Billet Europe - Afrique: ... et la culture!
La Terre : l'Europe et l'Afrique
Parente pauvre de la coopération
internationale, la coopération
culturelle vient d’être célébrée à l’occasion
d’un colloque organisé à
Bruxelles les 2 et 3 avril dernier dans
le cadre de la coopération de la Commission
européenne avec les pays
ACP. Intitulé « Culture et création,
facteurs de développement » cet événement
avait pour ambition de mener
une concertation sur les enjeux actuels
et futurs de la coopération
culturelle sous le double éclairage du
rôle central de la culture pour l’identité
des peuples, la paix et la stabilité,
dans la droite ligne tracée par
Léopold Sédar Senghor : « la culture
est au début et à la fin de tout développement
» et de la contribution de
la culture au développement socioéconomique.
Le colloque a fait entrer en dialogue
professionnels de la culture et décideurs
politiques : plus de 800 personnes
en provenance des 65 pays ACP
et UE – dont 200 artistes et professionnels,
100 hauts fonctionnaires
des pays ACP et UE, des députés
européens, 48 ministres et des centaines
de représentants de la société
civile et des médias – ont participé à
cette rencontre.
Côté symbolique, des événements
culturels en ont émaillé le déroulement
avec un concert, un spectacle
de mode et musique et des projections
de films africains.
Côté pratique, il s’agissait, après bien
des déclarations et des accords – peu
opérationnels – célébrant le rôle éminent
de la culture dans le développement,
de donner corps à l’animation
de la vie culturelle et de la création.
Il est important et significatif à cet
égard que le colloque se soit conclu
sur l’adoption d’une « déclaration de
Bruxelles des artistes, des professionnels
et des entrepreneurs de la
culture » qui formule, à partir d’objectifs
politiques, économiques, sociaux
et culturels, des recommandations
détaillées pour les professionnels
des Etats ACP et de l’Union
Européenne, pour les autorités locales,
nationales et régionales et pour
l'Union Européenne ( c f .
www.culture-dev.eu).
Comme l’ont fait remarquer dans
leur Déclaration ses auteurs
« contrairement aux ressources minières,
le capital social et culturel constitue
une ressource renouvelable ».
Pour que ces recommandations ne
restent pas lettre morte, le voeu émis
par les acteurs de cette déclaration de
mettre en place un Comité de suivi a
été repris dans son discours de clôture
par le Commissaire au développement
Louis Michel, qui marque
ainsi la volonté de la Commission
européenne de veiller à la concrétisation
des recommandations dans les
politiques nationales, les accords
commerciaux Nord Sud et les futurs
projets communautaires. Son rapport
annuel permettra d’évaluer les avancées
concrètes des recommandations.
On retiendra en outre des propos tenus
par Louis Michel :
- la préparation d’un fonds d’appui
institutionnel, en termes d’expertise
et de formation, pour soutenir les
pays qui souhaitent élaborer des
politiques culturelles. L’appui, à cet
égard, de l’UNESCO est envisagé
dans le cadre de la mise
en oeuvre de la Convention sur la
diversité culturelle ;
- l’instruction donnée aux chefs de
Délégation d’analyser avec les Ordonnateurs
nationaux du FED, dans
le cadre de la revue à mi-parcours
des Programmes indicatifs nationaux,
les possibilités d’allouer ou
d’augmenter les ressources destinées
à soutenir les programmes
culturels ;
l’évocation « d’organiser en 2010,
année du troisième sommet UEAfrique
un événement ambitieux
qui se déclinerait en deux temps :
- l’organisation d’une grande
exposition à caractère itinérant
tant en Europe qu’en Afrique
sur l’art africain ;
- la création d’un réseau réunissant
un certain nombre de musées
africains et européens, à
l’instar du réseau Asie - Europe
» ;
- l’engagement de proposer à chaque
région avec qui est négocié un accord
de partenariat économique
(APE) d’inclure un protocole sur la
coopération culturelle qui fixe les
règles d’accès aux marchés des
biens et services culturels sur la
base de la reconnaissance de leurs
particularités. C’est déjà fait pour
les Caraïbes. Parallèlement la proposition
que le nouveau programme
intra-ACP favorise en priorité les
aspects de circulation et de distribution,
les échanges Sud-Sud et
Nord-Sud, les coproductions et les
transferts de compétence ;
- Enfin l’idée de reconvoquer un tel
colloque en 2011.■
Jean-Loïc Baudet