la nouvelle donne en Afrique
Longtemps perçue comme un continent pauvre
à l’économie extravertie, enjeu de la guerre
froide, l’Afrique va-t-elle être considérée, au
vu de l’intérêt nouveau que lui portent les grandes
puissances comme un continent riche, objet de
convoitises les plus variées, enjeu de la mondialisation
? Va-t-elle troquer ses habits d’économie de
rente contre ceux de fournisseur de matières premières
aux pays émergents ? D’une dépendance européenne,
est-elle en passe de tomber dans la dépendance
mondiale ?
Ces questions qui hantent les esprits de tous ceux
qui, à un titre ou à un autre, se préoccupent de l’avenir
de l’Afrique occultent les évolutions que
connaissent les mentalités, les comportements et les
stratégies, individuels et collectifs des Africains,
dont dépend le destin de ce continent. Essayons de
caractériser les traits majeurs de ces évolutions, telles
que les vivent les habitants du plus anciennement
peuplé et du plus grand des continents.
Premier constat, les pays africains n’évoluent pas au
même rythme ni dans les mêmes conditions. Cette
diversité, reflet de cultures et d’histoire di fférentes,
n’a pas empêché qu’émerge l’aspiration
à l’intégration dans un grand ensemble africain perçu
comme un objectif incontournable dont elle rend
par ailleurs la réalisation problématique... Elle appelle
surtout à bien prendre en compte les histoires
et les circonstances locales pour qualifier les évolutions
en cours et, en particulier, la marche vers la
construction des identités nationales.
Seconde évolution majeure, la montée en puissance
de la société civile. Qu’elle s’érige en contrepouvoir,
face aux carences d’Etats à reconstruire et à
démocratiser pour répondre aux exigences nouvelles
de la mondialisation, ou qu’elle assume ses responsabilités
dans l’amélioration des conditions de vie de
la population, la société civile revendique sa part
dans la conduite des affaires et se veut l’expression
de sociétés qui bougent.
Les mouvements sociaux qui se multiplient traduisent
l’engagement de cette société civile dans une
double voie : la mise en cause des classes dirigeantes
et des modes d’exercice du pouvoir, la mobilisation
sur les nouveaux chantiers de développement, développement
local, décentralisation, soutien à l’initiative
privée ...
C’est dans ce contexte fait d’évolutions internes,
génératrices de tensions mais aussi de nouvelles
chances, et de mondialisation, facteur de risques et
d’opportunités, que les pays Africains sont appelés à
relever trois défis dont la maîtrise dessinera l’avenir
du continent : une croissance démographique sans
précédent dans l’histoire du monde, une valorisation
bénéfique pour tous de l’exploitation des ressources
naturelles et une recherche de consensus politique
sur un projet de société.
Comme l’Europe et les autres continents, l’Afrique
est confrontée à une nouvelle donne. Ses sociétés
montrent des signes d’évolution en profondeur, ses
partenaires se diversifient, ce qui lui procure de nouvelles
chances de se construire un avenir en rapport
avec ses choix. Rien ne sera comme avant, pour elle
comme pour nous.
Si importante soit-elle, cette nouvelle donne
ne remet pas en question l’activité de la
CADE. Elle nécessite par contre un renforcement
de ses moyens d’action et un engagement
renouvelé de son équipe d’animation.
C’est dans ce but que le Conseil d’administration
s’est prononcé pour la création d’un
Comité d’Orientation Stratégique et, à la demande
de son Président fondateur qui a souhaité
« passer le relais », a remanié son bureau.
Il a confié la Présidence à Jean-Loïc
Baudet et les postes de Trésorier à Philippe
Mathieu et de Secrétaire générale à Claudie
Lasserre et il a demandé à Michel Levallois
de rester à la CADE en qualité de Président
d’honneur.■
Jean-Loïc Baudet
En 2008-9, la Cade revient aux fondamentaux du continent subsaharien en
évaluant les « ressources futures » et en s’interrogeant sur la
mobilisation des sociétés à partir de leur territoire pour y parvenir.
La dimension prospective de notre représentation est associée à sa
dimension géographique avec un effort tout particulier pour comprendre
les liens symboliques et culturels qui attachent les Africains à leurs
lieux et les éléments qui les mobilisent pour agir collectivement à
l’amélioration de leur sort. L’enracinement et le déracinement seront
en arrière-plan de ce cycle compte tenu de l’extrême mobilité des
individus et des sociétés.
Le terme de ressource sera ici un terme clé. La ressource n’existe pas en soi, mais les potentialités qu’on pressent dans tous les domaines se transforment en ressources par le biais de techniques, de savoir-faire et de savoirs et c’est dans ce domaine que les Subsahariens sont perçus – le plus souvent à tort – comme inefficaces ou prédateurs. La question de la préservation des « ressources », de leur protection ne peut se concevoir sans avoir réalisé cet inventaire des technologies maîtrisées et à l’oeuvre. Le regard se posera enfin sur le politique dès lors qu’il est impliqué dans la conduite de cette mobilisation dans les villages ou les cités, mais restera distant s’il n’apparaît que comme un outil d’instrumentalisation.
On s’efforcera de mettre en valeur les différentes formes d'engagement des Africains dans les lieux qu’ils habitent comme dans les territoires qu’ils investissent. Pour nous, lieux et territoires sont des espaces délimités, « artificialisés » et appropriés. Les sociétés africaines ont aménagé et organisé nombre de territoires et de lieux de telle sorte qu’ils y sont chez eux. Ils ont su « bricoler », diraient certains, des espaces qui leur correspondaient, même si l’oeil occidental ne sait y déceler que les signes d’une pauvreté appelant l’action humanitaire d’urgence.
Il s'agit de présenter enjeux, défis et gestion du développement par une approche partant du bas, du local. L’attention se portera sur les évolutions et bégaiements, les recompositions et les réajustements pour y déceler ce que seront les grandes lignes du futur africain.
Cet ensemble pourra se décliner pour l’année à venir en rencontres-débats centrées sur certaines zones ou entités géographiques en fonction des opportunités et de l’actualité.
- Octobre : « Les changements dans le Delta intérieur du Niger (Mali) : continuité ou ruptures? »
- Novembre : « Le village africain comme lieu de vies »
- Décembre : « Les terroirs africains comme lieux de développement »
- Février : « Le "quartier" citadin, cohabitation, congestion et ségrégation »
- Mars : « La cité africaine, lieu de dynamisation des capacités de développement »
- Avril : « Tensions politiques et fractures sociétales en période de récession : regards croisés sur le Kenya et la Côte d'Ivoire »
- Mai : « Les échanges ville-campagne et le réaménagement des territoires
- Juin : « La maîtrise des échanges et la mobilisation concertée de ressources des villes et des campagnes »
Georges Courade