Le Débat
Le débat est ouvert par une communication
de Marie-Thérèse Avemeka,
consultante auprès du Ministère
des Affaires étrangères de la
République du Congo, qui s’est
exprimée sur le rôle des associations
féminines, en matière de parité
notamment. Elle mentionne le
fait qu’en même temps que siègent
les Chefs d’Etat au Sommet de
l’Union Africaine, les associations
féminines évaluent la mise en oeuvre
d’un engagement des Chefs
d’Etats sur la parité pris a Addis-
Abeba en 2004. Elles examinent
également un thème d’actualité,
cette année les violences en Afrique.
Il existe en outre, au sein de
l’Union Africaine, un Comité
consultatif des femmes qui veille à
la bonne application des dispositions
sur la parité. Marie-Thérèse
Avemeka joint sa voix à celle des
deux intervenantes pour appeler les
associations féminines africaines à
s’exprimer et se faire entendre non
seulement en Afrique mais aussi en
Occident et dans le monde, dans un
esprit d’échange avec leurs partenaires
et de progrès.
Une première question s’adresse à
T. Locoh et porte sur les raisons de
la surmortalité des petites filles
entre 1 et 4 ans par rapport aux
garçons du même âge. Passée la
première année où les garçons sont
plus vulnérables que les filles, on
constate en effet entre 1 et 4 ans
une surmortalité féminine, en particulier
en ville, qu’on ne s’explique
pas, étant donné l’absence de préférence
pour l’un ou pour l’autre
sexe dans les sociétés africaines
sub-sahariennes. L’hypothèse d’un
accès aux soins, coûteux en ville, a
été avancée sans être prouvée.
A la question sur la place des femmes
dans les instances de décision
nationales, la réponse de T. Locoh
est circonstanciée : en Afrique de
l’Est dans le Parlement de plusieurs
pays, les femmes occupent
25 à 30 % des sièges – 48 % au
Rwanda – alors qu’au Sénégal la
proportion est de 6 %. La proportion
de femmes parlementaires a
tendance à augmenter.
Une question adressée à K. Bebey
porte sur le repassage des seins.
Ce phénomène récent et urbain
touche le Cameroun, le Gabon et,
semble-t-il, le Congo. Il tient à la
crainte des mamans devant la prédation
masculine sur les jeunes
filles adolescentes. Pour les soustraire
aux pratiques trop pressantes
des hommes, elles compriment la
poitrine (bandages, pierres chaudes...)
de leurs filles de façon à empêcher
les changements de leur
corps. Inutile de dire que c’est
l’effet d’un manque d’éducation.
A une question sur la construction
et la reconstruction de soi, K. Bebey
souligne le besoin des femmes
africaines de s’exprimer sur le quotidien
dans un monde médiatique
où elles sont quasi absentes (TV,
radio, presse). Cela va de pair avec
le besoin de reconnaissance constitutif
de l’estime de soi.
Sur la question de la perception
féminine de la guerre, K. Bebey
évoque les réactions suscitées chez
ses auditrices par la situation belliqueuse
au Darfour et en RDC. Elles
ont évoqué leur sentiment de
victime des viols et des rejets familiaux
et les séquelles de la guerre
en termes de santé et de troubles
psychologiques. K. Bebey s’efforce
d’apaiser les situations dramatiques
par des slogans du type
« les vrais hommes ne violent pas »
et, par exemple, de donner la parole,
comme ce fut le cas pour une
responsable d’ONG congolaise au
Kivu, à une femme qui travaille à
la réinsertion des victimes de la
guerre.
A la question portant sur l’existence
d’émissions spécifiques pour
les Africaines en France, K.
Bebey évoque l’émission de fin de
semaine qui s’intitule « Diaspora »
qui, en fait, concerne aussi bien les
hommes que les femmes africaines
de France. Elle renvoie au site de
RFI pour toute information sur les
programmes de cette antenne.
L’intervenante n’a pas encore
abordé la question des femmes
dans le champ politique. Par
contre elle a souvent accueilli des
femmes chefs d’entreprise et, sans
vouloir en faire des héroïnes, elle
reconnaît qu’elle a toujours été
frappée par l’énergie qu’elles déploient
pour conduire leur entreprise,
en dépit de toutes les difficultés
qu’elles rencontrent.
A la question sur les dispositions
discriminantes à l’égard des femmes
dans les Codes de la famille,
T. Locoh répond qu’il y a un
grand travail à faire sur le plan
juridique pour l’égalité des droits
mais que cela ne sera pas suffisant,
tant l’application des lois pose de
problèmes surtout en milieu rural.
Elle cite le cas de la polygamie,
interdite par le Code ivoirien mais
autorisée par les Codes sénégalais
et togolais tout en étant soumise à
déclaration lors du mariage.
Il a été demandé à T. Locoh si l’amélioration
de la place des femmes
ne dépend pas avant tout des
progrès dans la sécurité, dans la
réduction de la pauvreté et dans le
développement. Sans nier l’importance
du contexte socioéconomique,
l’intervenante, en
s’appuyant sur la situation française,
fait ressortir toute l’importance
du combat pour l’égalité des
droits, qui reste une conquête sociale.
Une bonne gouvernance
peut y contribuer mais c’est l’ensemble
de la société qui doit évoluer
pour faire changer les rapports
hommes-femmes.
Autre question, celle de l’influence
de la diaspora sur les questions du
genre. T. Locoh fait part de sa
conviction que la diaspora peut
exercer, et exerce bien souvent,
une influence sur les représentations
de genre en Afrique.
Le modérateur fait réagir les intervenantes
à dadeux questions qui mettent
en cause la place des femmes dans les sociétés africaines : incidence
des migrations alternantes
des hommes au Sahel sur la place
des femmes dans les villages ainsi
passagèrement désertés, et effet du
micro-crédit dont les femmes sont
les principales bénéficiaires sur
leur statut familial et social.
Après avoir décrit la multiplicité
des formes de migrations qui ne
sont pas, et de moins en moins
l’apanage des hommes, les intervenantes
font part de leur perplexité
sur leur incidence en matière de
genre, aussi bien en raison des
difficultés à aborder ces questions
avec les femmes à la radio qu’en
raison de l’absence d’enquêtes et
de statistiques à ce sujet.
Quant au micro-crédit, si son intérêt
est indéniable pour des questions
de survie, elles émettent des
doutes sur leur effet macroéconomique.
Il est fait remarqué que le
micro-crédit, à côté de ses effets
bénéfiques, peut avoir des effets
pervers dans la mesure où il peut
conduire à alourdir encore la
charge féminine dans la vie des
familles.■
Jean-Loïc Baudet