ne colonise les
peuples que pour les
amener à l’indépendance.
Pour les Anglais,
si ce contrat
doit être rapidement
exécuté pour le Canada et l’Australie,
son exécution devrait prendre
des siècles pour l’Inde et l’Afrique.
La bourgeoisie créole leur
rappelle que cela devrait prendre
beaucoup moins de temps.
Cette bourgeoisie créole, ancêtre
du nationalisme, a joué un rôle à
la fois positif et négatif dans la
littérature et le nationalisme ; positif
dans le sens où elle annonce un
avenir national, négatif dans le
sens où elle manifeste vis-à-vis
des cultures africaines un terrible
pessimisme. Elle se souvient que
leurs familles ont été déportées par
les Africains et sauvées par les
Blancs anglais. C’est l’envers de
la réalité historique de la traite car
ce qu’ils ont vécu ne correspond
qu’aux phases ultimes de la liquidation
de la traite par la marine
anglaise. Toutes ces expériences
vont converger vers une littérature
nationale qui naît avec le mouvement
national populiste porté par
la bourgeoisie et les intellectuels
nationalistes qui ont compris qu’il
fallait créer un mouvement de
masse qui prenne en compte les
cultures traditionnelles.
Emerge une littérature qui rend
justice à ces cultures avec des
écrivains comme Chinua Achebe,
Wole Soyinka. Il faut également
citer les extraordinaires poèmes
militants d’Aminu Kano. Dans les
années 60, la construction nationale
n’étant pas ce qu’elle espérait,
cette littérature devient une
littérature de protestation mais qui
reste très liée à cette première littérature
nationale dans ses caractéristiques
: c’est une
littérature de réhabilitation,
noble, qui
parle au nom des
peuples africains et
de leurs cultures traditionnelles.
Elle est
encore défendue par
certains auteurs qui
se réclament de Marx
ou du socialisme africain
comme Soyinka
et Achebe.
La crise économique et
la littérature voyou
Dans les années 80, la crise économique
entraîne une extrême dépression
dont on a pu penser
qu’elle signerait la fin de la littérature
africaine. Heureusement,
celle-ci a survécu, mais elle ne
croit plus beaucoup à une révolution
nationale dans les années à
venir. Elle veut arriver à symboliser,
à dire et à mettre par écrit
l’horreur qui frappe durement les
gens. Elle arrive à mettre des mots
sur cette horreur en créant des personnages
monstrueux, en racontant
des histoires horribles,
mais traversées d’humour, qui
témoignent de la vitalité africaine.
M. Naumann cite, parmi ces auteurs,
Ken Saro-Wiwa qui écrit en
anglais pourri pour une nation
pourrie, l’anglais pourri d’un enfant,
une manière d’exprimer
l’échec de la construction nationale
et la crise. Il cite également
Ben Okri qui utilise dans une trilogie
extraordinaire le mythe de
l’abuki, c’est-à-dire de l’enfant qui
refuse de vivre car il se rend
compte que la vie est trop dure. Il
meurt mais les esprits le renvoient
dans ce monde où il est attiré par
des motifs religieux et artistiques.
Ce mythe permet de matérialiser
l’angoisse de sociétés où la mort
prend le pas sur la vie. Ben Okri
fait une admirable utilisation de ce
mythe pour montrer le dynamisme,
au-delà de l’horreur et de
la mort, qui continue à traverser
les sociétés africaines dans des
conditions absolument terribles.
Soyinka lui-même renouvelle son
théâtre en faisant appel de plus en
plus à Eshou, le Dieu des tromperies
mais aussi des significations.
Eshou n’est pas juste un farceur
ou un diable, c’est aussi celui qui
détermine la signification. En introduisant
ce personnage, Soyinka
exprime tout le côté irrationnel,
voir absurde, de la situation économique
vécue par les gens de son
pays. En témoigne la commercialisation
du cacao produit au Nigeria
par le Niger qui, à la faveur du
Franc CFA, en devient le premier
exportateur mondial, alors que les
conditions climatiques y sont impropres
à cette culture. Un autre
écrivain qui exprime cela, c’est
Biyi Bandele qui raconte des histoires
dont on se rend compte
qu’elles sont racontées par des
narrateurs fous, donc qu’on ne
peut pas croire. Toutefois, à travers
cette folie, quelque chose a
été dit, qui n’est pas quelques fois
sans rationalité.
Un autre écrivain, Flora Nwapa,
est une dame qui a écrit des romans
très dignes sur la condition
des femmes africaines traditionnelles.
Dans cette période de crise,
elle écrit tout autre chose. Dans
son roman, One is Enough, l’héroïne
supplie à genoux son mari
de ne pas la quitter car elle n’a pas
d’enfants. Comme son mari se
moque d’elle, elle le frappe à mort
et prend son envol de femme d’affaires
corrompue. Elle touche à la
drogue et, pour remplacer son mari,
choisit le curé de la paroisse.
C’est ce que M. Naumann appelle
de la littérature voyou. La narration,
l’inspiration ont changé et la
Michel Naumann © CADE
La Lettre de la Cade n° 129 - Mars 2010 page 7
littérature nigériane, d’une certaine
façon, a éclaté.
La problématique de la
publication
Le second point abordé par M.
Naumann porte sur la publication
proprement dite de cette littérature.
Il part de la conférence d’Accra en
1958.
Cette conférence essentielle convoquée
par Nkrumah, projetait de
mettre à distance les relations
Nord-Sud et d’insister sur les relations
afro-africaines avec la création
de centres culturels africains
dans les différents pays, d’échanges
entre universités, professeurs,
étudiants afin que l’Afrique ne soit
plus enfermée par les nations et les
régions. Il y avait, lors de cette
conférence, une volonté de coordinnation
de programmes scolaires,
d’élaboration d’une politique artistique,
culturelle commune à longue
échéance, de création de maisons
d’édition par plusieurs Etats, d’information
concertée et de création
de prix artistiques africains. Tout
cela a été balayé. Pour expliquer
cet échec, Achebe disait «Quand
on ramène les fagots à la maison,
on y ramène aussi les lézards ».
Les fagots, c’est la langue anglaise,
et les lézards, c’est tout le problème
que peut poser la puissance
des cultures étrangères, de leurs
institutions culturelles, pour la
création d’une littérature et d’éditions
nationales. C’est aussi la
puissance de l’information venue
de l’étranger, comme la Voix de
l’Amérique, le British Council, les
missions américaines pour l’enseignement
qui, en apprenant l’anglais,
apprennent aussi à comprendre
les Américains et leurs points
de vue. Cela peut être aussi le développement
de politiques linguistiques
où il semble que la langue
ne soit plus porteuse de Lettres,
mais de plus en plus d’un « faire »
économique lié, bien sûr, aux intérêts
de la nation qui enseigne sa
langue. D’une certaine façon, on
préconise l’intelligence et on rejette
l’intellect.
La confrontation
à l’anglais
est très difficile
pour l’indépendance
n a t i o n a l e ,
tant culturelle
que pour
l’industrie du
livre. Au moment
où Achebe publie son
premier roman, l’anglais représente
50 % de la presse mondiale, 60 %
des émissions de radio dans le
monde, 33 % des traductions, 25 %
des publications, 60 % des revues
scientifiques. La lecture est réservée
à une élite et à cette époque,
4,5 % de Nigérians étaient alphabétisés
(4,7 % en Sierra Leone et
25 % au Ghana). La colonisation a
aussi créé un réseau de bibliothèques
moins que satisfaisant : 15
bibliothèques pour 100 volumes au
Nigeria, 8 pour 122.000 volumes
au Ghana, 13 pour 57.000 volumes
en A.O.F. et 2 pour 6.000 volumes
en A.E.F. Si la masse de la population
reste analphabète à cette époque,
une élite universitaire se dégage.
La lecture de loisir n’est une
pratique que pour un tiers des gens
qui lisent : c’est un mode de vie, un
goût particulier. La presse est importante
et en particulier, une
presse d’investigation qui fait
preuve, comme encore maintenant,
d’un certain courage.
Dans cette situation, qu’est-ce que
l’édition a produit ? Même si l’édition
nigériane, ce n’est pas rien, il
faut se rendre compte que 93 % des
volumes sortis l’ont été pour 30 %
de la population mondiale. Pour
38.000 kg de papier culturel pour
un Américain, nous en avons 1.000
kg pour un Africain et ces chiffres
ont dû baisser depuis. L’ouverture
occidentale aux publications africaines
est une ouverture modérée
et calculée. L’auteur africain qui va
être publié en Europe est généralement
celui qui traite de questions
d’hybridité, de mondialisation ;
c’est l’intellectuel qui a immigré et
qui raconte ses peines de coeur, ses
nostalgies. Le misérabilisme, ce
qui évoque les catastrophes africaines,
est porteur. Cette ouverture
« voyeuriste » de l’Occident n’a
pas été inutile car elle a sorti des
chefs-d’oeuvre. Heineman a confié
à Achebe les séries d’auteurs africains.
Il les a orientées dans un
sens qui est le sien, c’est-à-dire la
réhabilitation culturelle et la finesse
de l’analyse des cultures traditionnelles.
Dynamisme éditorial, mais impact
local
Au Nigeria, il y a eu des choses
intéressantes localement comme
par exemple les éditions M’bari en
pays Yoruba même si elles étaient
financées par The Congress for
Control Freedom, création de la
CIA. Très souvent, les grandes
maisons anglaises avaient des réseaux
au Nigeria comme par exemple,
dès 1949, des réseaux de
presse universitaire. Il y avait tout
de même les premiers éditeurs nigérians,
l’urbanisation générant
une bourgeoisie, donc un lectorat,
et par conséquent des auteurs, des
maisons d’édition, des imprimeries
potentiels. On a parlé de la littérature
Onitsha, mais celle-ci est produite
à un niveau beaucoup plus
artisanal et local. C’est intéressant,
mais c’est un phénomène qui n’est
pas reproductible.
Des maisons très créatrices,
comme Onig Bonoge, avaient, sur
le plan financier, des choix très
difficiles à faire entre une littérature
de détente, facile, qui se vend
bien, une littérature scolaire qui se
vend également bien, et une littérature
de qualité. C’est cette dernière
qui est sacrifiée en cas de difficultés.
Là où l’édition a réussi,
c’est lorsqu’elle était immergée
La Lettre de la Cade n° 129 - Mars 2010 page 8
dans son lectorat. Elle a produit
des choses extraordinaires mais
dont la diffusion était extrêmement
restreinte. Le public qui n’était
pas énorme dans les années
60-70, s’est encore réduit avec la
crise économique. Certains auteurs
s’en sont sortis lorsqu’ils ont été
mis systématiquement au programme
scolaire.
La situation actuelle au Nigeria est
extrêmement éclatée : dans les
langues, les régions, les Etats. Les
réussites sont malheureusement
souvent trop locales. Les écrivains,
auteurs de la grande littérature
nigériane, bien qu’ils soient
enracinés dans leur langue, se retrouvent
au bout de quelques années
à Londres par nécessité économique.
C’est pourtant un pays
au dynamisme extrême avec des
ouvrages pour enfants, pour jeunes
filles, qui racontent les anciennes
épopées, des recueils de poèmes,
des pièces de théâtre, des romans
policiers très intéressants.■
Philippe Mathieu
NDLR : Pour des raisons techniques
indépendantes de notre volonté,
il n’a pas été possible de
restituer le débat. Que les personnes
qui ont posé des questions et
les intervenants veuillent bien
nous en excuser.