identité culturelle versus Intégration Internationale: le dilemne linguistique des jeunes Africains
Organisée dans le cadre du projet collectif « L’Afrique des mutations silencieuses » par Nora Beck, Françoise
Gardes, Anne Laure Jutier, Sofia Karimi-Nemch, Sophie Rech, Katharina Tancke et Theresia Toeglhofer,
étudiantes en master Affaires internationales, en coopération avec la CADE.
Clinton Robinson
est le principal
spécialiste du programme Education
à l’UNESCO. Il a passé dix
ans au Cameroun où il a fait des
recherches linguistiques et a étudié
la relation entre langues, éducation
et développement.
Il débute son intervention en
rappelant que les langues sont
nombreuses en Afrique: 400 au
Nigeria, 250 au Cameroun, une
soixantaine au Ghana ou en
Côte d’Ivoire. Et pourtant, l’enseignement
est, en grande majorité,
véhiculé par les langues issues de
l’ère coloniale. L’usage de la langue
dans l’enseignement en Afrique
est structuré selon la pratique
instituée par les administrations
coloniales. Cependant, il existe
des tentatives de changement visant
à favoriser de plus en plus
l’introduction des langues africaines
dans l’enseignement.
Pourquoi la question de la langue
est-elle tellement importante pour
le développement en Afrique ?
Tout en admettant que cela soit
d’une certaine façon évident,
Clinton Robinson donne néanmoins
quelques arguments. Selon
lui, la langue joue un rôle primordial
dans des aspects essentiels et
fondamentaux du développement :
la communication, les relations
humaines, la négociation entre
institutions, la culture, l’analyse critique qui est une activité langagière…
Il insiste sur le fait que le
développement est surtout un processus
d’apprentissage. Il n’y a pas
d’apprentissage sans communication,
sans langue, sans culture. Il
met brièvement en avant les arguments
pour et contre l’utilisation
des langues africaines dans le système
d’enseignement. Les arguments
en faveur de l’insertion de la
langue locale dans l’enseignement
sont cognitifs, culturels, identitaires,
de communication, etc… On
peut opposer l’oralité, la gestion
problématique du multilinguisme,
les éventuelles divisions ethniques
engendrées comme cont rearguments.
Ensuite, il aborde la question de
l’impact de l’absence de la langue
maternelle de l’élève sur la qualité
de son apprentissage scolaire. Il
estime que la réponse est difficile
et revêt deux volets. Avant tout, il
précise que quand la langue locale
africaine est absente de l’enseignement,
deux messages, implicites et
liés, sont envoyés aux élèves. Ils
sont très rarement explicités et ne
sont certainement pas débattus
dans le cheminement scolaire d’un
enfant africain. Le premier message
adressé aux élèves par le système,
c’est que la langue locale ne
peut pas être le véhicule de la découverte
du monde, de l’analyse
structurée ou de l’évolution intellectuelle.
Le deuxième message,
qui est tout aussi implicite, est que
la langue locale, par le fait qu’elle
n’est pas du tout enseignée, n’a
aucun intérêt intellectuel en ellemême.
Cela veut dire que l’élève
ne découvrira jamais les structures
grammaticales, phonologiques,
lexicales de sa propre langue parce
que cette langue n’est pas une matière
dans l’enseignement. Dans les
pays européens et dans presque
tous les pays du monde, la langue
de l’apprenant fait aussi partie de
l’apprentissage. On n’apprend pas
seulement par le biais de la langue
mais aussi des « choses » sur la
langue.
L’intervenant ajoute que le fait que
ces messages soient implicites
n’empêche pas les apprenants et les
enseignants d’en avoir conscience.
Tout le monde s’interroge sur la
question de l’absence de leur langue
à l’école. En ce qui concerne le
développement, il y a évidemment
des impacts, notamment la séparation
entre le domaine familial et
quotidien et le monde de l’école et
de l’apprentissage. Autrement dit,
ce qui se passe à l’école n’est pas
lié par le biais d’une langue à ce
qui se passe à la maison.
Face à cette situation, plusieurs
réactions sont possibles. Très souvent,
les débats sur le rôle des langues
dans l’enseignement conduisent
à une polarisation, une opposition
entre les langues en question.
Selon Clinton Robinson, il importe
de trouver des solutions pour éviter
cette polarisation. De nos jours, il
s’agit surtout de ne pas enfermer
une population dans un « ghetto
linguistique » qui se restreindrait à
une langue utilisée que très localement.
L’accès aux autres langues
est donc nécessaire et essentiel.
Mais en favorisant l’ouverture au
monde par le biais d’autres langues,
on risque de tomber dans
l’autre extrême : on se met à bafouer
et à mépriser la langue et la
culture locale. Dans cette situation,
il faut valoriser la langue
locale, ce qui est aussi l’opinion
de l’UNESCO dont la est qu’il faut
donner lui une place adéquate dans
l’enseignement, pas uniquement
pour des raisons de culture et
d’identité, mais aussi pour favoriser
l’éducation, l’apprentissage et
l’analyse critique.
Une autre réaction aux deux messages
est d’adopter une approche fondamentalement
multilingue dans
l’enseignement. Ceci implique un
enseignement où toutes les langues
dont aurait besoin une population
trouvent une place à l’école, afin
que la pratique linguistique de la
communauté se reflète dans la
structure linguistique de l’enseignement.
Par la suite, Clinton Robinson cite
un exemple de programme d’alphabétisation
qu’il a connu au Congo,
il y a une dizaine d’années. Trois
langues étaient utilisées : la langue
locale baka, le lingala qui est la
langue de la région du pays, et le
français, la langue officielle du
pays. La mise en place d’un programme
utilisant trois langues peut
paraître compliquée. Mais ce ne fut
pas difficile pour la population
parce que ce programme reflétait
l’usage quotidien des langues en
question. Si on aborde donc le problème
des langues du point de vue
des communautés, on peut structurer
l’enseignement linguistiquement,
selon les besoins qui se font
sentir et non pas en suivant une
politique linguistique qui viendrait
d’en haut.
L’intervenant termine en expliquant
pourquoi ce genre d’approche
fondamentalement multilinguistique
ne se met pas en place
systématiquement. Selon lui, le
blocage est politique. En effet, il
arrive que les gouvernements
voient le multilinguisme comme un
problème à gérer et non comme un
réseau de langues qui permet une
communication réelle entre les populations.
Bernard Dumont
est consultant et
ancien responsable de projets
UNESCO en Afrique.
B. Dumont ouvre son intervention
en constatant que le droit d’apprendre
dans sa langue est essentiel. De
plus, du point de vue de l’organisation
de l’éducation, de nombreuses
expériences montrent que cela est
possible. Pourtant, depuis 60 ans,
cela ne fonctionne pas au sein des
pays francophones. Pour quelles
raisons ? Sa réponse s’articule autour
de deux axes : d’abord il abordera
les obstacles à caractère interne
et ensuite les difficultés de
type externe.
Un obstacle interne majeur est la
sous-estimation des possibilités
techniques qui sont requises pour l’utilisation des langues locales
dans l’enseignement. Pour pouvoir
utiliser des langues dans l’enseignement,
il faut d’abord qu’elles
aient été étudiées. En effet, parler
une langue n’est pas la même
chose que connaître cette langue et
réfléchir à ses structures. Or il s’avère
que beaucoup de langues
n’ont pas été étudiées pendant
longtemps.
Lorsqu’elles sont étudiées, il faut
mettre en place un système de
transcription adapté. Ces langues
ont parfois été écrites par des missionnaires,
cependant, chacun l’écrivait
à sa façon. Selon l’intervenant,
cette dispersion empêche la
création de tout système officiel.
En matière d’éducation, il faut des
programmes adaptés aux réalités
pédagogiques et sociopolitiques.
Pour cela, il convient de bien définir
la place des langues dans le
cursus. Il est également important
que la langue dans laquelle les
gens ont appris à lire et à écrire,
continue à être étudiée à tous les
niveaux de l’enseignement, même
si l’essentiel de l’enseignement se
fait dans une autre langue. De surcroît,
il faut du matériel didactique
et des enseignants qui soient formés
pour ce type de pédagogie.
Ceux-ci devraient être sélectionnés
dans la mesure où il vaut mieux
avoir des enseignants qui parlent
la langue pour l’enseigner, ce qui
n’est pas toujours le cas.
Il faut enfin un environnement
favorable à l’utilisation écrite de
ces langues. En France, certaines
régions qui sont attachées à leur
langue locale veillent à ce que les
panneaux routiers, qui indiquent
par exemple l’entrée des villes et
les directions, soient en français
ainsi que dans la langue locale.
Cela n’existe pas en Afrique.
Bernard Dumont considère qu’il
faut faire un effort sur ce point,
surtout en ce qui concerne les actes
administratifs, les jugements
des tribunaux, le texte de la constitution,
etc. Cet environnement favorable
à l’écrit s’appelle la
« post-alphabétisation ». Tandis
que l’alphabétisation permet d’apprendre
à utiliser l’écriture,
la « post-alphabétisation » fait en
sorte que l’on puisse s’en servir
par la suite.
Selon l’intervenant, si toutes ces
précautions ne sont pas prises, les
conséquences peuvent être graves.
Il donne les exemples de la Guinée
et de Madagascar. A la fin des années
1950, ces pays ont voulu passer
directement à l’utilisation des
langues locales mais, faute d’avoir
pris ces précautions, ils ont
échoué. Les habitants de ces pays
demandent aujourd’hui l’utilisation
du français. Cela prouve que
la sous-estimation des conditions
requises pour le passage aux langues
locales peut s’avérer dangereuse.
Il y a des préjugés à vaincre
à l’intérieur même du pays. En
effet, les responsables de ces pays
sont parfois réticents pour des raisons
psychologiques ou socioéconomiques.
Dans un deuxième temps, Bernard
Dumont expose les obstacles à
caractère externe. Tout d’abord,
les documents d’usage courant
n’existent pas dans les langues que
les gens ont appris à manipuler
dans les premières années de leur
scolarité ou leur alphabétisation. Il
n’y a pas de littérature dans ces
langues et la littérature étrangère
n’est pas traduite. Il n’y pas non
plus de reconnaissance internationale.
A l’ONU, même à l’UNESCO,
ces langues ne sont pas utilisées.
A l’UA, il y a au moins le
swahili, la langue de l’Afrique de
l’Est qui est utilisée largement et
qui a une très longue histoire et
une très riche écriture. L’UA a en
effet créé récemment une académie
africaine des langues qui va
avoir la responsabilité de faire
évoluer la problématique de l’utilisation
des langues.
Mais le principal problème dans le
domaine international et dans les
pays dits francophones provient du
comportement des autorités politiques
françaises et d’une immense
majorité des Français, quand ils
sont confrontés à ces situations. A
l’époque de la colonisation, l’enseignement
se faisait totalement en
français et l’usage des langues
locales était interdit. L’imposition
du français représente une violence
extraordinaire qui aboutit à
des échecs. Encore aujourd’hui le
taux d’échec est considérable en
grande partie à cause de l’inadaptation
du système linguistique utilisé
dans l’enseignement.
Depuis la fin de l’époque coloniale,
cette situation n’a évolué
que très lentement. C’est seulement
en 1984 que l’on a vu apparaître
très timidement dans les instructions
du ministère de la coopération
une circulaire évoquant l’intérêt
des langues que parlent les
gens pour l’éducation. Au-delà de
cette circulaire, on est resté au
même point qu’avant. Les autorités
françaises ne sont pas opposées
ouvertement à l’utilisation des langues,
mais alors qu’elles sont toujours
très présentes dans la coopération
en matière d’éducation, jamais
elles n’ont apporté une véritable
assistance à des activités de
multilinguisme, y compris dans
l’alphabétisation. Pour prendre un
autre repère, Bernard Dumont souligne
qu’il y a eu une séance de
travail élargie sur cette question
dans les locaux du ministère français
de la coopération pour la première
fois en l’an 2000. Pour
conclure, il affirme que les choses
ont peut-être un peu évolué depuis,
bien qu’une grande partie des
hauts fonctionnaires de la coopération
française restent hostiles à la
promotion des langues locales
africaines.
Gérard Galtier,
membre de
l’ONG "Le Français en Partage"
et expert en graphie des langues
africaines, étudie les systèmes d’écriture
créés pour les langues africaines
dans les zones sous influence
francophone.
Dans son intervention, Gérard
Galtier complète les propos des
intervenants précédents et ajoute
quelques éléments nouveaux qui
doivent être pris en considération
en parlant des langues d’enseignement.
Pour commencer son intervention,
il rappelle que le concept d’éducation
scolaire tel qu’il est actuellement
pratiqué dans les écoles en
Afrique francophone est essentiellement
une copie du modèle français.
L’éducation servirait à la formation
des futures fonctionnaires
et favoriserait l’exode rural au lieu
d’enraciner les populations dans
leur milieu et de permettre la transformation
de celui-ci. Or, la modernité
devrait passer par les langues
locales, comme cela est le cas dans
les pays asiatiques, étant donné que
sa transmission dans une langue
étrangère lui conférerait également
un caractère étrange. Dans ce
contexte, une comparaison avec
l’Afrique anglophone, où les langues
africaines sont utilisées depuis
longtemps, est notamment intéressante.
En Tanzanie, par exemple, la
presse et la littérature sont largement
en swahili et on peut constater
un haut niveau culturel de la
paysannerie. Il s’agit du pays qui a
le plus développé les langues locales
et, en même temps, du pays
connaissant le moins l’exode rural.
Une association entre les langues
européennes et africaines devra
être mise en oeuvre pour résoudre
les problèmes évoqués tout en assurant
l’intégration internationale
de l’Afrique.
Pour atténuer l’argument de la multiplicité
des langues qui est souvent
invoqué pour justifier l’impossibilité
de donner une place aux langues
locales dans l’enseignement, l’intervenant
fait remarquer que l’on
pourrait s’appuyer sur des
« langues véhiculaires » largement
répandues, telles que le fang-beti
(langue transnationale parlée au
Cameroun, au Congo, au Gabon et
en Guinée équatoriale) ou le sango
(langue officielle de la République
centrafricaine à côté du français).
Dans le contexte des transformations
sociales actuelles, on peut
également constater un phénomène
d’unification interne des langues,
avant tout dans les capitales. On
peut citer l’exemple du Mali où on
peut assister à une harmonisation
des parlers locaux à Bamako et au
développement du « bambara de
Bamako » comme langue standard
pour tout le pays. En même temps,
elle montre une très grande proximité
avec une langue parlée en
Côte d’Ivoire sous le nom de
« dioula » ce qui indique donc
qu’une espèce de langue internationale
ouest-africaine est en train de
se développer naturellement sans
intervention extérieure.
Concernant le manque d’ouvrages
dans les différentes langues africaines,
G. Galtier considère qu’il s’agit
avant tout d’une question de
volonté politique, comme le montre
l’existence d’une littérature abondante
en swahili et d’autres langues
africaines en Afrique orientale. A
la dimension politique de la question,
s’ajoutent des difficultés techniques.
Ces dernières relèvent du
fait que l’alphabet phonétique international
a révélé des limites importantes
dans l’élaboration d’une
orthographe, le problème étant
l’absence d’une série de caractères,
non-existants chez les imprimeurs
ou sur internet.
Pour finir, l’intervenant identifie
des difficultés liées à l’enseignement
dans la langue locale à travers
l’expérience du Mali où le Bambara
est très répandu. Tandis que le
pays pratiquait pendant longtemps
une politique volontariste d’introduction
des langues locales, particulièrement
sous la présidence
d’Alpha Oumar Konaré, on reviendrait
aujourd’hui, à partir de quelques
écoles pilotes, au système ancien.
Cela n’est pas seulement dû
au problème de la transcription des
langues locales, mais aussi à un
manque d’adhésion, d’une part, du
côté des instituteurs qui ne voulaient
pas abandonner leur
« monopole de l’enseignement du
français » au profit d’une langue
maîtrisée par la population entière
et, d’autre part, également du côté
des élèves et de leurs parents qui
estimaient que l’école devait avant
tout préparer à la fonction publique.
En vue de transformer cette dynamique,
G. Galtier propose – au lieu
de partir de la base – d’envisager
l’introduction des langues africaines
dans l’enseignement par le haut
(de la société). Pour qu’une langue
soit valorisée, elle doit être parlée
par les élites d’où la proposition de
l’intervenant que la promotion des
langues locales devra, tout d’abord,
commencer à l’université. Finalement,
des changements inattendus
apparaissent par l’utilisation des
langues locales dans les nouveaux
médias (radio, télévision) de plus
en plus répandus aussi dans les régions
rurales. Par le biais de l’oralité,
on assiste donc à un nouveau
développement des langues africaines.
Michaël Mouity Nzamba
a suivi
un parcours particulier. En passant
par les institutions d’éducation
françaises, cet étudiant gabonais
a ensuite entamé ses études
universitaires à la Sorbonne. Ses
positions ne se basent en conséquence
pas sur une expérience propre,
mais sur ses recherches.
Michaël a commencé par recadrer
l’image que l’on a communément
des missionnaires en Afrique. Il a
précisé que c’étaient, au moins en
ce qui concerne le cas du Gabon,
les missionnaires qui ont joué un
rôle considérable dans la préservation
des langues locales, par exemple
en produisant des ouvrages
lexicaux sur celles-ci. Selon lui,
l’impact de la France aurait également
été mal jugé, car ce sont des
enseignants français qui auraient
contribué à la préservation des langues
en les enseignant, entre autres,
à l’institut catholique au Gabon. Il
estime que les Français n’étaient
alors pas « à blâmer » pour le sortdes langues en « Afriques » et le
dilemme linguistique des jeunes
Africains.
La plupart des constitutions africaines
ont inclus la préservation
des langues locales africaines.
Dans le cas du Gabon, c’est notamment
en 1983 que le gouvernement
a essayé de donner un nouvel
élan aux tentatives de protection
linguistique. En 2004, avec le discours
de Ouagadougou, cet impératif
a été rappelé. Or, l’on peut
considérer que la situation actuelle
est déplorable. Les langues locales
ne sont pas enseignées, en tout cas
dans le cadre de l’éducation dite
“officielle”. Parfois, l’éducation
linguistique se fait dans les familles,
mais cela exige normalement
beaucoup de temps et d’énergie.
En ce qui concerne les parcours
dans le système éducatif au Gabon
en général, Michaël a parlé du défi
du problème sociologique de base.
Ainsi, pour pouvoir parcourir le
système éducatif, il faut appartenir
à une classe élevée ce qui n’est
bien sûr pas le cas pour la grande
majorité de la population. Un autre
problème qui était également
soulevé par G. Galtier concerne la
multiplicité des langues qui constitue
un frein à leur enseignement.
Ainsi, il peut s’avérer très difficile
de décider de la priorité accordée à
une langue quand il en existe, pour
le cas du Gabon par exemple, 47
différentes. Au Gabon, l’on est
parvenu à un choix en faveur de
quelques langues « majoritaires »
au Nord et au Sud du pays. Or, ce
choix ne peut pas être considéré
comme consensuel. A chaque fois
qu’une langue est privilégiée, cela
risque de l’être au détriment
d’autres langues, créant ainsi le
danger d’une représentation
ethnique injuste.
Au sujet de l’intitulé de la conférence,
Michaël a fait la remarque
que l’on ne peut pas parler de
l’existence d’un vrai « dilemme »
puisque l’identité culturelle ne
reposerait point sur l’apprentissage
des langues locales en tant que
telles. Selon lui, les langues ne
constituent pas un préalable incontournable
pour la construction
d’une forte identité nationale. A
titre d’exemple, il cite le slogan
politique gabonais du “Gabon
d’abord”, qui est en l’occurrence
énoncé en français. Cette remarque
a suscité une intervention
spontanée de l’auditoire constatant
que cela ne seraient que des paroles.
Michaël a répondu que la politique
regarde effectivement les
langues comme une question secondaire,
mais d’après lui le maintien
d’une cohésion sociale serait
quelque chose de plus important
que l’enseignement des langues
locales.
En conclusion, Michaël a rappelé
qu’il faudrait avant tout prendre en
compte les spécificités culturelles,
politiques de chaque pays et décider
de ce qui serait faisable dans
chacun des cas.
Le Débat
Première intervention:
Tous les problèmes dont on a parlé
ce soir sont des conséquences de
la fragmentation ou de la
« balkanisation » du continent africain.
Lutter contre cette fragmentation,
cela se passe au niveau linguistique
mais également aux niveaux
politique, économique, social
... Il est important de trouver
un lien entre tous les composants
de ce problème qui ne peut être
résolu isolément.
Une question qui n’était pas abordée
ce soir est la question des diasporas
dont le rôle est sous-estimé.
Une autre question est celle de la
responsabilité des acteurs du Nord
impliqués dans les politiques linguistiques,
notamment la France.
Où en est-on pour l’enseignement
des langues africaines en France,
quel statut ont-elles ?
Deuxième intervention:
Le contexte historique est la clé
pour comprendre et traiter les enjeux
linguistiques et doit en conséquence
être étudié davantage.
Dans ce contexte, certains travaux
ont été faits à Madagascar. En outre,
le cinéma et les intellectuels se
sont penchés sur ces questions et il
faudrait prendre en compte leurs
points de vue dans le discours sur
les langues en Afrique.
Question : Quelle serait la meilleure
action de la communauté
internationale : favoriser les grandes
langues africaines ou donner
le même poids à toutes les langues
?
G. Galtier répond que le développement
d’une grande langue n’exclurait
pas les petites langues. Il
est cependant vrai que l’édition de
livres dans les grandes langues est
plus rentable. Dans sa réaction,
C. Robinson fait remarquer que le
lien entre identité culturelle et langue
serait encore plus étroit pour
les petites communautés linguistiques
que pour les grandes car chaque
langue véhicule une façon
particulière de voir le monde.
Question : Ne serait-il pas plus
raisonnable d’investir dans des
choses plus importantes que les
langues à petit rayonnement ? La
promotion des langues locales
n’est elle pas une aventure qui
risque d’enfermer les communautés
encore plus ?
B. Dumont relativise la question
du coût de l’éducation en citant
l’exemple du Burkina-Faso où les
écoles bilingues ont connu un tel
succès dans le progrès intellectuel
des élèves que l’éducation bilingue
permet une économie de
temps.
Dans leurs réactions, tous les intervenants
contredisent unanimement l’idée
d’un plus grand enfermement par
la promotion des langues locales.
Comme G. Galtier le fait remarquer,
il serait d’une grande importance de
traduire les textes fondamentaux de la
communauté internationale dans les
langues africaines ainsi que d’intégrer
les grands textes africains, tels
que la Charte du Mandé, dans les textes
fondamentaux internationaux.■
Les étudiantes du projet collectif
Nora Beck, Françoise Gardes, Anne
Laure Jutier, Sofia Karimi-Nemch,
Sophie Rech, Katharina Tancke et
Theresia Toeglhofer