Première opération d’envergure du CNRS en Afrique
Construire un outil scientifique interdisciplinaire
efficace entre chercheurs
du Sud et du Nord qui permette de répondre
aux questions posées en Afrique de l’Ouest
par les transformations environnementales
et leurs impacts sanitaires et sociétaux,
c’est l’objectif de l’Unité Mixte Internationale
(UMI) « Environnement, Santé, Sociétés
» (ESS). Sa convention de création a été
signée à Paris, le 15 janvier dernier, par
Catherine Bréchignac, présidente du
CNRS, Basile Guissou, délégué général du
Centre National de la Recherche Scientifique
et Technique (CNRST) de Ouagadougou
(Burkina-Faso), Abdou Salam Sall, recteur de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal), et
Ginette Siby Bellegarde, recteur de l’Université de Bamako (Mali). Directeur de cette UMI, et par ailleurs
président du Conseil scientifique du CNRS, l’anthropologue Gilles Boetsch esquisse le profil de cette structure
qui représente une « première » sur le continent africain.
Propos recueillis par Jean-François Desessard, journaliste scientifique.
Jean-François Desessard - Comment est née l’idée
au sein du CNRS de créer cette Unité Mixte Internationale
en Afrique de l’Ouest ?
Gilles Boetsch - Il suffit de se pencher sur la carte
des coopérations scientifiques à l’étranger du CNRS
qui, rappelons-le, est le premier organisme de recherche
en France et en Europe, pour constater que
si celles-ci sont présentes, certes à des degrés divers,
en Europe, en Amérique et en Asie, en revanche,
elles sont inexistantes dans la partie sub-saharienne
du continent africain. Cette situation n’est pas admissible
au regard de l’histoire commune entre la
France et cette partie du monde. Dans ce contexte,
nous étions plusieurs chercheurs depuis longtemps à
estimer qu’il était nécessaire de créer une structure
de recherche spécifique en Afrique de l’Ouest. D’où
l’émergence d’un débat interne au sein du CNRS,
débat qui n’a pas toujours été facile. Par chance, Catherine
Bréchignac a soutenu le projet dès le début et
n’a pas ménagé ses efforts pour convaincre.
J.F. D - Quels sont les objectifs de cette UMI ESS ?
G.B - Nos collègues africains sont nos homologues.
Dans cette logique, notre idée est de développer une
communauté scientifique en Afrique pour répondre,
non pas aux problèmes spécifiques des populations
africaines, mais à des problèmes scientifiques qui
intéressent tous les chercheurs, quel que soit leur
pays d’origine. Imaginez par exemple que dans le
cadre du changement climatique, la température
moyenne de la planète augmente de 3° C. Des maladies
dites « tropicales » ne tarderont pas à apparaître
dans des régions de la planète situées plus au nord.
Autrement dit, à l’ère de la globalisation, pays du
Sud et du Nord sont confrontés à des problématiques
communes. C’est la raison pour laquelle l’UMI ESS
va s’intéresser plus particulièrement aux problèmes
d’environnement, de santé et de sociétés, et plus encore
aux relations, voire aux interactions, entre les
trois. Aussi allons-nous devoir travailler au niveau
local pour pouvoir disposer d’exemples, mais dans
une logique visant à construire des modèles globaux.
J.F. D - Comment est structurée cette UMI ESS et de
quelle façon va-t-elle fonctionner ?
G.B. - L’originalité de cette unité est d’être présente
sur quatre pôles géographiques situés à Marseille,
Ouagadougou, Bamako et Dakar, avec une direction
tournante qui va d’abord s’installer à Dakar, pour
une durée de quatre ans. Autre particularité, sa codirection
franco-africaine, assurée par un directeur
assisté des responsables des quatre pôles géographiques.
Ce que nous souhaiterions est que chacun des
quatre pays partenaires puisse y affecter de 6 à 10
chercheurs, de façon permanente. Cette unité qui
pourrait donc atteindre, à terme, une quarantaine de
personnes, accueillera aussi des chercheurs associés,
mais également des doctorants et des postdoctorants.
Notre but est en effet de former des jeunes
chercheurs pour que la recherche prenne un essor
décisif dans les pays du Sud.
Quant aux programmes de recherche qui seront développés
au sein de l’unité, ils s’articuleront autour
de cinq thématiques interdisciplinaires : « Pollution,santé et société », « Environnement, santé et société
», « Pathocénoses, dynamiques sociales, préventions
et sociétés », « Espaces techniques de soins et
sociétés », enfin « Modes de vie et santé, influence
des migrations et de la transition démographique ».
Preuve que la création de l’UMI ESS est donc bien
une opération d’envergure du CNRS en Afrique
comme l’a rappelé la présidente Catherine Bréchignac
lors de la signature de la convention de création de
cette unité.■
Contact : Gilles Boetsch ;
Mel : Gilles.Boetsch@univmed.fr
NDLR : Il existe en dehors du CNRS, trois autres institutions
françaises de recherche qui ont des équipes permanentes
de recherche en Afrique subsaharienne : l’Institut
de Recherche pour le Développement (IRD), le Centre
International de Recherche Agronomique pour le Développement
(Cirad) et l’Institut Pasteur. Elles ont vocation à
faire de la recherche en coopération avec des équipes africaines,
à former de jeunes chercheurs et s’associent souvent
à des chercheurs du CNRS au sein d’Unités Mixtes de
Recherche (UMR).