Nourrir 9 milliards de Terriens
Afrique Verte invite les groupements féminins à promouvoir les céréales locales lors des foires commerciales - Niamey, Niger. © Afrique Verte
A l’occasion de la journée
mondiale de l’alimentation,
le 16 octobre, le
spectre de la famine a ressurgi. Selon
la FAO, 1 milliard de personnes
souffriraient de la faim, soit 100
millions de plus qu’en 2008. Elles
sont surtout en Asie, puis en Afrique
avec 265 millions de victimes
et même en Occident … dont la
France 2 à 3 millions. Cette augmentation
serait due aux crises,
alimentaire (hausse des prix agricoles
l’an dernier) et financière cette
année. D’autres éléments entrent en
ligne de compte, qui eux ne sont
pas conjoncturels et qui vont donc
durer : la croissance démographique,
l’urbanisation, les dérèglements
climatiques … Or en 2050,
selon les Nations Unies, nous serons
9,1 milliards contre 6,8 actuellement.
Pour éviter des catastrophes, plusieurs
organisations internationales,
publiques et privées, ont tenu des
réunions ou publié des rapports.
Partout apparaît la nécessité d’augmenter
à l’avenir la production
agricole mondiale, mais des mesures
peuvent être prises dès maintenant.
Des actions efficaces
Toujours selon la FAO, l’une des
recettes pour accroître les disponibilités
serait le libre échange des
aliments. Les taxes à l’exportation
sont 60 % plus élevées pour les
productions agricoles que pour les
autres activités. Ces taxes, instaurées
dans le souci de la sécurité
alimentaire, permettent de maintenir
des prix intérieurs bas pendant
quelque temps, puis, faute d’incitation,
la production diminue et les
prix remontent. Au début de l’année,
ils étaient deux fois plus élevés
qu’au début de la crise en Éthiopie
et au Kenya. Ici d’ailleurs, depuis
le début 2009, une véritable famine
sévit dans le Nord à cause d’une
sècheresse durable, qui a déjà
tué des milliers de bêtes, appauvri
des éleveurs et contribué à
augmenter la mendicité et la
criminalité dans les villes.
Ailleurs la situation est moins
alarmante. Selon les statistiques
nationales, la production céréalière
a couvert les besoins alimentaires
de la population à
116 % au Burkina Faso, 99 %
au Niger, 94 % au Mali. Mais la
mauvaise répartition des terres
arables et des cultures a entraîné
des famines partielles. Depuis
vingt ans l’ONG « Afrique Verte »
essaie de faciliter les échanges
entre produits et régions : 26.000
tonnes ont ainsi été mieux réparties
lors de la campagne 2003/2004.
L‘action s’intensifie et a contribué
aux bons résultats ci-dessus.
Une agriculture dévoyée
Depuis des décennies, les politiques
agricoles menées à l’instigation de
l’Occident, FMI et Banque mondiale
en tête, ont privilégié les
cultures d’exportation et depuis peu
les bio-carburants. L’intention était
bonne : augmenter la rentabilité du
travail aux champs et donc le revenu
du paysan. Les déficits alimentaires
étant compensés par les importations.
Dès lors les deux crises,
alimentaire et financière et les aléas
climatiques (sècheresse dans l’Est,
inondations dans l’Ouest) sont intervenus
sur un tissu agricole déconnecté
des besoins des populations.
Heureusement les États et les organisations
paysannes ont su réagir.
Des plans nationaux ont été mis en
place et les agriculteurs font une
place grandissante aux cultures vivrières.
Il faudra continuer à augmenter
la productivité et les surfaces
exploitées et diversifier les spéculations
pour faire face aux aléas
économiques et climatologiques.
Des capitaux sont donc nécessaires.
Ils arrivent.
L’agriculture contractuelle
Dans son rapport 2009 sur l’investissement
dans le monde, la CNUCED
(Conférence des Nations
Unies pour le commerce et le développement)
constate que la participation
d’acteurs étrangers à l’agriculture
s’accroît dans le Sud. Ils
pratiquent deux formules principales
: les IDE (Investissements directs
étrangers), classiques, et l’agriculture
contractuelle, plus originale.
Entre les périodes 1989/1991
et 2005/2007 les flux annuels
d’IDE ont triplé pour atteindre $ 3
milliards, soit 10 % des sommes
totales investies. Ce sont de nouveaux
intervenants qui utilisent
l’agriculture contractuelle. Les
STN, sociétés transnationales du
secteur de l’agroalimentaire et de la
grande distribution n’apportent pas
de capitaux, mais achètent ferme au
terme de contrats qui portent sur les
prix, les quantités, la qualité, les
délais, etc…
Les STN interviennent dans 110
pays, sur une large gamme de produits,
de l’élevage aux cultures
commerciales et vivrières. Généralement
originaires du Nord, elles
sont aussi installées au Sud
(Malaisie, Singapour, Zambie, …)
et renforcent les relations financières
Sud/Sud. Le moteur de ces nouveaux
investissements est la sécurité alimentaire des pays d’origine.
Pour les mêmes motifs des investissements
fonciers (achat ou location)
des pays du Moyen-Orient et d’Extrême-
Orient se propagent notamment
en Éthiopie, Soudan, Tanzanie.
Ce mouvement d’utilisation des terres
africaines par des pays non africains
est apparemment irréversible.
Les défenseurs naturels du Sud,
comme la CNUCED ne s’y opposent
pas. Il appartient aux États, aux
institutions, à la société civile de
tenir compte de la sécurité alimentaire
de leurs propres populations,
pour accepter ou dénoncer, comme
Mamadou Cissokho, leader du
ROPPA, cette néo-colonisation.
Accepter, en s’entourant de toutes
les garanties décrites dans le rapport
de « l’Institut international pour
l’environnement et le développement
» (IIED) (1) de Londres, réalisé
à la demande de la FAO et du FIDA.
Une large diffusion de ce document
serait sans doute bénéfique
pour les intéressés.■
R. G.
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1) Voir La Lettre de la CADE n° 121 de Mai 2009, page 7 : « L’agriculture à la une ».