La microfinance en Afrique de l'Ouest: histoire et innovations
Avec J. Attali (le conseiller des princes), M.
Novack (ancienne de la C.C.C.E., fondatrice de
l’A.D.I.E.) et M. Yunus (prix Nobel de la Paix 2006),
la microfinance a été surmédiatisée et s’est trouvée
transformée en arme décisive contre la pauvreté monétaire
absolue et relative pour les pays du Sud, voire
du Nord en crise, dans la logique néo-libérale transformant
le pauvre (au sens statistique du terme) et le
chômeur en futur « micro-entrepreneurs » devant provoquer
le développement. Idée reçue bien sûr, puisque
l'apport essentiel de la microfinance est de permettre
aux personnes exclues du système bancaire
(95 % de la population d’Afrique de l’Ouest) d'avoir
accès à l'épargne et au crédit.L’intérêt de l’ouvrage
collectif « La microfinance en Afrique de l’Ouest :
histoire et innovations » dirigé par Alpha Ouédraogo
et Dominique Gentil est de donner la parole aux acteurs
de terrain, à ceux qui, en Afrique Occidentale
francophone, ont mis en place bien avant la Grameen
Bank des coopérative d’épargne et de crédit
(Coopec) et les ont développé au point d’en avoir fait
des institutions bancaires de base pour tout le monde,
recueillant 42% des dépôts et distribuant 32% des
crédits des pays considérés ( Burkina, Bénin, Mali,
Sénégal, Togo) en 2004.
Plusieurs dizaines de personnes des six réseaux
d'épargne et de crédit, membres du Centre d'innovation
financière (Cif) ont contribué à ce livre : témoignages
sur les expériences passées, les réussites et les
échecs, les pratiques des divers acteurs, le processus
d'établissement de la confiance ou de la défiance entre
clients et membres, élus et cadres. Sans dissimuler
les problèmes à affronter, en évitant en grande partie
le plaidoyer pro domo et la langue de bois, au prix
d’un travail interne long et important.
Deux parties composent ce livre. La première raconte
l'histoire peu connue des six réseaux de coopératives
d'épargne et de crédit (Coopec) du Burkina, du Bénin,
du Mali, du Togo et du Sénégal qui représentent
1,8 million de membres. La deuxième se penche sur
les défis communs à surmonter : l’inclusion des femmes,
le passage du rural à l’urbain, les taux d’intérêt,
la gouvernance démocratique ou technocratique, la
création d’un mouvement régional.
Ouvertes à toutes les personnes qui souhaitent mettre
leur épargne en sécurité et obtenir du crédit les Coopec
proposent depuis 35 ans du crédit à objectif productif
(souvent trois fois le montant de l'épargne). Et
ce sont surtout les qualités morales de l'emprunteur
qui servent de garantie. Les montants de crédit par
membre restent relativement peu élevés, de 75 à 300
euros, mais aujourd’hui, ceux-ci peuvent monter jusqu’à
1.500, voire 7.500 euros ( 1 à 5 millions de
Fcfa).
Il faut lire ce livre pour comprendre que l’argent peut
être géré pour le bien des Africains par des Africains
sans déperditions. L’argent « chaud » ne vient pas de
l’extérieur et il ne faut pas le dilapider. Mais les Coopec
doivent éviter des dérives tempérées par la nécessaire
transparence dans les AG de coopérateurs et par
la tension utile entre cadres et élus. Elles ont gagné
leur autonomie par rapport aux modèles étrangers
(Canada, Europe) et à l’assistance technique. Un environnement
risqué et aléatoire, une concurrence pas
toujours sérieuse, l’équilibre à garder entre vocation
sociale et rentabilité financière, l’adaptation du modèle
coopératif au contexte actuel, le pari de la
concertation régionale restent cependant des défis à
relever.■
Georges Courade
Alpha Ouédraogo et Dominique Gentil ( sous la dir.) : «La microfinance en Afrique de l’Ouest : histoire et innovations»,
Karthala, Collection : Homme et Société : Sciences économiques et politiques, Paris 2008, 308 p. (26 €)
La vie privée de la femme africaine
Tanella Boni va à l’encontre des idées recues sur l’émancipation de la femme africaine. Le titre du livre éclaire le contenu : « Que vivent les femmes d’Afrique ». C’est leur réalité quotidienne.
« Depuis la naissance jusqu’à la mort biologique, tout se passe comme si leur venue au monde était une faute ». La discrimination, la subordination dont elles sont victimes sont une représentation collective, qui est dans la tête de tous : les femmes elles-mêmes, les hommes, les membres de la famille élargie, la « rivale » parfois. Mariées, elles deviennent les otages de leur mari, puis de leurs enfants.
L’éducation n’arrange pas forcément l’ambiance, car les maris acceptent mal qu’elles soient leurs égales, voire plus au niveau financier ou social. Si elles veulent s’émanciper de la domination masculine, elles risquent d’être traitées de « garces », de « folles »… Tout n’est pas sombre, elles aspirent au bonheur et y parviennent, si elles savent « respirer ».
Heureusement des évolutions apparaissent. « De nombreuses Africaines se donnent le droit de penser par elles-mêmes, de concevoir, d’imaginer des solutions, de prendre des initiatives, d’agir, même quand elles sont analphabètes ».■
Robert Ginésy
Tanella Boni : « Que vivent les femmes d’Afrique », Panama, 260 pages, (18 €).