La guerre du Kivu : des raisons d’espérer ?
Les journaux et la télévision nous servent
à nouveau les images insupportables
d’une guerre africaine, une de ces guerres
lointaines, en plein coeur du continent, une
de ces guerres qui met aux prises des soldats
d’une armée régulière en déroute et un général
félon qui parle de conquérir un pays grand
comme 4 fois la France. Cela sur fond de cortèges
de réfugiés, de femmes et d’enfants qui
fuient les exactions de ceux qui, parce qu’ils ont
des armes, pillent, violent et embrigadent.
Tout cela est absurde et intolérable !
Et pourtant, cette tragédie n’est pas une fatalité,
ni une exclusivité africaine. Elle n’est pas une
guerre ethnique, même si l’on retrouve de part
et d’autre des Hutus et des Tutsis, même si l’instrumentalisation
de l’ethnisme reste une tentation
pour les belligérants.
Cette guerre est le produit d’un enchaînement de
causes et de responsabilités qui peuvent être
identifiées. Elle est à la fois la rébellion d’un
jeune général ambitieux et une empoignade
sordide pour le contrôle de ressources minières
et de profits considérables totalement incontrôlés.
Elle est aussi le troisième acte du génocide
rwandais de 1994, le second s’étant joué déjà au
Kivu. Elle est enfin le résultat des insuffisances
politiques et militaires d’une ONU affaiblie par
une politique américaine devenue l’otage de sa
guerre contre le terrorisme. C'est assez dire que,
si ses racines sont lointaines et entremêlées, elle
était prévisible et n'a pu prendre les proportions
qu'elle a prise qu'en raison d'un contexte international
favorable à son déchaînement.
Des raisons d’espérer existent cependant, il ne
faut pas l’oublier.
Ce sont les efforts faits par l’ONU pour renforcer
la MONUC, ceux de la diplomatie internationale,
de l’Union européenne, de la Belgique
et de la France pour faire cesser les ingérences
extérieures et aider le Congo à se ressaisir. C’est
aussi l’appel de Kofi Annan pour interdire le
commerce des minerais du Nord Kivu. Il faut
enfin souligner l’implication africaine et, plus
particulièrement, sous mandat de médiateur des
Nations Unies, celle de l’ancien président nigérian
Olesogun Obasanjo pour obtenir un cessezle-
feu et amorcer un dialogue avec les rebelles.Puisse la nouvelle administration américaine
comprendre que la rébellion du Kivu n’est pas
une simple péripétie à l’échelle de l’histoire du
monde et prendre sa part d’influence et de
moyens pour seconder avec l’UE les efforts de
l’ONU et de l’UA. Car beaucoup plus que
d’aide humanitaire, le Kivu a besoin de décisions
de la communauté internationale pour
mettre fin à une rébellion dont les populations
sont les premières victimes et les otages. Que
l'on songe au chemin parcouru par des pays
comme l'Angola ou le Mozambique, longtemps
déchirés par des guerres sanglantes, aujourd'hui
en voie de reconstruction dans la paix. Faut-il
rappeler, plus près de nous, ce qui a été fait dans
les Balkans où la situation n’était pas pire ?
La CADE