La vie démocratique à l'heure de la communication électronique
Au Nord comme au Sud, on s'interroge aujourd'hui
sur les défaillances de la vie démocratique
et sur les meilleures manières
de la régénérer dans des contextes qui ont profondément
évolué. Si les élections en Occident restent le
fondement de la démocratie politique, elles sont
d'autant plus loin d'en épuiser le contenu qu'avec le
développement des moyens de communication électronique
les citoyens ont des possibilités grandissantes
de s'exprimer et de peser sur l'exercice du
pouvoir. Les élections présidentielles américaines
ont fait la preuve qu'une utilisation efficace de l'informatique
de communication au service d'un projet
mobilisateur porté par un leader digne de ce nom
était déterminante pour l'issue des élections.
L'émergence d'une société civile de mieux en mieux
organisée ouvre un espace public à la vie démocratique
hors période électorale.
Pour s'en tenir aux nouvelles opportunités qu'offre
Internet, deux initiatives africaines méritent de retenir
notre attention. La première est d'origine kényane,
mais s'est étendue à l'Afrique du Sud et à la
République Démocratique du Congo. Elle a pris la
forme d'une plate-forme participative créée en janvier
2008 tout de suite après les violences postélectorales
au Kenya. Fondée sur la collecte de témoignages
- d'où son nom Ushahidi, soit témoignage
en swahili - sur tous les actes de violence
constatés après les élections présidentielles, elle a
permis de faire la lumière sur leur portée réelle, à
partir d'un projet de la blogosphère kényane mis en
oeuvre par les ressortissants du pays, locaux et diaspora
unis. Il a connu un grand succès à l'intérieur
comme à l'extérieur et a contribué, par sa pertinence
mais aussi son sérieux, à une reprise du dialogue
entre pouvoir et opposition pour faire aboutir une
solution négociée. Fin 2008, le site a organisé un
vote pour distinguer « les justes » qui ont contribué
à la paix et la réconciliation.
Au Zimbabwe, un groupe qui milite pour la démocratie
a créé le site Sokwalene - Assez c'est assez - .
Ce site présente, illustrations à l'appui, les atteintes
répétées aux droits de l'homme. Son travail a été
célébré par les journalistes et son visuel a été exploité
par CNN pour mieux faire comprendre la
situation du Zimbabwe. Il n'est pas douteux que le
groupe à l'origine de ce site a pu de la sorte aider à
sortir d'une situation pleine de périls.
On a coutume de dire qu'il n'y a pas de démocratie
sans une bonne information, sans une conscientisation
des citoyens et une capacité à participer au débat
public sans censure ou menaces. De telles initiatives
ont sans aucun doute contribué à faire progresser
l'esprit démocratique en dévoilant les réalités de
la violence post-électorale et en précipitant la prise
de conscience du nécessaire apaisement des tensions
politiques.
La Cade