Pour une électrification fiable en Afrique de l'Ouest
En matière d’électricité, les
choses bougent en Afrique.
Dans « La Lettre de la CADE » de
mai nous annoncions la réhabilitation
du barrage d’Inga en R.D.C. et
la réalisation de l’interconnexion
entre plusieurs pays de la Communauté
économique des États de l’Afrique
de l’Ouest (CEDEAO).
Celle-ci est maintenant opérationnelle
dans le cadre du système
« Échange d’énergie électrique de
l’Afrique de l’Ouest ». Les liaisons
vont s’établir entre le Ghana, le
Burkina et le Mali ; la Côte d’Ivoire
et le Mali et entre le Bénin et
le Nigeria. Actuellement l’électricité
au Burkina est à 65 % thermique,
20 % hydraulique et 15% importée
des pays voisins. Le maillage
prévu permettra de porter le
taux d’électrification nationale de
19 à 60 % d’ici à 2015. D’autres
interconnexions pourraient concerner
le gaz du Nigeria et le charbon
du Niger.
Un pool énergétique à Douala
On parle maintenant de la création
d’un pool énergétique à Douala,
pour une extension de la production
du barrage d’Edéa, dont 5 %
seulement de la capacité est exploitée.
La distribution d’électricité
dans toute l’Afrique Centrale et
au-delà s’en trouverait considérablement
accrue.
L’opérateur serait la firme américaine
AES Corporation, qui a racheté
la SONEL (Société nationale
d’électricité du Cameroun) en
2001. Elle a déjà investi 140 millions
de dollars pour les infrastructures
énergétiques au Cameroun.
La production nationale a ainsi
augmenté de 20 % pour atteindre
1.433 mégawatts. Le contrat prévu
avec les autorités camerounaises
comprend une concession de 20
ans pour poursuivre ce développement.
Les études de faisabilité sont
terminées et le financement de 760
millions d’euros serait assuré. Les
investissements dans l’énergie,
actuellement de 320 millions de
dollars, passeront à 1,2 milliard de
dollars d’ici 2011. Douala a été
choisie pour accueillir ce pool en
raison de sa position stratégique au
coeur du Golfe de Guinée et de la
stabilité politique du pays.
Un déficit électrique récurrent
Dans la mesure où ces projets
aboutiront, ils répondront aux inquiétudes
permanentes sur le déficit
énergétique africain. Dans une
interview au journal « Les Afriques
», Charles Diène Senghor, qui
a dirigé l’étude sur la crise de l’électricité
dans l’UEMOA (Union
économique et monétaire de
l’Ouest africain), en explique le
processus. Nous en reprenons ici
les grandes lignes.
L’énergie électrique est une industrie
assez sophistiquée, car elle ne
se stocke pas, ou à des prix prohibitifs.
Il faut donc disposer de la
quantité adéquate pour répondre
instantanément aux besoins. Toute
insuffisance se traduit par les délestages
que connaissent tous les
États africains. C’est le continent
où l’électricité est la plus chère,
alors que les ressources hydrauliques
sont considérables. Les bons
investissements n’ayant pas été
faits en temps voulu, l’offre est
structurellement en retard sur la
demande. Dans l’urgence, les solutions
adoptées ne sont pas durables
et elles sont très onéreuses. Le parc
est essentiellement thermique avec
du charbon ou du pétrole à des prix
non maîtrisés. Le système se développe
dans le cadre national, qui
est trop étroit pour amortir les investissements
requis et, en cas de
privatisation, le monopole public
se transforme en monopole privé,
car le marché ne laisse pas place à
la concurrence. Cette production
électrique insuffisante explique la
faible valeur ajoutée des économies
africaines et constitue un frein
à l’investissement privé, qui a besoin
d’une énergie fiable.
Pour compenser ces défaillances,
certains abonnés se sont dotés de
groupes électrogènes généralement
au fioul. Actuellement l’énergie
solaire est rarement utilisée, mais il
est probable qu’on y fera davantage
appel grâce au nouveau photovoltaïque.
Pour l’extension de l’électrification
dans les zones pétrolières,
la source est toute trouvée.
Partout ailleurs l’hydraulique dominera,
car il sera plus économique.
Le nucléaire commence aussi
à se manifester en Afrique méditerranéenne
et en Afrique du Sud au
niveau de la recherche.■
Robert Ginésy