Davos et l’Afrique

World Economic Forum/swiss-image.ch
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Comme chaque année depuis 40 ans, le « Forum économique mondial » s’est tenu du 27 au 31 janvier 2010, à Davos, station suisse de sports d’hiver. Il a réuni environ 2.500 personnes : dirigeants d’entreprises, hommes politiques, journalistes, syndicalistes et plus largement la société civile. Plusieurs Africains étaient présents. Dans les ateliers, ils ont participé aux discussions sur la crise - financière ou économique ? finie ou non ? - et sur les « menaces » (selon les banquiers) de régulation du système financier mondial. On a aussi parlé des changements climatiques et de leur influence sur l’économie de certains pays et on a esquissé ce que pourraient être des activités liées à l’écologie.

Loin du monde

En fait l’Afrique a été protégée de la crise financière de 2008/2009 parce qu’elle est peu intégrée dans le système mondial. Ses institutions spécialisées ne s’y prêtent pas et les banques ne sont pas agressives : elles ont beaucoup de liquidités et engagent peu de financements. Mais la crise économique qui a suivi ne l’a pas épargnée. Dans les pays les plus engagés dans la mondialisation, l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Egypte, la Zambie, le Kenya, des milliers de travailleurs se sont retrouvés au chômage. Partout on déplore une baisse des investissements, du tourisme et des recettes d’exportation. C’est près de 15 millions de personnes qui ont, en plus, été plongées dans la pauvreté, selon l’ONU. La croissance des années antérieures à 2009 et la réforme des politiques économiques ont permis à certains pays de mieux résister. 14 Etats ont connu une croissance de plus de 5 % ; 13 ont maintenu un taux supérieur à celui de la croissance démographique. La Banque africaine de développement (BAD) prévoit d’ailleurs que les pays à économie faible, donc moins exposée aux fluctuations de l’économie mondiale, résisteront mieux que les pays pétroliers et miniers qui auront à supporter les conséquences de l’affaiblissement des cours du pétrole et des minerais, durant une certaine période.

Statistiques : Précautions !

En octobre dernier, les prévisions de croissance pour le continent s’étageaient de 1,7 % (ONU) à 3,7 % (Banque mondiale, pour l’Afrique subsaharienne seulement) et 4,1 % (BAD) jusqu’à 5,3 % (ONU). Ces disparités se retrouvent en janvier 2010 pour l’ensemble du monde. Le FMI avait prévu, fin 2009, une croissance de 0,5 % (ce qui était mieux que la récession de cette même année 2009) pour 2010, puis fin janvier il arrive à 3,9 %. Cette diversité et cette apparente incohérence des chiffres traduisent en fait la diversité des données statistiques sur lesquelles elles sont basées. En outre elles évoluent en fonction d’une situation chaotique, ce qui est aussi une des conséquences de la « crise ». Elles existent et il faut donc les manier avec précaution.

Compte tenu du volume d’échanges avec l’Afrique, la situation de la Chine est très significative pour l’avenir de ces relations. La croissance est passée de 9 % en 2008 à 6,7 % en 2009 et devrait dépasser 8 % en 2010. Les chiffres peuvent varier, mais sans doute pas la tendance, or c’est elle qui compte. Elle a connu le chômage et une certaine récession comme les Etats-Unis et les autres pays du Nord. Il semble bien que cette récession soit en voie de résorption, là comme dans l’ensemble de l’Occident. A Davos on a pris acte de cette reprise statistique, due en bonne partie aux plans de relance des gouvernements, mais accompagnée d’une récession humaine.

Réformes : quelles réformes ?

Il est certain que le système monétaire et financier international sera réformé, trop pour ceux qui en vivent et pas assez pour les politiques qui souhaiteraient oeuvrer dans une économie moins aventureuse.

Joseph E. Stiglitz, ex-vice-président de la Banque mondiale, prix Nobel d’économie, est depuis 2009 président de la Commission d’experts des Nations Unies sur la réforme du système monétaire et financier international. Lors d’une tournée de conférences en Tunisie, en janvier dernier, il a expliqué sans ménagements, les causes de la crise : accumulation des gains par le monde de la finance seul et partage des risques avec les consommateurs d’abord et maintenant avec les contribuables. Il faut un juste équilibre entre le marché et l’Etat, équilibre variable tenant compte de la situation des pays, comme en Afrique par exemple. Il faudrait aussi que le G 20 s’élargisse encore pour que les petits pays (africains notamment) disposent d’un nombre significatif de représentants. Or seule l’Afrique du Sud y figure actuellement.

A Davos on ne prend pas de décision, mais il se dégage de ces Forums une certaine ambiance. Moins pessimiste que l’an dernier, elle était surtout interrogative : comment se réalisera la sortie de crise ? Or l’Afrique sera concernée, comme elle le fut par la récession. Il y a donc un espoir raisonnable d’amélioration de l’économie. ■

Robert Ginésy