Elisabeth et Benoît Antheaume
La conférence de février a en fait été
répartie en deux séquences dont la
première assurée par Mme Antheaume
à partir du travail photographique
accompli pendant son séjour
en Afrique du Sud. C’est pourquoi,
l’amphi 6 de l’université, lieu habituel
de ces conférences, revêtait ce
jour là un aspect inhabituel dans la
mesure où une bonne partie de l’estrade
et de l’entrée dans la salle
étaient recouverts de reproductions
de photos richement colorées. Mme
Antheaume nous a présenté l’évolution
politique de l’Afrique du Sud
pendant les 5 ans de leur séjour sur
place, par les photos des « tags » locaux,
la « peinture » murale se présentant
comme un moyen d’expression
à la fois artistique et politique.
Certaines photos, prises au même
endroit, sur le même support, témoignent
de l’évolution des mentalités
ou des opinions puisque le message y
est sensiblement différent. Les photos
qui ont été présentées étaient un
échantillon de sa production qui en
compte des milliers, une bonne partie
figurant dans la photothèque de
l’IRD (Institut de Recherche
pour le Développement) qui
est accessible au public après
inscription.
La seconde séquence a consisté
en une présentation plus
« académique », par Benoît
Antheaume lui-même, à partir
de son expérience sud-africaine
à l'IRD, soutenue par un
texte et un diaporama sur la
formation de l’Afrique du Sud
et son état actuel.
Le lien entre les 2 séquences
et l’introduction à l’étude du cas sud-africain
a consisté en la projection
d’un slogan illustré : « Africa is in
pieces… Vote for peace ! » de campagne
électorale post-apartheid.
Puis l’orateur « décortique » l’Afrique
du Sud : « Pays complètement
atypique, l’Afrique du Sud est le pays
de tous les paradoxes ... Le mot nation
« a acquis ses lettres de noblesse,
et parfois la majuscule pour désigner
une population qu’unissent une histoire
et une culture communes, qui
vit le plus souvent sur le même territoire
… Mais cette acception semble
être en parfaite opposition avec la
réalité de l’Afrique du Sud, où des
groupes souvent antagoniques se sont
historiquement et culturellement affrontés,
pour user d’un euphémisme,
sur un territoire qui fut souvent disputé,
scindé, et absurdement cloisonné,
et cela dans un pays dont les politiques
publiques ont superposé, de
1948 à 1990, inégalité et injustice
raciales, sociales et spatiales. »
Après avoir parlé du pays identifiable,
il passe ensuite aux éléments
constitutifs de sa population en faisant
défiler « Trois histoires interactives
», c'est-à-dire les différentes
« nations » sud-africaines : la nation
Zoulou, la nation afrikaner, la nation
anglaise et enfin la nation arc-en-ciel
dans laquelle les trois précédentes
aboutissent.
Pour autant « Ces trois éléments ne
contribuent naturellement pas à
l'émergence d’une nation qu’unissent
une histoire et une culture communes,
fussent-elles faites de séquences,
ni la poursuite d'un dessein collectif
voire d’un rêve partagé. Et pourtant,
si un pays fait encore rêver, à l’aune
des conflits non résolus de la planète,
c’est bien l’Afrique du Sud ! »
Et pour terminer, avant le débat qui
s’ensuit, l’épilogue qui questionne
l’avenir : « Membre de l’ANC, mais
désavoué par son parti le Président
de la République, Thabo Mbeki, démissionnait
de son poste en septembre
2008. Il avait visiblement perdu
la « bataille pour l’âme de
l’ANC » (Gumede, 2005). Comme
Nelson Mandela en 1994, il avait été
démocratiquement élu en 1999 et
réélu en 2004 à la présidence de la
République. Sa fonction le contraignait
à représenter, sans principe
partisan, l’ensemble de la nation, pas
forcément à défendre les intérêts
d’un parti. Il était remplacé par un
intérimaire (devenu vice-président)
jusqu’aux élections de mai 2009, qui
ont porté au pouvoir Jacob Zuma,
l’ancien vice-président de Thabo
Mbeki. Prisonnier politique dix
ans durant sur Robben Island
pendant lesquels il s’est formé
de façon autodidacte, doté
d’un indéniable charisme, mais
fortement controversé, ouvertement
polygame, mais pratiquant
à la fois une politique
publique responsable d’usage
des antirétroviraux (ARV)
cette classe de médicaments
utilisés pour le traitement des
infections liées aux rétrovirus pour
lutter contre le sida, tout en appelant
ouvertement à utiliser la mitraillette
pour régler les conflits … Son attitude
apparaît donc clairement populiste
mais l’homme est réellement
populaire auprès de la partie la plus
déshéritée de la population. Il ne doit
pas être jugé à l’aune de ses comportements
antérieurs, sachant combien
la raison d’Etat peut transformer un
acteur. Il est incontestablement d’une
très grande habileté politique. Dixhuit
mois après l’élection présidentielle,
le gouvernement de Jacob Zuma
a toujours observé une ligne centriste
dans la continuité de celles des
gouvernements des présidents antérieurs.
Confrontée aux problèmes
structurels du pays ou à ceux, plus
conjoncturels d’une longue grève des
fonctionnaires en juillet 2010, cette
ligne fait aujourd’hui l’objet d’une
violente contestation de la part de
l’aile gauche de l’ANC, des syndicats
et des jeunes qui croyaient pourtant
avoir trouvé en Jacob Zuma leur
champion. »
Pour pouvoir retrouver la conférence
et les fiches pédagogiques correspondantes,
les liens internet, en
page 12 de La Lettre 141, figurent en bas de page et vous trouverez ci-dessous
la bibliographie communiquée
par B. Antheaume en complément
de son exposé.
La conférence de Abel Kouvouama
fera l’objet d’un compte-rendu spécifique
dans une prochaine Lettre de la
CADE.
Ces neuf conférences ainsi que la
journée réservée aux professeurs du
second degré de l’académie en février
2009, que j’ai presque pu suivre
dans leur intégralité (une exception,
le pétrole) m’ont fortement intéressé,
car j’ai rencontré et écouté des conférenciers
brillants et très disponibles
faisant partager à l’auditoire leur
hauteur de vue sur des sujets complexes.
Il y a là matière à découverte
pour tout un chacun, y compris pour
des personnes ayant déjà une expérience
de l’Afrique subsaharienne.■
Jean Brice Simonin