DURBAN : un espoir pour 2015
La 17e conférence de la Convention – Cadre
des Nations unies sur les changements climatiques
s'est terminée, après 15 jours d'assise et
48 heures de prolongation pour arriver à un consensus
improbable, par un accord a minima. Aux cris
d'alarme poussés, tant par les ONG très présentes
pour faire pression sur les négociateurs et la caravane
transafricaine de l'espoir partie du Burundi, que par
les organisations internationales au premier rang desquels
l'Agence Internationale de l'Energie (AIE) et le
Programme des Nations Unies pour l'Environnement
(PNUE), les 193 pays représentés à Durban ont répondu
en différant une nouvelle fois leurs engagements
contraignants de réduction des émissions de
gaz à effet de serre.
Après le Sommet de Copenhague en 2009 très décevant
et celui de Cancun où des espoirs à concrétiser
s'étaient levés, la rencontre de Durban n'a pas répondu
aux attentes des pays les plus exigeants. Quels
étaient les enjeux pour les différentes parties prenantes
?
Pour les pays européens, une poursuite des engagements
contraignants au titre de l'accord de Kyoto au-delà
de son terme en 2012, moyennant un engagement
global et contraignant pour les autres parties qui
s'étaient tenues à l'écart des contraintes de Kyoto.
Pour les autres pays industrialisés (Etats-Unis, Canada,
Russie, Japon, Australie) se refuser à souscrire
aux engagements de Kyoto tant que les pays émergents
gros émetteurs de gaz à effet de serre s'en dispensent.
Pour les pays émergents, il n'était pas question de
rejoindre les pays industrialisés responsables dans
leur ensemble, à leurs yeux, de l'état critique de la
planète.
Enfin les pays en développement, les plus nombreux,
étaient partisans de reconduire pour 8 ans l'accord de
Kyoto, de la mise en oeuvre d'un Fonds Vert de 100
milliards $/an à partir de 2020 pour financer une politique
de transition énergétique et d'adaptation de leur
économie.
La négociation, très âpre, s'est déroulée sur fond de
crise économique mondiale, vue par les uns comme
une chance de changer de modèle économique
(l'économie verte), par les autres comme un frein à
toute évolution en l'absence d'un accord global et
contraignant sur une politique mondiale de réduction
des émissions de gaz à effet de serre. L'attachement
des Européens et des représentants des pays en développement
à l'égard d'une poursuite de l'accord de
Kyoto s'explique par le besoin de préserver ses acquis
en matière de comptabilisation des émissions, de valorisation
des efforts de leur réduction et de recours
aux mécanismes de marché pour atteindre les objectifs
fixés. Les pays africains qui se sont exprimés
d'une seule voix y voyaient également une opportunité
liée au Mécanisme de Développement Propre
(MDP) qui incite les pays industrialisés à développer
chez eux des installations sobres en carbone.
Au final, les pays se sont quittés sur un constat
d'incapacité à s'engager dès maintenant (en dehors de l'Union Européenne qui renouvelle son engagement
au titre de Kyoto), mais sur la volonté collective
de trouver d'ici 2015 un accord pour réduire
leurs émissions à partir de 2020. La nature
juridique de cet accord reste à trouver et divise les
pays. Ce report est évidemment très critiquable. Il
n'en reste pas moins qu'entre temps les pays les
plus réticents aujourd'hui à tout engagement contraignant,
dont la Chine et les Etats-Unis, prendront,
sur des bases volontaires, des dispositions
telles que la création de marchés de gaz à effet de
serre, le développement d'activités économes en
énergie, la mise en place d'une industrie écologique,
autant d'initiatives qui feront avancer les
chances d'un futur accord global et contraignant.
Quant aux pays en développement qui ont le plus
à pâtir de l'absence d'accord, ils devront se mobiliser
d'ici là pour faire aboutir un accord mondial,
donner corps au Fonds Vert (qui n'est pour le moment
qu'une coquille vide) et faire adopter ses
moyens de financement innovants, enfin valoriser
leurs atouts au titre du MDP qui a profité jusqu'à
présent plus à l'Asie qu'à l'Afrique.
En attendant l'accord sur le fonctionnement d'un
marché mondial du CO2 pour 2015, les émissions
de gaz à effet de serre vont augmenter d'année en
année et rendre plus sévères les mesures à prendre
pour limiter, s'il en est encore possible, la hausse
de température mondiale à 2 °C, comme s'y sont
engagés tous les pays au Sommet de Copenhague
en 2009.
La CADE