Vers l’intégration régionale

L’intégration régionale est depuis longtemps considérée comme le cadre structurel indispensable à un véritable essor économique de l’Afrique subsaharienne, qui ne se limite pas au pétrole et aux minerais. La formule la plus ouverte à cette perspective aurait dû être les fameux APER (Accords de partenariat économique régionaux), qui devaient se conclure par régions et n o n p a r p a y s , c o m m e c’est maintenant le cas pour certains Etats. Devant le tollé suscité par son projet d’APER, l’Union Européenne a préféré des réalisations géographiquement limitées à l’échec complet du processus, en pensant que ces « APE » localisés feront boule de neige et deviendront des « APER ». Les négociations butent actuellement sur la structure des tarifs douaniers et sur leur pourcentage de libéralisation.

Vers un marché commun à l’Est

En attendant, à l’Est comme à l’Ouest du continent, des prémices d’intégration apparaissent. Le 20 novembre 2009 les présidents des cinq pays de la Commission économique pour l’Afrique (CEA : Burundi, Kenya, Ouganda, Rwanda, Tanzanie) ont signé un protocole d’accord pour un marché commun régional, qui entrerait en vigueur en juillet 2010. Au cours de cette année est justement prévu un sommet de la COMESA (Commun Market for Eastern and Southern Africa), qui regroupe les deux Communautés de l’Est (CEA) et du Sud (Southern Africa Development Community) en vue d’une intégration progressive des 26 pays membres dans tous les domaines économiques, environnementaux, sanitaires, énergétiques, …. avec l’objectif d’une monnaie unique. Dans cette perspective d’un marché commun des réalisations ont déjà eu lieu. Parmi elles, citons le financement par l’Italie de deux projets d’une valeur totale de $ 4,5 millions, pour renforcer la coopération en agriculture dans la région des Grands Lacs. En outre, d’après le secrétariat de la COMESA, les mesures d’union douanière, déjà en vigueur, ont fait bondir les échanges commerciaux entre ces pays de 49 %.

A l’Ouest des intégrations sectorielles

Sur la rive atlantique de l’Afrique, l’intégration globale est beaucoup moins avancée.

En Afrique de l’Ouest deux institutions regroupent les quinze Etats de la région. Sur le plan économique, la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest : Bénin, Burkina Faso, Cap Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo) a pour mission de « promouvoir l’intégration économique de la région ». L’autre, l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest africaine : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo) a été créée pour « aboutir à un marché commun». Avec le temps, ces deux organismes sont parvenus à harmoniser leurs activités, malgré une composition dictée par la seule politique inter Etats locale. Elles prennent des décisions de principe et adoptent des directives opérationnelles, qui concernent de multiples secteurs. Ils finiront par couvrir tout le champ des activités économiques, sociales, culturelles et autres aboutissant ainsi à l’intégration.

A travers le Fonds de coopération de compensation et de développement, la CEDEAO est chargée de mettre en oeuvre des politiques et des programmes d’exploitation concernant la construction, l’entretien et l’harmonisation des 27 itinéraires intracommunautaires (le réseau routier actuel est de 21.000 km), la sécurité routière des personnes, les télécommunications, le développement des ressources agricoles, énergétiques et hydrauliques. Un accord avec l’Union Européenne sur les services aériens préservera la continuité des liaisons avec l’Europe. Plus global, le Programme économique régional (PER) prend en compte les défis majeurs auxquels les populations de l’Union sont confrontées : accès à l’énergie, sécurité alimentaire, environnement, développement des infrastructures économiques. Il rencontre actuellement quelques difficultés financières en voie de solution et il sera suivi d’un nouveau PER pour 2011 / 2014. Afin d’assurer partout l’accès à une énergie à bas prix en 2030, l’Initiative régionale pour l’énergie durable (IRED) a été lancée ainsi qu’un Fonds de développement Energie pour son financement. Un tarif douanier communautaire est déjà en place, ne concernant pas tous les produits échangeables.

Certains pays, parfois tous, participent à de multiples regroupements d’intégration dans des domaines précis : la comptabilité, les marchés d’assurance, la prévoyance sociale, les banques, les bourses de valeurs. Une structure fondamentale, créée en 1993, l’OHADA (Organisation pour l’harmonisation du droit des affaires) regroupe seize pays (ceux de la zone Franc CFA plus les Comores et la Guinée Conakry) pour assurer, chez tous ses membres, la sécurité de cadres judiciaires coordonnés, garantie d’activités économiques sereines.

La pression de la mondialisation et celle de l’Union Européenne devraient accélérer ce rapprochement entre Etats très disparates.

Robert Ginésy